20 concerts pour l'automne

Nos bons plans | Sélection drastique, forcément subjective, des vingt concerts qu'il ne faut surtout pas rater en cette saison : suivez le guide.

Stéphane Duchêne | Mardi 24 septembre 2019

Photo : © Travis Shinn


Baptiste W. Hamon

Surprise : le plus français des countrymen, métis musical revendiqué de Townes Van Zandt et Jacques Bertin, trop méconnu à notre goût, est revenu il y a quelques mois avec Soleil, Soleil Bleu. Si l'on retrouve quelques balises country (l'ami Will Oldham / Bonnie "Prince" Billy est toujours de la partie), celles-ci jalonnent un territoire bien plus pop et orchestré. Et l'art de "l'écrivage" de chanson (le songwriting, quoi) de notre W., de prendre une nouvelle ampleur.

À Thou Bout d'Chant le jeudi 3 octobre


Metronomy

En rentrant en Angleterre pour accoucher de Metronomy Forever, l'ex-néo-parisien Joseph Mount semble avoir retrouvé le mojo tubesque partiellement égaré sur Summer 08, celui qui l'avait vu accoucher de Love Letters, Monstruous, The Look, The Bay ou Corinne, sur ses précédentes saillies. Bonne nouvelle quand on sait que Metronomy vient livrer tout cela avec la fantaisie scénique qu'on lui connaît dans ce bel écrin à delirium pop que peut devenir l'Amphi 3000.

À l'Amphi 3000 le vendredi 11 octobre


Brigitte Fontaine

Xavier Machault & Martin Debisschop

Alors que Brigitte Fontaine multiplie, à 80 ans, les embardées sous les feux de la rampe (un livre, une apparition dans un documentaire sur les femmes dans le rock, un nouvel album et donc une tournée qui passe par le Radiant), l'un de ses classiques d'avec Areski Belkacem L'Incendie est revisité sur scène et bientôt sur disque par Xavier Machault de Pelouse et son compère Martin Debisschop. Une double actualité fontainienne qui devrait combler le peuple kéké.

Au Radiant le mercredi 16 octobre
Au Kraspek Myzik le jeudi 10 octobre


The Pixies

Il y a l'événement et l'anecdote : les 30 ans du chef d'œuvre ultime des Pixies, Doolittle, et la sortie du petit dernier Beneath The Eyrie, quatrième disque post-reformation de belle facture mais qui peine à s'accrocher à la légende. Il y a l'évidence aussi que la tournée qui réunit les deux privilégiera sans mal le premier parce que c'est le lot des formations dont la carrière est derrière eux et que ça vaut toutes les nouveautés du monde. Même sans la bassiste Kim Deal ? À chacun de se faire une religion.

Au Radiant le dimanche 20 octobre


Shannon Wright

Avec le temps, Shannon Wright a fini par écumer toutes les salles lyonnaises (et assimilées) susceptibles d'accueillir un tant soit peu de musique. Et chaque fois, une petite armée de fidèles est au rendez-vous pour accueillir la prêtresse rock à la mèche et à l'âme toujours un peu vagues, touché par ses va-et-vient répétés entre la mise à nue totale et la pudeur bruitiste. C'est une Shannon une nouvelle fois adoucie que l'on verra cette fois, en sortie d'un album baptisé Providence, où l'ouverture du cœur s'accorde au déploiement discret des claviers.

À la Comédie Odéon le dimanche 20 octobre


Ilgen-Nur

Parfois présentée comme une Courtney Barnett alémanique doublée d'une slacker queen pavementienne défendant le droit des queers (rien que ça), et toujours comme l'étoile montante de l'indie rock d'outre-Rhin et de l'indie rock tout court, la jeune Ilgen-Nur (21 ans) ne se laisse enfermer par aucun qualificatif ni référence, soucieuse qu'elle est de ne pas privilégier le fond à la forme, de ne pas laisser une désinvolture apparente sombrer dans le j'men-foutisme lo-fi – du titre de son premier album, Power Nap, il faut retenir le "power". Un rien débraillée mais jamais négligée, et beaucoup plus sophistiquée qu'il n'y paraît, Ilgen-Nur a l'évidence complexe.

Au Sonic le jeudi 24 octobre


Tinariwen

Le blues et le rock touareg ont beau nous livrer chaque année de nouveaux avatars tous plus enthousiasmants les uns que les autres, il n'en demeure pas moins que les patrons, ceux par qui tout est arrivé, restent les vénérables (37 ans d'existence) Tinariwen. Jamais à court d'idées pour bousculer l'esprit ancestral de leur art, les hommes d'Ibrahim ag Alhabib sont allés, sur leur dernier disque, Amadjar, à la rencontre du violoniste fêlé et complice de Nick Cave, Warren Ellis. Et le résultat de figurer une sorte de western sahelien dont il nous tarde de voir la représentation sur scène.

Au Radiant le jeudi 24 octobre


Place Hubert Mounier

À Lyon, le regretté Hubert Mounier, qui a poursuivi magnifiquement et en douceur une carrière détonnante entamée avec L'Affaire Louis Trio, aura peut-être un jour une statue, ou son visage sur le Mur des Lyonnais. En attendant, voilà qu'on lui nomme une place à son nom. Une place en forme de disque-hommage à l'initiative de quelques acteurs de la scène lyonnaise (Les Chic Types, Stan Mathis, They Call Me Rico, Frédéric Bobin, Denis Rivet, Kent, Joe Bel, Carmen Maria Vega, Buridane...) dont la sortie se double d'un concert-exposition (gratuit) avec tout ce beau monde.

Au Club Transbo le mardi 5 novembre


The Fleshtones + Jon Spencer & the Hitmakers

On pourrait le dire pour chacun des concerts de la saison Kaotique, mais on reconnaît bien là la patte et les marottes de Fabien Hyvernaud qui a repris depuis quelques mois les rênes musicales du réseau Ninkasi. Ici, le menu est sacrément copieux et garni de légendes garageuses avec The Fleshtones, idoles du genre grandies dans le culte d'illustres aînés des Standells aux Sonics dont ils gèrent l'héritage avec autorité. Et avec l'intenable Jon Spencer, alignant désormais les hits (autoproclamés) en solo, et un déhanché toujours aussi salace.

Au Kao le jeudi 7 novembre


Deerhunter

« Pourquoi tout n'a-t-il pas déjà disparu ? », dans l'attente d'une réponse à cette question empruntée au philosophe Jean Baudrillard qui donne son titre à leur dernier album (Why hasn't everything already disappeared?), Bradford Cox et son Deerhunter ont choisi de s'écarter d'un modèle sonique souvent encensé pour fouiller les entrailles de la beauté et des possibilités mélodiques de la pop. Et par là, une forme de vérité. Le résultat est aussi bouleversant de beauté que terrifiant dans son propos. À l'image de tout ce qui passe au filtre tordu du grand Cox.

À l'Épicerie Moderne le mercredi 13 novembre


Juan Wauters

Pour peu que l'on soit allergique à la musique sud-américaine (on en connaît), on conseille pour soigner ce mal, l'écoute prolongée de Juan Wauters. Un traitement tout en douceur tant la touche AmSudiste que cet Uruguayen de New York met dans son folk alternatif est subtile et cajolante. Pour le reste cet éternel vagabond, revenu en 2019 après quatre ans d'absence, avec pas moins de deux albums en 2019 – qu'il prend bien soin de détricoter sur scène, doit autant aux Beatles primitifs qu'au barde indé Jonathan Richman.

Au Kraspek Myzik le samedi 16 novembre


The Detroit Cobras

L'avantage quand on sort des albums de reprises ne contenant que des chansons enfouies dans les archives insondables du garage rock et de la soul, c'est qu'on peut aisément faire passer son œuvre pour totalement originale. Ce n'est pas le but visé par The Detroit Cobras mais le résultat est là. Et original il l'est, tant les Cobras, menés par leur chanteuse Rachel Nagy, font sonner leurs enregistrements, toujours live, comme des incunables savamment restaurés. Avec ce qu'il faut de canaillerie pour rendre l'aventure on ne peut plus glamour.

Au Kao le dimanche 17 novembre


Cate Le Bon

En 10 ans, Cate Le Bon a livré une œuvre aussi singulière que totalement passée sous les radars mais rarement tombée dans l'oreille d'un sourd – c'est elle et sûrement pas pour rien que Bradfox Cox est allé chercher pour produire le dernier album de Deerhunter. Ce, avec une propension considérable à se remettre en question comme sur l'ombrageux et confessionnel Reward, d'une beauté vibrante, entre avant-garde et tradition, no-folk et pop tordue, qui place la Galloise pop au même rang que ses plus illustres consœurs (PJ Harvey, Jessica Pratt). Et confrères.

À Grrrnd Zero (Marché Gare hors-les-murs) le mercredi 20 novembre


Derya Yildirim et Grup Simsek

Dans la même veine qu'Altin Gün mais depuis l'Allemagne et non les Pays-Bas, Derya Yildrim & Grup Simsek fait revivre l'âge d'or de la pop psychédélique turque. Rien de plus normal quand on sait l'importance de la diaspora turque outre-Rhin. Le résultat est, lui, tout aussi envoûtant que ce que propose Altin Gün, groupe par ailleurs ami, dans un entrelacs de "traditionals" turcs et de psychédélisme anglo-saxon circa les 60's surligné par le timbre divin de la chanteuse Derya.

À l'Épicerie Moderne le jeudi 21 novembre


Étienne Daho

Pour célébrer la réédition de son album préféré Eden, dont l'accueil l'avait quelque peu déçu, Étienne Daho a décidé de faire les choses en grand avec une tournée classieuse accompagnée d'une formation à cordes. Et à l'Auditorium, Daho met encore plus de petits plats dans des plats encore plus grands, conviant les musiciens de l'ONL à l'accompagner le temps d'un soir. Inutile de dire que pour les fans de Saint-Étienne, la soirée devrait avoir des airs de Paradis.

