Pédaler en Bourgogne

Escapade | Les touristes internationaux ne sont pas tous revenus et n'ont pas encore envahi l’œcuménique Taizé, les hôtels n'affichent pas complet : la Bourgogne est calme et tranquille en ce mois de juin. Il est l'heure d'improviser une boucle à vélo de trois à quatre jours. 145 km de Mâcon à Mâcon via Chalon, en passant par la première voie verte de France. Attention, enchantement en vue et accessible aux non-sportifs !

Nadja Pobel | Mercredi 24 juin 2020

Mode d'emploi

Comment y aller ?

Vous n'avez pas de voiture ? Tant mieux ! Vous pouvez embarquer votre vélo dans le TER. Il faudra tout de même faire preuve de patience car s'il n'y a pas de surcoût, il n'y a pas non plus de réservation possible. Mieux vaut arriver tôt sur le quai et éviter les heures de pointe. Espérer aussi que vous aurez droit à des rames neuves (qui ne nécessitent pas de gravir trois très hautes marches) et que le quai soit accessible par ascenseur ou pentes douces (sinon bonne chance pour porter votre matos). Si tout cela ne vous effraie pas, il n'y a plus qu'à rallier Mâcon. 47 minutes depuis la Part Dieu et Perrache. Il y a même des départs de Vaise pour être plus relax. Et si vous partez en voiture, parking gratuit longue durée à la gare de Mâcon.

Quel vélo ?

Pas de besoin spécifique. Mieux vaut avoir un porte-bagages pour poser les sacoches. Un VTC à 6 vitesses suffit amplement d'autant que le dénivelé est très faible. Quelques bosses et basta. La voie verte vous ouvre les bras — le tronçon entre Cluny et Givry constitue même la première du genre en France, aménagée en 1997. Impeccablement fléché sur une ancienne voie ferrée, ce chemin nécessite toutefois des pneus plus costauds et moins fins qu'un vélo de route. La partie ouest (Mâcon / Chalon) traverse Cluny, Cormatin, les bourgs médiévaux de Buxy et Saint-Gengoux-le-National. Dans la partie est, c'est une voie bleue qui longe la Saône sans la moindre embûche au milieu des vignobles du Mâconnais (Viré-Clissé, Uchizy...) en passant par Tournus et l'abbaye Saint-Philibert.


Les étapes

Mâcon

Les pieds dans la Sâone, la préfecture de Saône-et-Loire fait la bascule entre Auvergne-Rhône-Alpes et la Bourgogne. Flanquée de vestiges de la cathédrale Saint-Vincent, la ville témoigne de la grandeur de son passé roman. Les édifices religieux de ses voisines à Chalon et Tournus sont encore debout et composent la sainte trinité d'un maillage de plus de 120 petites églises dans ce mâconnais à découvrir tout au long du parcours qui épouse aussi la vie de Lamartine né ici en 1790 et qui passa son enfance tout près à Milly devenu au début du XXe siècle Milly-Lamartine. Il repose à côté, à Saint-Point où se visite aussi son château.

Cluny

Avant d'en arriver là, il aura fallu sortir de Mâcon (c'est rapide) et débuter cette voie verte où jaillit sur votre gauche, Solutré. L'éperon rocheux où se rendait chaque dimanche de Pentecôte François Mitterrand bien avant (et pendant) sa présidence de la République, fascine par sa majestuosité et sa dangerosité apparente. Plus en avant se présentent quelques raidillons, histoire de se souvenir que la terre est plate sauf exceptions, et le tunnel du Bois Clair. C'est une joie enfantine de découvrir ce lieu fermé du 30 septembre au 15 avril (pour préserver les chauves-souris durant la période d'hibernation), ces 1600 mètres humides et modérément éclairés constituent le plus long tunnel mode doux d'Europe. Celui sous la Croix-Rousse, sans âme et de longueur égale n'a qu'à aller se rhabiller. Un œil sur l'imposant et haut perché château de Berzé et voici enfin Cluny, cité où, à l'orée du 2e millénaire, et pendant deux siècles, des hommes d'Église se sont parés d'or et ont influencé tout l'Occident. Le cloître et l'ensemble de ce qu'il reste après pillage révolutionnaire, se visite longuement comme ce farinier, magnifique construction courbée comme un bateau renversé, en bois de châtaigner dédaigné par les araignées.

