Master Musicians of Jajouka : « notre musique finira par mourir »

Sono Mondiale | Événement que la venue des Master Musicians of Jajouka, descendants d'une dynastie millénaire de musiciens guérisseurs venus du Rif marocain, découverts par la Beat Generation, rendus cultes par Brian Jones et adulés par nombre de rock stars. Une dynastie qui pourrait bien s'éteindre dans les années qui viennent. Et sa musique de transe avec. Explications avec le leader Bachir Attar.

Stéphane Duchêne | Mardi 23 avril 2019

Photo : © DR


Comment décririez vous la philosophie musicale des Master Musicians of Jajouka ?
Bachir Attar :
C'est une musique qui s'est transmise de père en fils sur des générations d'Attar. Une musique unique au monde, différente de la musique arabe et de la musique occidentale. Personne ne peut la copier. C'est une musique de paix, qui élève ceux qui savent l'écouter. C'est aussi une musique de bénédiction et de guérison. Si les gens l'écoutent avec le cœur, elle peut leur donner beaucoup de choses. On peut raconter beaucoup d'histoires à propos de Jajouka mais la musique parle pour elle-même. Je suis heureux qu'on continue à l'écouter après des siècles, mais je ne suis pas certain qu'elle soit comprise pour ce qu'elle est. Beaucoup l'écoutent à cause de toutes ces collaborations avec des stars du rock et du jazz, les Rolling Stones, Ornette Coleman, à cause de William Burroughs, Paul Bowles et Brion Gysin... Mais je pense que les gens doivent aller au-delà et se concentrer sur ce qu'il y a derrière, sur sa vérité.

Pensez-vous que, lorsqu'on parle de Jajouka, on oublie de parler de sa dimension spirituelle ?
C'est pour cela que je dis qu'il faut laisser la musique parler. Les gens ne viennent pas en premier lieu pour écouter notre musique. Enfin, certains le font mais la plupart se disent : « les poètes beat les adoraient, ils ont joué avec les Stones, avec Ornette Coleman... » et ne prêtent pas beaucoup attention à la musique. Brian Jones [qui est à l'origine du disque culte Brian Jones presents The Pipes of Pan at Jajouka, NdlR] par exemple avait tout compris, il a trouvé quelque chose en Jajouka. À l'époque, il était dévasté d'avoir été viré des Rolling Stones et quand Brion Gysin [peintre, performer et poète associé à la beat generation, NdlR] l'a amené ici, il a dit : « c'est exactement ce dont j'avais besoin ». Ça lui a permis de surmonter sa tristesse, il s'est senti plus fort, et s'est reconcentré. Ornette Coleman a aussi profondément compris notre musique. C'était un grand ami.

À la mort de votre père, Hadj Abdesalam Attar, au début des années 80, vous lui avez succédé en tant que leader des Master Musicians of Jajouka. Étiez-vous destiné à cela ? Aviez-vous envisagé autre chose ?
Quand j'étais enfant, je ne voulais rien faire d'autre. Pas même aller à l'école. J'écoutais cette musique, je la ressentais au fond de mon être et je l'aimais profondément. C'était une porte sur un autre monde. Lorsque je suivais mon père dans des cérémonies, avec ces gens qui dansaient, des personnes saintes, j'étais fasciné. J'ai vu des choses bien plus belles que tout ce que j'ai pu voir autour du monde durant le reste de ma vie. Et je me suis dit « OK, ça doit être ma vie, je dois montrer ça au monde. » Je suis heureux d'avoir pu réaliser ce rêve. Mais c'est mon père qui m'a choisi. Il m'a dit : « Tu dois prendre la suite ». Il aurait pu choisir un de mes frères aînés mais c'est vers moi qu'il s'est naturellement tourné.

Avez-vous alors ressenti le poids de la responsabilité ?
Oui, parce que mon père n'était pas seulement un musicien, il était le meneur de Jajouka, le chef d'orchestre, le virtuose. Les musiciens de Jajouka étaient incapables de jouer certaines des chansons qu'il était le seul à pouvoir jouer. C'était un maître. J'ai tout appris de lui. Chaque jour pendant des années et jusqu'à sa mort je lui ai demandé : « montre moi comment tu fais », « apprends-moi ça ». Je pense qu'aujourd'hui, il serait fier de ce que nous avons accompli. Mais nous sommes certainement la dernière génération de musiciens de Jajouka.

Pourquoi ?
Nous ne gagnons pas d'argent avec Jajouka. C'est pour ça que les générations suivantes ne veulent pas prendre la suite. Parce qu'on ne peut pas en vivre et ça n'intéresse pas les jeunes de mener cette vie là. Tous les groupes avec lesquels nous avons joué sont énormes. Nous, nous sommes toujours dans nos montagnes du Maroc et personne ne se soucie de nous. Nous avons un trésor musical, unique au monde mais il n'intéresse pas grand monde. Il y a des œuvres de charité pour tout, les chiens, les chats, mais rien pour la musique du patrimoine. Je trouve ça incroyable. Les gens n'imaginent pas combien la vie est dure pour nous et les sacrifices qui ont été faits à travers les siècles pour préserver cette musique. Je pense qu'un jour, les gens seront tristes et honteux de ne pas lui avoir prêté plus d'attention. Je pense que j'arrêterai bientôt car je commence à être fatigué : tout est compliqué, partout où nous allons, les visas, tout ça. Nous serons donc les derniers. Des morceaux que je suis le seul à connaître disparaîtrons avec nous. Notre musique finira par mourir.

Personne ne va reprendre votre héritage ?
Non, pour les raisons que j'ai évoqué. À une époque j'avais pour projet de monter une école de musique pour préserver notre art, l'enseigner aux générations futures. Mais pour ça il faut de l'argent et personne ne nous a suivi là-dessus. Pas même les stars que nous connaissons. Mon seul espoir est un projet de scénario de film dans lequel je raconte l'histoire jamais racontée de Jajouka. J'ai quelques connections comme mon ami Howard Shore [compositeur de musiques de film proche de David Cronenberg et auteur de la musique du Seigneur des Anneaux, NdlR], avec qui j'ai travaillé sur la musique de The Cell de Tarsem Singh, j'aimerais beaucoup qu'il réalise ce film. Pour ça, il faudrait beaucoup d'argent. Mon rêve serait que Johnny Depp joue le rôle d'un Attar. Mais il est très difficile à avoir. Peut-être qu'un tel film pourrait sauver la musique de Jajouka. Ce serait un film sur la musique de la terre et pas seulement sur notre musique, un film pour les générations suivantes, pour le futur, qui rendrait Jajouka éternelle.

The Master Musicians of Jajouka
À l'Opéra Underground le vendredi 3 mai


Master Musicians of Jajouka

Opéra underground, transe marocaine
Opéra de Lyon Place de la Comédie Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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