Marc Simonet-Lenglart : « le Loto du patrimoine ne suffit pas »

Château de Fléchère | Propriétaire heureux, Marc Simonet-Lenglart passera bientôt le relais à d'autres à Fléchère. Il évoque ce château, en forme, et la situation nationale du patrimoine, plus en difficulté.

Nadja Pobel | Lundi 13 juillet 2020

Photo : © NP


Comment se chiffre Fléchère ?
Marc Simonet-Lenglart
: Pour bien gérer un château comme celui-là, il faut à peu près 160 000€ en étant économe. Mais Fléchère ne rapporte que 128 000€ par an qui proviennent des visites. L'an dernier a été notre meilleure année et c'est d'ailleurs le drame. Nous étions passés de 90 000 à 128 000 €. Il y a 14 000 visiteurs par an. Et donc ce sont les recettes de Cormatin qui ont toujours aidé à faire les travaux de Fléchère. Il manque chaque année, 30 à 40 000€ pour le fonctionnement et il manque toute la partie de restauration proprement dite. Cela se fait sur les recettes de Cormatin qui reçoit à peu près 60 000 visiteurs. C'est un peu problématique.

Outre les déductions d'impôt, les pouvoirs publics, via la DRAC, quand il y a des tranches de travaux comme les deux toitures et les deux pavillons, subventionnent à 40%. Le Département de l'Ain a donné une aide de 50 000€ qui représentent environ 10% du chantier. Ça fait 50 % de subvention et ce n'est pas valable pour tous les travaux. L'État ne peut pas subventionner tout, c'est évident. Il pallie à ce qui paraît urgent et nécessaire. Le patrimoine privé qui représente 20 000 des 40 000 monuments classés reçoit environ 3% de l'enveloppe consacrée au patrimoine.

Le Loto du patrimoine peut-il aider à restaurer le patrimoine national ?
C'est très sympathique mais il ne suffit pas. Il permet que les visiteurs soient beaucoup plus conscients des problèmes du patrimoine, donc Stéphane Bern a joué un rôle tout à fait important pour faire comprendre qu'il y avait véritablement des problèmes — alors que beaucoup pensaient qu'on était sous une pluie de subventions et qu'on devrait ouvrir à la visite gracieusement et offrir le thé ou l'apéritif. Mais la réalité est que, nationalement, pour 1000€ d'impôt, le patrimoine privé reçoit 2 centimes à diviser en 20 000 monuments. C'est absolument dérisoire. Ceux qui bénéficient du Loto du patrimoine [NdlR 18 projets par an — la liste de 2020 vient de paraître] bénéficient de sommes assez faibles qui ne permettent pas véritablement de commencer les travaux. Certains maires ont trouvé ça gentil, mais ils ne pouvaient pas faire grand chose. C'est un coup de projecteur mais c'est très insuffisant. Le patrimoine privé est en péril car beaucoup de propriétaires n'ont plus les moyens de gérer ce genre de monuments et souvent leurs héritiers n'ont plus du tout envie de s'en occuper. Pendant des générations on a considéré que c'était un devoir de sauvegarder le château de famille, aujourd'hui il n'y a plus l'envie de se mettre sur le dos une telle charge.

Le patrimoine a connu une époque heureuse (sous Jack Lang et jusqu'à la cohabitation Jospin-Chirac), pas seulement par intérêt politique mais aussi parce que c'était dans l'air du temps. C'était la dernière période des gens qui avaient une formation classique dans les ministères et dans le public. Ce n'est plus le cas. Le public a changé et a diminué. Il reste toujours énormément de monde dans les gros châteaux et monuments (Mont Saint-Michel, Chambord...) car tout le monde doit y aller un jour mais le patrimoine de seconde classe a moins de visiteurs.


Renseignements

Château de Fléchère – Fareins (Ain)
T. 04 74 67 86 59

Visite sans réservation, ouvert tous les jours en juillet-août de 14h à 17h30

Tarifs : 10€ (6, 50€ par les – 26 ans, 5€ de 7 à 17 ans) pour une visite guidée d'une heure du château ; 4€ (2€ pour les 7-17 ans) ; accès libre au jardin et aux cuisines

Accès :

En train. Depuis Lyon, aller à Saint-Germain-au-Mont-d'Or + bus 113 arrêt Grelonges

En vélo : 2h15 en longeant la Saône

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Nadja Pobel | Lundi 13 juillet 2020

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Y'a-t-il un butin planqué quelque part au château de Fléchère ? Non, mais en 1973, durant quelque mois avant sa disparition définitive, un membre du Gang des Lyonnais, Joanny Chavel a reçu le beau et mafieux monde (les deux termes n'étant pas inconciliables). Certains ont cherché longtemps des restes du casse de l'Hôtel des postes de Strasbourg ; Olivier Marchal y tourna logiquement des scènes de son film Les Lyonnais en 2010. C'est d'ailleurs par le cinéma que Marc Simonet-Lengart a découvert le lieu, grâce à une diffusion télé du Diable par la queue que Philippe de Broca tourna ici en 1968. Montand, Marielle, Rochefort... « le film était si délicieux et déjanté que le château lui-même me paraissait être un des personnages ». Il l'acquiert, avec deux autres amis, en 1998 après treize années de bataille juridique avec celui qui voulait en faire une résidence d'une centaine de logement

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