Animali : l'arc-en-ciel de la gravité

Stéphane Duchêne | Mercredi 24 juin 2020

Photo : © DR


Lorsqu'on a découvert l'existence d'Animali au milieu de la décennie passée avec deux EP aux titres échevelés, The spark, and three others poorly-produced pieces of music et This plane's going down, are we all gonna die ?, on avait été immédiatement frappé, et très fort, par le sentiment de voir germer une sorte de jumeau français des flamboyants et détraqués Flaming Lips.

Ainsi que par le naturel déconcertant, et surtout le talent, avec lequel le groupe assumait la chose sans jamais risquer de souffrir de la comparaison. Mais au fond, ses membres l'avouent bien volontiers aujourd'hui, tout ceci n'était pas bien sérieux. Les années passant, Julien Jussey et Benjamin Richardier ont su et voulu se dégager de cette tutelle à l'ombre de laquelle ils allaient forcément tourner en rond.

Cela pour livrer le très classieux Mary D. Kay qui continue d'étaler des préoccupations pas toujours réjouissantes (du genre : le monde court à sa perte et ne trouve rien de mieux que d'accélérer) déjà présentes il y a cinq ou six ans, mais pétries avec davantage de soin et de profondeur. Évoluant au passage vers un classicisme pop qui a su conserver un peu de sa troublante folie, de son mystère et de sa schizophrénie : allez donc déterminer si l'on a affaire ici à un disque rassérénant ou enclin à nous jeter dans des abîmes de désespoir — parce qu'en fait un peu, et même beaucoup, des deux.

Entre pièces montées de cordes (Able Archer, Genetic Bomb), easy listening couleur Californie (Goodbye Sunday Aerobics), envolées cosmiques (The Acrobats), mélodies ascensionnelles crypto-soft rock (Connie & Blyde part.1) ballades lancinantes (Survival of The Filthiest, Connie & Blyde part.2) et basses rondes comme des queues de pelles (un peu partout), Animali nous étourdit dans un bel entrelacs d'injonctions contradictoires. Et vient poser des couleurs sur sa (notre) mélancolie. Un arc-en-ciel sur sa gravité.

Animali, Mary D. Kay (Archipel / Mikrokosm)

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Animali : « on nous a souvent traité de branleurs »

Pop | Après sept ans d'existence, le duo lyonnais Animali, composé de Julien Jussey et Benjamin Richardier vient juste de publier son premier album, Mary D. Kay, prenant le temps nécessaire pour trouver son équilibre. Et d'entamer une réflexion sur ce qu'est être un groupe émergent en 2020 et la pertinence de continuer à sortir... des albums.

Stéphane Duchêne | Mercredi 24 juin 2020

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Animali a été fondé en 2013, a publié deux EP, pourquoi autant de temps avant ce premier album ? Benjamin Richardier : en fait, on a commencé à enregistrer il y a longtemps, il existe plusieurs versions des morceaux du disque, le temps de trouver un son qui nous convienne. On a beaucoup recommencé. Julien Jussey : On avait aussi moins de temps pour travailler ensemble. Ben a eu un enfant. Moi, j'ai pas mal tourné, notamment avec Erotic Market, j'ai monté un deuxième studio, ce qui a pris beaucoup de temps [NdlR, il a aussi repris la direction exécutive du studio villeurbannais Mikrokosm, fondé et toujours supervisé par Benoït Bel]. Il y avait là une volonté de sortir le groupe du cycle de l'intermittence où il faut tourner pour avoir des cachets, sortir des disques rapidement pour pouvoir tourne

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«- Ce soir-là..., - vous rentrez aux cafés éclatants, / Vous demandez des bocks ou de la limonade... / - On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans / Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.» écrivait Arthur Rimbaud du haut de sa fringante et géniale précocité. Bon, pour les tilleuls sur la promenade on n'est pas sûr. Mais pour le reste, le café éclatant, les bocks, la limonade maison, et l'envie de faire les foufous, on peut penser qu'on tient là une description assez fidèle de ce que pourraient être les 17 ans du Ninkasi. A ceci près qu'il y aura aussi un bœuf – musical, s'entend – pour ouvrir des festivités qui dureront pas moins de cinq jours (du 10 au 14 septembre). Et qui comprendront l'un de ces fameux et surréalistes blind tests d'Harry Cover et DJ Stéphane – champions du monde de rébus – une journée enfants à la Guitoune, la présence de la résidente Maggy Smiss et de la référence hip-hop DJ Sly. Mais aussi, et surtout, un concert qu'on annonce assez dingue avec les électro-rocko-classieux marseillais de Nasser et une révélation pop multicolore lyonnaise, An

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