Cormatin

Sur une route plate d'à peine 13 km, prendre le temps de dévier par Taizé, cité œcuménique brassant des milliers de pèlerins habituellement et vide dans l'ère post-Covid. Bénédiction. De quoi mieux apprécier les plus que charmantes maisons de pierres qui peuplent cette mini commune et sa voisine moins glorifiée, Ameugny. Cormatin est en contrebas. Et mérite d'y faire étape pour la nuit. Car le gigantesque château au milieu du bourg est le lieu le plus visité du département. 70 000 curieux s'y rendent chaque année pour visiter ce qu'un trio d'archivistes, historiens et historiens de l'art ont rénové à bout de bras dès les années 80 quand cet édifice du XVIIe, où fut rédigé le premier livre de recettes moderne, a été débroussaillé. Ils ont rendu le faste au splendide jardin notamment. À vous de jouer à Shining dans le labyrinthe de buis pendant que, du haut de la tour volière, un autre vous surveillera. Ceint d'une douve reconstituée, entourée de bosquets parfaitement taillés et d'un petit théâtre à ciel ouvert, ce lieu est plus qu'étonnant. Et dit aussi, dans une expo, comment l'État les abandonne peu à peu ces châteaux qui ne vivront bientôt plus que des visiteurs. Début XXe, il fut la propriété du directeur de l'Opéra de Monte-Carlo et chaque été une œuvre était chantée dans le parc sous la direction de Massenet. Aujourd'hui, il en reste des témoignages photo dans les stupéfiantes salles intérieures restaurées.

Tournus

Avant Chalon, de belles haltes peuvent s'effectuer dans les médiévales Buxy et Saint-Gengoux-le-National (ah ces clochers rattachés à une tourelle par une passerelle !) et la néo-classique Givry. Les plats du jour y coûtent à peine trois demis lyonnais. Chalon, malgré son île Saint-Laurent étouffe par sa circulation. Il est temps d'emprunter la voie bleue, 66 km pour boucler la boucle à Mâcon sur de petites routes planes de la plaine alluviale du pays chalonnais. Pour couper le parcours, Tournus est idéale avec ses ruelles de 2000 ans d'histoire et son abbaye quasi intacte sans compter ses chefs étoilés pour se congratuler d'avoir quitté Lyon et pris ce bol d'air vélocipédique ô combien vivifiant !


Que lire ?

- Guide du Routard, La Bourgogne du Sud à vélo

- Et les écrits d'Alphonse de Lamartine avec ses poésies de Nouvelles Méditations ou son roman Le Tailleur de pierre de Saint-Point, à moins que vous ne préfériez l'Histoire des Girondins en huit volumes de celui qui fut aussi un homme politique de haut-rang (à gauche)

- https://www.francevelotourisme.com/itineraire/bourgogne-du-sud-chalon-sur-saone-macon

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Création du Réseau Express Vélo : tout schuss

Mobilité | Des voies cyclables comme il y a des tracés de tramway, de métro ou même de randonnées. C’est l’objectif de la Métropole de Lyon qui annonçait ce vendredi 4 juin la création de la première ligne du Réseau Express Vélo : 17 km entre Vaulx-en-Velin et Saint-Fons.

Nadja Pobel | Dimanche 6 juin 2021

Création du Réseau Express Vélo : tout schuss

Nos amis allemands en rigolent mais voici qu’arrive enfin à Lyon le Réseau Express vélo (dites REV). Et il est ambitieux, probablement à hauteur de la demande (14 000 usagers par jour la semaine dernière le long des quais). Plusieurs lignes vont être crées ou réaménagées durant ce mandat avec l’objectif d’offrir 250 km de pistes express en 2026 (budget 100 M€) et même 320 km à horizon 2030. Certes, certaines pistes existent (une centaine) et elles seront élargies à 4 mètres, les nouvelles seront larges de 3 à 4 mètres ; elles seront "bordées" et bien séparées des voitures et des piétons par des murets d’environ 50 cm de haut. Autre particularité : elles seront fléchées, avec des panneaux indicateurs dont le design sera annoncé à la rentrée en même temps que le tracé exact de cette ligne 1, encore en négociations pour les détails, dont on sait déjà qu’il reliera des communes — pauvres — jusque-là oubliées : Vaulx-en-Velin et Saint-Fons. Ces 17 km démarrent même au Mas-du-Taureau et, note sa maire Hélène Geoffroy (PS) dans une pique gratuite à Grégory Doucet, « pour une fois les pistes cyclables sortent des quartiers

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Célestins : le quinquennat Macron dégoupillé par Hugues Duchêne

Théâtre Documentaire | Aux Célestins, avec Je m’en vais mais l’État demeure, Hugues Duchêne et Royal Velours décryptent en cinq volets distincts le quinquennat Macron.

