Stephan Eicher : sans toit ni loi

Chanson | Attendu depuis sept ans, l'Eicher nouveau est arrivé, collection de chansons trop longtemps restées sans abri, que le Suisse vient présenter sur scène accompagné d'un ensemble à cordes.

Stéphane Duchêne | Mardi 26 novembre 2019

Photo : © Jeremiah


C'est un art que de savoir cultiver l'absence. Ces sept dernières années sans disque, Stephan Eicher les a comblées en faisant offrande de sa personne en une sorte de geste contre-voulzyenne.

Rendu à l'impossibilité de donner un successeur à L'Envolée (2012), par quelque imbroglio avec sa maison de disques ayant viré à la querelle d'apothicaires, le Suisse a occupé le terrain de l'absence en vagabondant de scène en scène, tentant d'y d'épuiser les possibilités de revisite live de ses chansons : ici une formule à automates, là un orchestre balkanique et une beatboxeuse (expérience qui verra quand même naître un album d'auto-reprises fanfare-onnes baptisé Hüh).

Rangé des querelles contractuelles, voici enfin que le barde bernois réussit le prodige de reparaître sans donc jamais avoir disparu. Le single Si tu veux (que je chante), caressé de cordes sensibles, nous avait mis sur la voix de ces Homeless songs.

Voyager en paix

Cet album dont il porte certains morceaux depuis des années d'empêchement, Stephan Eicher confie en avoir enregistré une version rentre-dans-lard pleine de colère. Avant de se raviser et de livrer un disque tout en douceur, en parfait contraste avec l'amertume distillée par des textes toujours aussi subtils – signés respectivement par ses deux alter-ego littéraires Philippe Djian pour le français, et Martin Suter pour le bernois.

Car d'une certaine manière ces chansons restées trop longtemps sans abri portent en elles – de façon subliminale ou plus directe – la trace du pénible pas de deux livré avec les requins édentés du music business : Si tu veux (que je chante), Homeless Song, Prisonnière, Je n'attendrai pas ou Monsieur – Je ne sais pas trop, toujours suffisamment habiles pour avancer masquées en chansons d'amours déçues.

Comme un pied de nez supplémentaire à la dictature du produit fini, le chanteur fait également exploser les formes et les formats standards du commerce musical, que l'expérience l'a conduit à exécrer.

Et l'abri que leur fait cet album, loin d'être un carcan, de permettre à ses chansons de se faire haïkus sous la minute (le laconique Broken, possible allégorie des terribles problèmes de dos qui le frappent depuis de longs mois) ou d'étaler leur douce langueur blessée hors de l'embarras du gabarit radio-édité ou du refrain obligé. Ici pas de tubes (encore qu'au fil des écoutes...), juste des symphonies de poche pour voyager loin. Voyager en paix.

Stephan Eicher
Au Radiant-Bellevue le jeudi 28 novembre


Stephane Eicher


Radiant-Bellevue 1 rue Jean Moulin Caluire
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Stephan Eicher en fanfare

Chanson | Depuis 2012 et le très beau L'envolée, Stephan Eicher n'a, à l'exception de Song Book, une collaboration avec l'écrivain suisse Martin Suter qui a engendré une (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 13 mars 2018

Stephan Eicher en fanfare

Depuis 2012 et le très beau L'envolée, Stephan Eicher n'a, à l'exception de Song Book, une collaboration avec l'écrivain suisse Martin Suter qui a engendré une tournée, plus sorti d'albums. La faute à l'un de ces imbroglios artiste/maison de disques qui vous mettent un songwriter au chômage technique. C'est pourquoi, peut-être, l'Helvète accumule les projets scéniques, y éclusant de toutes les manières possibles son très long répertoire. On l'a vu ainsi, depuis L'envolée donc, tourner en solo au milieu d'une armée d'automates ou avec le Polstergruppe de Stefan Lakatos pour un spectacle immersif et expérimental. Le voilà désormais en tournée avec une fameuse fanfare bernoise, le Traktorkestar, et la beat boxeuse Steff la Cheffe, une configuration qui emballe les tubes d'Eic

Continuer à lire

Moondog : le Dernier Viking

Nuits de Fourvière | À la suite des grands hommages fourvièrien consacrés à des figures mythiques de la musique contemporaine (Beatles, Waits, Wyatt...), les Nuits se penchent cette année sur l'un des musiciens les plus énigmatiques et influents du XXe siècle : Moondog, aka le Viking de la VI avenue.

