Stravinsky et Mahler au menu

Rentrée Classique | La musique dite savante ne s’arrête pas à Mahler ni même à Stravinsky (que nous serons heureux de réécouter cette année), et son cœur bat toujours aujourd’hui. Ce que nous rappellent notamment la Biennale des Musiques Exploratoires et la structure Superspectives.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 4 janvier 2022

Photo : © Julien Mignot


Commençons par la fin et donc par ce que les salles de concert proposeront de plus contemporain à nos oreilles ! 2022 est notamment une année de la Biennale des Musiques Exploratoires (du 10 au 27 mars) avec quarante compositeurs contemporains et 17 créations mondiales à son programme. Elle se déroulera aussi bien au Sucre (Ryoji Ikeda) qu'aux Subs (Clément Vercelletto, Florentin Ginot) ou au Théâtre de la Renaissance à Oullins (Marc Monnet, Fernando Fiszbein…) et dans bien d'autres lieux encore… L'Auditorium participe à l'événement avec un week-end sur le thème "musique, espaces et architecture" (les 26 et 27 mars). On pourra y découvrir notamment plusieurs œuvres du compositeur Gérard Grisey (1946-1998). Grisey fut dans les années 1970, avec Tristan Murail et d'autres, l'un des initiateurs de la musique dite spectrale qui s'appuie sur la technologie informatique, module des fréquences et dilate des sons dans la durée… L'Ensemble Intercontemporain jouera plusieurs œuvres du compositeur dont son dernier opus, Quatre Chants pour franchir le seuil.

Autre compositeur mis en lumière cette année avec une double actualité : Philip Glass, pape de la musique minimaliste et répétitive (avec Steve Reich, Terry Riley…). Philip Glass (né en 1937) a beaucoup composé pour claviers, pour piano et, c'est moins connu, pour orgue dans les années 1970. C'est à cet aspect de l'œuvre de Glass que s'attèleront la pianiste Maki Namekawa (qui a enregistré l'intégralité des Études pour piano de Glass) et l'organiste James McVinnie (à l'Auditorium le 6 février). L'Opéra de Lyon et le festival Superspectives s'allient, quant à eux, pour un "Marathon Philip Glass" (du 25 au 29 janvier à l'Opéra), où seront joués, notamment, une quasi intégrale de ses œuvres pour piano et plusieurs de ses quartets pour cordes. Le festival Superspectives, par ailleurs, proposera sa 4e édition défricheuse des musiques contemporaines, cet été, à la Maison de Lorette.

Un monument signé Mahler

On pourra doucement remonter le temps à l'Auditorium avec l'une des œuvres phares de la modernité musicale : Le Sacre du printemps, musique pour ballet d'Igor Stravinsky qui avait fait scandale en 1913 lors de sa création. Plus d'un siècle plus tard, l'œuvre fait toujours trembler la terre et les oreilles et il est indispensable de l'entendre et de la vivre en live. C'est ce que nous propose l'Orchestre du Festival de Budapest dirigé par Ivan Fischer, au sein d'un programme entièrement dédié à Stravinsky (le 20 février).

Autre grand compositeur qui influença les modernes et les contemporains : Gustav Mahler aura deux de ses symphonies jouées à l'Auditorium : la Symphonie n°5 (les 11 et 12 mars), et la Symphonie n°2 dite Résurrection (les 16 et 18 juin). Ce monument a demandé six ans de travail de 1888 à 1894 à Mahler, compte cinq mouvements pour une durée de 1h30, exige un orchestre XXL et compte plus de 170 versions à ce jour. Un beau défi pour l'Orchestre National de Lyon et son chef, nommé en septembre 2020, Nikolaj Szeps-Znaider.

Du côté de la musique lyrique et baroque, parmi les nombreux événements des Grands Concerts de Lyon, on notera la venue d'un ovni de la musique classique, le jeune contre-ténor polonais Jakub Józef Orlinski (né en 1990) qui tout à la fois a triomphé au très sérieux festival d'Aix-en-Provence en 2017, fait de la breakdance, apparaît dans des pubs de grandes marques et fait un tabac sur YouTube sur un air de Vivaldi ! À Lyon, avec l'Ensemble Il Giardino d'Amore, il interprétera un florilège baroque d'œuvres de Vivaldi et de Haendel (à la Chapelle de la Trinité, le 1er juillet 2022).