Nadja Pobel | Mercredi 19 mai 2021

Célestins : le quinquennat Macron dégoupillé par Hugues Duchêne

En 2017, avec Le Roi sur couleur, l’équipe de Royal Velours pas même trentenaire et formée à l’Académie de la Comédie-Française, faisait de bisbilles d’entre-soi (la non-reconduction d’Olivier Py à la tête du Théâtre de l’Odéon) une saga rapide et désopilante sur les enjeux du pouvoir à l’ère sarkozyste. Voici que le metteur en scène et comédien Hugues Duchêne analyse le quinquennat Macron, dans Je m’en vais mais l’État demeure, a raison de cinq spectacles d’une heure comme autant d’années écoulées, déclinées sur le versant électoral, judiciaire, parlementaire, médiatique et diplomatique. Ce théâtre documentaire réalisé à l’économie (juste quelques accessoires, notamment des indications de temps et de lieu) est assez jubilatoire tant il est rapide, malin, bâti sur ce qu’on a traversé communément, à plus ou moins grande distance : le procès Merah, celui du militant antifa Antonin Bernanos, le mouvement des Gilets jaunes… En s’appuyant à la fois sur des ouvrages (La France périphérique : comment on a sacrifié les classe

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Une piscine éphémère s'installe au Vélodrome de la Tête d'Or cet été

Baignade | Une nouvelle piscine, éphémère, est créée pour la durée de l'été et prendra place dans le Vélodrome de la Tête d'Or, avec 2000m2 de plage.

Sébastien Broquet | Jeudi 11 juin 2020

Une piscine éphémère s'installe au Vélodrome de la Tête d'Or cet été

C'est traditionnellement l'un des sujets les plus touchy de l'été à Lyon : les piscines. Surchagées, chaque année. Puisque la ville en manque cruellement. Ce qui entraîne inévitablement, d'année en année, la hausse des incivilités. Et en 2020, avec la crise sanitaire et la canicule annoncée, ce sujet devient central pour la Ville de Lyon. Qui a donc tenté d'apporter des réponses, en dévoilant ce jeudi matin les mesures prises pour améliorer l'accueil en respectant les consignes sanitaires, mais aussi en annonçant, surprise, la création d'une nouvelle piscine éphémère. Cette piscine éphémère sera installée dans le Vélodrome de la Tête d'Or et comprendra deux bassins, une plateforme de jeux d'eau et 2000m2 de plage avec des espaces de lecture et des jeux. C'est l'opérateur privé Weeloc City, choisi au terme d'une procédure de marché public, qui gérera cet espace. 80 personnes pourront s'y rendre en simultané seulement.

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Emmanuel Macron au crible du théâtre

Théâtre | Phénomène du théâtre émergent de ces toutes dernières années, Hugues Duchêne et sa compagnie Royal Velours repassent par ici avec l'intégralité de leurs chroniques annuelles sur le quinquennat Macron. Drôle, vif, malin et... mécanique.

Nadja Pobel | Mardi 10 mars 2020

Emmanuel Macron au crible du théâtre

Natif de Lyon (en 1991), passé par l’École supérieure d'Art dramatique de Lille puis l’Académie de la Comédie-Française où il a rencontré ses acolytes, Hugues Duchêne est aussi, comme ces derniers, électeur de Mélenchon et fils de votants Macron. Il le clame haut et fort car c'est de ce constat que naît Je m'en vais mais l’État demeure, désormais quadrilogie sur la présidence. Ce "quatrième" spectacle fait suite à une trilogie inspirée de l'ère sarkozyste où il était question de Polanski dans la première partie et, dans sa dernière (Le Roi sur sa couleur, présenté dès 2018 aux Clochards Célestes, qui détectent tout avant tout le monde dans nos contrées) des rapports politiques et de pouvoir avec l’éviction d'Olivier Py de l'Odéon et le choix de Luc Bondy pour le remplacer. Déjà virtuose, très bien documenté, ce travail était aussi un entre-soi parfois étrange. La célébrité venant (grand succès au Off d'Avignon 2018, série à la Scala), Hugues Duchêne ne s'est pas rangé à son milieu qu'il fustige, ici encore, via la figure de Stéphane Braunschweig, nouveau locata

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Démasquer l'art africain au Musée des Confluences

Ethnologie | Dans une scénographie sombre, millimétrée par la lumière et somptueuse, le Musée des Confluences présente une première partie du legs que lui fait un couple de collectionneurs. Approche sensitive d'un art peu montré : celui du Nigéria.