À l'Auditorium le samedi 23 novembre


The Chats

Leur nom ne dit sans doute pas grand chose à grand monde, ce qui n'est guère étonnant pour un groupe poussé à l'envers du monde, sur la Sunshine Coast australienne. Mais il commence, leur nom, à pétarader sérieusement dans le milieu du tatapoum où des vigies telles que Dave Grohl et Iggy Pop n'ont pas manqué de le repérer depuis 2017 et le sémillant Smoko. Et avec lui ce concept de pub punk dont The Chats se disent les inventeurs. Ce qu'on ne leur contestera pas tant leurs morceaux joués à fond de train fleurent bon le concours de descente de pinte.

Au Kao le dimanche 24 novembre


Stephan Eicher

Omniprésent sur scène dans toutes les configurations possibles, avec des machines automates ou un orchestre d'inspiration balkanique (Le Traktoreskar) et une beatboxeuse (Steffe la Cheffe) redessinant à tout coup sa discographie, l'Helvète errant était devenu fort rare sur disque (pour cause d'imbroglio avec sa maison de disques). Homeless Songs est ainsi son premier album original depuis 2012. Et bien sûr le chanteur fête la chose en s'accompagnant sur scène d'un ensemble à cordes, cette fois. Ce qui est rare Eicher.

Au Radiant le jeudi 28 novembre


Ludwig Von 88

C'est en 2016 que s'est reformé ce pilier de la culture alterno des années 80 pour constater que le culte dont il était l'objet ne s'était pas tari à mesure que les cheveux (les siens comme ceux de ses fans) avaient blanchi ou simplement chu. Et leurs nouveaux titres (comme Jean-Pierre Ramone ou Karmalpaga), car il y en a, publiés sur l'EP Disco Pogo Night, de se fondre avec les anciens (Houlala, Louison Bobet For Ever) sans qu'on ait tellement l'impression que le temps malgré tout, et les désillusions, sont passées par là.

Au Transbordeur le vendredi 6 décembre


Philippe Katerine

Du cinéma, beaucoup, des featuring, pas mal, quelque pastille fantaisie à droite à gauche (sa chanson pour le club de foot des Herbiers), comme pour Eicher on en venait à oublier que la raison sociale du doux-dingue vendéen était de faire des disques – et des concerts. Il nous le rappelle avec un nouvel album, Confessions, disque au long cours farci de prestigieux duos, à paraître le 8 novembre et une tournée qui nous rafraîchira la mémoire sur ses qualités d'entertainer scénique.

Au Transbordeur le jeudi 12 décembre


L'Épée

Au départ, ce devait être un nouvel album d'Emmanuelle Seigner – rare spécimen d'actrice authentiquement rock – bricolé par ses potes Limiñanas et emballé par le sorcier Anton Newcombe. Au final, c'est un nouveau groupe qui émerge du projet : L'Épée, avec ce casting premium déjà réuni pour le dernier album de Limiñanas (vous suivez toujours ?). Un objet néo-yéyé garage, sur lequel un autre compère, Bertrand Belin signe trois titres, qui dit d'emblée son nom : Diabolique. En concert ça ne doit pas s'ignorer.

À l'Épicerie Moderne le mardi 17 décembre


Baptiste W. Hamon


À Thou Bout d'Chant 2 rue de Thou Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Tinariwen


Radiant-Bellevue 1 rue Jean Moulin Caluire
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Deerhunter

Épicerie Moderne Place René Lescot Feyzin
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Etienne Daho

Daho chante "Eden" avec l'ONL
Auditorium de Lyon 149 rue Garibaldi Lyon 3e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Ludwig Von 88

Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Liam Gallagher, Thom Yorke et Woodkid seront à Fourvière cet été

Nuits de Fourvière | À l'approche du printemps tombe le programme de l'été, du moins du côté de Fourvière dont les Nuits vont une fois de plus occuper nos soirées de juin et juillet. Revue d'effectif du casting musical de cette édition 2020, toujours enrichi du programme parallèle des Salons de musique.

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2020

Liam Gallagher, Thom Yorke et Woodkid seront à Fourvière cet été

Passer aux Salons Commençons par Les Salons de musique des Nuits, cette extension intimiste et indoor des Nuits de Fourvière chargée de proposer une sorte de contre-programmation. La chose débutera avec un énième projet de l'intenable saxophoniste Thomas de Pourquery : Von Pourquery accompagné de chœurs du Conservatoire à Rayonnement Régional (2 juillet). Suivront le trio de multi-instrumentistes Bernard Lubat, André Minvielle et Fabrice Vieira (3 juillet), le Valetti Quintetto (5 juillet) formé par le même Minvielle, Raphaël Imbert, Beer-Demander et Serge Valtetti à la création et production ; un hommage à Henri Crolla, sorte de Django Reinhardt napolitain avec Dominic Cravic, concert suivi du film Le Bonheur est pour demain avec Crolla et Higelin (7 juillet) ; le spectacle Si oui, oui, Si non, non, où le jazz rock d'Albert Marcoeur rencontre les appétences contempora

Continuer à lire

L’espion qui venait de l’asile : "Le Lion"

Comédie | Médecin en hôpital psychiatrique, Romain s’est vu confier le cas de Léo Milan, “le Lion”, un malade surexcité se disant agent secret. Quand la compagne de Romain disparaît, le Lion y voit un coup des services ennemis et accepte d’aider son toubib, à condition qu’il le fasse évader…

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

L’espion qui venait de l’asile :

Inépuisable mais loin d’être simple à réussir, le buddy movie est un genre payant lorsque sa mécanique, bien huilée, est respectée : il suffit en général d’allier deux caractères dissemblables, et plus spécifiquement d’adjoindre à un costaud sûr de lui un velléitaire ayant le tracassin (clown banc & auguste), et de les plonger dans une quête (compte à rebours, poursuite, fuite, etc.). Force est de constater que les scénaristes du duo Matt Alexander ont respecté les codes à la lettre. Et que l’association fonctionne entre Dany Boon — de plus en plus attiré par les emplois physiques — et Philippe Katerine, qui ne surexploite pas ici, à raison, son aura de Pierrot lunaire. Cavale burlesque autant que film d’action dans la lignée des Bébel-Lautner (la B.O. très blaxploitation en rajoute une jolie couche vintage années 1970), la réalisation de Ludovic Colbeau-Justin est à la hauteur de celle du Zidi de La Totale, auquel Le Lion renvoie également — et qui, on s’en souvient, inspira True Lies à

Continuer à lire

Katerine à confesse

Pop | Retour en forme olympique d'un très grand Katerine, livrant avec Confessions sa complexité évangélique comme on s'offre entièrement. Le Transbordeur est promis à la renverse.

Stéphane Duchêne | Mardi 10 décembre 2019

Katerine à confesse

Allez donc le choper, le Katerine : réalisateur what the fuck (Peau de cochon) ; clown chez Gilles Lellouche et Éric Judor, panouillant chez Claire Denis ou Jonathan Demme ; ancien roi confidentiel de l'easy-listening intronisé mangeur de banane ; chevauchant de concert avec Arielle Dombasle et Alkpote, The Herbaliser et Pink Martini ; reprenant Mélissa sur l'album de duos de Juju Clerc

Continuer à lire

Jon est tout seul

Rock | En solo pour la première fois de son histoire, le bestial Jon Spencer est revenu l'an dernier nous casser la gueule à coups de hits dans la lignée de tout ce qu'il a pu produire en plus de trente ans d'éruptions blues. KO à prévoir au Kao. Rehaussé par la présence de la légende garage The Fleshtones.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 novembre 2019

Jon est tout seul

À 53 ans dont à peu près 35 pris entre les feux des innombrables projets qui ont jalonné une carrière aussi hyperactive que schizophrène (Pussy Galore, The Jon Spencer Blues Explosion, Boss Hog, Heavy Trash, etc.), Jon Spencer n'avait jusqu'ici même pas trouvé cinq minutes pour enregistrer le moindre album solo. Sans doute parce que le trash bluesman états-unien ne s'épanouit que dans la friction, les étincelles et la violente ébullition produites par l'émulation collective. L'impair, si l'on peut dire, est désormais réparé, le James Brown blanc blues ayant livré en 2018 ce que les médias anglo-saxons appellent non sans malice son "debut album". En solo donc. Un album savoureusement intitulé Jon Spencer chante les hits (Jon Spencer sings the Hits en VO), comme n'importe quel best of de n'importe quel squatteur de Top 50. S'avançant masqué d'ironie avec un titre doublant l'effet de celui de l'album, I got the Hits, comme pour feindre par antiphrase de n'en avoir jamais produit, Spencer ne livre pas moins, avec ce disque sous-titré « The world's most beloved melodies on one long-playing h

Continuer à lire

Le Doolittle des Pixies est grand

Indie Rock | S'ils viennent promouvoir au Radiant leur troisième album post-reformation, toujours amputé de la bassiste Kim Deal, les Pixies fêtent surtout cette année les trente ans de leur chef d'œuvre Doolittle, mètre-étalon immortel de rock foutraque qui a enterré jusqu'à ses émules.

