Chez Ani, poissons en fusion

Restaurant | Entre le Palais de Justice et la place Guichard, s'installe un chic resto maritime. Au programme : déco indus', assiettes japonisées et service au cordeau.

Adrien Simon | Mardi 23 mai 2017

Gaby Didonna s'est fait connaître aux manettes d'Imouto, dans le 7e arrondissement. Tant pour sa cuisine franco-asiatique (fusion, aurait-on dit dans les 90's) que pour le rapport qualité/prix de son menu déjeuner. À l'ouverture, en 2013, celui-ci ne coûtait que 16, 50€. Depuis, il devient (chez Imouto comme ailleurs) de plus en plus difficile de se payer un repas chiadé avec un billet bleu.

Didonna étend aujourd'hui son terrain de jeu : son nouvel établissement se nomme Ani, ce qui signifie "l'ainé" en japonais (Imouto étant la "petite sœur" et Otōto, son bistrot, le "petit frère"). Si ses deux autres restos sont situés rue Pasteur (non loin de l'affaire de la mère de Gaby : la Jonque d'Or, fameux vietnamien), ce nouveau rejeton se risque hors du quartier familial…

La déco d'Imouto avait de quoi surprendre, au beau milieu de la Guillotière, avec son intérieur clair, ses troncs d'arbres et son plafond ondulant, signé Xavier Vigne. Didonna aime les contre-pieds, puisqu'il pose cette fois-ci, presqu'en face du Palais de Justice, un genre de squatt berlinois. L'intérieur d'Ani ressemble à un chantier abandonné par ses investisseurs : murs grattés, enduits encore accrochés aux pierres apparentes, vieux compteurs électriques, meubles en planches brutes à peine poncées, et plafond de parking souterrain. Une fausse nonchalance contrebalancée par le service, et les arts de la table. Ici, le pain est déposé à la pince, les couverts Christofle sont remplacés entre chaque plat, l'assiette de présentation est signée Bernardaud, et on n'oublie jamais les glaçons dans le verre d'eau (du réseau). Les serveurs en habits noirs sont aux p'tits soins, sous la houlette du directeur Pascal Polturat, qui de son côté assure l'art désuet de la découpe en salle de la poiscaille.

Car chez Ani, il est surtout question de poissons. Dans la formule du déjeuner (23€), on le retrouve nipponisé. Ainsi, en entrée, la bonite (cousine du thon, en flocons) parsème une Okonomyaki (crêpe japonaise) aux crevettes et chou rouge. Ensuite, le cabillaud est transformé en un mix de brandade et korokke (des croquettes de patates). On le retrouve mêlé à des pommes de terre écrasées, du gingembre, formé en boule, puis pané au panko et enfin frit. Ce qui lui donne une allure de glace Mystère - avec un chapeau de haddock (pas le capitaine).

Pour retrouver le poisson tel qu'il est le meilleur (dans son plus simple appareil) il faut zapper le menu et commander une pièce entière. La sole meunière, ou la dorade grillée, sont ainsi présentées encore fumantes dans la poêle, et dépiautées ensuite, en salle. Ce qui a le don de provoquer l'envie chez les autres convives.

De notre côté, le repas se concluait avec un dessert à trois couches (un entremets, comme on dit chez Picard) : un biscuit brownie surmonté d'un crémeux au chocolat, et du caramel au milieu. On l'aurait bien fait passer avec un saké, mais ils n'étaient pas encore arrivés du 7e. Heureusement côté vins, on trouvait le bon Menetou Salon (blanc) de Philippe Gilbert (37€), un Côte Rôtie de Christophe Pichon (90€), ou encore, au verre, le Crozes du domaine des 7 chemins (6€).

Ani
199 rue de Créqui, Lyon 3e
Fermé dimanche et lundi
Formule déjeuner 23 € ; menu-carte 32€

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Toutes les couleurs des vanités au Musée des Beaux-Arts

Arts | Troisième exposition entremêlant les collections du Musée des Beaux-Arts à celles du Musée d’Art Contemporain (et une collection privée), À la mort, à la (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 novembre 2021

Toutes les couleurs des vanités au Musée des Beaux-Arts

Troisième exposition entremêlant les collections du Musée des Beaux-Arts à celles du Musée d’Art Contemporain (et une collection privée), À la mort, à la vie ! Vanités d’hier et d’aujourd’hui vient d’ouvrir ses portes au MBA. Elle réunit quelque 160 œuvres (estampes, sculptures, peintures, photographies, vidéos…), du XVIe siècle au XXIe siècle, sous le thème intemporel de la vanité. Le parcours n’hésite pas à faire voisiner les époques et les styles les plus différents, dans un accrochage fort réussi. Et décortique tous les aspects de la vanité : danse macabre, les âges de la vie, la vanité des arts et du savoir, les méditations… Parmi nos découvertes ou redécouvertes fortes de cette exposition, citons : l’installation vidéo Tiny Deaths de Bill Viola, la série photographique bouleversante de Philippe Bazin Faces, deux polyptiques de Jean-Luc Mylayne, deux grandes toiles signées Jim Dine et Paul Rebeyrolle…. À la mort, à la vie ! Vanités d’hier et d’aujourd’hui Au Musée des Beaux-Arts jusqu’au 7 mai 2022

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Les sorties cinéma à Lyon du 1er au 14 décembre

En salles | Les films à voir au cinéma cette quinzaine : notre sélection.

Vincent Raymond | Jeudi 2 décembre 2021

Les sorties cinéma à Lyon du 1er au 14 décembre

★★☆☆☆ La Méthode Williams Qu’est-ce que ça bouge sur les écrans ! Espérons toutefois conserver un peu de stabilité pour les films, certains sortant à la vitesse d’un service des sœurs Williams (207 km/h). Celles-ci sont justement au cœur de La Méthode Williams, biopic autorisé de Reinaldo Marcus Green dans lequel Will Smith incarne leur père et coach Richard, promoteur d’une méthode destinée à faire dès le berceau de ses filles des championnes. La nécessité de créer des role models aux États-Unis, alliée au politiquement correct, abrasent les rugosités du personnage. Certes, il apparaît déterminé et doué d’une formidable vista, mais ses zones d’ombres avérées sont soit à peine évoquées, soit “arrangées” en extravagances de caractère. Dommage, car en instillant ces nuances dans le rôle, il y aurait eu davantage d’enjeu pour Will Smith. Et plus d’intérêt à coller à la vérité. Un film de Reinaldo Marcus Green (EU, 2h18) avec Will Smith, Saniyya Sidney, Demi Singleton ; sorti

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Les ombres et les lumières de Vania Vaneau

SCENES | La danseuse et chorégraphe Vania Vaneau présente du 30 novembre au 4 décembre sa création Nebula, solo pour aller au plus près de la nature. Elle nous explique comment elle extrait, avec son corps, un peu d’espoir dans ce monde atomisé.

