Drôle de Drag au Sonic

Rock | À coups de lounge rock déviant fondant ses propres plombs, le duo mixte américain Warm Drag, dévoile sur son premier album un charme trouble et vénéneux à la limite du paranormal. Et devrait, sur la scène du Sonic, mettre bon nombre de récepteurs sensoriels dans le rouge.

Stéphane Duchêne | Lundi 14 janvier 2019

Photo : © DR


K-Holes, c'est le nom du groupe dont est issue Vashti Windish, chanteuse de Warm Drag, projet parallèle ne passant pas inaperçu formé avec Paul Quattrone, l'un des tabasseurs de fûts des zinzins Oh Sees. Un K-hole désigne aussi cet état coincé entre l'hyper-conscience et l'expérience de mort imminente, généralement associé à une décorporation et consécutif à une prise peu mesurée de kétamine, cette drogue qui, on le sait, assomme bien les chevaux. Bref, une espèce de mégatrip qui emmènerait son passager aux portes de la perception en lui fournissant les clés de toutes les serrures, au point de provoquer des changements et des prises de conscience mille fois plus profonds qu'une crise de la quarantaine géante ou une démission de Nicolas Hulot.

Or c'est précisément le genre d'état qu'est censé provoquer ce duo dont "l'inquiétante étrangeté" semble réveiller jusqu'à la signification même de ce terme freudo-lynchien et que son label – In the Red – compare, en autres choses, à du « Duane Eddy résonnant en spirale dans un K-Hole » – Duane Eddy étant, précision pour les moins de 80 ans, cette figure du rock'n'roll dont le jeu réverbéré et l'utilisation du "twang" firent école.

Changer d'état

Des titres comme Cave Crawl, Cruisin' the night, Lost Time, Hurricane Eyes ne démentent pas que l'on se trouve ici en plein paradoxe spatio-temporel, prisonnier d'une sensualité aussi piégeuse que morbide évoquant le télescopage d'un Mazzy Star zombie et d'un Suicide libidineux, de Raveonettes crasseux et de Kills complètement schlass. Et même la copulation contre-nature de Morricone et de DAF. Une liste que l'on pourrait continuer à l'infini et qui dévoile un fort vaste programme qui, de ses chaloupements félins, vous cueille par l'échine tel un chaton sans défense avec l'intention évidente de vous changer en démon. En tout cas, c'est certain, de vous faire changer d'état et pas qu'un peu.

C'est d'ailleurs l'idée de Sleepover, le single qui annonça ce premier album de Warm Drag. Lequel single évoque l'expérience du dénommé Quattrone qui, sous-louant son appartement new-yorkais, eut la joie d'apprendre au bout de quelques semaines que son locataire était non seulement mortellement overdosé mais qui plus est quasiment fondu par un impitoyable mélange de chaleur estivale et de solitude urbaine que seule une odeur tenace était venue briser en indisposant durablement le voisinage. Expérience de K-hole un peu trop ultime qu'il fallait évidemment mettre en musique et agiter comme une note d'intention : « la bande originale de la meilleure nuit de votre vie » qu'ils disent. Et assurément de la pire tout à la fois.

Warm Drag
Au Sonic le jeudi 17 janvier


Warm Drag + Waveland


Sonic En face du 4 quai des Étroits Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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