Stéphane Duchêne | Mardi 15 octobre 2019

Le Doolittle des Pixies est grand

Il est des monuments qui jettent des ombres indélébiles jusqu'à l'infini, des disques dont le ballet des modes ne suffit pas à raboter la pertinence sans cesse renouvelée. Doolittle, troisième album des Pixies est de ceux-là, qui fête ses trente ans cette année sans la moindre ride. Lorsqu'il paraît en 1989, les Pixies menés par un certain Black Francis et une bassiste qui se fait appeler Mrs John Murphy ont déjà fait paraître deux joyaux bruts dont le fracas proto-grunge peine à masquer le potentiel tubesque (s'y bousculent comme on pogotte Caribou, The Holiday Song, Gigantic et le futur hymne de l'Apocalypse selon Saint-Fincher Where's my Mind ?). Mais là, comme par enchantement, comme si la foudre pouvait faire jaillir la grâce, le post-ado obèse à l'inimitable timbre de goret traqué et l'amazone hululante de l'Ohio semblent aligner leurs planètes au cordeau à mesure qu'ils désaxent leurs humeurs. Car s'ils ne coécrivent que l'ultime titre du disqu

Continuer à lire

Brigitte Fontaine, l'inadaptée

Chanson | La reine des kékés repasse par nos contrées avec quelques nouvelles chansons dans sa poche et un guitariste repéré chez Bashung pour l'accompagner : à ne pas rater.

Sébastien Broquet | Mardi 8 octobre 2019

Brigitte Fontaine, l'inadaptée

Omniprésente, Brigitte. La vraie, pas le fade duo, mais bien la Fontaine, celle qui s'est offert des collaborations avec l'Art Ensemble of Chicago ou encore Sonic Youth (deux titres encore inédits !) et ne semble pas prête de voir la source de son inspiration se tarir : cette année, on l'a suivie sur les étals des libraires avec son recueil de poèmes intitulé Paroles d'Évangiles, aux Éditions Le Tripode (avec une cover signée Enki Bilal). On l'a croisée sur grand écran cet été, dans le documentaire Hauts les filles ! de François Armanet et Bayon. On attend son nouvel album, le premier depuis 2013 et J'ai l'honneur d'être. Et la voici repartie sur les routes pour une longue tournée qui la voit passer par le Radiant-Bellevue ce mercredi 16 octobre, si tout va bien (à l'heure où nous bouclons, la dame a annulé sa date du 5 octobre à Nice pour une blessure à la cheville, mais le show lyonnais n'est pas remis en cause selon Mediatone, le producteur). Look de libellule À 80 balais fêtés pendant la dernière canicule, Brigitte Font

Continuer à lire

Metronomycon

Pop | « Metronomy pour toujours », voici la devise qui présente, fort modestement, le dernier album des popeux ultimes que sont Joseph Mount et sa (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 8 octobre 2019

Metronomycon

« Metronomy pour toujours », voici la devise qui présente, fort modestement, le dernier album des popeux ultimes que sont Joseph Mount et sa bande, de passage à l'Amphi 3000 ce 11 octobre : la pochette représente un volcan en éruption dont l'écoulement de lave trace à même ses flancs l'inscription Metronomy Forever. Pour toujours, peut-être, mais aussi partout tant le groupe du Devon semble pour allumer son feu d'artifices de tubes, piocher dans le grand fourre-tout de ses influences : des Cars (le terrible Insecurity), à un Prince glam (l'irrésistible Salted Caramel Ice Cream, le funky-soul suave The Light qui lorgne aussi vers Daft Punk), le grunge même (sur un pastiche électronisé à la sauce minimale Upset My Girlfriend), le rock slacker (Lately) et tout un tas d'autres genres (house, disco), de postures, digérées, délivrées, ressuscitées avec gourmandise. « N'est pas mort à jamais qui dort dans l'éternel » dit le Necronomicon Lovecraftien, ici repensé en hymne à la vie pop.

Continuer à lire

Benoît Forgeard : « à force de laisser entrer les IA dans le quotidien, il va devenir de difficile de leur résister »

Yves | Quand le cinéaste montre le frigo qui fait du rap, le spectateur peut rire mais aussi s’inquiéter. Benoît Forgeard grime en comédie ses inquiétude devant l’avénement des intelligences artificielles destinées aux consommateurs superficiels.

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Benoît Forgeard : « à force de laisser entrer les IA dans le quotidien, il va devenir de difficile de leur résister »

Après Gaz de France, vous continuez avec un scénario racontant une sorte de fin de monde… Benoît Forgeard : Oui c’est vrai : c’est ça la définition d’apocalypse d’ailleurs : pas forcément la destruction de la planète, plutôt le début d’un nouveau monde. Comment Yves a-t-il germé dans votre esprit ? Pendant plusieurs années, je faisais des pitchs de films imaginaires pour la revue So Film, et j’avais pour habitude de les écrire de façon assez poétique, sans trop me soucier de leur faisabilité. Là, j’étais allé à une conférence sur la domotique au Collège de France ; un spécialiste parlait des IA domestiques qui allaient arriver dans les maisons, notamment de la voiture automatique de demain qui lorsqu’elle percevra l’abaissement de vos paupières, prendra le contrôle du véhicule, se mettra sur le côté et appellera un proche (rires). Quand j’ai entendu ça, je me suis dit qu’il y avait une possibilité de faire une comédie : le potentiel burlesque est important dans cette idée que les IA prennent des initiatives.

Continuer à lire

Robot après tous : "Yves"

ECRANS | Un rappeur en échec se retrouve propulsé au sommet grâce à l’aide de son réfrigérateur intelligent, qui va peu à peu exciter sa jalousie… Une fable contemporaine de Benoît Forgeard sur les périls imminents de l'intelligence artificielle, ou quand l’électroménager rompt le contrat de confiance. Grinçant.

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Robot après tous :

En galère personnelle et artistique, Jérem (William Lebghil) s’est installé chez sa feue grand-mère pour composer son album. Mentant sur sa situation, il s’inscrit pour devenir testeur d’un réfrigérateur tellement intelligent baptisé Yves qu'il va devenir son valet, son confident, son inspirateur et finalement son rival… Mieux vaut rire, sans doute, de la menace que constituent les progrès de l’intelligence artificielle et le déploiement – l’invasion – des objets connectés dans l’espace intime. D’un rire couleur beurre rance, quand chaque jour apporte son lot "d’innovations" dans le secteur du numérique et des assistants personnels ou de l’agilité des robots androïdes. Sans virer dans le catastrophisme ni prophétiser pour demain le soulèvement des machines décrit par la saga Terminator, mais en envisageant un après-demain qui déchante lié à l’omniprésence de ces technologies ou à notre tendance à tout leur déléguer inconditionnellement. Mister Freezer Yves n’es

Continuer à lire

Le blues du désert au Musée des Confluences

Touaregs | Au sein de l'exposition actuellement en cours au Musée des Confluences, une place est accordée à la musique touarègue, emblématique d'un peuple nomade qui en a (...)

Sébastien Broquet | Mardi 29 mai 2018

Le blues du désert au Musée des Confluences

Au sein de l'exposition actuellement en cours au Musée des Confluences, une place est accordée à la musique touarègue, emblématique d'un peuple nomade qui en a fait son liant mais aussi le vecteur permanent de ses aspirations, que ce soit la révolte incarnée par Tinariwen à ses débuts, dont les cassettes tournaient de mains en mains, où les aspirations à la paix revendiquées aujourd'hui par Bombino, le plus influent des guitaristes de la nouvelle génération. Mais ils ne sont pas seuls à porter haut les couleurs de ce blues du désert, et les œuvres de Terakaft, de Tamikrest, de Toumast ou plus récemment de Imarhan sont aussi à saluer et à découvrir. Les femmes dans cette société matriarcale ne sont pas en reste et dans le sillage de Tartit, groupe à dominante féminine emmené par Fadimata Walett Oumar alias Disco, ont émergé de nouvelles pousses qui font aujourd'hui l'actualité : on pense bien évidemment aux Filles de Illighadad, trio à l'ascen

Continuer à lire

Touaregs : au-delà des fantasmes

Ethnologie | Au Musée des Confluences, le peuple touareg se dévoile : petite exposition, grand voyage.

Sébastien Broquet | Mardi 24 octobre 2017

Touaregs : au-delà des fantasmes

C'est une toute petite exposition qui s'est inaugurée au Musée des Confluences, mais elle ouvre sur une immensité : celle d'un désert, le Sahara. Là où vit et crée un peuple, les touaregs, auquel ce parcours est consacré. Fidèle à l'esprit d'un lieu où les disciplines s'emmêlent, l'évasion débute par un clip en animation et se clôture au son de Tinariwen, dans un mini-maquis où il n'est pas interdit d'esquisser un pas de danse tant ce groupe emblématique est irrésistible et porte tout autour du monde la parole de ses semblables. Mais avant ça, c'est l'artisanat et surtout les bijoux de diverses époques, montrant l'évolution et le renouvellement constants, qui auront émerveillé par leur sens de l'harmonie et rythmé la visite au cœur de l'âme de ce peuple nomade réparti sur un vaste territoire couvrant cinq pays d'Afrique. Le raffinement et une pudique fierté s'en dégagent, que traduit aussi l'art de la poésie, venant combler par la métaphore une certaine réserve dans l'expression orale, où la mesure, l'évitement et la réserve sont la règle : ce que l'on appelle le tangält. Autant d'objets (453 bijoux et amulet

Continuer à lire

Variable à orageux : "Un beau soleil intérieur" de Claire Denis

ECRANS | de Claire Denis (Fr, 1h34) avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine…

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Variable à orageux :

Isabelle, parisienne à la quarantaine flamboyante, traverse une mauvaise passe sentimentalement parlant. Les hommes ne manquent pourtant pas dans sa vie : un amant balourd, son ex mesquin, un jeune comédien qui boit trop, un voisin fantasque. Mais aucun ne ranime sa petite flamme… Tout musicien qui se respecte éprouve, en présence d’un stradivarius, la nécessité de le faire vibrer entre ses doigts. Juliette Binoche est de ce bois dont les instruments d’exception sont faits : une source d’inspiration, de vie et de naturel à même de sauver bien des scripts défaillants ; un sauf-conduit pour film sans centre de gravité. Un beau soleil intérieur ne tient que sur (et grâce à) elle : Claire Denis se contente de la filmer dans tous ses états (une aubaine), chopant forcément des instants magiques de vérité au milieu d’un océan de pas grand chose. C’est moins ouvragé que lorsque Sautet façonnait du sur-mesure pour Romy Schneider. Le pompon du WTF revient au face-à-face final avec Depardieu jo

Continuer à lire

Le blues sans fin de Tinariwen

Sono Mondiale | Le groupe emblématique de la scène touareg s'apprête à sortir un huitième album attendu et fait une halte par l'Épicerie Moderne : écoutons Tinariwen, dont les paroles disent beaucoup du chaos règnant dans leur désert aujourd'hui.