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Avec le nouveau festival Superspectives, la musique contemporaine au pluriel

Musique Contemporaine | Nouveau festival dédié aux musiques contemporaines, Superspectives entremêle musiques savantes et musiques populaires dans un cadre idyllique sur la colline de Fourvière.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 mai 2019

Avec le nouveau festival Superspectives, la musique contemporaine au pluriel

L'étiquette "musique contemporaine" effraie, aujourd'hui encore, beaucoup (trop) de monde, et François Mardirossian (pianiste) et Camille Rhonat (professeur de philosophie) en sont conscients. Les deux anciens camardes de lycée ont mis cette année en sourdine leurs activités professionnelles pour lancer un festival de musique contemporaine qui ferait mentir les idées reçues et décloisonnerait le genre. « Pour nous, entonne le duo, la musique contemporaine n'est pas seulement la musique classique contemporaine, mais aussi bien le jazz, les musiques du monde, l'électro... Par goût personnel, nous avons voulu mettre en avant, pour cette première édition, les compositeurs issus du courant minimaliste, les œuvres et les héritiers de John Cage, Steve Reich, Philip Glass, Moondog... ». Dont acte : une nuit blanche minimaliste aura lieu le samedi 6 juillet de 20h30 à 8h du matin (!), Stefan Lakatos et Bengt Tribukait rendront hommage, la veille, à Mo

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Bonheur et Mahler à l'Auditorium

Classique | Le prestigieux Orchestre Philharmonique de Vienne jouera à Lyon la 9e Symphonie de Mahler. Ultime symphonie achevée du compositeur qui tente d'y concilier les puissances contradictoires traversant l'existence humaine.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 13 février 2019

Bonheur et Mahler à l'Auditorium

C'est un paysage tendre et délicat, serein et baigné d'air léger, que commence à dépeindre Gustav Mahler dans le premier mouvement de sa Neuvième Symphonie. Mais cette rêverie soyeuse se voit soudain déchirée par de véritables soulèvements éruptifs, emportée par de violents tourbillons de cordes et percussions... Peut-être par ces « forces qui à la fois nous composent et nous déchirent », selon l'expression du poète Yves Bonnefoy, ces montées disruptives qui sont aussi bien chez Mahler élan vital que foudroiement mortel. Dans une de ses lettres, le compositeur Alban Berg écrit à propos de la 9e de Mahler : « le premier mouvement est le plus admirable qu'il ait jamais écrit. Il exprime un amour inouï de la terre et son désir d'y vivre en paix, d'y goûter encore la nature jusqu'à son tréfond, avant que ne survienne la mort... Tous les rêves terrestres trouvent ici leur apogée, surtout à ces moments effrayants où l'intense désir de vivre atteint à son paroxysme, où

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L'hymne à la nature de Mahler

Classique | Œuvre dense, touffue, angoissante et merveilleuse, la 3ème Symphonie de Gustav Mahler est à l’affiche de l’Auditorium sous la baguette du chef new-yorkais (...)

Pascale Clavel | Mardi 31 janvier 2017

L'hymne à la nature de Mahler

Œuvre dense, touffue, angoissante et merveilleuse, la 3ème Symphonie de Gustav Mahler est à l’affiche de l’Auditorium sous la baguette du chef new-yorkais David Zinman. Communion avec la nature, déchirement excessif de l’âme, détresse spirituelle, la musique de Mahler nous plonge toujours au cœur des sentiments humains les plus exacerbés. Cette 3ème Symphonie est un hymne à la nature, une nature complexe et faussement calme d’où surgissent tourments et angoisses d’être au monde. Le compositeur, avec l’ironie subtile qu’on lui connaît, donne des noms champêtres et bucoliques à chaque mouvement : Ce que me content les animaux de la forêt, Ce que me content les fleurs des champs… pour mieux distiller ses phrasés irrespirables, ses gifles orchestrales inattendues, ses notes suspendues au-dessus du temps. De la première à la dernière page, cette symphonie affiche toute l’ambivalence de Mahler et après 1h30 d’une musique terriblement spirituelle, on est transfiguré, abasourdi et émerveillé sans avoir réellement compris ce qui s’était passé. « Inutile de regarder le paysa

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«La musique de Glass : une invitation à contempler» - Interview de Bruce Brubaker

MUSIQUES | Reconnu comme l'un des meilleurs interprètes de Philip Glass, le pianiste new-yorkais Bruce Brubaker a publié chez Infiné "Glass Piano", où il reprend les incontournables pour piano solo du maître de la musique dite minimaliste. Il présentera la chose au Sucre à l'occasion du premier PB Live de la saison. Explication (et interprétation) avec l'intéressé.

