La Maison Tellier : Anciens et modernes

French Folk | Fer de lance de la scène folk-rock francophone, La Maison Tellier continue, comme sur leur récent "Primitifs modernes" à exprimer en français un langage musical résolument américain. Et surtout à aller de l'avant l'œil rivé sur le rétroviseur. Double dialectique diablement efficace.

Stéphane Duchêne | Mardi 23 avril 2019

Photo : © DR


Dans un article daté du 13 avril, la rubrique musique de Libération se livrait à une recension de ces jeunes musiciens français qui ont choisi de ne pas choisir entre un amour certain de l'Americana folk et un certain amour de la langue française (et inversement). Étaient cités le Townes Van Zandt de l'Yonne, Baptiste W. Hamon, qui vient de frapper très fort et très doux avec son récent Soleil, soleil bleu, les Lyonnaises Pomme et Auren, le Valentinois Gaël Faure et les Isérois Facteurs Chevaux (ce qui, on l'aura noté, fait beaucoup d'Iséro-rhôda-drômois, à croire que la spécialité est locale).

N'était une histoire de génération, le quotidien aurait pu tout aussi bien citer La Maison Tellier qui depuis une quinzaine d'années s'est fait une spécialité (quasi exclusive et de plus en plus forte) de marier l'idiome français avec une langue musicale plongeant ses racines dans l'Americana, de mêler des thématiques contemporaines aux ambiances du folk(lore) US de jadis.

C'est bien sûr encore le cas sur leur tout frais Primitifs modernes, dont le titre donne à lui seul une idée très claire de la démarche menée par les hommes du chanteur Helmut Tellier. Notamment sur le morceau inaugural, où à l'instar d'une de leurs influences cardinales, Calexico, La Maison Tellier ouvre la porte à l'introduction de synthétiseurs jusqu'ici inédits (interdits ?) dans cet univers.

Pulsion de vie

Mais la plupart du temps, au-delà de quelques saupoudrages électroniques, sur ce disque d'une veine très rock ce sont les cuivres – rappelant volontiers la subtilité des arrangements en terrain hostile souvent entrevus chez The National – qui se taillent la part du lion et embrasent des morceaux déjà facilement fiévreux – on doit leur fusion avec un environnement où les guitares (rock indé, country-folk ou même d'inspiration touarègue) sont néanmoins omniprésentes, à Pascal Mondaz, l'homme aux manettes du Babel de Murat et du Delano Orchestra.

Sans doute le phrasé, sur des textes joueurs et cryptiques ratissant l'adolescence, et le vibrato hélant d'Helmut qui semble se débattre dans une zone où croisent le lyrisme de Manset, le détachement de Bashung et les incantations du David Eugene Edwards de 16 Horsepower et Wovenhand, contribuent-ils à cette fièvre qui marque l'expression d'une irrépressible pulsion de vie (« pour vivre heureux, vivons » sur Laisse-les dire). Et dans cette superposition de propositions contradictoires opère une synthèse hautement dialectique et primitivement moderne consistant à courir droit devant soi avec pour moteur principal une indécrottable nostalgie.

La Maison Tellier + Hiver Pool
À l'Epicerie Moderne le vendredi 26 avril


La Maison Tellier + Hiver Pool


Épicerie Moderne Place René Lescot Feyzin
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