Sébastien Broquet | Mardi 22 novembre 2016

Le blues sans fin de Tinariwen

Le blues des hommes bleus n'en finit plus d'aimanter et de cristalliser les désirs, tant il est doté par sa profondeur et sa justesse d'une vocation universelle à apaiser les âmes et ouvrir les yeux. Malheureusement, il n'en finit pas non plus de conter les affres de leur désert, torturé et violenté depuis de si longues années, affres nourrissant les uns après les autres leurs disques, où se presse encore et toujours la fine fleur du rock : après Justin Adams (qui les révéla en produisant The Radio Tisdas Sessions), Carlos Santana, les Red Hot ou Robert Plant il y a quelques années, voici venir Mark Lanegan (Queens of the Stone Age) sur le prochain, Elwan, attendu pour parution le 10 février 2017, opus sur lequel sont aussi conviés Kurt Vile et Matt Sweeney (lui était déjà présent sur le précédent). Un album d'exil, encore, concocté entre la Californie et le Maroc.

Continuer à lire

Brigitte Fontaine annule son concert de vendredi

Théâtre de Vénissieux | Pour des raisons de santé, Brigitte Fontaine annule son concert initialement prévu ce vendredi 7 octobre au Théâtre de Vénissieux. Le (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 octobre 2016

Brigitte Fontaine annule son concert de vendredi

Pour des raisons de santé, Brigitte Fontaine annule son concert initialement prévu ce vendredi 7 octobre au Théâtre de Vénissieux. Le remboursement des places est possible dès aujourd'hui, auprès de la billetterie du théâtre : 04 72 90 86 60.

Continuer à lire

15 concerts où emmener votre amant/e, votre petit cousin ou même votre maman

Sélection | Sortez vos agendas, montez le volume : voici 15 concerts où choper des acouphènes, siroter des mousses et accessoirement, parfaire votre culture musicale ; de la sono mondiale au hip-hop américain, en passant par l'underground finlandais, point de répit pour les esgourdes.

Gabriel Cnudde | Mardi 20 septembre 2016

15 concerts où emmener votre amant/e, votre petit cousin ou même votre maman

HD Been Dope À peine 20 ans, une dégaine d'adolescent et il est pourtant l'un des poids lourds de la scène hip-hop new-yorkaise. Lui, c'est HD Been Dope, adulé par la critique et par ses confrères depuis sa première mixtape, sortie à 16 ans seulement. Avec son flow calé sur des instrumentaux très 90's, le jeune MC veut aller chercher ce qui se faisait de meilleur pendant l'âge d'or du rap de la Big Apple. Pour le moderniser, le modeler à sa sauce et en faire de l'unique. Au Périscope le jeudi 22 septembre Ibrahima Cissokho Cet inépuisable Sénégalais chante en anglais, en wolof et en mandingue, comme pour transcender les frontières du monde. Influencé par les musiques traditionnelles sénégalaises aussi bien que par toutes les musiques qui ont un jour croisé sa route (jazz, salsa, rock), Ibrahima Cissokho livre à ses auditeurs une musique que l'on pourrait bien qualifier "d'autour du monde" tant ses prestations sont des invitations à l'ouverture. Au Périscope le jeudi

Continuer à lire

"Hibou" : le style Dupieux se devine à chaque recoin

ECRANS | Un film de & avec Ramzy Bedia (Fr, 1h23) avec également Élodie Bouchez, Etienne Chicot, Philippe Katerine…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Si vous avez vu Frank (2015) de Lenny Abrahamson, portrait du leader d’un groupe de rock recouvrant sa tête d’une sphère pour parvenir à affronter le monde extérieur ; si vous avez lu/vu La Moustache (2005) d’Emmanuel Carrère, l’histoire d’un malheureux qui, après avoir rasé son attribut pileux, constate avec effroi que personne ne remarque la différence, et finit par s’interroger sur sa propre existence, alors vous pouvez faire l’impasse sur Hibou racontant comment un type ignoré par tous soigne sa self-estime en enfilant un costume de grand-duc — l’oiseau, pas l’artisto. Le style de Quentin Dupieux, dont Ramzy Bedia

Continuer à lire

Maxime Delcourt : Fiers de ne rien faire

Chanson Engagée | De 1968 à 1981, l'Hexagone est parcouru d'un vent libertaire et inventif s'immisçant au cœur de ses chansons et portant les premiers groupes de pop du pays. Le journaliste Maxime Delcourt en conte la génèse dans un livre et lors d'une conférence.

Sébastien Broquet | Mardi 24 mai 2016

Maxime Delcourt : Fiers de ne rien faire

« Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire » : cette baseline ultime de Saravah, label pas comme les autres initié par Pierre Barouh, lui-même directeur artistique pas commun, est devenu le titre d'un livre de Maxime Delcourt paru l'an dernier aux excellentes éditions Le Mot et le Reste. Lequel Barouh, du Japon où il passe aujourd'hui une bonne partie de son temps, nous écrivait il ya quelques années : « Depuis mon adolescence, j'ai toujours été imprégné de l'obsession de L'Autre rive (titre d'une chanson inscrite dans l'album Le Pollen), mais je me considère plus promeneur que nomade... » Cette promenade sur l'autre rive, l'auteur du livre nous y convie au fil des pages contant les petites et la grande Histoire d'un genre, la chanson, qui en France aussi a connu ses chemins de traverse pendant un peu plus de dix ans. Comme dans ce studio prêté justement par Pierre Barouh au génial combo de free-jazz, l'Art Ensemble of Chicago, en 1969 et donnant naissance à cet album indémodable de Brigitte Fontaine, Comme à la radio : elle passait justement par là avec des textes sous le bras et les grava en compagnie de

Continuer à lire

Jon Spencer : Acte II

MUSIQUES | Spencer X, le Retour du retour. À l'automne dernier, le trio blues atomique devait venir présenter sur la scène de l'Épicerie Moderne son Freedom (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 2 mars 2016

Jon Spencer : Acte II

Spencer X, le Retour du retour. À l'automne dernier, le trio blues atomique devait venir présenter sur la scène de l'Épicerie Moderne son Freedom Tower : No Wave Dance Party sur lequel, au prétexte de rendre hommage à cette ville résiliente tout en réveillant les fantômes underground de son passé, le lubrique Spencer prenait la Grosse Pomme comme Dominique de Villepin entendait prendre la France. Comme une femme et par tous les boroughs. Ce qu'il fit littéralement (Spencer, pas Villepin) au cours d'une tournée locale à travers le Queens, le Bronx et tutti quanti. Malheureusement, un problème de santé empêcha le groupe de poursuivre sa tournée européenne et ce d'autant plus que le Blues Explosion est comme Yoann Gourcuff : il ne joue qu'à 110% de ses capacités. Tout étant rentré dans ce fameux désordre qui fait l'essence de JSBX, le couvert est remis, Jon Spencer et consorts viennent honorer le 6 mars leur promesse, l'Épicerie Moderne - et tout ce qui passera à portée. SD

Continuer à lire

Gaz de France

ECRANS | De et avec Benoît Forgeard (Fr, 1h26) avec Olivier Rabourdin, Philippe Katerine, Alka Balbir…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Gaz de France

À l’image de son auteur-interprète Benoît Forgeard ou de son comédien principal Philippe Katerine (qui vont jusqu’à l’incarner à la ville dans leur esthétique vestimentaire et leur art de vivre kitsch-vintage), Gaz de France cultive un ton décalé épris de nonsense. Une sorte de burlesque froid et languide, dont les effets comiques naissent d’une improbable combinaison entre l’absurde, le contemplatif et le bavard musical. Pas tout à fait ratée, ni vraiment réussie, cette farce auteuriste et bariolée empruntant à la politique-(science)-fiction use de diverses stratégies pour compenser un budget qu’on suppose étriqué. Les décors, d’abord, sans doute voulus comme arty, design et épurés ; hélas, ils trahissent plutôt le carton-pâte fauché. Reste la distribution, solide, rehaussée par la présence magnétique d’Alka Balbir. Voilà en l’occurrence un procédé aussi déloyal que pervers, puisqu’il vise à obtenir notre libidineuse et concupiscente indulgence. Nous ne sommes pas dupes… *soupir*

Continuer à lire

Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

MUSIQUES | Entre Polna, Neil Young, les Insus et même le retour du plus si jeune Jon Spencer (porté pâle au printemps), les aînés seront là en force en 2016. Mais la jeune garde veille et ne s'en laissera pas compter.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

Jon Spencer aime tellement nos panoramas de rentrée – il en a déjà fait la Une – qu'il parvient même à y figurer deux fois par an. On l'annonçait en septembre dernier, voilà qu'on le réannonce pour le 6 mars à l'Épicerie Moderne. Avec bonheur, puisque si nous le faisons, c'est que le trio du New-yorkais avait dû annuler à la dernière minute cet automne pour raisons de santé. Tout va mieux, donc tout va bien, et cela indique peut-être que cette année 2016 sera légèrement moins pénible que la précédente – raccrochons-nous aux branches, tant qu'il y a encore des arbres. Or des branches, même vieilles, il se trouve qu'il en repousse, en témoigne une tripotée de reformations plus ou moins récentes de groupes plus ou moins relous à l'oreille (Louise Attaque au Transbo le 29 mars, Elmer Food Beat au CCO le 6 avril) dont la palme revient bien sûr aux Insus, soit Téléphone sans fille (n'y allez pas, c'est complet) – rayon nostalgie de jeunesse, on préférera de loin se consacrer à Nada Surf, qui ne s'est jamais déformé, le 26 avril à l'Epicerie. Ah, tiens on allait oublier Polnareff

Continuer à lire

Annulation du concert de Jon Spencer

MUSIQUES | Mauvaise nouvelle pour les amateurs de son rock'n'roll charnel et urbain, Jon Spencer annule l'ensemble de sa tournée européenne pour raisons (...)

