Tout là-haut dans le Rhône, le Mont Saint-Rigaud

Rhône | Et si on allait sur le toit du Rhône ? Le Mont Saint-Rigaud culmine à mille mètres et des poussières et, parce qu’il est un peu à l’écart de la route des vins, n’est pas aussi connu que le Mont Brouilly voisin. Balade au milieu des sapins dans ce Haut-Beaujolais et à Beaujeu.

Nadja Pobel | Mardi 4 janvier 2022

Photo : © NP


Loin des rallyes découverte en 2CV et du road book de la route des vins (douze appellations) avec cabriolet sur fond de vignes que nous vante l'office du tourisme, prenons le temps de ralentir, sans bling bling et souvenirs instagrammables.

Au nord-ouest du département du (nouveau) Rhône, aux confins de la Loire et de la Saône-et-Loire, aux portes du Charolais-Brionnais, se dresse le Mont Saint-Rigaud dans un massif du Beaujolais labellisé Geopark par l'UNESCO, reconnaissant ainsi une des géologies « les plus riches et complexes de France » forgée depuis près de 500 millions d'années et mélangeant des pierres dorées, rouges, vertes, blanches, grises ou noires correspondant au granité, schiste, calcaire et argile des vignes. Seuls sept parcs sont ainsi distingués par l'UNESCO en France.

Le Mont Saint-Rigaud

1009 m, 1012 m, les chiffres diffèrent de quelques centimètres pour mesurer ce mont de schiste, coiffé de roches volcaniques, qui incontestablement est le plus haut de ce petit département rhodanien. Il y a fort fort longtemps, il faisait partie d'une chaîne de montagnes aussi hautes que celle des Alpes. Et ce sont elles, mais aussi le Massif Central, que l'on voit du haut d'une tour de bois de quinze mètres de hauteur proposant un panorama à 360° sur tous les paysages, cartographiés sur une table d'orientation. On observe aussi parfois les oiseaux, nombreux ici, comme le pic noir ou la bécasse.

Autre point d'intérêt : une source soi-disant miraculeuse, puisque l'eau de la fontaine dite des Pèlerins soignerait la stérilité féminine. Cette fable a bien sûr une origine religieuse car il y eut, là-haut, un petit monastère de moines de l'ordre de Cluny, dont l'un aurait eu des pouvoirs de guérisseur, mais aussi une explication géographique car le Mont Saint-Rigaud abrite le commencement de nombreux ruisseaux et rivières comme l'Azergues, l'Ardières, le Sornin ou la Grosnes.

Autour de ce mont, serpente un petit sentier pédagogique de 2 km. Possibilité de suivre un circuit très bien fléché, le SR2. Cette boucle de 15km (5h) descend notamment vers le viaduc du Châtelard, magnifique œuvre du XXe siècle sur laquelle il est possible de marcher et, si l'on descend en contrebas, on accède à la cascade du Saut. Le viaduc a été construit entre 1908 et 1910. Grâce à ses onze arches et ses 145 m de long et 27 m de haut, il permettait de relier Monsols (à ses pieds) à Cluny et, sur une deuxième ligne, à La Clayette. Cet impressionnant édifice n'a fonctionné que… 23 ans ! L'obsolescence n'est pas un mal récent.

Cette randonnée de 15 km peut se commencer au col de Crie (624m) car, en cette période hivernale, il n'est pas toujours possible de rejoindre le Mont Saint-Rigaud en voiture en raison de la neige ou des routes parfois verglacées. Un arrêté préfectoral oblige même jusqu'au 31 mars 2022 les véhicules à être équipés.

Depuis ce col de Crie, un autre parcours est fléché mais qui ne passe pas par ce point culminant : c'est le SR1 (5 km) qui tourne autour du Mont Chonay par la Croix des Oncins. Tout est extrêmement bien indiqué et des plans imprimés sont disponibles à la Maison de la Randonnée et du trail, localisée à ce col. Car si vous préférez courir, ce terrain vallonné est un paradis pour les trailers avec de nombreux parcours indiqués.

Une forêt de résineux

Mont Saint-Rigaud et col de Crie, une même végétation : une forêt qui recouvre 30% du Beaujolais et même plus de 50% à cet endroit précis et qui est majoritairement composée de résineux, à commencer par le Douglas, ce bois qui a la meilleure productivité de France et permet l'emploi de 300 personnes pour l'exploitation forestière et la scierie. Plus bas en altitude, la forêt comporte aussi de nombreux hêtres.


