Nuit 2 : cours circuit, cours !

Nuits sonores | Il faudra du souffle en cette Nuit 2, ou un sérieux sens de la décision, pour profiter au mieux de la plus singulière nocturne de Nuits Sonores : le Circuit serpentant entre tout ce que Lyon compte de clubs et de salles de musiques actuelles. Petit débroussaillage.

Stéphane Duchêne | Mardi 28 mai 2019

Photo : © DR


Impossible aujourd'hui d'affirmer qu'au sein du totémique festival lyonnais les nuits sont plus belles que les jours – cela nous conduirait dans des débats sans fin entre spectateurs diurnes et aficionados nocturnes. Une chose est sûre pourtant, c'est que la Nuit 2, celle que Nuits Sonores consacre à son traditionnel Circuit, se démarque de l'ordinaire du festival. Particulièrement depuis qu'a été abandonné le qualificatif "électronique" qui l'accompagnait depuis l'origine.

Cette respiration esthétique, rythmique, temporelle et spatiale au cœur de Nuits Sonores se vit ainsi moins comme une balade ou une déambulation qu'une cavalcade en treize étapes à travers les esthétiques musicales actuelles et les lieux phares qui les portent sur l'ensemble du territoire lyonnais (Ninkasi, Transbordeur, Périscope, Sonic, Groom, Marché Gare, Opéra Underground et on en passe). Impossible bien sûr, à moins d'être doté du don d'ubiquité – ce que l'accélération de notre société et des technologies ne permet pas encore tout à fait – d'être partout à la fois et d'assister à l'ensemble des propositions indécentes offertes par cette nuit folle. Il convient, mais cela le festivalier en a l'habitude, de choisir et donc de renoncer. Ce qui sera difficile, puisque, outre nombre de DJ sets (dont le Chantier Électronique toute la nuit au MAC), les concerts seront particulièrement séduisants. Comme au Transbordeur, avec une quadruplette constituée de Die Wilde Jagd, combinaison berlinoise de transe et de krautrock, le duo culte Zombie Zombie, l'électronicien atmosphériste Rival Consoles et les krautrockeurs psyché nippons de Kikagayu Moyo dont nous vous avions vanté les mérites il n'y a pas si longtemps.

Atavisme et expérimentations

Le Kao accueillera les pensionnaires de Sub Pop Hot Snakes quand le Kafé conviera les néo-shoegazeux de Crocodiles. Du côté du Périscope, sans surprise, on se tournera vers l'expérimental avec les Norvégiens de Moon Relay et de Christian Wallumrød & Kim Myhr. Au Sonic, c'est encore une certaine forme d'atavisme qui dominera, à tendance post-punk à spectre large avec EAST., Venin Carmin et Quai (moitié des dark wave Lebanon Hanover) tandis que le Groom proposera le trio rock indé Catfish. Fort logiquement, l'Opéra Underground continuera de saluer la sono mondiale pas comme les autres avec les Sud-Africains de Banta Continua Uhuru Consciousness qui rebattent avec force la musique du crû accompagné par un Femi Kuti qu'on ne présente plus. Enfin, et on est en droit de penser qu'il s'agit là de l'événement de la Nuit : le Marché Gare toujours en balade posera ses valises aux Halles du Faubourg, en réception d'Efrim Manuel Menuck (ou plus familièrement Efrim tout court pour les fans). Et quoi de mieux qu'une ancienne friche industrielle pour accueillir les expérimentations de l'indéboulonnable pilier de Godspeed You ! Black Emperor, Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra et plus largement du label Constellation, au croisement d'un post-rock post-atomique et de folk dronique, comme on dirait druidique ? De quoi courir toute la nuit.

