Concert post-minimaliste : Lang au chant

Festival Superspectives | À travers un programme en quatre œuvres, l’Ensemble Dedalus nous immisce dans l’univers musical de l’américain David Lang, un post-minimaliste qui fait la part belle au chant et à la voix dans ses compositions.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 5 juillet 2021

Photo : © DR


Né à Los Angeles en 1957, étudiant en musique brillant (il ira jusqu'au doctorat, puis enseignera à la prestigieuse université de Yale), David Lang fut membre d'un groupe de rock, prit des cours avec Hans Werner Henze ou Elliott Carter, tout en écoutant Steve Reich et Jimi Hendrix, puis opta pour le système D à New York avec deux autres compositeurs pour diffuser leur musique, en créant en 1987 le "groupe-organisation" Bang on a Can. Bref, David Lang répond au joyeux cocktail US de l'artiste tout à la fois hyper formé au classique, ouvert à tous les genres musicaux, épris de nouveauté, et capable d'aller se confronter à d'autres disciplines.

Il ira du côté du cinéma (pour la musique du film Youth de Sorrentino), de la danse (en collaborant par exemple avec Edouard Lock), et encore et surtout du côté du théâtre et de l'opéra. On lui connaît d'ailleurs une bien singulière œuvre lyrique : L'opéra chuchoté créé en 2013, destiné à un public d'une quarantaine de personnes et où les chanteurs déambulent en murmurant et chuchotant près des spectateurs. Le concert, la performance live, restent pour David Lang des moments privilégiés et cruciaux de la musique, au cœur de sa démarche musicale. Au chœur aussi quand, en 2016, il réunit à New York rien moins qu'un millier de chanteurs pour The Public domain !

À la fois David et Goliath

On qualifie couramment la musique de David Lang de post-minimaliste, mais Lang connaît aussi ses classiques, a étudié de près le sérialisme, et n'hésite pas à puiser dans la pop autant que dans la musique dite sérieuse. Il porte une grande attention aux rythmes et à leurs stratifications, mais voue aux gémonies la répétition pour elle-même, qui n'initierait aucune variation.

Difficile donc de définir ce compositeur qui se remet sans cesse en selle dans des projets hétéroclites (avec Peter Greenaway, le Kronos Quartet, Steve Reich et tous ceux déjà cités ci-dessus…). Une chose ressort néanmoins de son éclectisme et de sa curiosité tous azimuts : l'importance du chant et de la voix, qu'elle soit chuchotée ou démesurée, opératique ou plus intimiste, solitaire ou hyper chorale… À travers la voix, David Lang entrecroise aussi souvent son double intérêt pour l'aspect non narratif de la musique et la narrativité propre à la littérature (avec des textes qu'il écrit lui-même ou qu'il emprunte à Andersen, Ambrose Bierce, Shakespeare, Coleridge…).

La soirée concert David Lang présentée à Lyon est centrée sur l'œuvre Death speaks, où guitare électrique, voix, piano et violon oscillent entre son rock, écriture savante et musique contemporaine, et où un chant féminin est prégnant. Ce concert a été créé en 2017 par l'Ensemble Dedalus installé dans le sud de la France avec des musiciens l'Orchestre National de Jazz. Son étape lyonnaise est une belle occasion de découvrir l'univers riche et polychrome de David Lang.

David Lang, Death Speaks, par L'Esemble Dedalus
À la Maison de Lorette dans le cadre du Festival Superspectives le jeudi 8 juillet


Repères

1957 : Naissance à Los Angeles

1987 : Un de ses premiers enregistrements Are you experienced s'inspire de l'album éponyme de Jimi Hendrix. Fondation de Bang on a Can avec Julia Wolfe et Michael Gordon

1999 : Collaborations avec le Kronos Quartet, pour la musique du film Requiem for a dream

2008 : Prix Pulitzer de la musique pour La Passion de la Petite Fille aux allumettes, inspiré à la fois du conte d'Andersen et de la Passion selon Saint-Matthieu de Bach

2013 : Création de L'Opéra chuchoté

2016 : Création à New York de The Public domain, avec… un millier de choristes !


David Lang

"Death Speaks"
Maison de Lorette 42 de la montée Saint Barthélémy Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Quais du Polar : De la suite dans les idées

CONNAITRE | Les diamants ne sont pas seuls à être éternels. Non contentes de survivre à leurs créateurs, les grandes figures du roman policier ou d’espionnage s’offrent même des prolongations en se faisant adopter par de nouveaux parents : de quoi reconsidérer les liens du sang.

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Quais du Polar : De la suite dans les idées

Le sort est injuste pour les auteurs de polars : ils suent sang et whisky pour inventer des personnages originaux, s’esquintent la santé à créer des structures narratives innovantes, des formes stylistiques inédites et/ou des intrigues insensées… Tout ça pour qu’après leur trépas des godelureaux qu’ils ne connaissent en général ni des lèvres, ni des dents, reprennent la boutique d’un clavier enfariné ! Si la pratique semble hérétique dans l’édition francophone, à moins de travailler en famille (l’épouse et les enfants de Jean Bruce lui ont succédé aux commandes de OSS 117 et Patrice Dard a pris la relève de son paternel Frédéric pour la série San-Antonio), elle semble naturelle chez les voisins anglo-saxons, où de Sherlock Holmes à Hercule Poirot récemment (sous la plume de Sophie Hannah), la plupart des détectives de papier bénéficient d’un bonus en librairie. Les lecteurs sont loin de s’en offusquer : d’abord, parce que le cinéma a ouvert la brèche en multipliant adaptations et avatars des héros populaires ; ensuite parce que le culte de l’auteur se révèle moins exacerbé qu’on ne le croit. Cette année, Quais du Polar donn

Continuer à lire

David Lang mis en corps et en mouvements

SCENES | Les Subsistances, dites «Laboratoire international de création artistique», se lancent dans une nouvelle formule... Un nouveau tube à essais intitulé Aire (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 26 janvier 2012

David Lang mis en corps et en mouvements

Les Subsistances, dites «Laboratoire international de création artistique», se lancent dans une nouvelle formule... Un nouveau tube à essais intitulé Aire de jeu (première édition du 2 au 7 février) où il s'agit de précipiter des chorégraphes dans le liquide musical d'un compositeur contemporain, ici l'américain David Lang aux œuvres minimalistes ou au contraire plus lyriques, influencées aussi bien par Steve Reich que par Karlheinz Stockhausen ! Le Lyonnais Yuval Pick, tout nouveau directeur du CCN de Rillieux-la-Pape, en profitera pour aller à l'encontre de ses habitudes chorégraphiques et, à une danse lyrique et pulsionnelle, opposera une danse beaucoup plus décomposée et analytique, simple et basique. Maud Le Pladec proposera deux pièces : un solo où un danseur ira lui aussi contre sa formation et une autre pièce... sans danseur !  L'Américain Andros Zins-Browne s'essaiera quant à lui pour la première fois à une chorégraphie sur une musique potentiellement envoûtante, alors qu'il travaille habituellement uniquement sur des bande-sons bruitistes ou pop. Les musiques de ces trois spectacles seront jouées en direct par des interprètes du Conservatoire National Supérieu

Continuer à lire