Benjamin Mialot | Lundi 9 novembre 2015

Annulation du concert de Jon Spencer

Mauvaise nouvelle pour les amateurs de son rock'n'roll charnel et urbain, Jon Spencer annule l'ensemble de sa tournée européenne pour raisons médicales. Il ne se produira donc pas à l'Épicerie Moderne demain. Plus qu'à espérer un report (et à relire notre article pour patienter). Ou, pour les plus atteints, à se rendre au deuxième concert de l'autre Jojo (à Tony Garnier), qui lui se porte comme un charme.

Continuer à lire

Jon Spencer, le roi de New York

MUSIQUES | Sur son dernier album, au prétexte de célébrer une liberté retrouvée symbolisée par la "Freedom Tower", le Jon Spencer Blues Explosion déclare son amour inextinguible à cette vieille femme qu'est la Grosse Pomme. Et le lui dit par tous les trous fumants. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 3 novembre 2015

Jon Spencer, le roi de New York

Jamais aussi à son affaire que lorsqu'il s'agit de jouer les Screamin' Jay Hawkins efflanqués, prêcheur de bon temps à prendre avant que l'Apocalypse ne vienne nous gratter la viande et nous ronger les os, Jon Spencer et son duo d'acolytes qui font trois ravalent leur précédent Meat & Bone pour nous jouer la grand-messe commémorative d'un New York renaissant et néanmoins, pour une part, révolu. Freedom Tower – No Wave Dance Party 2015, voilà l'affaire. La Freedom Tower, c'est donc cette tour de Babel post-moderne célébrant la Liberté autant que son fantôme, le souvenir de la catastrophe et le devoir de redresser la puissance érectile américaine jadis portée par les jumelles déchues. Le superphallus enfin érigé sur l'ancienne béance de Ground Zero, c'est surtout cette vieille hydre de Blues Explosion qui bande comme un démon, un os non pas dans le nez, comme le précité Screamin', mais bien dans le pantalon. Car s'il s'agit de rendre hommage – «Come on fellas, we gotta pay respect» commande Spencer sur l'inaugural Funeral – c'est bien le pantalon sur les genoux, éructant et écumant d'énergie vitale jusqu'au bout

Continuer à lire

Rentrée musique : 20 concerts à ne pas manquer

MUSIQUES | De mémoire de rats de salle de concert, cette rentrée musicale est l'une des plus chargées que la ville ait connue. Qu'à cela ne tienne, ce ne sont pas dix concerts que nous vous avons tagués comme "incontournables" cette année, mais une vingtaine. Faites chauffer les boules Quiès.

Stéphane Duchêne | Mardi 29 septembre 2015

Rentrée musique : 20 concerts à ne pas manquer

Aline / Tigran / Jay Jay Johanson / Is Tropical Après avoir bu et dansé jusqu'à plus soif, bien profité de la belle hype initiée par Regarde le ciel, les Ex-Young Michelin ont pris la route du studio ICP de Bruxelles (temple du rock contemporain) à la rencontre de Stephen Street, mythique producteur et/ou ingénieur des Smiths (il fut le sage-femme de The Queen is Dead, t'as qu'à voir !), de Morrissey et de quatre albums de Blur. Le résultat, bien inspiré (et intitulé La Vie électrique), dégouline forcément de guitares cristallines et de rythmiques 80's dévalées en frenchy dans le texte. Quelque part entre les Smiths donc, les Triffids et un Daho d'époque moins daté. Aline est là, manquerait plus qu'elle revienne. Stéphane Duchêne Le 9 octobre au Marché Gare C'est un fait, le Tigran est un genre de prodigieux caméléon musical dont le génie serait profondément agaçant s'il n'avait pas la mansuétude d'en faire profiter les autres. Ce pianiste jazz (sur le papier uniquement), on l'a connu sous

Continuer à lire

Carrefour des inclassables

MUSIQUES | Dans la catégorie de ce que nous nommerons les inclassables, plutôt que sommairement world, jazz, blues, soul, etc., on retrouvera cette saison tout un aréopage de divas plus ou moins faunes et de grands fauves plus ou moins rugissants. Autant de personnalités musicales qui en imposent dès la première note. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Carrefour des inclassables

Au premier rang des femmes puissantes – dont la touche à tout Meshell Ndegeocello le 14 novembre à l'Epicerie Moderne –, il y a bien sûr la reine Susheela Raman. Inclassable, cette grande habituée des salles lyonnaises (cette fois le Kao, le 17 octobre) l'est peut-être plus que n'importe qui. Avec Queen Between, elle joue justement les go-between avec des musiciens du Rajasthan et la tradition qawwalie. Même constat pour une autre reine, Rosemary Standley qui, après Birds on a Wire avec Dom La Nena l'an dernier (à redécouvrir le 3 octobre à l'Atrium et le lendemain au Toboggan), vient présenter au Théâtre de Vénissieux, le 14 novembre, A Queen of Heart, un spectacle qui a déjà pris La Bastille (l'opéra parisien) et dans lequel elle se livre à un époustouflant exercice de transformisme music-hall où se croisent Purcell, Bashung, Nina Simone et l'âge d'or d'Hollywood. Pas de quoi, sans doute, impressionner la soul-woman Sharon Jones, reine elle du label Daptone, q

Continuer à lire

Indie Songs

MUSIQUES | En tournée commémorative depuis maintenant dix ans, les Pixies viennent de livrer "Indie Cindy", leur premier album depuis 1991. A l'occasion du concert événement de ces dieux de l'indie-rock aux Nuits de Fourvière, retour sur une carrière aussi géniale que chaotique en sept chansons. Pourquoi sept ? Parce que selon la numérologie maison, «if man is 5, then the devil is 6, and God is 7». Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 1 juillet 2014

Indie Songs

Caribou (Come on Pilgrim, 1987) Le titre ouvrant la carrière des Pixies. Formé par Charles Thompson IV – rebaptisé Black Francis, en hommage au prénom que son père entendait donner à un éventuel deuxième fils qu'il n'a jamais eu – et Joey Santiago (des Philippines), le quatuor est complété par Kim Deal – seule candidate à l'annonce « cherche bassiste aimant Hüsker Dü et Peter, Paul & Mary» – et le batteur David Lovering. Maquettes à peine écoutées, le label anglais 4AD les signe pour un premier (mini) album, Come on Pilgrim. Le quatuor, mené par le rageux rondouillard à la voix de chewing-gum, invente un style, le "loud-quiet-loud", une sorte de rock Milky Way – craquant à l'extérieur, fondant à l'intérieur – qui mêle surf rock, harmonies vocales et embardées punk sur des textes empreints de spiritualité déviante (Caribou, une histoire de réincarnation, Levitate Me, Nimrod's Son). Black, également fan d'ufologie, a grandi dans un foyer pentecôtiste croyant à la glossolalie. Mélange d'anglais, d'espagnol, de cris de cochon, de chants célestes, d'écriture automatique

Continuer à lire

L’esprit et la lettre

MUSIQUES | On allait écrire que dans le Love Letters des laborantins pop de Metronomy, infiniment bien produit et qui régalera sans doute les amateurs de vinyles et (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 29 avril 2014

L’esprit et la lettre

On allait écrire que dans le Love Letters des laborantins pop de Metronomy, infiniment bien produit et qui régalera sans doute les amateurs de vinyles et de son analogique – il a été enregistré dans le temple vintage Toe Rag – il manquait l’essentiel : des tubes. C’est effectivement ce qui apparaît lorsque l’on commence à se pencher sur ce troisième album, ou plutôt ce qui n’apparaît pas. L’emballage est tellement beau, le paquet cadeau si riche de couches successives, qu’on a le plus grand mal à dénicher le trésor qui s’y cache. Peut-être aussi, depuis Nights Outs (2008), s’est-on habitué, en enfants trop gâtés rendus paresseux par les sucreries, à un excès de générosité mélodique qui culmina fort haut avec The English Riviera, son The Look ravageur et sa Corinne aguicheuse. Le tube c’est la lettre de la pop, mais il y a, dit Saint-Paul dans son deuxième épître aux Corinthiens, la lettre et l’esprit. Et si l’on accepte ce principe, alors Love Letters et son esthétique suédée font mouche à coups de compositions aux rondeurs bizarres, profondément mélancoliques et infiniment vénéneuses (Monstrous, enfant du placard de Bowie, Mi

Continuer à lire

Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

CONNAITRE | 65 spectacles, 170 levers de rideau, des rendez-vous au TNG, à Gadagne ou à la Maison de la danse : les Nuits de Fourvière s'annoncent plus foisonnantes que jamais. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 13 mars 2014

Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

L'an passé, nous saluions le starpower de la soixante-huitième édition des Nuits de Fourvière. Maintenant que nous connaissons la teneur de la soixante-neuvième, nous voilà contraints de revoir notre jugement à la baisse : en termes d'éclat et de densité, la programmation de 2014 est à celle de 2013 ce que la Grande Nébuleuse d’Andromède est à la Voie Lactée. Le principal artisan de ce saut hyperspatial qualitatif n'est autre que Richard Robert, transfuge des Inrockuptibles qui semble avoir avoir définitivement trouvé ses marques de conseiller artistique. Impeccablement équilibré entre reconnaissance de phénomènes franco-belges (Phoenix,  Fauve et Stromae), concerts événementiels (un hommage à Robert Wyatt, Benjamin Biolay qui dirigera un orchestre pour sa nouvelle muse, Vanessa Paradis), rappels de la suprématie de la pop d'outre-Manche (le collectif multimédia Breton, Damon Albarn pour son premier album solo, Franz Ferdinand, Miles Kane), passages ob

Continuer à lire

Les Pixies aux Nuits de Fourvière

MUSIQUES | Après Etienne Daho, Stromae et Phoenix, une quatrième tête d'affiche musicale rejoint la programmation des Nuits de Fourvière 2014 : les Pixies. La bande de (...)