Nuit 2 / Le Circuit
Dans différents lieux de la ville le jeudi 30 mai


BCUC & Femi Kuti

Nuit 2 - le Circuit
Amphithéâtre de l'Opéra Place de la Comédie Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Femi Kuti, fier

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Sébastien Broquet | Mardi 6 novembre 2018

Femi Kuti, fier

Africa will be great again, clame Femi Kuti dès le début de son nouvel album One people One world, sorti en début d'année. Le fils de Fela, à 55 ans, continue de placer haut le panafricanisme et de dénoncer ardemment corruption, malversations et autres tares de nos sociétés dans des textes percutants venant se greffer à des rythmiques calorifères : afrobeat ! Formé au sein de l'Egypt 80, le dernier orchestre de son père, celui qui a repris le Shrine, le club familial à Lagos, a su garder les fondamentaux tout en apportant sa touche, plus mainstream parfois, empruntant au rap, au r&b ou à la pop pour devenir universel et faire porter plus loin le discours. Avec son orchestre, Positive Force, il s'apprête à donner l'un de ces concerts qui ont fait son succès dans nos contrées : ce sera le jeudi 8 novembre, au Transbordeur.

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Lisa Dumoulin | Mardi 6 septembre 2016

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Entre électro psychédélique et krautrock allemand, Zombie Zombie navigue en eaux sombres. Formé par Étienne Jaumet et Cosmic Néman (le batteur d’Herman Düne), récemment rejoints par Dr. Schonberg, on peut dire que la magie noire opère entre ces trois touche-à-tout. Fans de cinéma d’horreur, ils ont sorti en 2010 un magistral et hypnotique album hommage aux films de Carpenter, sobrement intitulé Zombie Zombie Plays John Carpenter. Mais ce n’est que la facette visible de leur planète noire. Écoutez l’entêtant Rocket number 9, reprise de Sun Ra, jazzman mystique du siècle dernier. Ou encore Land for Renegades, épopée cosmique en col pelle à tarte sous LSD. Tenez-vous prêts pour le décollage. Samedi 10 septembre au vélodrome d

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Lisa Dumoulin | Mardi 6 septembre 2016

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Avez-vous déjà mis les pieds au vélodrome du parc de la Tête d’or ? À moins d’avoir assisté à la première édition du festival Roulez Jeunesse, probablement pas. « C’est un lieu magique et majestueux » décrit Olivier Dumonteil, le programmateur, « construit en 1894 pour l’exposition universelle, il est arboré et décoré de statues à chaque virage. » Autant vous dire que l’équipe n’est pas peu fière de l’ouvrir gratuitement aux Lyonnais le temps d’un week-end. Avec un programme simple : de la musique, et du vélo. Mais à la cool, le vélo. « On n’est pas sur le versant sportif » précise Olivier, « plutôt du côté divertissement, avec des démos de BMX, du vélo de piste… couplé à l’envie de faire la fête et d’écouter de la musique. » Côté vélo, allez voir la Pump track, une course en battle organisée et encadrée par Carmine Falco, lyonnais quatre fois champion du monde de BMX, samedi après-midi. Ou le jumelage avec Lyon Free Bike : les 8000 participants de la cou

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Stéphane Duchêne | Mardi 8 juillet 2014

Prochaine escale : Vénissieux

Solidement inscrite au calendrier de la ville de Vénissieux, la fête municipale Fêtes escales se mue chaque année en événement citoyen valant amuse-gueule pré-14 juillet – jour de clôture de l'événement par un grand bal, forcément brésilien cette année, où l'on peut faire les fous avec ses concitoyens sans risquer de remontrances de la maréchaussée (mais dans le respect de la personne). Entre ateliers, animations et spectacles pour enfants, Fêtes escales fait aussi le plein de concerts où, mode dépliage de nappes sur herbe oblige, il y a forcément à boire et à manger. L'accent est généralement mis sur le festif et le bon enfant et se décline en thématiques : chanson, musiques du monde (fanfare brésilienne, charango) et "cultures urbaines" (mélangeant hip-hop et rock comme à la parade : Raistlin, Akua Naru, Oaï Star..). Les amateurs des Têtes Raides en seront par exemple pour leurs frais (soit zéro euros), mais l'on pourra également apprécier le folk français – non ce n'est pas antinomique – de l'excellente Maison Tellier et même la Maîtrise de l'Opéra de Lyon. Enfin, en guise de star de l'événement, on retrouvera le p

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Les Yeux jaunes des crocodiles

ECRANS | De Cécile Telerman (Fr, 2h02) avec Emmanuelle Béart, Julie Depardieu, Patrick Bruel…