Article Partenaire | Lundi 15 novembre 2021

Les ombres et les lumières de Vania Vaneau

Nebula de Vania Vaneau, 2021, Passages Transfestival, Metz © Raoul Gilibert-3147 Vous avez travaillé en trio pour Ora (Orée) (2019), en duo pour Ornement (2016), vous allez livrer un solo. Est-ce que cela a été décisif au moment de penser Nebula ? Comment c’est arrivé ? L’expérience du trio est un partage duquel je sortais pour regarder et maitriser la forme de l’extérieur. Et pour Nebula, j’ai eu envie de revenir à un solo car c’est plus personnel. J’avais besoin de travailler dans un élan plus intuitif, une impulsion un peu plus consciente. C’est plus simple d’être seule pour cela. C’est parce que vous avez l’intuition de travailler en solo que vous êtres allée vers ce sujet de la nature que vous dites « déjà détruite » ou c’est ce sujet qui vous conduit à la forme du solo ? C’était les deux en même temps. Il y a un état d’urgence de quelque chose qui est fini, détruit et le devoir de répondre à ce sentiment apocalyptique avec un élan, une action, le jeu. Le solo est le plus approprié pour cela mais je travaille étroitement avec les compositeu

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Vania Vaneau, un corps phénix

Danse | Originaire du Brésil, formée à la danse dans son pays puis à Bruxelles, Vania Vaneau a été interprète pour certains des plus aventureux des chorégraphes (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 17 novembre 2021

Vania Vaneau, un corps phénix

Originaire du Brésil, formée à la danse dans son pays puis à Bruxelles, Vania Vaneau a été interprète pour certains des plus aventureux des chorégraphes contemporains : Wim Vandekeybus, Christian Rizzo, Maguy Marin… En 2014, elle crée à Lyon sa première pièce, le solo Blanc, puis ce sera un duo, Ornement, en 2016 avec Anna Massoni, et un trio en 2019. Fruit d’une résidence aux Subsistances, sa nouvelle création Nebula revient au dispositif en solo, et poursuit les questionnements de l’artiste sur les liens entre psychique et physique, intérieur et extérieur, gestes ancestraux et danse contemporaine. Le point de départ de la pièce est un paysage post-apocalyptique, jonché de matériaux bruts, au sein duquel Vania Vaneau propose une sorte de rituel de guérison visant à construire ou à reconstruire un corps. Une grande partie de la pièce a été travaillée en extérieur, au milieu de la campagne (la pièce se

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"L’Ordre" projeté à l'Opéra Underground

Documentaire | Tourné pile entre deux des plus grands succès du plus confidentiel des cinéastes de la Nouvelle Vague, L’Ordre (1974) de (...)

Vincent Raymond | Mercredi 27 octobre 2021

Tourné pile entre deux des plus grands succès du plus confidentiel des cinéastes de la Nouvelle Vague, L’Ordre (1974) de Jean-Daniel Pollet s’intéresse à la condition des lépreux reclus durant des dizaines d’années dans un établissement de Crète, à Spinalonga. Et donne la parole à l’un d’entre eux, Raimondakis qui délivre sa vision du monde. Un double regard sur la maladie et la société qui fut récompensé au festival de Grenoble en 1975, et qui à la lumière d’une pandémie suivie de plusieurs confinements, prend une très étonnante charge symbolique. Une médi(t)ation en images suivie par une discussion animée par le réalisateur Samuel Aubin. L’Ordre de Jean-Daniel Pollet À l’Opéra Underground le mardi 9 novembre à 12h30

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"Mourir peut attendre", un dernier James Bond pour Daniel Craig : mourir et laisser vivre

Espionnage | Sorti de sa retraite pour contrer une pandémie terroriste (et se venger de Blofeld), Bond se découvre de nouveaux ennemis… et des alliés et alliées inattendues. Retardé depuis 18 mois, l’ultime épisode interprété par Daniel Craig clôt par un feu d’artifice inédit son cycle d’aventures dans la peau de l’agent britannique. Défense de spoiler !

Vincent Raymond | Mercredi 6 octobre 2021

Après avoir porté un sérieux coup à l’organisation criminelle Spectre et capturé son chef Ernst Stavro Blofeld, James Bond s’octroie une escapade italienne en compagnie de Madeleine Swann. Leur tête-à-tête romantique va être contrarié par plusieurs fantômes de leurs passés respectifs, les contraignant à une rupture brutale. Cinq ans plus tard, Bond est tiré de sa retraite par son ami Felix Leiter de la CIA, après qu’un savant russe retourné par le MI6 a été enlevé avec une redoutable arme biologique de sa confection… Tourné et finalisé avant la pandémie, retardé à cause d’icelle, Mourir peut attendre traite donc d’une… pandémie. Ou du moins du combat de James Bond contre une puissance terroriste cherchant à déclencher une attaque bactériologique (pour faire simple) à l’échelle planétaire. Un argument réactualisant celui de Au Service Secret de Sa Majesté (1969) de Peter Hunt, lui-même produit au moment de l’épidémie de grippe de Hong Kong. La fatalité a de ces ironies… Seul épisode interprété pa

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Le label Blanc Manioc s'invite au Sucre

Clubbing | Un samedi aux couleurs africaines se profile au Sucre, sous la férule du label lyonnais Blanc Manioc et du festival d'Abidjan, Maquis Electroniq.

Sébastien Broquet | Jeudi 9 septembre 2021

Le label Blanc Manioc s'invite au Sucre

Drôle d'aventure que celle menée par Dom Peter, batteur du combo dub lyonnais High Tone depuis le mitan des nineties, ayant écumé les salles d'ici et de presque partout ailleurs au fil de tournées incessantes, de concerts dévastateurs et d'albums ayant marqué l'histoire du genre en Europe — surtout les premiers. Lors d'une pause entre deux tours, constatant la baisse d'intensité de la scène dub, la difficulté à se renouveler au sein d'un groupe — Antonin Chaplin, le clavier, a lui quitté la bande après de longues années —, il a décidé de ne pas abandonner, mais de se consacrer en parallèle à un autre projet, très personnel, puisant aux sources de son amour pour les musiques africaines. C'est ainsi que Midnight Ravers est né, superbe projet afro-électro, puis Blanc Manioc avec le dessinateur Emmanuel Prost, label 100% numérique dédié aux découvertes faites au cours de ses visites sur le continent africain, centrées autour de l'effervescente et diversifiée scène électronique locale. Et tout s'est enchaîné, avec la co-création d'un festival à Abidjan, Maquis Electroniq, sur lequel un autre duo lyonnais a

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Lyon : un bar branché musiques électroniques va ouvrir sur les Pentes

Bar | Bientôt ouvrira un nouveau bar dansant à coloration musiques électroniques, à la place de l'ancien théâtre du Nid de Poule. Aux manettes : la bande de Club Safar et leurs amis. Pendaison de crémaillère prévue en septembre.

Sébastien Broquet | Lundi 7 juin 2021

Lyon : un bar branché musiques électroniques va ouvrir sur les Pentes

Au Nid de Poule, auparavant, l'on venait pour une pièce de théâtre et découvrir dans ce tout petit espace ce qui ferait les levers de rideau de demain. Fermé l'année passée, ses meneurs Joseph Elbaz et Marion Viquesnel étant partis perpétuer leur projet théâtral du côté de Villeurbanne, le local du Nid ne sera pas resté vide très longtemps : actuellement en plein travaux d'aménagements, le spot du 17 rue Royale, au bas des Pentes, a été repris par des membres du crew de musiques électroniques Club Safar. Avec l'idée d'en faire, là-encore, un labo et une pépinière à destination des jeunes artistes locaux. Sauf que dans ce nouveau projet provisoirement baptisé Reverse, les jeunes talents ne seront pas issus de l'ENSATT mais plutôt du monde de la techno et des arts digitaux. « On a signé en septembre 2019, nous sommes trois membres du collectif No Time / Club Safar à l'origine de cette reprise » explique Ianis Titah, porteur de ce nouveau projet en compagnie de Julien Gouas et Axel Blanc. « À l'origine, on vou

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AKAA : à l’avant-garde de l’art contemporain africain

Art Contemporain | Treize artistes issus du continent africain, ou inspiré par lui, ont pris leurs quartiers chez Manifesta, galerie hybride qui a invité la foire parisienne AKAA. Une exposition réussie qui bouleverse quelques idées reçues.