Stéphane Duchêne | Mardi 7 juin 2016

Moondog : le Dernier Viking

Quand une légende commence, elle est souvent précédée de beaucoup d'autres. Or, quand Louis Hardin plus connu — même si c'est beaucoup dire — sous le nom de Moondog, naît en 1916, la légende familiale est déjà en marche et elle pourrait s'arrêter là. Son grand-cousin n'est autre que l'outlaw américain John Wesley Hardin, qui donnera son titre et une chanson à un album de Bob Dylan et passa 17 ans en prison pour meurtre à la fin du 19e siècle, avant d'être assassiné à El Paso. C'est dans cette culture parfois un peu schizophrène de l'ouest américain que baigne Louis, entre Kansas, Wyoming et Idaho : son père, pasteur épiscopalien, lui fait rencontrer un jour Yellow Calf : un chef indien arapaho qui l'initie au tambour en peau de buffle lors d'une danse du soleil. C'est probablement là que le rythme entre sous la peau du jeune garçon s'initiant ensuite à la batterie. À 16 ans, un accident digne d'un western — un bâton de dynamite trouvé sur une voie ferrée lui explose au visage — lui coûte la vue et le jeune homme navigue entre autodidactisme et institutions pour aveugle. De fait, toute sa vie sera ainsi positivement tiraillée entre underground et académisme : installé à

Continuer à lire

Moondog : en coulisse avec l'ensemble Minisym

Nuits de Fourvière | À Nantes où il répétait en ce mois de mai, il apparaît bien vite que l'ensemble Minisym (créé pour ressusciter Moondog) est le point d'appui principal (...)

Nadja Pobel | Mardi 7 juin 2016

Moondog : en coulisse avec l'ensemble Minisym

À Nantes où il répétait en ce mois de mai, il apparaît bien vite que l'ensemble Minisym (créé pour ressusciter Moondog) est le point d'appui principal de la soirée hommage concoctée par les Nuits de Fourvière. Amaury Cornut, 28 ans, le piano indien face à lui, écoute les sonorités métissées, classiques et mélodieuses, baroque et pop de ses quatre camarades et imagine comment cela va s'organiser dans la première partie du concert avec la voix de Stephan Eicher (ami et collaborateur de la légende), l’orchestre de l'Opéra de Lyon et le duo Dominique Ponty-Lakatos (piano / trimba). Avec rigueur, les Minisym s'attellent, à l'aide de partitions et des quelques enregistrements fidèles, à retranscrire la musique de Moondog sans la lester d'ornements inutiles, s'appuyan

Continuer à lire

La rentrée musique côté chanson et french pop

MUSIQUES | Ah, la France et sa diversité. Elle sera belle cette année, entre piliers indéboulonnables, y compris de nos salles lyonnaises, comebacks attendus, jeunes gens modernes (indé ou pas) pétris de talents et éternels relous. Rien que de très classique dans un paysage toujours très ouvert. Pour ne pas dire trop.

Stéphane Duchêne | Mardi 22 septembre 2015

La rentrée musique côté chanson et french pop

Si la rentrée musicale "française" est surtout affaire de reformation (voir page 4), la programmation saisonnière est aussi le théâtre du retour perpétuel de figures qui, elles, ne se sont jamais séparées. Et pour cause : elles sont seules. Un exemple ? Stephan Eicher ? Visiblement pas tant que ça, en tout cas il doit rapporter puisqu'on le reverra du côté du Radiant (7 octobre), mais cette fois-ci pour rejouer ses tubes à grands renforts étranges de carillons, de tuyaux d'orgues et de bobines Tesla. Changement de formule également pour Jean-Louis Murat (au Théâtre de Villefranche le 12 octobre) qui poursuit sa tournée Babel sans le Delano Orchestra. Cela ne devrait pas décourager ses fans, qui sont hardcore ou ne sont pas. Un peu comme ceux de Corbier qui, lui, fait des infidélités à A Thou Bout d'Chant pour se payer un Transbo (le 10 octobre). Cap sur Belin Tout cela ne rajeunissant personne, penchons nous sur la génération montante qui se taillera la part du Lyon, entre

Continuer à lire