Christophe Chabert | Mardi 8 avril 2014

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Il était presque fatal que le cinéma s’empare des best-sellers de Katherine Pancol, et c’est donc Cécile Telerman qui s’y colle avec Les Yeux jaunes des crocodiles. Laborieuse, irritante et impersonnelle, son adaptation s’applique à ne pas trahir le roman initial, si bien qu’on a l’impression de le feuilleter chapitre par chapitre, les séquences s’enchaînant mécaniquement sans liant dramaturgique. Tout ça pour raconter comment une bourgeoise superficielle et hautaine (Béart, qui cabotine assez mal) va se servir de sa sœur poissarde (Depardieu, qui se sort assez bien du marasme) pour assouvir ses rêves de réussite littéraire. Comme souvent dans le cinéma populaire français, la critique sociale n’est que feinte ; selon une optique contestable, on est une ratée parce qu’on ne fait pas d’efforts pour s’en sortir et la bêtise des riches profite involontairement à des pauvres dénués de pragmatisme. Ici, la caricature n’est là que pour conforter, et non pourfendre, un système qui ne peut envisager autre chose que l’argent comme gage ultime d’accomplissement. La sous-intrigue vaudevillesque entre Jacques Weber, Edith Scob et Karole Rocher l’illustre parfaitement, où la

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La griffe des Nuits

MUSIQUES | Faire d'un quartier-étendard en plein développement une plateforme festivalière cohérente : tel est le pari que s'est lancé Arty Farty pour l'édition 2014 de Nuits Sonores en investissant la Confluence. Au-delà de l'enjeu politique, force est d'admettre, à la découverte de la teneur de de sa programmation, que l'affaire est en bonne voie. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 26 février 2014

La griffe des Nuits

Depuis l'annonce de son déménagement à la Confluence, on se demandait bien, sorti de quelques évidences, quels lieux allait concrètement investir Nuits Sonores. On sait désormais que le Lab se répartira entre l'Hôtel de région et l'Hôtel de ville, tandis que la partie purement musicale du festival se déroulera sous les halles du Marché de Gros (qui avaient déjà accueilli les éditions 2009, 2010 et 2011), à la Sucrière (NS Days et Mini sonore), à la Maison de la Confluence (pour la traditionnelle carte blanche) et au Parc des Berges (pour le "Sunday Park", un événement de clôture présenté comme un clin d’œil convivial à l'extension de Nuits Sonores à Tanger). En attendant de voir comment le Sucre s’intégrera dans ce circuit et comment les collectifs Superscript² et Looking for Architectures l'habilleront, on remarquera que la programmation des Days, scindée en trois scènes (dont une extérieure), poursuit les efforts de thématisation et de brassage démographique produits l'an passé, mais cette fois avec un vrai souci d'équilibre. Comprenez par-là qu'aucune tête d'affiche ne devrait s'accaparer le public de la Carte blanche comme Laurent Garnier et Carl Cox l'ont fait en 20

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Ce soir où Jaumet

MUSIQUES | Si le nom d'Etienne Jaumet vous dit vaguement quelque chose, c'est parce qu'il est connu pour être la moitié du duo électro-pop Zombie Zombie – connu (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 14 décembre 2011

Ce soir où Jaumet

Si le nom d'Etienne Jaumet vous dit vaguement quelque chose, c'est parce qu'il est connu pour être la moitié du duo électro-pop Zombie Zombie – connu notamment pour ses interprétations des musiques de films de John Carpenter – de même qu'un membre de la dernière mouture du groupe rock The Married Monk (avouons qu'il y a pire CV). Ce qu'on sait moins, c'est que Jaumet, claviériste et saxophoniste, est un grand amateur d'instruments et de machines analogiques (orgues, synthétiseurs, theremin...). C'est pourquoi la Maison du Livre de l'Image et du Son François Mitterrand de Villeurbanne l'a convié à venir animer le 22 décembre un atelier destiné aux enfants entre démonstration et initiation. Ça c'est pour l'après-midi, à 14h. Et puisque le musicien et là, pourquoi le laisser partir sans une petite prestation musicale en solo, à 19h, sur le thème de la musique de nuit au sens large : entre ritournelle pour s'endormir et musique qui donne envie de regarder sous son lit avant de se coucher.