Benjamin Mialot | Mardi 7 janvier 2014

Les Pixies aux Nuits de Fourvière

Après Etienne Daho, Stromae et Phoenix, une quatrième tête d'affiche musicale rejoint la programmation des Nuits de Fourvière 2014 : les Pixies. La bande de Frank Black, qui préfigura le grunge à la fin des années 80 et "offrit" à David Fincher l'un des plus beaux génériques de l'histoire du cinéma, se produira le 2 juillet sur la scène du théâtre antique (mais sans Kim Deal, qui a quitté le groupe l'été dernier). Mise en vente des places le lundi 17 mars.

Continuer à lire

J'aime (pas) la chanson française

MUSIQUES | Au Petit Bulletin nous avons cette réputation, en laquelle nous croyons parfois nous-mêmes, qui veut qu’à l’instar du titre des opus du dessinateur Luz, «[On] n'aime (toujours) pas la chanson française». La preuve que si, un peu. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

J'aime (pas) la chanson française

On a beau eu noircir des Unes sur Françoiz Breut, la révélation Daisy Lambert, faire des ronds de jambes à Emilie Loizeau, Jean-Louis Murat, Benji Biolay, ou même ce drôle d'animal qu'on appelle Fauve – qui revient d'ailleurs déverser sa bile casse-gueule au Festival Nouvelles Voix à Villefranche – rien n'y fait. Une réputation, ça vous colle à la peau comme le pansement du Capitaine Haddock, tout ça parce qu'on n'est pas à fond sur Calogero – et ce n'est pas avec Circus, son opéra pop, que ça va s'arranger – ou que Jean-Jacques Goldman n'est pas notre français préféré. Le truc c’est qu’appréhender la notion de chanson française c’est comme essayer d’attraper un

Continuer à lire

Marques et Spencer

MUSIQUES | Après huit ans de hiatus discographique, le Blues Explosion de Jon Spencer revient mettre un grand coup dans la fourmilière blues avec le belliqueux et chaudard "Meat & Bone". Et un concert événement à l’Épicerie moderne. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 23 novembre 2012

Marques et Spencer

On se souvient (ou pas, plus probablement) de cette anecdote de Lara Fabian contant la phrase prononcée un jour par son manager et mari de l'époque : «Ensemble, on ira mettre un coup de tête à la Tour Eiffel et un autre à la Statue de la Liberté» – cette dernière n'aurait rien senti et la Tour Eiffel n'aurait pas souffert. Vous ne voyez pas bien le rapport avec Jon Spencer ? Il est pourtant évident, toute la carrière de Spencer ayant consisté à mettre des coups de têtes musicaux à son auditoire. Et aussi quelques bons coups de reins. A produire, au maximum, une sorte de jamboree explosif et, au minimum, un catfight d'amour vache qui finirait sur l'oreiller. On en a un bel exemple avec le clip de Boss Hog où Spencer et sa femme, la canonissime Cristina Martinez, s'ébattent dans le désert après s'être promis raclée et inhumation. Spencer, diaboliquement beau lui aussi, y apparaît efflanqué comme un chat de gouttière. Il le sera toujours, se permettant même de changer de genre en se faisant incarner par la crevette Winona Ryder dans le clip de Talk

Continuer à lire

Le Blues de la rentrée

MUSIQUES | En cette rentrée musicale, Lyon a, comme tout un chacun, le blues. Sauf qu'en l'espèce, c'est plutôt très bon signe et annonciateur d'un automne riche en fibre musicale. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 13 septembre 2012

Le Blues de la rentrée

Inutile de présenter le blues du dimanche soir, c'est une réalité identifiée (quasi) scientifiquement. On sait d'ailleurs depuis cet été – en tout cas, pour ce que ça vaut, un sondage l'a montré – que le blues du dimanche soir commence en réalité le dimanche... matin pour atteindre un pic vers 16h13 – la science est implacable et précise comme une Rolex. Prenons donc ce phénomène et multiplions-le par la racine carrée de la rentrée scolaire, que multiplie la nostalgie d'un été doré, moins les bouchons et les marmots qui braillent à l'arrière du Kangoo, plus l'arrivée imminente de l'automne, et la perspective d'un dimanche après-midi de novembre devant Michel Drucker, et vous obtenez une sorte de super blues du dimanche soir : le blues de la rentrée. Avec ceci de spécifique qu'il peut – cela a été établi par nos soins à l'aide d'une savante approximation – durer jusqu'à Noël. Talk about the blues Car même si l'on s'en tient à un strict point de vue musical, notre rentrée 2012, «elle vient de là, elle vient du blues», comme dit notre poète national. Ça a même commencé très fort le 4 septembre dernier, le jour même de la rentrée scolaire (comment

Continuer à lire

Summertime

MUSIQUES | «Voilà l'été, voilà l'été, voilà l'été-é-é», chantaient les Négresses Vertes. Certes, mais une fois qu'on a dit ça, comment étancher sa soif de musique estivale quand justement on n'a ni l'intention de chanter tout l'été, ni l'intention de quitter la région lyonnaise. Éléments de réponse. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 13 juillet 2012

Summertime

Chaque année, l'Onisep publie un ouvrage intitulé «Que faire sans le bac ?». C'est un peu la même vaste question qui se pose l'été venu : «Que faire l'été quand, rapport à l'augmentation de la recrudescence, à la crise, ou tout simplement du fait de l'absence de vacances, on est coincé à Lyon tel le renard dans un piège de braconnier ?». Se ronger la patte n'étant pas la solution – ce sont des choses qu'on regrette vite dès lors qu'on doit courir derrière un bus, rare en été –, l'amateur de musique aura quand même le loisir, s'il se remonte les manches, de se mettre quelques concerts sous les esgourdes. Pour cela, il peut commencer par remercier les Nuits de Fourvière qui ne remballent pas le matos avant la fin du mois de juillet. Et ô miracle, la plupart des concerts restant ne sont pas (encore) complets – exception faite de l'Éclat Final avec Brigitte et Arthur H et du hobo Charlie Winston. Summer session Voilà donc qu'il reste au programme de quoi bien combler sa fin de mois de juillet avec les bluesmen touaregs de Tinariwen (23 juillet), l'un des meilleurs groupes du monde – et on ne plaisante pas – ; l'ex-ministre de la Cu

Continuer à lire

Cruel summer

MUSIQUES | Avant l'été, le Transbo offre de réviser ses classiques en matière de genres, musicaux s'entend. Troisième Summer session et nouveau changement de genre donc. (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 6 juillet 2012

Cruel summer

Avant l'été, le Transbo offre de réviser ses classiques en matière de genres, musicaux s'entend. Troisième Summer session et nouveau changement de genre donc. Encore que dans le cas de l'invité du jeudi 12 juillet, il faille peut-être davantage parler de style que de genre, Hyphen Hyphen ayant beaucoup du premier sans qu'on puisse bien définir dans quelle école musicale s'inscrit le second. Bref, comme beaucoup de formation de son époque – Metronomy, Foals, The Shoes, Marie-Madeleine –, Hyphen Hyphen se nourrit un peu à tous les râteliers esthétiques à la seule condition que le résultat soit foufou – pour ne pas dire légèrement hystérique – obsédant et dansant, au point qu'on puisse inventer pour ce type d'originaux le terme d' «obsédansant». Soit une musique qui prend possession de votre cortex par impulsion électronique et vous secoue dans tous les sens. Faut-il y voir une coïncidence avec la recrudescence soudaine du cannibalisme dans le monde, mais le fait est qu'il y a de plus en plus de ces groupes qui vous mangent le cerveau en l'espace de quelques secondes, sans qu'on ne puisse guère se défendre. Hyphen Hyphen, venu tout droit de la Côte d'Azur est de ceux-là. À ceci prè

Continuer à lire

Les Invites de Villeurbanne 2012 : Invites pour tout le monde

CONNAITRE | Programmation des Invites de Villeurbanne 2012 : Le festival villeurbannais « pas pareil » vient de dévoiler sa foisonnante, éclectique programmation entre théâtre, danse, spectacles de rue, mimes, marionnettes, veaux, vaches, cochons, couvées, Didier Super en Christ sur BMX, des Grumaux, des carottes, et bien sûr de la musique de qualité à savourer en famille pour pas un rond. Stéphane Duchêne