Sarah Fouassier | Lundi 17 mai 2021

AKAA : à l’avant-garde de l’art contemporain africain

La première fois qu’on a poussé la porte de Manifesta, on a été comme subjugués par ce lieu hybride composé de différents espaces qui ressemblent tour à tour à un bureau ultra design, à un appartement aux lignes résolument contemporaines et à une galerie décidée à rendre accessible la création contemporaine au public et aux entreprises. Une visite qui donne le vertige et qui mérite une explication de texte. En imaginant Manifesta, Céline Melon et Marie Ruby souhaitaient sortir des carcans d’une galerie classique. Elles ont par conséquent composé un lieu de rencontre entre le public et des institutions, foires et galeries peut enclines à exposer en "province" pour les plus Parisiens ou en "région" pour les moins snobs. La fracture entre nous et la capitale est réelle dans bien des domaines et l’art contemporain n’y échappe pas. Alors quand une foire parisienne décide de venir à nous avec dans ses bagages des artistes et œuvres visibles pour la première fois en France, on ne se fait pas prier pour s’y rendre. AKAA c’est quoi ? AKAA, pour Also Know As Africa, est une foire d’a

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Awanî, saveurs d'Afrique

Concept Store | Chez Awanî ("nous sommes ensemble", en yoruba), on déniche : une poupée qui parle dix langues — dont sept africaines —, de l’épicerie (...)

Louise Grossen | Mercredi 19 mai 2021

Awanî, saveurs d'Afrique

Chez Awanî ("nous sommes ensemble", en yoruba), on déniche : une poupée qui parle dix langues — dont sept africaines —, de l’épicerie fine, un salon de thé, des plats à emporter, des cosmétiques (de l'huile de Chébé), de l’habillement (des escarpins wax de 10cm !!), des œuvres d’art, des bouquins (Martin Luther King, Tahar Ben Jelloun, des ouvrages pour les kids...)… Le liant ? L'Afrique. Zara Oyétoundé nous accueille avec un thé à l’hibiscus. Son parcours se révèle aussi garni que sa boutique : originaire du Tchad, Zara a grandi au Niger et est arrivée en France à vingt ans. D’abord contrôleuse de gestion comptable, puis gérante d’une librairie pendant sept ans, elle ouvre Awanî en novembre 2020 : « j’en avais marre de faire parler les chiffres, je voulais raconter une histoire, valoriser les saveurs et les objets qui ont bercé mon enfance en Afrique. » La gérante est aussi autrice d'un premier livre, Vivez votre vie de rêve dans la vraie vie, qu’elle auto-édite et vend dans sa boutique. À ses côtés, il y a Rama Tall, étudiante en design, qui

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Fête du Livre de Bron : une programmation invincible et bien visible

Littérature | Après nous avoir expliqué en quoi consisterait son édition 2021, en ligne, la Fête du Livre de Bron livre les détails de sa programmation, adulte et jeunesse, et donne rendez-vous du 10 au 28 mars, du mercredi au dimanche, sur son site Internet.

Stéphane Duchêne | Lundi 1 mars 2021

Fête du Livre de Bron : une programmation invincible et bien visible

Une cinquantaine d'invités, un événement on line (et non on hippodrome, comme d'usage) étalé sur trois semaines, telle est la formule choisie de l'édition 2021 de La Fête du livre de Bron placée sous le signe de L'invincible été camusien qui ferait ici, davantage que de thème, office de devise de résistance, de vaccin contre la fatalité. Et si rien ne remplacera dans les cœurs des lecteurs une version "en présentiel", selon la formule désormais consacrée, on pourra quand même se contenter d'une jolie programmation tout à la fois resserrée (le nombre d'auteurs : réduit) et rallongée (dans la durée : trois semaines au lieu de cinq jours). Programmation qui, il faut le préciser, s'inspire plus que largement de celle imaginée pour l'édition en bugne à bugne envisagée dans un premier temps. Au programme donc, et comme nous l'expliquait il y a peu Yann Nicol, directeur de l'événement : des rendez-vous récurrents chaque week-end (entendre « s

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Le directeur de Nova Lyon, Alfredo Da Silva, licencié

Médias | Une nouvelle ère s'ouvre pour Nova Lyon, qui souhaite se relancer avec le licenciement de celui qui en était le directeur et avait opéré en 2017 la fusion avec l'ancienne radio associative RTU, Alfredo Da Silva.

Sébastien Broquet | Jeudi 14 janvier 2021

Le directeur de Nova Lyon, Alfredo Da Silva, licencié

La réorganisation de Radio Nova se poursuit : après l'arrivée à la direction générale du groupe LNEI (la SAS de Matthieu Pigasse possédant la station) de Emmanuel Hoog en mai 2019, puis la nomination de Mélanie Mallet — une historique de la radio fondée par Jean-François Bizot — comme directrice déléguée de Nova, après aussi le départ de Bernard Zekri en janvier 2020, c'est désormais l'antenne locale lyonnaise qui change de tête : le directeur de la station, Alfredo Da Silva, a été licencié en ce début d'année 2021. En cause, une gestion jugée trop légère et l'achat à titre personnel de la péniche amarrée quai Rambaud, où sont situés les locaux loués à la radio depuis quelques mois, sans prévenir la direction parisienne — laquelle n'a pas souhaité répondre à nos sollicitations. Pour l'instant, aucun remplaçant n'a été nommé à la direct

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VinylesMania : Vinyle, Vidi, Vici au Musée de l'Imprimerie

Graphisme | Au long d'une exposition sacrément futée et fureteuse, le Musée de l'Imprimerie et de la Communication Graphique célèbre le retour aussi triomphal et paradoxal du vinyle ces dernières années, remonte à sa genèse et en explore les singularités. À voir les oreilles grandes ouvertes. Et prolongée jusqu'au 29 août.

Stéphane Duchêne | Mercredi 21 octobre 2020

VinylesMania : Vinyle, Vidi, Vici au Musée de l'Imprimerie

On pourrait appeler "paradoxe du vinyle" le fait qu'un objet symbole du matérialisme moderne ayant connu une extinction de masse se mette à revivre sur le marché alors même que la dématérialisation a triomphé de tous les supports. On a longtemps pensé que le CD, cette invention sonore si révolutionnaire et si pratique, avait définitivement supplanté le disque vinyle. Puis la dématérialisation a fait son œuvre avec l'arrivée du téléchargement (ah, cette époque où il fallait une journée pour télécharger un fichier mp3), puis des plateformes de streaming, et l'industrie du disque a plongé, ringardisant définitivement la forme évoluée du disque. Au final, c'est le dinosaure vinyle qu'on a ressorti des glaces de l'oubli et du grenier de papy pour repeupler les rayons des disquaires et les salons domestiques. Tout cela parce que la dématérialisation, grande pourvoyeuse de nostalgie et de paradoxal désir de possession, a fait du 33t répudié un fétiche, un totem d'appartenance à une caste de (plus ou moins) passionnés. Et si l'on veut comprendre (ou pas) pourquoi, il faut se rendre à l'exposition

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Gastéro-potes : "La Baleine et l'Escargote" de Max Lang

Animation | Un très délicat film d’animation à la réalisation somptueuse.

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Gastéro-potes :

Une aventureuse escargote devient la passagère d’une baleine et fait sur sa nageoire le tour du monde. Leur amitié improbable illustrera une morale bien connue : on a toujours besoin d’une plus petite que soi… Symphonie de bleus et de textures d’eaux, ce très délicat film d’animation à la réalisation somptueuse rappelle, en moins triste, L’Oiseau et la Baleine vu en complément de programme de L’Odyssée de Choum. Lui aussi doté de deux ultra court-métrages de qualité, il constitue par ailleurs l’une des ultimes apparitions (vocales, dans sa V.O.) de la regrettée Diana Rigg. La Baleine et l'Escargote ★★★☆☆ Un film d'animation de Max Lang, Daniel Snaddon, Filip Diviak (G-B-Tch-Sui, 0h40)

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Cheyne, 40 années exposées à la Bibliothèque de la Part-Dieu

Exposition | Une exposition à la bibliothèque de la Part-Dieu se penche sur l'éditeur de poésie Cheyne.