Nadja Pobel | Mercredi 13 février 2019

Démasquer l'art africain au Musée des Confluences

Preuve de sa formidable popularité, le Musée des Confluences (le premier fréquenté sur le territoire hors de Paris) va acquérir prochainement plusieurs centaines de coiffes réunies par Antoine de Galbert (exposition dès le 6 juin) et recevra à terme le legs intégral de la collection d'Yves et Ewa Develon. Pour l'instant, quarante objets ont été donnés qui, ajoutés à vingt prêts, offrent une plongée au cœur d'une terre artistique encore peu connue par les Français - ce fut une zone coloniale britannique : le Nigéria. Ce psychologue embauché dans les années 60 dans un cabinet d’ingénieurs-conseils en Côte d'Ivoire se prend d'amour pour ces objets, qu'il glane sur place ou en Europe. Il partagera sa passion avec Ewa (rencontrée et épousée en 1979), architecte polonaise, beaucoup plus effacée que lui dans ce parcours où toutefois c'est par ses recherches documentaires qu'ils sont contextualisés, sans être jamais datés précisément - tous ont été fabriqués à la fin XIXe et début XXe. Figuratif Dans les années 70, au Nigéria, les pratiques religieuses traditionnelles déclinent, favorisant la dispersion des objets d'

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La tropical family de Caetano Veloso et ses fils

Nuits de Fourvière | En compagnie de ses trois fils Moreno, Zeca et Tom, l'immense songwriter brésilien Caetano Veloso, 75 ans, offre un spectacle collégial et familial qui promet d'être un sommet de joie et de mélancolie mêlées, à venir écouter religieusement comme l'indique un titre qui prône le recueillement : Ofertorio.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 juillet 2018

La tropical family de Caetano Veloso et ses fils

En général, quand le New York Times dit quelque chose – enfin, l'écrit –, on l'écoute. Or s'agissant de Caetano Veloso, co-inventeur de la MPB (música popular brasileira, soit la pop brésilienne) et peut-être surtout avec son ami Gilberto Gil et quelques compères bien inspirés (Gal Costa, Os Mutantes, Jorge Ben...) de ce tropicalisme qui révolutionna la musique brésilienne en lui donnant des atours pop, psychédéliques et surtout, révolutionnaires – chose peu anodine à l'époque –, le Times, donc, déclare que l'auteur d'Irene est « l'un des plus grands songwriters du siècle ». Il ne dut pas être le seul et à vrai dire, bien malin qui pourrait dire le contraire face au génie, extraordinairement prolifique, de celui qui a su allier, notamment à une époque, les années 60, où

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Roulez Jeunesse : Du vélo et de la pop

Roulez Jeunesse | Concert de pop, démo de vélo et animations pour toute la famille : le festival Roulez Jeunesse donne un coup de jeune à l’élégant vélodrome.

Lisa Dumoulin | Mardi 6 septembre 2016

Roulez Jeunesse : Du vélo et de la pop

Avez-vous déjà mis les pieds au vélodrome du parc de la Tête d’or ? À moins d’avoir assisté à la première édition du festival Roulez Jeunesse, probablement pas. « C’est un lieu magique et majestueux » décrit Olivier Dumonteil, le programmateur, « construit en 1894 pour l’exposition universelle, il est arboré et décoré de statues à chaque virage. » Autant vous dire que l’équipe n’est pas peu fière de l’ouvrir gratuitement aux Lyonnais le temps d’un week-end. Avec un programme simple : de la musique, et du vélo. Mais à la cool, le vélo. « On n’est pas sur le versant sportif » précise Olivier, « plutôt du côté divertissement, avec des démos de BMX, du vélo de piste… couplé à l’envie de faire la fête et d’écouter de la musique. » Côté vélo, allez voir la Pump track, une course en battle organisée et encadrée par Carmine Falco, lyonnais quatre fois champion du monde de BMX, samedi après-midi. Ou le jumelage avec Lyon Free Bike : les 8000 participants de la cou

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La Bicycletterie en a sous la pédale

Boutique | Faire réparer son guidon et customiser sa selle tout en se gonflant les pommettes de Carrot cake et de jus de coco, c’est le pari (réussi) que s’est lancé ce cyclo-café qui remue sévère.