Christophe Chabert | Lundi 23 avril 2012

Les Invites de Villeurbanne 2012 : Invites pour tout le monde

«Les Grumaux sont toujours là où on ne les attend pas». Il n'y a qu'aux Invites que l'on peut vous présenter de cette manière un (ou des) artiste(s) présent(s) – en l'occurrence, ici, des voltigeurs à mi-chemin de Mad Max et des Marx Brothers, les Demi-frères Grumaux. Bienvenue au festival pas pareil qui, dans les rues de Villeurbanne et pour la modique somme de rien, opère un retour à ces festivités d'antan où l'on montrait des ours à la foule pendant qu'un acrobate cracheur de feu tentait de prendre le dessus sur un joueur de flûte. On exagère à peine. Didier Christ Superstar Or donc, les Invites viennent de dévoiler leur programmation, qui contient de Grumaux mais pas que. Au rayon saltimbanque bien bancal, Didier Super devrait faire le boulot avec sa désormais célèbre – bien que non encore joué à Broadway, sans doute pour d'obscures histoires de contrats – comédie musicale, sobrement intitulée Didier Super La Comédie Musicale! (Et si Didier Super était la réincarnation du Christ ?). Où il est question de milliardaire dépressif, de témoins de Jéhovah, et d'un président de la Républ

Continuer à lire

Bonnes étoiles à Fourvière

CONNAITRE | Et voici la programmation complète (ou presque, tant elle est riche) des Nuits de Fourvière 2012 ! Certains événements étaient déjà connus, mais s’y ajoutent d’excellentes surprises, qu’elles soient musicales ou théâtrales… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 26 mars 2012

Bonnes étoiles à Fourvière

Les fuites ayant été nombreuses cette année (mais comment, à l’heure d’internet, garder sous cloche pendant trois mois les dates de tournée d’artistes que leurs fans observent comme le lait sur feu ?), on savait déjà que Les Nuits de Fourvière 2012 allaient envoyer du lourd. Cela faisait un bail que les organisateurs rêvaient d’accueillir Björk (le 30 juin), et ce sera donc chose faite cette année, après le lancement (passé un peu inaperçu) de son album concept multimédia Biophilia. Rêve aussi avec la reformation des Stone Roses (le 25 juin), groupe culte de la brit-pop flamboyante des années 90, dont le concert s’est inscrit in extremis dans la programmation. Enfin, retour en force de Bartabas, certes un habitué du festival, mais avec une de ses productions XXL, Calacas, où les cavaliers célèbrent la fête des morts mexicaine déguisés en squelettes sur leurs toujours impressionnantes montures (du 11 juin au 17 juillet au Parc de Parilly). Mais tout cela, on le savait déjà, donc. De A à Ben En revanche, deux poids lourds s’ajoutent à la liste : Ben Harper (le 17 juillet

Continuer à lire

Dire Fontaine

MUSIQUES | Amateurs de Brigitte Fontaine, soyez-au rendez-vous de l'Espace culturel Saint-Genis-Laval le 27 janvier pour un moment qui s'annonce unique en son (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 20 janvier 2012

Dire Fontaine

Amateurs de Brigitte Fontaine, soyez-au rendez-vous de l'Espace culturel Saint-Genis-Laval le 27 janvier pour un moment qui s'annonce unique en son genre. Dame Brigitte vous y fera la totale et un tour complet du propriétaire – à savoir son cerveau au fonctionnement si particulier – au cours d'une lecture musicale qui risque de laisser des traces. Première bonne nouvelle, la première partie du show et l'accompagnement de Brigitte seront opérés par le compagnon-homme de main-coach-muse-dresseur de la Fontaine (la Brigitte a un peu tendance à partir dans tous les sens), à savoir Areski Belkacem avec lequel elle travaille (et vit, donc) depuis des lustres et qui sait comment tirer la substantifique moelle de sa douce follasse, le Saint-Homme. Dans une sélection de ses nombreux textes : chansons, poèmes, livres – anciens comme L'Inconciliabule et Chroniques du bonheur ou récents comme Le Bon Peuple du Sang – l'ex-reine des zazous, des connes (c'est elle qui l'a dit) et du théâtre expérimental, piochera la matière d'une lecture qui ne ressemble à aucune autre, mélange de talk-over, de glossolalie qui fuit et de chanson borderline. Bref, du Brigitte – l'expression n'aura jamais eu aut

Continuer à lire

Touareg d'or

MUSIQUES | La coïncidence est étrange. Ou pas. À l'heure où la mitraille a redoublé sur une partie de leur territoire sans véritables frontières, les tirailleurs touaregs (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 30 septembre 2011

Touareg d'or

La coïncidence est étrange. Ou pas. À l'heure où la mitraille a redoublé sur une partie de leur territoire sans véritables frontières, les tirailleurs touaregs de Tinariwen, eux-même jadis combattants au sens propre de leur cause et de la liberté, ont remisé, à l'inverse de Dylan en son temps, l'hostilité électrique au profit de l'apaisement acoustique. Manière de déposer les armes ? D'en changer à la limite, le temps d'une parenthèse. Et depuis les débuts de l'existence de Tinariwen leur musique est toujours née sur un coin de bivouac, un instrument acoustique à la main, avant d'être tout autant électrifié qu'électrisé. À l'origine du projet Tassili, l'achat d'une guitare espagnole par Ibrahim Al Alhabib, à l'origine de la plupart des chansons de l'album, comme une clé vers de nouvelles possibilités d'expression de son propre folklore, mais pas que. Esprit d'ouverture et aura internationale obligent, les hommes sans pays (l'accès au Nord Mali, leur territoire traditionnel, leur est interdit), ont vu débarquer quelques invités de prestige échappés de Wilco ou de TV on the Radio. Sûrement pas un hasard. Car ce qui surprend le plus à l'écoute de Tassili, enregistré sur les contref

Continuer à lire

Repris(e) de justesse

MUSIQUES | Musique / On est tous d’accord : Philippe, le dernier album de Katerine, ce n’était vraiment pas ça. Mais avec Katerine, il y a toujours un double fond, (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 29 septembre 2011

Repris(e) de justesse

Musique / On est tous d’accord : Philippe, le dernier album de Katerine, ce n’était vraiment pas ça. Mais avec Katerine, il y a toujours un double fond, un train électrique qui en cache un autre (le très pop Les Créatures et son pendant lo-fi L’Homme à trois mains, le double segment Hélicoptère dans le film Peau de cochon). Donc, tandis qu’il enregistrait les vaines miniatures de Philippe, Katerine bricolait avec un groupe nommé Francis et ses peintres «52 reprises dans l’espace» de standards français, d’abord uniquement disponibles sur un site internet. L’affaire fit son petit effet car les chansons, loin de n’être que des gadgets amusants, démontraient que le garçon n’avait rien perdu de son oreille musicale. Et pourtant ! Transformer Partir un jour des 2B3, en balade mélancolique, ou À toutes les filles que j’ai aimées en morceau cool jazz à la Henry Mancini ne tombait pas sous le sens… Katerine et ses acolytes témoignent ainsi d’un génie réjouissant du contre-pied : pour Rectangle de Jacno, la mélodie au synthé originale est reprise au ukulélé, complétée par une ligne de basse, une batterie et des claquements de doigts ; à l’inverse, Un lapi

Continuer à lire

Tinariwen

MUSIQUES | Si l'on appelle les Touaregs les «Hommes bleus», c'est sans doute aussi qu'ils ont à voir avec le blues originel. Les Tinariwen en sont la preuve (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 15 septembre 2011

Tinariwen

Si l'on appelle les Touaregs les «Hommes bleus», c'est sans doute aussi qu'ils ont à voir avec le blues originel. Les Tinariwen en sont la preuve vivante depuis une dizaine d'années qu'ils trimbalent leurs guitares électriques comme autant d'armes et d'étendards. Mais pour son cinquième album, Tassili, le groupe du Sahara a déposé les kalash électriques pour un blues acoustique, apaisé et lumineux, enregistré dans le désert de... Tassili. Par chance un coup de SiroKao envoie ces nomades en terre lyonnaise pour nous faire profiter de ce blues dont le bleu profond donne la chair de poule.

Continuer à lire

Maestronomy

MUSIQUES | Laissez tomber Cannes et la Côte d’Azur. Bien trop cliché. Trop dans le mistral. En ce printemps, les quatre jeunes gens dans le vent, c’est Metronomy, et (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 12 mai 2011

Maestronomy

Laissez tomber Cannes et la Côte d’Azur. Bien trop cliché. Trop dans le mistral. En ce printemps, les quatre jeunes gens dans le vent, c’est Metronomy, et la meilleure carte postale à s’envoyer dans l’iPod, c’est celle de The English Riviera. Un disque comme un décor de cinéma, conçu par Joseph Mount comme un hommage à son Devon natal. Une station balnéaire fantasmée, envisagée comme l’équivalent synth-pop de la west coast américaine. Un Glamorama so british en bord de mer, où les cris des mouettes côtoient claviers et clins d’œil obsolètes. Un paysage imaginaire pour des chansons qui se situeraient entre Eagles et James Murphy, avec ce qu’il faut de bidouilles électro pour rappeler que Joseph Mount, avant d’être un leader pop exilé à Paris, a longtemps été ce geek de studio reclus dans sa cambrousse anglaise. Riviera rurale où il vivait en ermite parlant à ses bécanes, avant de trouver avec Nights Out la consécration du jeu de groupe. Trio devenu quatuor, Metronomy change dès lors de line-up (une fille à la batterie, un black à la basse) et d’humeur. Alors que Nights Out était un plaidoyer en faveur des soirées foireuses, du