Nadja Pobel | Mercredi 14 octobre 2020

Cheyne, 40 années exposées à la Bibliothèque de la Part-Dieu

De l’espace : la bibliothèque de la Part-Dieu en accorde à Cheyne, la maison d’édition installée au grand air (voir ci-dessus) en développant son exposition anniversaire. Il n’est pas question que d’un catalogue, mais avant tout d’un métier complet que Martine Mellinette et Jean-François Manier ont embrassé en 1978 quand ils créent les éditions dont les trois premiers ouvrages sortent en 1980. « À cette époque, rappelle le co-fondateur dans une vidéo, de petites maisons d'éditions se lançaient hors de Paris : Actes Sud, Verdier… » avec chacune un credo. Pour Cheyne, ce sera la poésie – la Ville de Lyon, en créant son Prix Kowalski en 1984, lui confiera l’édition annuelle du lauréat jusqu’en 2001. Tout cela est rappelé au fil d’une chronologie, de textes inscrits sur des planches en bois. La part belle est faite aux auteurs (Mariette Navarro, Franck Pavloff...) mais aussi à la matière du papier, aux lettres typographiques, au façonnage et à la diffusion. Se tisse-là un « éloge de la lenteur », à mille lieues de « la littérature fast food » et « des pouvoirs grandissants des gestio

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Graine de discorde : "L'Enfant rêvé" de Raphaël Jacoulot

Drame | Un drame passionné aux accents ruraux avec Jalil Lespert.

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Graine de discorde :

À la tête de la scierie jurassienne familiale, François et Noémie luttent chaque jour pour leur entreprise comme pour leur couple, infécond. Mais voilà que François entame une liaison clandestine avec Patricia, une cliente par ailleurs mariée. Celle-ci va tomber enceinte… Le drame passionné en gestation, aux accents ruraux (et musicaux) de La Femme d’à côté, est hélas rattrapé par une triste prévisibilité lorsqu’à la trame sentimentale s’ajoutent des enjeux plus terre à terre. Le personnage de François ressemble alors une foultitudes de protagonistes masculins vus ici ou là ces dernières années, embringués dans des histoires vaguement similaires (entreprise à sauver avec patriarche emmerdeur dans le terroir/couple en déroute/histoire de fesses) ; à croire que cette situation tient du lieu commun, et que Jalil Lespert se substitue ici à Guillaume Canet ou Gilles Lelouche en chemise à carreaux. Restent les paysages du Jura filmés par drone… L'Enfant rêvé ★★☆☆☆ Un film de Raphaël Jacoul

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Flic ou voyou ? : "A Dark-Dark Man" de Adilkhan Yerzhanov

Policier | Un polar avec Daniar Alshinov, qui se distingue par sa radicalité formelle.

Vincent Raymond | Mercredi 14 octobre 2020

Flic ou voyou ? :

Au fin fond des steppes kazakhes, bien loin de la capitale, un commissaire corrompu qui a pris l’habitude de régler toutes les affaires vite et à sa façon, a “contaminé” Belzat, un jeune flic. L’arrivée d’une journaliste à l’occasion d’une enquête sur des meurtres pédophiles sort Belzat de sa sujétion et lui ouvre les yeux sur ses pratiques douteuses. Mais est-ce encore temps de changer ? Si ce combat d’un flic pour la restauration de son intégrité morale (et la réhabilitation d’un probable innocent) rappelle La Promesse de Dürrenmatt, il se distingue surtout par sa radicalité formelle : plans fixes, mouvements et travellings lents créant une tension qui se sublime dans l’abstraction d’un finale à revolvers tirés. L’âme de l’Homme seule est sombre dans ces décors en demi-teinte et ces extérieurs superbement photographiés. A Dark-Dark Man ★★☆☆☆ Un film de Adilkhan Yerzhanov (Kaz-Fr, 1h50) avec Daniar Alshinov, Dinara Baktybaeva, Teoman Khos…

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Emmanuel Venet : le fou et l'artisan

Psychiatrie | « Sur une vie entière, environ un tiers de la population a souffert, souffre ou souffrira d'une pathologie psychiatrique » souligne, dans son (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 11 septembre 2020

Emmanuel Venet : le fou et l'artisan

« Sur une vie entière, environ un tiers de la population a souffert, souffre ou souffrira d'une pathologie psychiatrique » souligne, dans son Manifeste pour une psychiatrie artisanale (Verdier) tout juste paru, le psychiatre et écrivain lyonnais Emmanuel Venet. Pourtant, on constate une chute libre du nombre de lits en psychiatrie. Les structures de proximité ferment ou fusionnent, les services d'urgence multiplient les grèves... A contrario, les établissements spécialisés du privé ont le vent en poupe, réservés à certains types de pathologies et surtout à une clientèle relativement aisée. L'état des lieux d'Emmanuel Venet est amer et se double d'un inquiétant changement de paradigme thérapeutique : l'approche humaniste et individualisée de la psychiatrie est remplacée par un traitement à court terme et superficiel des symptômes, une volonté thérapeutique qui vise davantage à (ré)adapter les patients au monde socio-professionnel, plutôt qu'à libérer leur créativité psychique. « Face à ce rouleau compresseur, il est temps de rappeler que l'ex

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Les yeux dans les rouges-et-bleues de l'Olympique Lyonnais : "Les Joueuses"

Documentaire | ★★★★☆ Documentaire de Stéphanie Gillard (Fr, 1h28) avec Wendie Renard, Ada Hegerberg, Delphine Cascarino…

Vincent Raymond | Jeudi 3 septembre 2020

Les yeux dans les rouges-et-bleues de l'Olympique Lyonnais :

Saison 2018-2019. L’équipe féminine de l’OL est en lice pour un triplé : Championnat et Coupe de France, Championnat d’Europe. Des entraînements aux vestiaires, des terrains aux victoires, le portrait d’un groupe bâtissant sa légende autant qu’il popularise son sport… On pèse nos mots en parlant d’un documentaire historique. Parce que Stéphanie Gillard montre le labeur quotidien de ces pionnières perfectionnistes (« Ce qu’il faut de sanglot pour un air de guitare », dirait Aragon) mais aussi leur enthousiasme à vivre de leur passion — si elles remercient volontiers le président Aulas, elles le titillent toujours un peu quant à l’écart abyssal entre filles et garçons. Investies sur le terrain comme le prouvent de spectaculaires mais rares images de matches (question de droits, sans doute), les joueuses le sont aussi en faveur de la relève : l’iconique équipe se trouve en effet à un moment charnière où les “aînées“ (Renard, Fischlock, Bouhaddi…) guident avec bienveillance les nouvelles recrues (Bacha…). D’autant plus précieux à voir que la couverture médiatique dont ces athlètes bénéficient d

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Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

La Daronne | Impossible de la manquer cette semaine à Lyon : sa silhouette est aux frontons de tous les cinémas et vous la croiserez peut-être au gré des rues puisqu’elle vient de débuter le tournage du nouveau film de Laurent Larrivière avec Swann Arlaud. Elle, c’est, évidemment Isabelle Huppert, une des “daronnes“ du cinéma français et celle que Jean-Paul Salomé a choisie pour incarner Patience Portefeux dans son polar. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

Comment choisissez vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce que vous avez fait auparavant ? Isabelle Huppert : C’est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l’acteur. Parce qu’au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m’attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et qu’on se redit et rien que pour cette phrase on a envie de faire le film… C’est mystérieux de le définir précisément, parce que c’est un processus particulier qui vous amène chaque fois à faire un film. C'est à chaque fois une aventure un peu existentielle : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n’est jamais le même… Quel a été le point de départ de La Daronne ? Le livre, que j’ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J’ai entendu Anne-Laure Cayre [l’autrice et coscénariste, NdlR] à la radio et, tout de suite, j’ai été très intéressée par ce qu’elle rac

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Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans "La Daronne"

Son film à l'affiche | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr, 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de shit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle “Daronne“… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’EHPAD de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

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Doudou et dur à la fois : "Mon ninja et moi" d'Anders Matthesen

