Festival Ninkasi : par ici la rentrée ?

Ninkasi | Histoire d'attaquer la saison automnale à la gorge et peut-être de forcer le destin des concerts post-Covid, le Ninkasi a remis sur la table son festival de rentrée, avec les moyens du bord mais pas mal de talent, dans l'organisation et sur scène. 34 artistes, 20 lieux, 97% de locaux, 100% de fun. Et surtout des concerts, nom de dieu !

Stéphane Duchêne | Mercredi 15 juillet 2020

Photo : © DR


Alors, certes on ne sait pas si la saison automnale aura lieu mais son lancement lui, oui — enfin si tout va bien — grâce au Festival Ninkasi, qui se veut depuis sa création l'an dernier le starter de la saison. Peut-être faut-il y voir pour le brasseur de bière et de culture, une manière de forcer le destin. De rester positif et de conserver quelques perspectives comme le clame le patron Christophe Fargier. Bien sûr, le Ninkasi a dû s'adapter à la situation et c'est une programmation en circuit beaucoup plus court (pas d'internationaux, parce que Covid, frontières et tout le bazar) qui s'annonce — et même plus que cela puisqu'on compte 97% de locaux, chiffre officiel confié par Fabien Hyvernaud, directeur général de Ninkasi Musiques qui s'exprime ci-dessous —, constitué notamment de quelques reports de concerts du printemps mais pas que.

Pour tout voir du 5 au 13 septembre, il faudra être organisé et mobile, puisque l'ensemble du réseau (vingt lieux nous dit le programme) est concerné. Si, comme nous, vous aimez l'une des plus fines lames pop lyonnaises, en l'occurence Grimme, il vous faudra vous déplacer jusqu'au Ninkasi de St-Romain-en-Gal le 12 septembre. Preuve du souci qu'a le Ninkasi de tisser un réseau culturel qui dépasse le simple cadre urbain et d'essaimer jusque dans la ruralité. Et même jusqu'à Saint-Étienne (c'est dire si on n'est pas sectaire) où se produira Maggy Smiss, Bourgoin (House Music Derivatives), Champagne (avec le Cover Club, fort efficace, tenu par les ex-Déjà Vu) — la ville pas la boisson (Nico & Dan), Villefranche (le duo de chansons Volt) Andrézieux et Tarare (Monsieur Timide) qui en plus d'être le siège de la brasserie-distillerie du groupe est doté d'une des plus belles scènes de tous les Ninkasi.

Open Air et Musik Lab

Concernant le gros des événements lyonnais pour urbains casaniers, les choses, et le festival lui-même, s'ouvriront donc le 5 septembre dès 17h avec un open air du côté du Ninkasi Guillotière avec NMB Afrobeat Experience, Maya Kutsi et DJ Andria puis le lendemain au QG de Gerland à 16h avec un raout réglé par le collectif Happiness Therapy. Puis tout un tas de concerts sis entre, Gorge de Loup (Ayse), Vaise (le funk de Big Chiefs), La Soie (Carte blanche à Sounds so Beautiful avec le trio jazz Freshtet), Sans Souci (Sam Arcande, moins soyeux que son nom ne le laisse entendre), Saint-Paul (Jacqueline), la Part Dieu (GTRN).

On peut également (re)citer la clôture du Lab donc, le 8 septembre avec les trois artistes les plus acclamés par le jury : Eustache McQueer (électro pop queer), Gyslain N. (sorte d'écrivain de l'oralité) et Arche (pop-psyché). Il est possible de s'y rendre les yeux fermés, le Musik Lab, confié aux oreilles d'experts accouche toujours d'un bon crû (des rediffusions des concerts de cette saison du Lab seront d'ailleurs diffusés aux changements de plateaux).

Épisode cévenol

Parmi les animations, l'ouverture le 7 septembre de la saison des blind test (en mondovision ou presque, c'est-à-dire dans tous les Ninkasi du réseau), une première édition des désormais cultes Lundis de la Salsa (le lundi 7, donc), le Soul Train Fever (vendredi 11 septembre de 22h à 4h à Gerland) ou encore le Disco Bingo de la rentrée proposé à la Doua (jeudi 10).