Stéphane Duchêne | Samedi 10 octobre 2015

«La musique de Glass : une invitation à contempler» - Interview de Bruce Brubaker

Pourquoi cette fascination pour le travail de Philip Glass ? Que représente-t-il pour un musicien tel que vous ? Bruce Brubaker : Pour moi, certains des morceaux que Philip a écrit pour le piano ouvrent un territoire d'expérience et de temps musicaux qui ne seraient tout simplement pas accessibles autrement ! Bien sûr, il y a là de jolis sons et des harmonies qui nous comblent émotionnellement mais, plus que tout, leur qualité première et d'être dans l'instant, le présent et de nous y projeter – maintenant ! Reste qu'on peut légitimement se demander à quoi bon jouer les oeuvres de Philip Glass à sa place. C'est un peu, toute proportion gardée, comme jouer du Mozart avec Mozart regardant par-dessus votre épaule. Que peut-on apporter à ces œuvres de plus que leur auteur ? Pour moi, le circuit musical complet de la “musique écrite” se décline comme suit : l'auteur de la musique, l'interprête et ensuite l'auditeur. Chacune de ces composantes est nécessaire. Quand un auteur a terminé d'écrire, son texte peut-être lu de bien des manières différentes. Il est très intéressant d'entendre un compositeur jouer sa propre musique, mai

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Bruce Brubaker, San Fermin et Yael Naim ouvrent la saison 2015/2016 des PB Live

MUSIQUES | Philip Glass joué par Bruce Brubaker au Sucre, Yael Naim qui fricote pour la quasi première fois avec le Quatuor Debussy en la Chapelle de la Trinité et le retour de San Fermin au Marché Gare : cette saison, le PB Live voit triple.

Stéphane Duchêne | Mardi 22 septembre 2015

Bruce Brubaker, San Fermin et Yael Naim ouvrent la saison 2015/2016 des PB Live

On avait laissé les Petit Bulletin Live résonner sur les dernières notes du Songs of Time Lost de Piers Faccini et Vincent Segal au Temple Lanterne en novembre dernier – ces derniers y refaisant un passage le 10 décembre. Certes, le temps fut long, mais comme l'a chanté Francis Lalanne, «on se retrouvera», et ce dès le 21 octobre. Et pas avec Francis Lalanne, c'est dire si le public est gâté. Et pas que pour une seule date, mais trois. Cette année, le PB Live, après une remise en forme, s'est converti à la tactique bien connue de Jacques Anquetil et de notre précieux et enthousiaste partenaire Rain Dog Productions :«On part à fond, on accélère au milieu et on finit au sprint.» Donc on part à fond, avec du lourd et du pointu, un bon 53x12 en langage cycliste mais qui, une fois lancé, roule tout seul : Bruce Brubaker joue Glass. Au Sucre. Parce que personne ne joue mieux Glass que Brubaker, à part peut-être Glass lui-même. On y revient de toute façon très vite. Sachez simplement que, interprétées par un tel virtuose, les études pour piano solo de Philip Glass,

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Prochain PB Live : Philip Glass par Bruce Brubaker

MUSIQUES | Pianiste virtuose considéré comme l'un des maîtres actuels de la musique répétitive, c'est Bruce Brubaker qui ouvrira en grand la saison des Petit Bulletin (...)