Julie Hainaut | Mardi 27 septembre 2016

La Bicycletterie en a sous la pédale

À l’entrée, un café où avaler un petit noir frappé, absorber une Bionade allemande, se repaître de salade de quinoa (si si, c’est possible) concoctée par Charlotte, la co-fondatrice, et boulotter des pâtisseries signées L’Ourson qui Boit ou Piece of Cake. Au mur, des pièces détachées de bécane. Au plafond, des fanions colorés. Dans le coin gauche, des hipsters et normcore, tête dans le guidon, qui jouent du clavier sur leurs tablettes connectées au wifi gratuit. Dans le coin droit, un vélo cargo Long Achielle à louer pour transporter, selon l’envie du moment, la marmaille ou les légumes du marché (35 € la journée). Au fond, une boutique de vélos de ville et un atelier de réparation dans lesquels Anthony, pro de la petite reine, bichonne les selles, dorlote les moyeux et soigne les vitesses. Pas de doute, La Bicycletterie chatouille les pédales. Mise en selle « Nous sommes une boutique-atelier qui propose un espace café, et non l’inverse. La configuration du lieu cache l’espace vélo, mais ce dernier

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Gil & Veloso : amicalement vôtre

MUSIQUES | «Deux amis, un siècle de musique», c'est ainsi qu'est baptisée la tournée qui réunit Caetano Veloso et Gilberto Gil. Et qui les verra monter sur scène avec (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 1 juillet 2015

Gil & Veloso : amicalement vôtre

«Deux amis, un siècle de musique», c'est ainsi qu'est baptisée la tournée qui réunit Caetano Veloso et Gilberto Gil. Et qui les verra monter sur scène avec chacun une guitare et un répertoire immense. Caetano & Gil se sont un peu les Brett Butler et Danny Wilde de la musique brésilienne, aux trajectoires individuelles marquées mais dont le destin restera irrémédiablement lié pour l'Histoire, l'esprit indissociable malgré les désaccords et les différences. Nés la même année, en 1942, et tous deux grandis à Salvador de Bahia, l'un est blanc issu d'un milieu modeste, l'autre noir et fils de médecin, les deux sont très engagés politiquement mais quand Gil est nommé ministre de Lula (premier président de gauche depuis leurs propres tribulations tropicalistes), Veloso est dubitatif avant de se raviser. Leurs caractères aussi sont rigoureusement opposés – Veloso est un hyperactif et bon vivant, Gil un gros dormeur (et c'est lui qui sera ministre) et quasiment maître zen – mais ils se complètent comme se complétaient Lennon et Macca et se sont trouvés comme on trouve l'amour, chacun vouant à l'autre une admiration sans bornes et jamais envieuse.

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Jazz à Vienne - Du 26 juin au 11 juillet à Vienne (38)

MUSIQUES | Entre éternels retours et renouvellement forcenés des talents, Jazz à Vienne continue pour sa 35e édition de puiser aux sources du jazz tout en se posant en laboratoire de la musique de demain. Stéphane Duchêne

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Jazz à Vienne - Du 26 juin au 11 juillet à Vienne (38)

On pourrait dire cela de chacune des éditions de Jazz à Vienne, mais c'est particulièrement vrai pour celle-ci : elle marque un retour aux sources, et même plusieurs. D'abord avec une ouverture en forme d'hommage et de déclaration d'amour à la ville-mère du jazz, La Nouvelle Orléans. Où l'on croisera entre autres Dee Dee Bridgewater, mais aussi la fascinante Leyla McCalla, et dont le point d'orgue sera la présence, peu commune, du pianiste, chanteur, auteur-compositeur et surtout producteur de R'n'B originel Allen Toussaint. Comme chaque année, c'est un retour aux sources en chaîne qui s'opère derrière. Retour un peu permanent avec l'éternel comeback de figures comme George Benson ou Didier Lockwood, mais aussi de genres oubliés, avec le légendaire Golden Gate Quartet, qui prêche le gospel depuis 80 ans, et Gilberto Gil et Caetano Veloso, ce couple inspiré qui mit le feux aux poudres de la musique brésilienne (et de la musique tout court) à la fin des années 60 pour accoucher d'un mouvement qu'on appela tropicalisme. Dans le genre all-stars, ne pas manquer n