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Des Crocodiles dans la Saône

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Dorotée Aznar | Vendredi 1 avril 2011

Des Crocodiles dans la Saône

Musique / Situé Quai des Étroits, là où la Saône devient infréquentable au piéton, le Sonic ne s'affiche pas comme ses collègues péniches qui, alanguies sur un quai du Rhône refait de la tête aux pieds, draguent le chaland à coups de soirées cool et de bière blonde. Au Sonic, un peu comme chez Total, mais dans un autre genre, on n'entre pas par hasard. Mais attiré par les stridences caractéristiques qui en émanent. Car en matière de programmation aussi le Sonic est du genre qui ne se mélange pas. Du genre à faire passer en toute discrétion tel groupe culte, tel membre de Sonic Youth. Au point qu'on en oublie, jusque dans ces coupables pages, que la péniche fête début avril ses cinq ans. Il est heureusement temps de se rattraper car la fête n'est pas tout à fait finie, avec la venue de Crocodiles. Issue de la scène de San Diego, cette formation relativement jeune (trois ans d'existence) croise le fer en fusion des mythiques Jesus & Mary Chain et d'un psychédélisme bien de chez eux. Ce qui a pour résultat de faire ressembler sa musique à une sorte de mouton noir qui verrait des éléphants roses. Plus garage que les Black Angels, plus sombre que Brian Jonestown Massacre, la morsure de

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Carpaccio de Carpenter

MUSIQUES | John Carpenter ne doit pas être mécontent de voir que ses films et BO continuent d’inspirer, 35 ans après le séminal Assault On Precint 13, bon nombre d’électro (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 18 février 2011

Carpaccio de Carpenter

John Carpenter ne doit pas être mécontent de voir que ses films et BO continuent d’inspirer, 35 ans après le séminal Assault On Precint 13, bon nombre d’électro freaks biberonnés au krautrock et aux synthés analogiques. Après Tim Simenon pour Bomb The Bass, puis Terranova et Tricky sur l’inoxydable Bombing Bastards, voilà deux ans que le duo formé par Neman (batteur d’Herman Düne) et Etienne Jaumet (saxophoniste, entre autres, pour Married Monk), rend hommage à son réalisateur fétiche sous la casquette idoine de Zombie Zombie. Et quand on dit hommage, on est gentils, parce que plus on écoute leur Zombie Zombie plays John Carpenter, et plus on a l’impression d’avoir un autel sonore entre les oreilles. Les deux ouailles se prosternent devant le monstre sacré : nul massacre à la tronçonneuse, donc, en ce qui concerne les thèmes revisités. Leurs relectures se font plutôt dans une forme de soumission, de dévotion, qui rend religieusement à John Carpenter ce qui lui appartient, à savoir un talent hors pair p

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Le retour du fils prodigue

MUSIQUES | Musique / Après un passage à vide et l’éclosion de son demi-frère Seun, Femi Kuti, fils du grand Fela, revient avec son premier véritable album studio depuis 2001. Plus vaillant que jamais car désormais fort de ses faiblesses. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 7 novembre 2008

Le retour du fils prodigue

Le premier, Fela Kuti, père de l’Afrobeat, a subi les foudres de l’État Nigérian dont il dénonçait dans une orgie musicale sans fin et avec l’outrance de la liberté absolue, les excès, la cruauté et la corruption. C’était il y a trente ans, et aujourd’hui rien n’a changé : le Nigéria est toujours un pays effrayant, d’une violence et d’une pauvreté alarmante en dépit d’importantes ressources pétrolières (5e producteur de l’OPEP). Le pays le plus peuplé d’Afrique est ainsi le seul parmi les gros producteurs mondiaux de pétrole à présenter un budget déficitaire (pour ne pas dire catastrophiquement en faillite). La faute à une corruption endémique, à une criminalité hors norme et à une instabilité politique à l’avenant. Quand votre vice-président se prénomme, sans rire, Goodluck, c’est que quelque chose ne va pas. On peut dès lors comprendre qu’atavisme familial mis à part, Femi Kuti n’ait guère eu d’autre choix que de reprendre le flambeau paternel, tant il y avait non seulement à dire mais aussi urgence à secouer, au sens propre comme au figuré, un pays et un continent tout entier au son de cette arme tranchante, dansante et politique qu’est l’Afrobeat.

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