Animation | Depuis que sa mère s’est remise en ménage, Alex a hérité d’un “demi-frère“ de son âge qui le tyrannise à la maison et au collège. Quand son oncle excentrique lui offre une poupée de ninja magique ramenée de Thaïlande, Alex pense tenir sa revanche. Mais la contrepartie sera rude…

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Doudou et dur à la fois :

La toute neuve société de distribution Alba Films tient sa première authentique pépite avec ce long-métrage danois méritant d’être le succès d’animation de l’été 2020. Mon ninja et moi marque en effet une réjouissante révolution dans l’univers plutôt corseté et policé des productions destinées au “jeune public” — vocable flou qui rassemble bambins jusqu’aux ados. À présent que tous les studios d’animation ont globalement atteint une excellence technique comparable à celui développé par Blue Sky, Dreamworks ou Pixar et uniformisé leur style graphique, le récit (et son traitement) est devenu l’ultime refuge de la singularité. Un retour aux fondamentaux pour spectateurs blasés des prouesses visuelles asymptotiques. Auteur et coréalisateur de Mon ninja et moi, Anders Matthesen donne le ton dès le début en montrant des enfants exploités dans une usine thaïlandaise, clairement maltraités pour fabriquer les jouets des petits Occidentaux : la mondialisation expliquée par une relation de cause à effet, sans parabole émolliente. De la même manière seront ab

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Animali : l'arc-en-ciel de la gravité

Critique | Lorsqu'on a découvert l'existence d'Animali au milieu de la décennie passée avec deux EP aux titres échevelés, The spark, and three others poorly-produced (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 24 juin 2020

Animali : l'arc-en-ciel de la gravité

Lorsqu'on a découvert l'existence d'Animali au milieu de la décennie passée avec deux EP aux titres échevelés, The spark, and three others poorly-produced pieces of music et This plane's going down, are we all gonna die ?, on avait été immédiatement frappé, et très fort, par le sentiment de voir germer une sorte de jumeau français des flamboyants et détraqués Flaming Lips. Ainsi que par le naturel déconcertant, et surtout le talent, avec lequel le groupe assumait la chose sans jamais risquer de souffrir de la comparaison. Mais au fond, ses membres l'avouent bien volontiers aujourd'hui, tout ceci n'était pas bien sérieux. Les années passant, Julien Jussey et Benjamin Richardier ont su et voulu se dégager de cette tutelle à l'ombre de laquelle ils allaient forcément tourner en rond.

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Animali : « on nous a souvent traité de branleurs »

Pop | Après sept ans d'existence, le duo lyonnais Animali, composé de Julien Jussey et Benjamin Richardier vient juste de publier son premier album, Mary D. Kay, prenant le temps nécessaire pour trouver son équilibre. Et d'entamer une réflexion sur ce qu'est être un groupe émergent en 2020 et la pertinence de continuer à sortir... des albums.

Stéphane Duchêne | Mercredi 24 juin 2020

Animali : « on nous a souvent traité de branleurs »

Animali a été fondé en 2013, a publié deux EP, pourquoi autant de temps avant ce premier album ? Benjamin Richardier : en fait, on a commencé à enregistrer il y a longtemps, il existe plusieurs versions des morceaux du disque, le temps de trouver un son qui nous convienne. On a beaucoup recommencé. Julien Jussey : On avait aussi moins de temps pour travailler ensemble. Ben a eu un enfant. Moi, j'ai pas mal tourné, notamment avec Erotic Market, j'ai monté un deuxième studio, ce qui a pris beaucoup de temps [NdlR, il a aussi repris la direction exécutive du studio villeurbannais Mikrokosm, fondé et toujours supervisé par Benoït Bel]. Il y avait là une volonté de sortir le groupe du cycle de l'intermittence où il faut tourner pour avoir des cachets, sortir des disques rapidement pour pouvoir tourne

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La musique dans tous ses états

Biennale des Musiques Exploratoires | La Biennale des Musiques Exploratoires propose pas moins de cinquante spectacles et concerts, défrichant les nouvelles tendances de la création musicale, et les croisements entre musique et danse, théâtre ou arts plastiques.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 mars 2020

La musique dans tous ses états

Héritière de la Biennale Musiques en Scène, la Biennale des Musiques Exploratoires (BIME) suit à peu près le même sillon : celui de la créativité musicale actuelle et des croisements entre la musique et d'autres disciplines comme le théâtre, la performance, la danse... Pendant presque un mois, le festival proposera dans plusieurs lieux de la métropole rien moins qu'une cinquantaine de concerts et de spectacles, dont seize premières mondiales. L'écrivain Yannick Haenel (auteur des remarquables romans Cercle ou Renards pâles) en sera une sorte de parrain avec notamment l'écriture d'un petit opéra et un Week-end Yannick Haenel à l'Auditorium du 13 au 15 mars. Week-end où seront lus des textes de l'écrivain par Charles Berling, et où seront interprétés quelques choix de cœur de l'auteur : Drumming de Steve Reich, le Quintette à cordes en ut majeur de Schubert, L'histoire du soldat de Ramuz-Stravinsky lue, dansée et jouée... Sans oublier une œuvre du très singulier compositeur argentin (formé au CNSMD de

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Daniel Johnston : pop heart

Pop Lo-fi | Quelques mois après sa mort, le Marché Gare et l'Aquarium Ciné-Café rendent un bel hommage au maître de la lo-fi que fut Daniel Johnston avec la diffusion du documentaire The Devil & Daniel Johnston. Retour sur une vie fascinante à la frontière du génie et de la folie.

Stéphane Duchêne | Mardi 18 février 2020

Daniel Johnston : pop heart

Décédé en septembre dernier à l'âge de 58 ans, l'Américain Daniel Johnston fut trente ans durant un musicien culte, icône de la branche folk lo-fi célébrée par tous ses pairs et héritiers en quête du même graal mélodique, à l'évidence désarçonnante et à la singularité bancale. Un culte qui culmina il y a quinze ans avec The Late Great Daniel Johnston : Discovered Covered, best of et album de reprises où ses versions originales regardaient en miroir leurs jumelles, si belles dans les mains de Eels, Beck, Calvin Johnson, Sparklehorse ou The Flaming Lips. Au lycée, en Virginie-Occidentale, Johnston a déjà sa petite réputation et il aime ça. Celle d'un type à part, timide mais drôle, surdoué, cabot, farfelu et provocateur, qui aime réaliser des films en Super 8 où il parodie les travers autoritaires de sa mère – qu'il incarne lui-même. Esprit fantaisiste dans une famille de bigots effarés, il est très tôt un artiste.

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Une vie cachée : "Toutes les vies de Kojin"

Documentaire | Kojin, la petite vingtaine d’années, assume devant la caméra son homosexualité. Un courage exceptionnel pour ce jeune Kurde vivant dans une culture où cette orientation suscite un rejet violent, voire peut provoquer la mort de celui ou de celle qui l’affiche au grand jour.

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Une vie cachée :

Entre cri de colère et démarche pédadogique, ce documentaire de Diako Yazdani relève les archaïsmes et hypocrisies dans lesquels vit son peuple. Atterré par la somme de préjugés et d’idées fausses hérités de la culture tribale comme de la religion, le réalisateur (lui-même Kurde d’Iran, réfugié politique en France) s’emploie à provoquer des conversations autour du sujet avec ses compatriotes, en présence de Kojin — seul gay à se montrer à visage découvert. Le résultat s’avère tristement édifiant : entre gêne hostile (« les gens comme toi, je les tue ») et compassion fataliste (« tu n’as qu’à te faire opérer pour devenir une femme »), rares sont les voix à soutenir la liberté intime du jeune homme. La triste palme revient à un imam autoproclamé guérisseur qui, lors de deux entretiens, développe un salmigondis ésoterico-anatomico-religieux et assume des déclarations péremptoires aussi fantaisistes que contradictoires. On ne révélera pas l’ironie de la “position“ de la majorité des Kurdes quant aux pratiques homosexuelles — le film livre un témoignage assez stupéfiant à ce sujet —

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Danièle, Gérard et Jacob

Reprise | Combien maladroit peut parfois s’avérer le combat contre le racisme à travers la comédie ! Et combien le regard d’une époque peut modifier sa réception. Prenez (...)