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Gil & Veloso : une histoire du tropicalisme

MUSIQUES | Réunis pour une tournée commune très attendue qui passe par Vienne, Caetano Veloso et Gilberto Gil ont initié, à la fin des années 60 et en amont de leurs immenses carrières internationales, l'une des grandes révolutions musicales et culturelles du Brésil : le tropicalisme. Un mouvement contestataire contesté qui a durablement marqué les esprits en libérant, parfois contre leur gré, les consciences brésiliennes. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 1 juillet 2015

Gil & Veloso : une histoire du tropicalisme

Trop radicales ou trop avant-gardistes, il est des épiphanies dont on ne mesure pas immédiatement la portée. On connaît par cœur l'histoire de l'électrification de Bob Dylan qui, un soir de 1965 au festival de Newport, en dépit de l'incrédulité qu'elle suscita, changea à jamais la face du rock. C'est à peu près au même phénomène qu'ont assisté les Brésiliens en 1967, lorsque sur la scène de TV Record, Gilberto Gil, Caetano Veloso et Os Mutantes ont fait exploser ce qui était alors le canon de la musique brésilienne, à savoir la bossa nova, laissant l'acoustique et les costumes bien mis au placard au profit d'une pop à tête chercheuse arborant cheveux longs et idées pas plus courtes. Vite conspués pour cette rupture radicale avec l'ordre culturel établi, Veloso et Gil, hippies poussés dans le chaudron culturel bahianais, ne font pourtant rien d'autre qu'actualiser les principes édictés par le concept de «cannibalisme culturel» d'Oswaldo Andrade qui, en 1928, prônait la nécessité pour le Brésil d'absorber la culture internationale.

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Jazz à Vienne 2015 : la programmation

ACTUS | La programmation de Jazz à Vienne ? Du classique jamais trop classique, des habitués qui prennent le temps de se changer, des têtes d'affiches de tous ordres. Bref, Vienne tel qu'en lui même : ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 24 mars 2015

Jazz à Vienne 2015 : la programmation

Après un premier vrai-faux départ sous forme d'Extra Night avec Pharrell Williams, c'est en mode pas moins happy que va débuter cette année Jazz à Vienne le 26 juin avec un week-end aux accents carnavalesques de la Nouvelle Orléans : de la légendaire figure locale Allen Toussaint au Dirty Dozen Brass Band et à la fascinante et prometteuse Leyla McCalla. En passant, on serait tenté de dire "bien sûr", par Dee Dee Bridgewater qui, après avoir gratifié Vienne de tout le spectre esthétique de la black music, revient en compagnie du New Orleans Jazz Orchestra. Et puisqu'on en est à parler des habitués du festival – ceux dont on a l'impression qu'ils sont là même quand ils ne le sont pas, comme Jean-Jacques Milteau, Éric Bibb, Didier Lockwood ou Éric Truffaz – on ne peut faire l'économie d'un Marcus Miller qui, en compagnie de l'ONL, dirigé pour l'occasion par Damon Gupton, retourne aux sources musicales et géographiques du jazz – un projet au départ discographique baptisé Afrodeezia et première in

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Insomniaque - Soirées du 17 au 23 décembre

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : Pinch à La Marquise, Developer à La Plateforme et Moodyman au Kao. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 16 décembre 2014

Insomniaque - Soirées du 17 au 23 décembre

19.12 Polaar #10 On vous a glissé son nom au moment de la venue au Sucre de Shackleton, voilà que Pinch déboule à La Marquise à l'invitation de Flore et sa smala givrée. Père spirituel du dubstep – on insiste sur le "spirituel" – ce natif de Bristol – comme son pote Mumdance, déjà passé par la case Polaar – est aussi le dernier des classiques de cette musique de bas-fonds devenue vacarme pour haute société, sans doute parce qu'il n'a jamais cherché à lui renier ses origines caribéennes. A ce titre, on espère que vous lui réserverez un accueil autrement plus enthousiaste qu'à son compatriote. 20.12 MTR #009 De la techno élémentaire. C'est ainsi qu'il faudrait résumer la musique de Developer, s'il ne s'en chargeait pas lui-même. Le premier album de