Continuer à lire

Je suis un no man's land

ECRANS | De Thierry Jousse (Fr, 1h32) avec Philippe Katherine, Julie Depardieu…

Christophe Chabert | Mardi 18 janvier 2011

Je suis un no man's land

Grands admirateurs de l’œuvre de Luc Moullet, Thierry Jousse et Philippe Katherine lui rendent hommage avec cette comédie où Katherine, dans son propre rôle de chanteur à succès, se retrouve fictivement dans le village de son enfance et la maison de ses parents, à la faveur d’une étrange malédiction spatio-temporelle — et d’un effet spécial qui laisse songeur. Le prologue du film, catastrophique, où Judith Chemla cabotine outrageusement en vamp cherchant à coucher avec le chanteur, préfigure le ratage qui va suivre. Globalement dépourvu du moindre rythme, d’une grande platitude cinématographique (la HD n’est absolument pas maîtrisée), le film se contente de juxtaposer ses idées sans la moindre construction scénaristique, Katherine assurant un lien bien mou entre toutes les histoires (l’ancien pote aigri, l’ornithologue nocturne, le couple parental). Ce n’est ni drôle, ni mélancolique, mais ça se voudrait un peu des deux. Quant à Katherine, après son album de l’an dernier, il sape à nouveau sa crédibilité avec ce film à l’onanisme revendiqué. CC

Continuer à lire

Brigitte Fontaine

MUSIQUES | Fontaine, comme son nom l’indique, est intarissable. Quarante ans déjà qu’elle officie, discrète et néanmoins incontournable, sur le front d’un rock qui (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 10 décembre 2010

Brigitte Fontaine

Fontaine, comme son nom l’indique, est intarissable. Quarante ans déjà qu’elle officie, discrète et néanmoins incontournable, sur le front d’un rock qui assume les rides et les rimes les plus crues («Je suis vieille et je vous encule, avec mon look de libellule»). Fofolle et instinctive, elle s’impose surtout comme une luciole subversive qui éclaire, haut les cœurs et d’un beau doigt d’honneur, une scène alternative qui se ressource dans sa colère. Samedi 18 décembre au Transbordeur, la féé Kéké sera accompagnée du fidèle Areski Belkacem, pour un show forcément rock et farci d’humour loufoque. SL

Continuer à lire

Il vient de là, il vient du blues

MUSIQUES | C'est l'événement de cette fin d'année : Jon Spencer, mythe vivant du rock'n'roll contemporain (sans lui, pas de White Stripes ou de Strokes), fait escale à Lyon avec son Blues Explosion pour fêter six rééditions discographiques. Benjamin Mialot

Dorotée Aznar | Lundi 6 décembre 2010

Il vient de là, il vient du blues

N'y allons pas par quatre chemins (pratique d'autant plus inutile qu'ils mènent tous à Rome) : Jon Spencer incarne le rock'n'roll dans ce qu'il a de plus excitant. Tant et si bien que, si le genre venait à s'éteindre et si quelque scientifique se mettait en tête de le ressusciter comme d'autres s'y sont essayés à leurs dépens, c'est à partir de l’ADN de cet Américain aux rouflaquettes couleur pétrole qu'il faudrait mener les recherches. Chez lui, pas de reflux gastriques mortels à la mode Jimi Hendrix, ni de penchant pour le grand écart entre déballage de quéquette et publicité télévisée à la Iggy Pop. La mesquinerie narcissique de Keith Richards, la cyclothymie contre-productive d'Anton Newcombe, la fragilité claviculaire de Kurt Cobain ? On n'en trouve pas trace dans la carrière exemplaire qu'a menée Jon Spencer depuis ses débuts noisy à la tête de Shithaus jusqu'à sa récente apparition au festival événement organisé par le label Matador. Du style, de la sauvagerie, du respect et de l'ouverture d'esprit en revanche, le bonhomme en a à revendre. On dirait le sud Des six indispensables rééditions du trio qu'il mène depuis bien

Continuer à lire

Spécial K

MUSIQUES | Katerine est un K à part sur la scène française. Ambigu, déjanté, farfelu, le personnage se plaît à jouer les ingénus. Mais est-il toujours aussi génial, à force de marcher en funambule sur la corde ténue qui sépare le brillant du ridicule ? Stéphanie Lopez

Dorotée Aznar | Vendredi 19 novembre 2010

Spécial K

Simplet savant ou génie déconnant ? Parangon kitsch ou pygmalion punk ? Provocation à deux balles ou prodige capital ? Le K Philippe déconcerte. Jusqu’ici, on avait toujours tenu en estime son talent délirant pour la chanson décalée, son humour singulier sur disque, sur livre et au cinéma (Peau de cochon), son sens unique de l’absurde et de l’autodérision… Autant de miroirs à peine déformants tendus sur la société pour en railler les déraillements. Mais en déboulant à la rentrée avec un neuvième album qui se vautre dans la régression, la grossièreté et le déblatérage d’onomatopées, Philippe Katerine nous a laissés perplexes comme une baleine devant une banane. OK, à première écoute, on s’est marré comme le cétacé en découvrant ses phrases choc balancées à la raie publique («Liberté mon cul, fraternité mon cul…»), ses chansons bien crues pour bien dire que notre monde est cuit. Derrière l’insoutenable légèreté du paraître, on a vite compris que l’époux Groland use de pipi-caca pour exorciser sa colère : à n’en point douter son caprice infantile est sincère. Le problème n’est donc pas les lyrics de La Reine d’Angleterre («je vous chie à la raie»), ce sont plutôt les musiques qui cour

Continuer à lire

Blues en stock

MUSIQUES | L'un des titres emblématiques de Jon Spencer s'intitule Talk about the blues. Un sujet sur lequel le new-yorkais a toujours été très bavard. Que ce soit (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 16 juin 2010

Blues en stock

L'un des titres emblématiques de Jon Spencer s'intitule Talk about the blues. Un sujet sur lequel le new-yorkais a toujours été très bavard. Que ce soit avec Boss Hog (le groupe qu'il forma avec sa femme Cristina Martinez), The Jon Spencer Blues Explosion ou maintenant Heavy Trash, il n'a toujours été question que de ça : quel que soit le style musical adopté en vitrine, l'arrière-boutique résonnait de blues à triturer, à tordre ou à vitrioler pour s'assurer qu'il bouge encore et même qu'il s'agite au gré d'un punk rock digne de la danse de Saint-Gui. Entre pastiche et hommage, recherche musicale et déconstruction bruyante. Même souci du côté de Wovenhand et pourtant le résultat est quasiment aux antipodes de la musique de Spencer. Du blues, David Eugene Edwards, leader de Wovenhand et ancien chamane de 16 Horsepower, a toujours exploré la face sombre et gothique, mythique aussi entre attirance pour la transe indienne et fascination pour les immigrants chrétiens aux mains sales et à l'âme à laver. Un peu à l'image d'une église des pères fondateurs bâtie sur un cimetière indien, ce blues-là est noir comme le souvenir qui ne veut pas s'effacer, porté par la voix habitée de cet homme

Continuer à lire

Girl Power

MUSIQUES | Électro / Étonnant que Barack Obama n'ait jamais cité dans un de ces discours les membres du groupe de rap floridien Yo ! Majesty. Le regard grave, il (...)

Jerôme Dittmar | Vendredi 7 novembre 2008

Girl Power

Électro / Étonnant que Barack Obama n'ait jamais cité dans un de ces discours les membres du groupe de rap floridien Yo ! Majesty. Le regard grave, il aurait pu lancer : "j'ai rencontré des jeunes femmes extraordinaires. D'un courage exemplaire. Elles sont noires, homosexuelles, originaires des quartiers de Tampa Bay. Cette histoire est inscrite dans mes gènes et elle dessine le changement d'une nation qui est plus que la somme de ses composantes". Amen. Niveau politique-fiction et idéologie, Shunda K, Shon B et Jwl.B préfèrent coller un coup de latte bien vicieux dans les parties intimes du rap sexiste. Au propre comme au figuré. Le flot épileptique de ce groupe créé en 2006 s'entrechoque sur des instrumentaux flirtant avec punk, funk et crunk, influencés par Georges Clinton, ESG et les Salt'n'Pepa - qu'elles reprennent à l'occasion sur scène (le morceau Push It rebaptisé Kryptonic Pussy - ça promet). La musique crossover de leur premier album Futuristically speaking… Never be afraid (sorti fin septembre) est tout aussi audible dans une cathédrale, un ghettoblaster qu'un club huppé ou loqueteux. Ça tombe plutôt bien. Elles viennent bal

Continuer à lire

Que Touaregs viennent...

MUSIQUES | Musique / Quel est donc ce groupe si important pour que des gens aussi vénérables que Thom Yorke, Dominique A. et Elvis Costello en vantent les louanges (...)

| Mercredi 18 avril 2007

Que Touaregs viennent...

Musique / Quel est donc ce groupe si important pour que des gens aussi vénérables que Thom Yorke, Dominique A. et Elvis Costello en vantent les louanges ? Non pas la dernière sensation venue d'Amérique, mais d'authentiques Touaregs du désert réunis sous le nom de Tinariwen... Aujourd'hui, ils figurent avec les Congolais de Konono n°1 au sommet de ce vaste fourre-tout nommé «world music». Car la musique de Tinariwen, que l'on définit hâtivement comme un «blues du désert», c'est en fait du rock, du vrai, avec des guitares incroyables capables de riffs à la puissance démesurée, un foutu sens de la mélodie, des voix à la musicalité impressionnante et surtout une énergie à déplacer les dunes ou, chez vous, à pousser les murs de l'appartement. En concert, il doit être difficile de résister à ces guerriers ayant troqué leurs armes contre des instruments et leurs cris contre des chants de paix et de réconciliation. Mais il faut aussi absolument se procurer l'album (Aman Iman) qui bénéficie d'un travail éditorial comme on en voit peu de nos jours chez les majors : chaque chanson est reproduite phonétiquement, traduite et commentée, mettant en valeur toute la richesse textuelle, poétique et

Continuer à lire