Stéphane Duchêne | Lundi 1 juin 2015

Prochain PB Live : Philip Glass par Bruce Brubaker

Pianiste virtuose considéré comme l'un des maîtres actuels de la musique répétitive, c'est Bruce Brubaker qui ouvrira en grand la saison des Petit Bulletin Live pour un concert exceptionnel au Sucre le 21 octobre. Au menu, l'une de ses spécialités : la (ré)interprétation de l'oeuvre pour piano solo de Philip Glass. Mieux : dans l'esprit du Philip Glass Ensemble primordial qui squattait lofts et galeries, Brubaker évoluera devant un public qui aura tout loisir de choisir sa position d'écoute (debout, assis, couché) dans un rooftop laissé à nu et prêt à accueillir l'hypnose minimaliste. Billetterie : http://www.fnacspectacles.com/place-spectacle/manifestation/Musique-classique-BRUCE-BRUBAKER-PLAYS-PHILIP-GLASS-LYBRU.htm

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Philip Glass : de l'autre côté du miroir

MUSIQUES | En écho au festival stéphanois Nouveau Siècle, Philip Glass, 76 ans, investit pour un soir le théâtre de la Renaissance. Au programme, un récital des œuvres les plus marquantes pour piano solo de celui qui est présenté tantôt comme le plus populaire des minimalistes répétitifs, tantôt comme le plus répétitif des minimalistes populaires. Explications. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 10 janvier 2014

Philip Glass : de l'autre côté du miroir

A l'image du minimalisme dont il est issu et auquel on continue de le rattacher aujourd'hui, Philip Glass a fait l’objet de nombreux débats d'initiés, souffrant de la comparaison avec la musique savante plus complexe, mais aussi coupable d'avoir su trouver un public et connu un important rayonnement. En gros, de s'être fourvoyé, d'avoir vendu son âme à la pop, et le tout sans trop se fouler la couenne. De Glass, le violoniste David Harrington, fondateur du Kronos Quartet – complice régulier du compositeur – a ainsi dit en février 2012 dans le Village Voice : «Certains musiciens méprisent ouvertement sa musique, arguant qu’elle est simple, voire simpliste (…). Ils feraient mieux d’essayer d’en faire autant. La musique de Philip requiert la plus extrême clarté d’interprétation de sons, de tons, de rythmes que l’on puisse musicalement imaginer. Il développe une impulsion, une humeur et un type de texture uniques à travers le seul usage de la répétition». Sutra Bien sûr, on arguera qu’il n’y a pas de fumée sans feu et l’on aura sans doute raison, car le style, la méthode, le label Philip Glass, sa tendance à l’auto-citation – fruit de la répé

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Classic Pop

MUSIQUES | Kronos QuartetÀ l'origine ensemble de chambre, le Kronos Quartet est la formation la plus innovante du classique contemporain et même de la planète (...)

Stéphane Duchêne | Dimanche 7 octobre 2012

Classic Pop

Kronos QuartetÀ l'origine ensemble de chambre, le Kronos Quartet est la formation la plus innovante du classique contemporain et même de la planète musicale, ne reculant devant aucune barrière pour jouer, entre autres, les dévoreurs de musiques pop. La preuve avec ses adaptations de Jimi Hendrix, Sigur Ros, Television ou Bob Dylan. Francesco TristanoPianiste classique de formation formé à la Juillard School, également spécialiste de baroque (Frescobaldi, Bach), le Luxembourgeois, qui émarge sur le label créé par Agoria, InFiné, trempe régulièrement ses doigts dans l'électronique et la musique contemporaine : au sein du trio Aufgang ou lorsque, sur Not for Piano, il reprend des pièces électroniques de Jeff Mills, Derrick May ou Autechre. Philip GlassSymphonies tirées de Heroes et Low de David Bowie, collaborations avec Suzanne Vega et Mick Jagger, album avec Leonard Cohen (The Book of Longing), adaptation pour orchestre du Icct Hedral d'Aphex Twin ou pour piano du Sound of Silence de Paul Simon... Le compositeur contemporain d'opéras, de musiq

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L’autre oiseau de feu

MUSIQUES | Classique / "Le Rossignol" d’Igor Stravinsky a séduit le public au Festival d’Aix en juillet 2010. Fait de rêve, de retour à l’enfance, de féérie pure, ce spectacle dirigé par Kazushi Ono et mis en scène par un Robert Lepage très inspiré se joue à l’Opéra de Lyon à partir du 13 octobre. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Dimanche 3 octobre 2010