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5 soirées à suivre

MUSIQUES | Chaque semaine à Lyon, on dénombre plus de soirées électro que d'occurrences du mot fuck dans une minute du Loup de Wall Street (soit pas moins de neuf). Histoire d'y voir plus clair, voici les habitués de notre rubrique Insomniaque qui affichent les line-ups de rentrée les plus excitants. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 23 septembre 2014

5 soirées à suivre

We Are Reality A l'heure où des scientifiques étudient sérieusement la possibilité que notre réalité ne soit qu'une simulation informatique, le Sucre s'impose avec ce rendez-vous bi-mensuel comme l'endroit où garder les pieds sur terre. Difficile en effet de faire plus concret que la techno promue par We Are Reality, dont le casting a cet automne, entre les retours du maestro Carl Craig (19 octobre, avec le cogneur britannique Boddika) et des figures de proue du Berghain (Ben Klock le 5 octobre, Marcel Dettman le 2 novembre), des airs de who's who. A ne pas manquer également, un détour house par la case Innervisions avec ses fondateurs, Dixon

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Le Gamin au vélo

ECRANS | Lumineux, vif et porté par une foi conjointe dans l'homme et dans le cinéma, le nouvel opus des frères Dardenne s'impose comme un sommet dans une œuvre déjà riche en films majeures. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 16 mai 2011

Le Gamin au vélo

Le Gamin au vélo avance à la vitesse fulgurante de son jeune héros de 13 ans. Mais pour une fois, ce n'est pas la caméra sportive des frères Dardenne qui accompagne ce sprint, mais leur récit, dégraissé de tout temps mort, de toute flânerie inutile. Le film le dit dès la première bobine, quand Cyril essaie de s'échapper du centre pour enfants abandonnés avec l'espoir têtu de retrouver son père démissionnaire. Les frères tentent un moment de suivre le gosse parti au galop et tête baissée, puis stoppent brusquement leur beau travelling et le laissent s'évaporer au loin dans le cadre. Ce sont d’impressionnantes ellipses narratives qui ramènent Cyril au centre de l'écran et l'empêchent de prendre la tangente. Le Gamin au vélo parle justement de cela : comment un adolescent va apprendre à calmer sa fougue, cesser de vouloir l'impossible et accepter modestement l'amour simple qu'on lui prodigue. C'est un parcours moral mais c'est aussi un itinéraire cinématographique et romanesque bouleversant. Film noir solaire Cyril est accueilli par Samantha, une coiffeuse bienveillante (Cécile de France, pas du tout déplacée da

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Théâtre - Yvonne, princesse de Bourgogne

SCENES | Attention Yvonne est parmi nous. Elle est laide, «mollichone», apathique, comme nous. Voilà ce que nous dit l'auteur polonais Gombrowicz et que (...)

Nadja Pobel | Vendredi 28 janvier 2011

Théâtre - Yvonne, princesse de Bourgogne

Attention Yvonne est parmi nous. Elle est laide, «mollichone», apathique, comme nous. Voilà ce que nous dit l'auteur polonais Gombrowicz et que l'association Nöjd prend à la lettre. Sur scène, une famille royale va marier son fils. Mais ce dernier a choisi son épouse dans le public, soi-disant au hasard. Et les comédiens débraillés, surexcités comme dans un cartoon mais assumant pleinement la folie de la pièce, nous renvoient au visage que le théâtre n'est pas qu'une affaire de représentation ; ils questionnent le rôle lascif du spectateur. Comme précédemment avec «La Musica deuxième» (repris en mars au théâtre de Vénissieux), les Nödj dynamitent les codes traditionnels du théâtre. «Yvonne, princesse de Bourgogne» est à découvrir au TNP jusqu'au jeudi 6 février. NP

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Une famille brésilienne

ECRANS | De Walter Salles et Daniela Thomas (Fr-Brés, 1h48) avec Sandra Corveloni, João Baldasserini…