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Danièle, Gérard et Jacob

Combien maladroit peut parfois s’avérer le combat contre le racisme à travers la comédie ! Et combien le regard d’une époque peut modifier sa réception. Prenez l’extraordinaire Les Aventures de Rabbi Jacob (1973), d’un œcuménisme incontestable, pourrait-il être écrit et réalisé à l’identique aujourd’hui ? Une réplique telle que « Salomon, vous êtes juif ? » (et les suivantes), ou bien le blackface de Louis de Funès passeraient-ils ? Co-autrice du scénario avec son père Gérard Oury, Danièle Thompson répondra sans doute à cette question lors de l’échange auquel elle se prêtera entre les projections de Fauteuil d’orchestre (qu’elle a réalisé) et de Rabbi Jacob, donc. Peut-on espérer qu’elle donnera des nouvelles de Rabbi Jacqueline, suite tant attendue ? Attention : initialement prévue jeudi 6, la rencontre a été avancée la veille. Les Aventures de Rabbi Jacob + Fauteuil d’orchestre À l’Institut Lumière l

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Les délices de Casa : "Adam"

Drame | Samia erre dans la Médina, en quête d’un travail. Mais sa situation de jeune femme enceinte seule lui ferme toute les portes. Jusqu’à ce qu’elle arrive chez Abla, veuve revêche qui l’héberge à contrecœur sur l’insistance de sa fille de 8 ans. Les talents de pâtissière de Samia feront le reste…

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Les délices de Casa :

Le chemin du cœur passe par l’estomac, dit la sagesse populaire, qui n’a certes jamais dû ouvrir un manuel d’anatomie. Tout aussi absurde semble l’assertion selon laquelle la gourmandise serait transmissible par le regard… Et pourtant ! Combien nombreux sont les films qui, exaltant les plaisirs du palais, suscitent d’irrépressibles réflexes de salivation pavloviens chez leurs spectateurs ! Adam appartient à cette succulente catégorie d’œuvres où l’art culinaire sert de méta-langage entre les individus, de truchement social et sentimental ainsi que de vecteur nostalgique. Comme dans Le Festin de Babette, La Saveur des ramen ou Les Délices de Tokyo, le miracle qui se produit en bouche redonne vie à des cœurs secs ; la sensualité de la dégustation et la complicité de la préparation des mets (ici, des rz

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Pourquoi va-t-on au théâtre ?

Théâtre | Un long silence. Une salle éclairée. Où sommes-nous ? Un théâtre ? Oui mais c’est quoi ce truc ? « Une salle d’attente en plus (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2020

Pourquoi va-t-on au théâtre ?

Un long silence. Une salle éclairée. Où sommes-nous ? Un théâtre ? Oui mais c’est quoi ce truc ? « Une salle d’attente en plus glauque » nous dit-on dans Telle est la question (au Nid de Poule jusqu’au dimanche 9 février). Cédric Danielo, sorti de l’ENSATT en 2018, ouvre grand la porte de cet art qu’il connait bien mieux que son avatar scénique ne le prétend. Mais jouer les faux candides est une arme efficace pour lister avec justesse les clichés qui lui collent aux basques : les subventions, le prétendu plaisir à regarder des gens nus qui poussent des troncs d’arbres pour évoquer la solitude, ces « spectacles très chers qui ne se jouent qu’une semaine » et l’émotion, forcément (?) moindre que devant une performance sportive. Jamais son spectacle n’est ennuyeux. Il y a même un talent de showman chez cet artiste qui puise ses interrogations chez Enzo Cormann et Shakespeare. Car le maître règne ici dans des séquences rejouées avec intelligence qui démontrent la capacité de cet art autant à créer du fantasmagorique par des effets techniques qu’à se remettre en question.

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Sorties de leur réserve : "Une belle équipe"

Comédie | Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Sorties de leur réserve :

Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au — difficile — basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs “privilèges“ envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires utilisent des corps de femmes afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui. Bien

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Masure douce masure : "La Famille Addams"

Animation | Alors que le jeune Pugsley Addams prépare sa Mazurka, la sinistre quiétude du manoir familial est perturbée par un chantier dans le voisinage : la construction d’un lotissement empestant la joie de vivre, sous la houlette d'animatrice télé qui envisage de “redécorer“ la demeure Addams…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Masure douce masure :

Quelque part, il y a une forme de logique à ce que la bande dessinée de Charles Addams, jadis adaptée en série télé, puis en longs-métrages en prises de vues réelles, puis en série animée pour la télévision, revienne sur le grand écran en film d’animation. D’abord, parce que la tendance du moment — éprouvée et approuvée par Disney — c’est de rentabiliser une licence sous toutes ses formes ; ensuite parce que dans le cas particulier de la Famille Addams, il aurait été presque inconvenant de laisser ces personnages reposer en paix sans pratiquer sur eux quelque opération frankensteinesque. C’est l’avantage des monstres et autres figures du monde macabre : il ne peuvent guère souffrir d’une atteinte à leur intégrité ! Vernon & Tiernan jouent donc sur du velours en convoquant ces vieilles connaissances et leur épouvante d’opérette dont les pré-ados (du genre de Tim Burton) raffolent. Derrière les us et coutumes déviants de cette tribu cadavérique, et malgré la vraie-fausse rébellion de l’aînée Mercredi, l’idée est de montrer que les Addams restent soudés comme une f

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Requiem pour un film : "Chanson Douce"

Drame | Un couple de trentenaires parisiens épanouis recherche la perle rare pour s’occuper de leurs deux enfants afin que la mère puisse reprendre son activité professionnelle. Leur choix s’arrête sur Louise, une quinquagénaire en tout point parfaite. Plus que parfaite, même. En apparence…

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Requiem pour un film :

De l’éternel gouffre séparant un livre de son adaptation cinématographique… Sous la plume de Leïla Slimani, Chanson douce fut un roman d’une épouvantable précision, menant avec une limpidité rigoureuse et clinique vers le dénouement macabre annoncé dès ses premières pages. Ni “objet“ littéraire surstylisé (bien que couronné par le Prix Goncourt), ni polar des familles, cette œuvre profonde et captivante rendait compte d’un faisceau de vérités sociologiques contemporaines — notamment que la précarité peut conduire de la déréliction à la névrose, l’inconsciente arrogance des privilégiés servant alors de catalyseur à une effroyable tragédie. Sur le papier, il y avait tout pour construire un thriller et faire vibrer l’écran. La distribution elle-même était prometteuse — mais ne l’était-elle pas trop ? Le rendez-vous s’avère manqué. Parce que Karin Viard est trop prévisible dans le rôle d’une nounou désaxée, que Leïla Bekhti et Antoine Reinartz se révèlent

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Merwan, plongée dans l'anticipation

Bande Dessinée | Merwan s'attaque en solo à la science-fiction : belle réussite que ce one-shot post-apocalyptique titré Mécanique Céleste, à se faire dédicacer chez Expérience vendredi.

