Arandel : « aussi compliqué que se remixer soi-même »

Electro-Bach | Même si c'est une première partie, c'est l'un des événements des Nuits de Fourvière : la transposition du fabuleux "InBach" d'Arandel sur scène. Avec pour ce concert lyonnais, une pléiade d'invités et des arrangements de cordes. Un événement qui se double de la sortie de "InBach vol.2" composé d'inédits de la rencontre Bach/Arandel.

Stéphane Duchêne | Mercredi 30 juin 2021

Photo : © Julien Mignot


Comment as-tu mis au point ce live d'InBach ?
Arandel : Au départ, c'est un projet en trio avec Ornette aux claviers qui s'occupe de toutes les parties de Bach. Je voulais qu'il y ait quelqu'un sur scène pour les jouer, que ce ne soit pas uniquement de l'électronique ou des bandes. Il y a aussi Flore aux machines et moi sur plusieurs instruments, du chant, de la flûte, des claviers, de la batterie. On joue majoritairement InBach mais aussi quelques morceaux des albums précédents qui trouvaient leur place, ce qui n'était pas évident. Avant les live d'Arandel, c'était 1h10 sans pause, les morceaux étaient fondus, enchaînés, dans un format plus club. Là, c'est plus classique avec des pauses pour respecter les morceaux de Bach.

À Fourvière c'est un peu spécial, avec des invités présents sur l'album...
Oui, l'an dernier, on devait avoir ce live à Days Off à la Philharmonie de Paris. C'est le projet qu'on avait vendu à Fourvière mais les deux concerts ont été repoussés. Comme invités il y aura Barbara Carlotti, Emmanuelle Parrenin qui vient jouer de la vielle, Julien Gasc à la basse, et le quatuor Emana que nous a présenté Richard Robert [ancien programmateur des Nuits, désormais à l'Opéra Underground]. Des arrangements ont été écrits par Jiri Heger et Mélie Fraisse.

Ce quatuor et ces arrangements sont-ils un retour au baroque originel ?
Les arrangements viennent compléter ce qu'on a enlevé des instruments. En le transposant sur l'album puis pour le live, on avait doublement pris de la distance avec Bach, mais de remettre des arrangements de cordes refait le lien avec Bach, c'est une espèce de colle qui fait que les choses commencent à être à leur place avec les cordes. Je suis d'ailleurs beaucoup plus confiant pour le concert de Fourvière que pour les concerts en trio.

Un Bach saturé, sale

Techniquement, est-ce que ça a été compliqué de transposer le disque pour ces concerts en trio et avec invités ?
Très compliqué. Jusqu'à maintenant les transpositions des morceaux d'Arandel pour le live était faciles puisque tous les morceaux sont en ré et qu'on les fondait les uns dans les autres. Là, chaque morceau a été pensé autour d'un invité ou d'un instrument particulier et je savais que je ne voulais pas d'un live machine avec deux personnes derrière un ordi qui balancent des enregistrements de l'album. Il a fallu refaire le travail que j'avais déjà fait dans le sens de Bach vers l'album pour le faire de l'album vers le live. Sauf que je n'avais pas le recul qu'il fallait. C'était aussi compliqué que se remixer soi-même.

En parallèle du concert, un volume 2 d'InBach sort avec de nouveaux morceaux...
Oui, ce qui était prévu au départ c'était un EP de remixes et un peu plus tard un EP avec les morceaux non utilisés des sessions d'enregistrements. Et avec le confinement, le fait que l'on me parle de morceaux de Bach que je ne connaissais pas, j'en ai refait huit. D'un EP c'est devenu un album, on a recherché de nouveaux invités...

T'es-tu autorisé plus de choses sur ce deuxième volume ? Peut-être moins de déférence envers Bach ?
Je pense, parce que j'ai abordé beaucoup de ces morceaux avec la volonté d'expérimenter. Ne pas m'imaginer tout de suite que ça allait être pour un album, qu'il n'y ait pas de commande, qu'il n'y ait pas cette pression des instruments du Musée, ça a aidé. J'avais commencé à travailler Concerto for No Keyboard pour tester un synthé, à partir d'un morceau pas très inspirant pour moi. Je m'étais dit : je vais essayer de faire du Bach un peu acid. Je n'avais pas envie d'un truc propre qui respecte Bach. À tel point qu'en travaillant avec l'ingé son, on n'a pas trouvé de mix satisfaisant et on a gardé ma démo. Je voulais cet esprit-là, un Bach saturé, sale.

Arandel & invités
Au Théâtre Antique de Fourvière le dimanche 11 juillet (en première partie de Stephan Eicher)


Stephan Eicher + Arandel & invités

Arandel & invités inBach
Théâtres romains de Fourvière 6 rue de l'Antiquaille Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Arandel, Bach to the future

Histoire d'un disque | En donnant sa vision personnelle et électro-pop de la musique de Bach, Arandel livre, avec InBach une sublime profession de foi de ce que doit être la musique : une matière vivante, un phaéton temporel autant qu'une créature mutante. Et au passage tombe le masque enfilé il y a dix ans.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 janvier 2020

Arandel, Bach to the future

Voilà dix ans, nous vous présentions ici-même Arandel : insaisissable créature musicale sans visage, soumise à un dogme imposant la contrainte comme seule voie possible vers la liberté artistique : l'invisibilité donc, mais aussi et surtout cette idée de composer de la musique électronique en ne recourant qu'à l'organique, en laissant de côté le numérique, les instruments virtuels, le sample – bref en jouant tout « à la main ». Une sorte d'électro artisanale où le geste compte autant que l'idée. Et, pour finir, des morceaux exclusivement composés en ré ("D" selon la nomenclature anglo-saxonne). La chose était née presque par accident, à la suite d'une poignée de remix, laboratoire parallèle et provisoire d'un musicien lyonnais connu sous l'alias Scalde, que l'on voyait alors en chef de file de la scène pop lyonnaise. Sauf que InD, l'album livré alors sur le label d'avant-garde InFiné, frappa suffisamment les esprits pour que la créature – telle celle de Frank

Continuer à lire

Insomniaque - Semaine du 21 au 27 mai

MUSIQUES | 3 RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : Com Truise au Sucre, Marquis Hawkes au DV1 et Clara Moto, Arandel et Cubenx à l'Île Barbe. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 20 mai 2014

Insomniaque - Semaine du 21 au 27 mai

21.05 Com Truise Déjà quatre ans que sa carrière a débuté, et Com Truise n'a toujours pas enregistré de remix de Take My Breath Away, le slow à gros synthés qui accompagnait le baiser réconciliateur de Tom Cruise et Kelly McGillis dans Top Gun. Un comble pour ce fétichiste des années 80, dont les productions évoluent aux confins de la synthwave pour soleil couchant de Tangerine Dream et de l'ambient à grand angle de Boards of Canada. Il ne faudra pas compter sur son live au Sucre pour corriger le tir. Pour qu'il vous donne envie de longer les côtes californiennes au volant d'un cabriolet rétro, en revanche... 23.05 H&S 1 Avec son pseudonyme de dealer louisianais et son ingéniosité sans cesse renouvelée en matière d'anonymat (bandages, capuche, bandana, il a tout essayé, même le sac en papier à slog

Continuer à lire