On a cité presque tout le monde mais on vous garde le meilleur pour la fin, qui d'ailleurs se produira en plein milieu du festival, le mercredi 9 septembre, avec le coup de cœur du Général Fabien Hyvernaud, grand orchestrateur de l'événement. Absence de personnalité de notre part (on a suivi ses conseils en allant écouter la chose qu'on ne connaissait guère) ou rencontre de grands esprits et de goûts intrinsèques, il se trouve que ce coup de cœur est aussi le notre, en la personne des Grys-Grys, tout en poils, cuir et rouflaquettes.

Si le nom de scène laisse à désirer, ce qui se cache derrière a de quoi vous décrasser les esgourdes après plusieurs mois de sevrage rock : soit du bon vieux garage rock un rien psyché qui irait se nicher quelque part entre des Strokes lo-fi, le Brian Jonestown Massacre et les cousins sudistes des regrettés Purple Lords. Le groupe étant originaire d'Alès, ce sera, pour les amateurs de météo, l'épisode cévenol du festival (en gros ça va venter et tomber dru). En première partie, les biens nommés et excellents The Wow Signal.

Si pour des problèmes de garde d'enfant ou d'emploi du temps relatif à cette rentrée, et bien sûr que vous n'êtes pas allergique au binaire bien troussé (si vous êtes plutôt dub, faites autre chose) il ne vous faut réserver qu'une soirée, mettez un billet sur celle-là. Enfin, façon de parler puisque l'ensemble du festival est gratuit.

Festival Ninkasi #2
Dans le réseau Ninkasi ​du samedi 5 au dimanche 13 septembre


3 questions à Fabien Hyvernaud
Directeur Général de Ninkasi Musiques

« Cette deuxième édition n'a rien à envier à la précédente »

Pourquoi avoir mainteneu l'organisation du Festival Ninkasi début septembre malgré les conditions sanitaires ?
Fabien Hyvernaud : Pour nous c'était difficile de se dire qu'on allait passer à côté de la seconde édition de notre festival qui a très bien marché l'an dernier. C'est aussi une manière de rester positif et dans une dynamique de reprise, de se donner des perspectives. Et c'est aussi le meilleur moyen de lancer notre saison. Mais si jamais les conditions sanitiaires ne permettent pas d'accueillir le festival dans de bonnes conditions, on se réserve la possibilité de le reporter.

Comment vous y êtes vous pris pour cette édition ?
J'ai eu pendant le confinement une fenêtre de tir d'environ un mois pour organiser tout ça, on a pas mal travaillé pour pouvoir donner un festival qui soit représentatif de tout ce que l'on fait dans les Ninkasi tout au long de l'année avec d'ailleurs et j'en suis très content, des événements dans chaque Ninkasi. On a réussi à avoir pas mal de groupes. Bien sûr il a fallu faire sans les internationsaux et principalement avec des locaux. Une partie de la programmation comprend aussi des artistes qu'on avait dû reporter au printemps ; ainsi que la clôture du Ninkasi Music Lab qui n'a pu avoir lieu... Mais je suis particulièrement fier de cette programmation. Pour moi elle n'a rien à envier à celle de la précédente édition.

Quels artistes conseilles-tu en particulier ?
Il y en aurait beaucoup car il n'y a pas de véritable tête d'affiche, pas mal de jeunes groupes à découvrir et tout un éventail de genres musicaux, encore une fois c'est une prog' vraiment à l'image de notre travail à l'année et balaie tous les styles musicaux. Mais j'ai un vrai coup de coeur pour Les Grys-Grys. Il faut absolument écouter ce groupe, c'est tout ce que j'adore en matière de rock garage. L'an dernier, nous avions un plateau Born Bad et je dirais que ce groupe en est un peu l'équivalent pour cette édition.

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