Sébastien Broquet | Mardi 5 novembre 2019

Merwan, plongée dans l'anticipation

Belle réussite que cette échappée en solo de Merwan, titrée Mécanique Céleste, qui surfe sur l'anticipation — dans un futur proche, en 2068, l'humanité se réinvente après une catastrophe nucléaire. Jusque-là, du classique ; mais le scénario, où l'humour est loin d'être absent, solidement charpenté et rythmé, tient en haleine 200 pages durant (oui, il y a de la matière). Le pitch ? La Cité de Pan, sise en la forêt de Fontainebleau entourée d'étendues d'eau, a le monopole de la culture du riz. Aster, une sorte de chineuse monneyant à la recyclerie ce qu'elle trouve dans les ruines du monde antérieur, fait équipe avec un féru de lecture, Wallis. Au milieu de tout ça, il y a les Pirates, et il y a la République de Fortuna, laquelle chamboule tout en envoyant un émissaire exigeant l'annexion de la cité agricole dans le cadre de son programme Refon­da­tion. Et de la corruption ? Donc de la rebellion, soufflée par la jeune fille qui va bientôt l'incarner. Et enfin, une partie de balle au prisonnier décisive... De dessinateur à auteur C'est rondement mené et les couleurs à l'aquarelle de celui qui est avant tout u

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Tout est affaire de décors : "La Belle époque"

Romance | La soixantaine dépressive, méprisé par sa femme, Victor se voit proposer par un ami de son fils de vivre une expérience immersive dans des décors reconstituant l’époque de son choix. Victor choisit de replonger dans sa jeunesse, pile la semaine où il rencontra sa future épouse…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Tout est affaire de décors :

Nicolas Bedos est-il un jeune vieux ? Si Monsieur & Madame Adelman avait dans son projet l’ambition encyclopédique d’embrasser une (double) vie, La Belle Époque — et bientôt OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, semble-t-il — accréditent la thèse d’une nostalgie un peu paradoxale pour des années 1970 qu’il n’a pas connues. Se livrerait-on à la psychanalyse de comptoir (avec le personnage de Fanny Ardant, psy reconvertie dans le numérique, on se sent presque autorisé), qu’on y verrait comme un fantasme de résurrection de cette époque où son père, dont il est le clone, régnait au music-hall. Mais laissons cette hypothèse. À peine un « grand film malade » (pour reprendre le mot de Truffaut), plutôt un Leo McCarey mort-né, La Belle Époque agace parce qu’il tape à côté en gâchant une jolie idée. L’argument central, la “guérison amoureuse“ de Victor, se trouve en effet pollué par une sous-intrigue sentimentale déplaçant le centre de gravité vers l’égotique organisateur des reconstitutions — en clair, le metteur en

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Quand l’Europe tentait le régime sans Grèce : "Adults in the Room"

Thriller | Comment la Grèce a tenté de résister, grâce à Yánis Varoufákis, au chantage de l’Eurogroupe et à l’intrusion humiliante des technocrates dans son économie… Costa-Gavras revient en force avec un thriller économico-politique constatant un déni de démocratie ordinaire.

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Quand l’Europe tentait le régime sans Grèce :

Grèce, janvier 2015. Syriza, parti de gauche radicale, remporte les législatives. Élu député, l’économiste Yánis Varoufákis est nommé aux Finances et s’emploie à convaincre les instances européennes de renégocier la dette, sans nouveaux sacrifices. Une mission quasi impossible… La Providence aurait-elle un goût pervers pour l’ironie ? Aurait-elle ourdi cette tragédie grecque 2.0 que constitue la crise de la dette publique ayant frappé la République hellénique à partir de 2008, pour qu’au terme d’un infernal sirtaki dans les hautes sphères, Costa-Gavras puisse signer ce thriller économico-politico-diplomatique, retrouvant le mordant combatif faisant défaut à sa dernière réalisation en date, Le Capital (2012) — promenade dans l’univers de la haute finance plus désabusée qu’à l’accoutumée ? À l’instar des précieux Z, L’Aveu ou Missing, Adults in the Room relate le parcours d’un individu contre une machine étatique que sa puissance bureaucratique et sa doctrine économique ou politique ont transformée en monstr

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Sous le ciel de Tashkent : "Au bout du monde"

Drame | Présentatrice d’une émission japonaise de découvertes géographiques, Yoko est en reportage en Ouzbékistan. Aux nombreuses difficultés “pimentant” son tournage s’ajoute une mélancolie intime qui l’occupe hors caméra. Samarcande et Tashkent sont si loin de Tokyo…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Sous le ciel de Tashkent :

Tout comme les compatriotes de sa génération et des suivantes, tels Kore-eda ou Kawase, que son effrayante productivité ferait passer pour des paresseux, Kurosawa manifeste une certaine porosité à l’Occident tranchant avec l’esprit d’insularité ordinairement attribué aux artistes nippons. Deux ans après son escapade parisienne pour Le Secret de la Chambre noire, il jette son dévolu sur l’Ouzbekistan, plus proche géographiquement du Japon mais porteur d’un exotisme mystérieux. Et même si ce film est sans le doute le plus étranger au genre fantastique qu’il ait jamais réalisé, Au bout du monde se trouve traversé par une impression de bizarrerie et de déphasage constants. Ce trouble n’a rien de surnaturel : Yoko ne parlant pas l’ouzbek, éprouvant le manque de son fiancé, ambitionnant une carrière de chanteuse plutôt que de présentatrice ; subissant un tournage compliqué et devant de surcroît feindre la félicité suprême devant l’objectif, a bien des raisons d’être désorientée. Le seul expédient à ce sentiment d’égarement, elle le trouve dans l’errance physique, à l’occasion de balades solitaires

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Au revoir mon amour : "L'Angle Mort"

Fantastique | Dominick possède depuis l’enfance l’étrange pouvoir de se rendre invisible. Une faculté dont il fait un usage modéré — chaque “passage“ lui coûtant cher en énergie vitale — car elle suscite aussi, surtout, moult quiproquos gênants avec ses proches. Est-ce un don ou une malédiction ?

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Au revoir mon amour :

Les histoires de couples perturbés par des interférences créées par des mondes parallèles — ésotériques ou psychiques — forment “l’ordinaire fantasmatique“ du cinéma de Bernard & Trividic, collectionneurs de discordances en tous genres. Dancing (2003) et L’Autre (2009) traquaient déjà en effet des irruptions singulières dans ce que l’on nomme la normalité, en adoptant des constructions cinématographiques volontiers elliptiques, mentales ou peu linéaires. Est-ce ici l’influence d’Emmanuel Carrère, qui leur a soufflé l’argument de L’Angle Mort ? Sans déroger à leur propension au fantastique, ce film manifeste un changement de forme radical, adoptant une narration plus posée et une structure de conte contemporain à morale philosophique — comme si Rohmer s’était aventuré dans le registre du super-héros décalé, ou Alphonse Daudet au cinéma. Drame à double niveau sur la question de la disparition du corps social — ce qu’il advient de l’individu lorsque sa présence physique s’évanouit au sens propre, mais aussi lorsque son ex

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Des émotions au cube

Kids | Balbutiantes en prologue d'un spectacle des Nuits de Fourvière donné à la Renaissance en 2018, Les Géométries du dialogue se sont depuis amplifiées et reviennent à Oullins. C'est un bijou d'invention et d'artisanat accessible dès 6 ans.

Nadja Pobel | Mardi 15 octobre 2019

Des émotions au cube

Juste une boîte noire posée sur leur tête et voici que Justine Macadoux et Coralie Maniez inventent tout un monde, celui d'une jeune fille étriquée dans son identité qui va découvrir le champs des possibles. Les Géométries du dialogue ont la concision de leur titre emprunté aux mathématiques et la souplesse qu'engendre le théâtre, la rencontre. Ainsi Niki va-t-il entamer un lien avec une amie qui aura tous les âges de la vie, peut-être même plusieurs genres. Sans parole, ce spectacle est une ode à la créativité. Les deux comédiennes interagissent en utilisant cinq faces de leur cube. Parfois elles dessinent simplement des traits basiques à la craie ou se servent d'un gros pinceau de peinture. La matière se dilue à l'aide d'une éponge humide et laisse apparaître d'autres paysages plus nets ou, au contraire, certains se floutent, comme pris dans le brouillard. C'est ainsi que les deux jeunes femmes peuvent donner à leurs personnages une multitude d'émotions très palpables ou alors les faire se balader sur un bord de mer reproduit sur les panneaux qui encadrent leurs visages. Parfois même elles utilisent des collages sous

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Daniel Auteuil et "La Belle Époque" pour l’ouverture du Festival Lumière

Festival Lumière | C'est le film de Nicolas Bedos qui va ouvrir cette édition du Festival Lumière.

