Re-Gilberto

Jazz à Vienne | De retour à Jazz à Vienne, l'icône brésilienne Gilberto Gil vient cette fois poursuivre la tournée des quarante ans de son album "Refavela" qui marque sa véritable découverte, et son application, du continent africain.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 juillet 2018

Photo : © DR


En 1972, Gilberto Gil revient de son exil forcé en Grande-Bretagne et les temps ont changé au Brésil. Le tropicalisme n'ayant plus l'heur de choquer, Gil, après le très beau Expresso 2222 lance sa fameuse trilogie en "Re" : Refazenda (1975), Refavela (1977) et Realce (1979).

En plein milieu de cette période, lors d'un voyage au Nigéria, où il est invité au Festival Mondial d'Art et de Culture Noire, Gil rencontre le roi de l'afrobeat Fela Kuti tout en faisant la découverte du balafon, ce xylophone africain pilier de la musique mandingue, dont il fait rapidement l'un des ingrédients de quelques compositions de Refavela.

En résulte une réussite absolue en ce qu'elle mêle subtilement influences afro et nonchalance urbaine au croisement du funk et de la samba, le tout subtilement arrosé de ces arrangements pop et de ce sens du chaos organisé digne du tropicalisme (qui, plus de dix ans plus tard, n'est donc pas tout à fait mort) dont Gil a le secret.

Alors certes, bien qu'indispensable, ce n'est peut-être pas le plus iconique de ses albums – moins en tout cas, au hasard, que son éponyme Gilberto Gil de 1968 ou Expresso 2222, mais cela valait la peine que le Bahianais, 75 ans, s'affiche avec une belle jeunesse (Mayra Andrade, Chiara Civello, Mestrinho, Bem Gil), sur une scène qu'il connaît par cœur, pour une étape de la tournée Refavela 40, célébrant le quarantième anniversaire d'un album ô combien important dans l'histoire éternelle d'un brassage musical brésilien qui comme les concerts des pionniers du tropicalisme n'est toujours qu'un éternel retour aux sources.

Gilberto Gil – Refavela 40 + Hermeto Pascoal & Grupo
Au Théâtre Antique de Vienne le dimanche 8 juillet


Gilberto Gil + Hermeto Pascoal & Grupo


Théâtre antique de Vienne Vienne
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Gil & Veloso : amicalement vôtre

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«Deux amis, un siècle de musique», c'est ainsi qu'est baptisée la tournée qui réunit Caetano Veloso et Gilberto Gil. Et qui les verra monter sur scène avec chacun une guitare et un répertoire immense. Caetano & Gil se sont un peu les Brett Butler et Danny Wilde de la musique brésilienne, aux trajectoires individuelles marquées mais dont le destin restera irrémédiablement lié pour l'Histoire, l'esprit indissociable malgré les désaccords et les différences. Nés la même année, en 1942, et tous deux grandis à Salvador de Bahia, l'un est blanc issu d'un milieu modeste, l'autre noir et fils de médecin, les deux sont très engagés politiquement mais quand Gil est nommé ministre de Lula (premier président de gauche depuis leurs propres tribulations tropicalistes), Veloso est dubitatif avant de se raviser. Leurs caractères aussi sont rigoureusement opposés – Veloso est un hyperactif et bon vivant, Gil un gros dormeur (et c'est lui qui sera ministre) et quasiment maître zen – mais ils se complètent comme se complétaient Lennon et Macca et se sont trouvés comme on trouve l'amour, chacun vouant à l'autre une admiration sans bornes et jamais envieuse.

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On pourrait dire cela de chacune des éditions de Jazz à Vienne, mais c'est particulièrement vrai pour celle-ci : elle marque un retour aux sources, et même plusieurs. D'abord avec une ouverture en forme d'hommage et de déclaration d'amour à la ville-mère du jazz, La Nouvelle Orléans. Où l'on croisera entre autres Dee Dee Bridgewater, mais aussi la fascinante Leyla McCalla, et dont le point d'orgue sera la présence, peu commune, du pianiste, chanteur, auteur-compositeur et surtout producteur de R'n'B originel Allen Toussaint. Comme chaque année, c'est un retour aux sources en chaîne qui s'opère derrière. Retour un peu permanent avec l'éternel comeback de figures comme George Benson ou Didier Lockwood, mais aussi de genres oubliés, avec le légendaire Golden Gate Quartet, qui prêche le gospel depuis 80 ans, et Gilberto Gil et Caetano Veloso, ce couple inspiré qui mit le feux aux poudres de la musique brésilienne (et de la musique tout court) à la fin des années 60 pour accoucher d'un mouvement qu'on appela tropicalisme. Dans le genre all-stars, ne pas manquer n

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Trop radicales ou trop avant-gardistes, il est des épiphanies dont on ne mesure pas immédiatement la portée. On connaît par cœur l'histoire de l'électrification de Bob Dylan qui, un soir de 1965 au festival de Newport, en dépit de l'incrédulité qu'elle suscita, changea à jamais la face du rock. C'est à peu près au même phénomène qu'ont assisté les Brésiliens en 1967, lorsque sur la scène de TV Record, Gilberto Gil, Caetano Veloso et Os Mutantes ont fait exploser ce qui était alors le canon de la musique brésilienne, à savoir la bossa nova, laissant l'acoustique et les costumes bien mis au placard au profit d'une pop à tête chercheuse arborant cheveux longs et idées pas plus courtes. Vite conspués pour cette rupture radicale avec l'ordre culturel établi, Veloso et Gil, hippies poussés dans le chaudron culturel bahianais, ne font pourtant rien d'autre qu'actualiser les principes édictés par le concept de «cannibalisme culturel» d'Oswaldo Andrade qui, en 1928, prônait la nécessité pour le Brésil d'absorber la culture internationale.

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