L’autre oiseau de feu

Au début du XXe siècle, Igor Stravinsky a su créer le scandale avec son "Sacre du printemps" où il dépeint les instincts les plus primitifs de l’homme tout comme sa sensualité la plus débridée. Associé à Diaghilev, Picasso et Cocteau, Stravinsky est d’abord influencé par le chromatisme, puis par le folklore national russe, il se tourne ensuite vers un classicisme quasi sec pour enfin s’intéresser à la musique sérielle. Dans l’œuvre du compositeur, "Le Rossignol" est un moment à part, un instant de pure féérie. Inspiré d’un conte d’Andersen, il raconte l’histoire d’un bel oiseau chassé par un empereur qui lui préfère un jouet mécanique. Pas rancunier, l’oiseau revient pour sauver l’empereur de la mort. Ce "Rossignol", construit en trois parties distinctes, retrace trois périodes de la vie du compositeur. Le premier acte composé juste avant le "Sacre", très influencé par Rimsky-Korsakov, très russe, très romantique. Le deuxième acte, écrit après le "Sacre", influencé par le Dadaisme et le troisième acte, simple mais très profond, lié à l’ambiance qui règne dans "Œdipe Rex". Le tout étrangement cohérent et poétique : un pur ravissement. Lepage, le décloisonneur Robert Lepa

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Gustav Mahler

MUSIQUES | Symphonie N°3 en ré mineur Altus

Pascale Clavel | Vendredi 18 avril 2008

Gustav Mahler

D’une conception démesurée, cette troisième symphonie ouvre des voies nouvelles, s’impose dès sa création comme une œuvre remplie d’une rare expressivité. «Le fait que je l’appelle symphonie ne signifie pas grand chose, car elle n’a rien de commun avec la forme habituelle…». Mahler compose là une partition à l’échelle du cosmos. Il affirme son culte quasi viscéral pour la nature. Après ses tourments mystiques largement exprimés dans la deuxième symphonie, Mahler médite sur les liens qui l’unissent avec force et fracas à l’univers et à la nature. Il en sort une partition d’une exceptionnelle longueur (pratiquement deux heures) et d’une rare puissance. Mahler écrit cette œuvre dans sa résidence d’été de juin 1895 à août 1896. Il travaille toujours l’été, moment où, fasciné par tout ce qui fleurit, s’illumine et bourdonne de vie, il écrit de manière frénétique. Jun Märkl à la tête de l’Orchestre National de Lyon fait mouche et, dans cet enregistrement, peut facilement être comparé aux plus grands spécialistes de Mahler, en particulier aux interprétations inoubliables d’Eliahu Inbal. Dès les premières mesures, on entend le style Märkl : l’appel des huit cors à l’unisson, les fanfares

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L'œil de Glass

MUSIQUES | Aux Nuits de Fourvière, Philip Glass jouera pour la première fois en France la partition qu'il a composée pour le dernier volet de la trilogie Qatsi de Godfrey Reggio. L'occasion de revenir sur les rapports que Glass entretient avec l'image en général et le cinéma en particulier. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 juillet 2005

L'œil de Glass

Quand Philip Glass accepte en 1976 de travailler avec Godfrey Reggio sur Koyaanisqatsi, ce n'est pas sans réticence. L'idée de créer une partition pour un film ne l'enthousiasme guère, et c'est vraiment la spécificité du projet qui lui donne envie de franchir le pas. 20 ans plus tard, Glass est désormais un des musiciens incontournables en matière de bande originale de films, ses services étant loués aussi bien pour des films indépendants que pour des productions plus ambitieuses commercialement. Un renversement de situation qui est aussi le reflet de l'itinéraire personnel de Glass, parti de la musique "savante" pour se rapprocher ensuite de formes plus populaires, refusant de se laisser enfermer dans un ghetto élitiste de "music snobs" (comme il nous le déclarait en l'an 2000). 70 : Reggio, un après-Wilson L'expérience cinématographique de Glass avec Koyaanisqatsi découle pourtant logiquement de son travail antérieur avec Bob Wilson. Le metteur en scène, à l'époque, invente un théâtre bâti sur le visuel, l'image, la lumière, et l'association avec Philip Glass pour l'opéra Einstein on the Beach marquera l'aboutissement de ce

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