Le village de Beaujeu

Capitale historique du Beaujolais, à qui la petite cité de 2 000 habitants a donné son nom, Beaujeu possède des traces de sa construction en l'an mil, comme l'église Saint-Nicolas (romane, 1132) et l'ancien Hôtel-Dieu devenu un EHPAD. Du côté de la Maison du Rhône, deux très belles tours cylindriques. Beaujeu a été une seigneurie importante du Moyen-âge, entre Mâconnais et Lyonnais, confiée aux Bourbons par décision royale. Un témoignage de cette époque se trouve même aux Jardins du Luxembourg parisiens, dans la galerie des dames illustres, via la statue d'Anne, sœur du futur roi de France Charles VIII. Elle fut administratrice de ce territoire avant de le léguer au royaume de France et a ainsi précipiter le transfert de la capitale du Beaujolais à Villefranche en 1540.

Autre curiosité : la maison à colombages du XIVe qui regarde l'église et abrite désormais la Maison du terroir Beaujolais et l'office du tourisme.


Où manger ?

L'Étape cavalière. Bon sang qu'il est dommage d'y monter la nuit ! La vue sur les vignobles est, paraît-il, magnifique. Et au vu de la route escarpée et sinueuse que l'on prend pour grimper au-dessus de Beaujeu, on n'en doute pas. Le patron accueille dans sa ferme en pierre du XVIIIe siècle. Dans ce centre équestre, tables en bois, ambiance rustique et nourriture digne d'un chef haut de gamme. Pour 22€ c'était velouté de courge au porc confit et pignons de pain, cannette farcie avec petits légumes fondants et foie gras poêlé puis poire pochée tuile aux amandes et glace très chocolat. Sinon, menu plus local à 24€ (andouillette, quenelles, charcuterie). Pensez à réserver ! Possibilité de dormir dans l'une des quatre chambres pour cinq personnes.

Route d'Avenas-Malval, Beaujeu
Tél. : 04 74 69 53 31
www.etape-cavaliere.com
Dimanche, mercredi et jeudi le midi ; vendredi et samedi midi et soir


Où acheter des produits locaux ?

L'Épice'Crie. Le meilleur endroit pour faire ses emplettes de produits locaux et artisanaux du Beaujolais. Avec des fromages frais, des confitures (même de la gelée de sapin !) des gâteaux, des bocaux. Délicieux et très abordable.
Col de Crie, dans la Maison de la randonnée et du trail
Tél. : 04 74 03 33 88
Du mercredi au dimanche de 10h à 17h (7j/7 et de 9h à 20h de juin à septembre)

Huilerie beaujolaise. Depuis 1982, Jean-Marc Montegottero fabrique dans son moulin des huiles vierges 100% fruit avec des imports de pistache, amande, argan ou les plus locales et méconnues navette (voisine du colza, 17€ le litre, 3, 5€ les 10 cl) et œillette (variante du pavot, 26€ le litre, 4, 2€ les 10 cl) pour accompagner les salades notamment.
29 rue des Echarmeaux, Beaujeu
Tél. : 04 74 69 28 06 / www.huilerie-beaujolaise.fr / du mardi au samedi de 9h15 à 13h et de 14h à 19h (fermé les deux premières semaines de janvier).

Maison du terroir beaujolais
Vins, pâtés, huiles suscitées, mais aussi livres, linge de maison… on trouve de tout ici mais le lieu a moins d'âme que l'Épice'Crie. C'est aussi un lieu de location de vélos et d'expositions.
24 place de l'Hôtel de Ville, Beaujeu
Tél. : 04 74 69 20 56
Ouvert du 1er mars au 31 décembre de 10h à 12h30 et de 14h (15h le dimanche) à 18h


Renseignements

Maison de la randonnée et du trail. Accueil chaleureux, excellente connaissance du terrain et documents très pratiques à disposition. Cette maison qui abrite aussi l'Épice'Crie est dotée d'un parc, de jeux, cabanes tressées, tables à pique-nique ou départ des sentiers. Nombreuses animations l'été.
Au col de Crie
Tél. : 04 74 04 70 85
Ouvert du mercredi au dimanche de 9h30 à 17h d'avril à octobre, 7j/7 en juillet-août

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