Pervitin, l'amphèt' de la musique

Garage Rock | Premier EP disponible en vinyle pour Pervitin, quatuor madré constitué de piliers du garage rock lyonnais. Au programme : 4 titres expédiés façon blitzrkrieg dans un mélange de swamp rock amphétaminé et de post-punk automatique.

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 septembre 2020

Photo : © DR


Sous d'autres cieux – au risque de choquer les puristes pour lesquels au Sud il n'y a point de Salut passés Lynyrd Skynyrd et l'Alabama – on appellerait ça du Southern Rock. Alors certes, avec Pervitin, on parle ici du Sud de Lyon mais on est toujours le Sudiste de quelqu'un. Or si l'on a affaire à un garage rock joué pied au plancher, ici le plancher est posée sur un marécage et le garage se coule dans le swamp rock. Celui d'une école dont les alumni les plus prestigieux s'affichent sous les noms de The Gun Club ou des Cramps. Aux premiers l'inquiétante étrangeté southern gothic, aux seconds le goût des cavalcades psychobilly sous amphét coupées à la chaux vive.

Sans doute ne faut-il pas aller chercher plus loin que dans cette source psychotrope le patronyme de ce groupe d'autant plus prometteur qu'il s'agite dans l'escarcelle de Teenage Hate Records : la Pervitin, on le précise pour ceux qui n'auraient pas rédigé une thèse intitulée "pharmacopée et nazisme", c'était cette métamphétamine manufacturée par le laboratoire allemand Temmler Werke à la fin des années 30 et qui fut si populaire en Allemagne qu'un chocolatier en fourrait ses confiseries pour le grand bonheur de ménagères teutonnes accrochées aux rideaux.

Terminer une guerre

Testée sur des araignées dans les années 50, la drogue révolutionna l'architecture de leurs toiles, composant alors des formes on ne peut plus baroques. Sur les nazis, utilisée à haute dose à des fins militaires, la Pervitin aurait été l'ingrédient principal de la blitzkrieg de 1940. Et aussi sans doute celui de la défaite de 1945, une fois ses consommateurs devenus fous de manque de sommeil et par manque tout court.

Défaite mise à part, il en est de même pour cet EP quatre titres qui n'a le temps de rien – pas un morceau à plus de 3'33'', la moitié sous les deux minutes. Plus on avance dans l'écoute plus l'embuscade furieuse jaillie de la mangrove telle La Créature du Lac Noir se zombifie en une sorte de new-wave bornée, dans la lignée d'un groupe issu d'une toute autre mayonnaise que les précités excités américains : les Britanniques de Wire.

Soit les deux derniers titres, quand la marche quasi pavlovienne de Repetitive mechanism s'accompagne d'une pensée brumeuse et confuse symbolisée par A fluffy thought. Où l'on s'aperçoit que même en pilotage automatique, les Pervitin savent aussi bien finir une guerre qu'ils ne l'ont commencé : à toute allure et les nerfs en vrac. Les nôtres compris.

Pervitin, S/T (Teenage Hate Records / Dangerhouse Skylab)

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