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2009

Une famille brésilienne

Après son escapade sur les traces du Che (Carnets de voyage) et le pitoyable remake américain de Dark water, retour en terre brésilienne pour Walter Salles (et sa compagne Daniela Thomas). Dans un bidonville de Sao Paulo, une famille plus décomposée que recomposée (quatre enfants, pas de père, une mère à nouveau enceinte) tente de s’accrocher à de maigres bouffées d’espoir. Pour Dario, le football professionnel, malgré des échecs réguliers aux tests de recrutement («trop perso», puis «trop vieux») ; Dieu pour Dinho, qui cumule un job minable de pompiste et une implication croissante dans l’église évangéliste de son quartier ; les filles pour Denis, déjà père mais toujours aussi coucheur ; et un père noir d’ébène pour le métis Reginaldo, cadet de la famille. Film choral dont le centre de gravité est la mère courage, tantôt dépassée, tantôt combative incarnée par Sandra Corveloni (prix d’interprétation à Cannes), Une famille brésilienne étouffe un peu sous la fatalité sociale que ce genre de dispositif induit mécaniquement. Mais Salles et Thomas ont l’intelligence de déborder leur propos par une mise en scène entièrement physique, dans l’action et proche des corps, au rendu est assez

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L'âme et le cœur

MUSIQUES | World-Jazz-Soul / Premier grand rendez-vous de cette rentrée : l'immense Caetano Veloso sera à l'Auditorium dans une petite quinzaine de jours (le 7 (...)

| Mercredi 3 octobre 2007

L'âme et le cœur

World-Jazz-Soul / Premier grand rendez-vous de cette rentrée : l'immense Caetano Veloso sera à l'Auditorium dans une petite quinzaine de jours (le 7 octobre). Un des pères du tropicalisme brésilien n'a pas choisi comme son collègue Gilberto Gil les lambris de la République mais continue son intense activisme musical (dernier album en date : Cé). Dans le même auditorium, une autre légende en octobre : Chick Corea, pionnier du jazz fusion, s'y produira avec le joueur de banjo (moins à la mode que le Ukulele) Belá Fleck. Pour finir ce trimestre de musique pas classique, l'Auditorium invitera Anouar Brahem et son oud à se joindre au saxophoniste John Surman et au contrebassiste Dave Holland le 14 décembre : autant dire un trait d'union parfait entre jazz et musiques du monde. Pour ceux qui n'en peuvent mais d'attendre la sortie de son prochain film, Emir Kusturica viendra avec son No Smoking Orchestra sur la scène du Transbordeur faire un peu de «Unza, unza» le 27 octobre. Ailleurs, le Radiant poursuit son ouverture à la musique avec une invitation lancée au groupe de jazz manouche Samarabalouf (le 1er décembre) et une autre à la guitariste à la voix puissante de contralto Ilene Barnes

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Increvable Veloso

MUSIQUES | Musique / À 65 ans, Caetano Veloso, un des pères fondateurs du tropicalisme brésilien, mais aussi un des héritiers les plus fidèles de Joao Gilberto, prolonge sa tournée sans fin et sa discographie pléthorique. Proximo acordão : l'Auditorium. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 octobre 2007

Increvable Veloso

Écrire sur Caetano Veloso donne le tournis. Écouter sa musique aussi, mais pour d'autres raisons. La longévité (65 ans, dont 40 à ne faire que de la musique) et la productivité (une cinquantaine d'albums, dont la majorité sont des compositions originales) de Veloso laissent rêveur ; mais son enthousiasme et sa capacité à bousculer sans arrêt l'image que le public peut se faire de lui sont encore plus impressionnantes. Il n'y a qu'à se souvenir de cette interview accordée au début de l'année à Libération où il exprimait sa ferveur face à sa (re)découverte des Pixies, chez qui il retrouvait le goût de la concision et l'urgence de son maître Joao Gilberto. Du rock à la bossa nova, de l'Amérique au Brésil, Caetano Veloso est un globe-trotter au sens le plus premier du terme, tout en étant aussi un véritable pionnier. Veloso, c'est pour beaucoup le père du Tropicalisme, ce mouvement musical, culturel et révolutionnaire qui, en 1968, fit trembler le Brésil au point d'envoyer ses principaux activistes dans les geôles de la dictature militaire. Veloso, Gilberto Gil, Tom Zé, Gal Costa et Os Mutantes ont eu l'audace de mêler à leur culture (samba et bossa nova) tout ce que le monde comptait

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