Vincent Raymond | Jeudi 10 octobre 2019

Daniel Auteuil et

Après son passage hors compétition sur la Croisette, et avant sa sortie le 6 novembre prochain sur tous les écrans hexagonaux — il avait bénéficié d’une sortie partielle en septembre lorsqu’il était en lice pour représenter la France à l’Oscar du Meilleur film étranger, après avoir fait partie de la sélection Cannes à Lyon en mai —, le deuxième film réalisé par Nicolas Bedos, La Belle Époque fera donc l’ouverture du 11e Festival Lumière ce samedi 12 octobre. Ce choix n’est qu’une demi-surprise : non seulement le film avait été annoncé dès le mois de juin parmi la programmation officielle du Festival dans le cadre de l’invitation à Daniel Auteuil, mais il était étrangement le seul sur la page de la manifestation à ne pas être doté d’informations précises quant au lieu ou à la date de sa projection. Enfin, et c’est un argument de poids, La Belle Époque se déroule dan

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La Métropole se lance dans l'urbanisme transitoire

Urbanisme | Le président de la Métropole David Kimelfeld a décidé de faire de l'urbanisme transitoire un axe fort de la fin de son mandat comme de sa campagne électorale à venir, lançant des projets visant Fagor-Brandt, la Halle Debourg ou les Halles Sernam à Jean Macé : tour d'horizon des réflexions menées ici autour de ce sujet à la mode dans les grandes métropoles.

Sébastien Broquet | Mardi 8 octobre 2019

La Métropole se lance dans l'urbanisme transitoire

Fagor-Brandt, où se déroule actuellement la Biennale d’Art Contemporain, va devenir un lieu culturel pérenne ? David Kimelfeld : On ne dit pas que ce sera un lieu culturel pérenne, mais que l’on s’inscrit vraiment dans l’urbanisme transitoire. L’usine Fagor-Brandt est un lieu où dans ce cadre, il faut que l’on développe des projets, sans doute avec une identité culturelle forte. On y a accueilli Nuits sonores et aujourd’hui la Biennale d’Art Contemporain. Je souhaite que l’on y héberge les bureaux des biennales dans les prochaines semaines. Derrière, un certain nombre de projets dans le cadre de la Biennale de la Danse pourraient se développer sur ce site. Pour la suite, on en est à construire autour de l’urbanisme transitoire : je ne sais pas si c’est pour cinq ou dix ans. Comme tout urbanisme transitoire, soit ça préfigure de nouveaux usages, soit ça occupe un lieu en attente d’une utilisation complètement différente. Sur Fagor-Brandt, on voit bien la force

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Fête du cinéma d’animation

ECRANS | C’est une discrétion un peu affligeante qui accompagne la Fête du Cinéma d’Animation. Il faut dire qu’elle manque un poil de lisibilité : elle se déroule durant (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Fête du cinéma d’animation

C’est une discrétion un peu affligeante qui accompagne la Fête du Cinéma d’Animation. Il faut dire qu’elle manque un poil de lisibilité : elle se déroule durant tout le mois d’octobre non pas dans toutes les salles de cinéma, mais celles qui le souhaitent ainsi que dans des lieux partenaires. Le Festival Lumière mobilise beaucoup d’écrans, rares sont ceux de la Métropole s’associant à cette manifestation célébrant la vivacité d’un genre fécond se réinventant sans cesse — on le verra dans les prochaines semaines avec le film de Jérémy Clapin, J’ai perdu mon corps. En attendant, il vous reste la MLIS pour un ciné-goûter en compagnie d’un classique de l’anime, le tendre Panda petit panda du maître Isao Takahata. Fête du Cinéma d’Animation À la Maison du Livre, de l’Image et du Son (Villeurbanne) ​le mercredi 16 octobre à 14h30

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Groove métissé au Ninkasi

Sono Mondiale | L'afro-électro de Blanc Manioc, le maloya de Ti'Kaniki et un DJ set caliente de l'irremplaçable James Stewart : le Ninkasi donne dans l'efficace pour son premier festival.

Sébastien Broquet | Mardi 10 septembre 2019

Groove métissé au Ninkasi

On ne dira jamais assez tout le bien que James Stewart fait depuis plusieurs années aux esgourdes lyonnaises : ce DJ à l'ancienne, 100% vinyle, peu préoccupé par la linéarité mais bien plus par le plaisir de partager ses découvertes chinées dans les meilleures boutiques l'œil rivé à un dancefloor qu'il accompagne sans rien lui imposer au fil d'un set où l'échange prime, a fini par quitter Le Sucre où il a cornaqué moults samedis soirs de ses soirées Black Atlantic Club (en référence à Paul Gilroy), désormais déplacées au Ninkasi du côté de Gerland et en quelques spots épars - l'on attend avec impatience la venue prochaine dans ce cadre de The Scorpios à l'Opéra Underground. Kabar Bref, James Stewart, nouveau résident des lieux, ne pouvait manquer d'être à l'affiche de ce premier Festival Ninkasi, rejoint par d'autres transfuges venus eux du Sirius où ces adeptes du maloya animaient un dimanche par mois le bateau de leur kabar : Ti'Kaniki. L'affiche à elle seule comblerait tous les amateurs locaux de sono mondiale, mais Fabien Hyvernaud, fûté programmateur du spot qui a eu la finesse de donner une seconde maison à ces agita

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Souffre-douleur : "L'Insensible"

Drame | Placé à l’orphelinat, Denis, 16 ans, est soudain récupéré par sa mère qui veut profiter de son “talent“. Insensible à la douleur, Denis est en effet contraint de se précipiter contre des voitures afin de faire condamner comme chauffards les conducteurs au terme d’un procès truqué.

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Souffre-douleur :

Les noms de ses représentants les plus indociles se trouvent souvent à la page des faits divers par volonté du pouvoir — tels Kirill Serebrennikov ou Oleh Stensov — pourtant, le cinéma russe continue de produire des réalisateurs d’importance, à l’image d'Andrey Zvyagintsev ou d’Ivan I. Tverdovsky. Auteur du déjà stupéfiant (et réussi) Zoologie, dont l’héroïne se voyait gratifiée d’un appendice caudal, le cinéaste emprunte à nouveau ici les chemins d’un proto-fantastique ultra réaliste pour saisir les aberrations de son pays. De même convoque-t-il un personnage principal atypique dont une particularité lui vaut d’être traité

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Cinq expos à voir en septembre

Bons Plans | De l'art brut, une friche industrielle, des galeries et deux musées qui s'accouplent : voici cinq expositions à découvrir en cette rentrée.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 9 septembre 2019

Cinq expos à voir en septembre

Le Palais de Tokyo investit une friche lyonnaise pour la Biennale L’événement artistique du mois, c’est l’ouverture de la nouvelle Biennale d’Art Contemporain, dont l’exposition internationale principale se tiendra aux (immenses) usines Fagor et au Musée d’Art Contemporain. L’équipe du Palais de Tokyo de Paris y présente cinquante-cinq artistes de tous horizons (esthétiques et géographiques), autour de la thématique du paysage. Peu d’entre eux sont connus et 90 % des œuvres exposées seront des créations. Une biennale pleine de surprises, donc ! 15e Biennale d’art contemporain, Là où les eaux se mêlent À Fagor-Brandt du 18 septembre au 5 janvier 2020 De l'art brut dans toute la ville L’art brut a le vent en poupe dans les musées, les galeries, les foires d’art contemporain. Mais, à Lyon, cela fait mai

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Oiseaux de bon augure : "Le Mystère des pingouins"

Anime | Leur ville inexplicablement envahie par des pingouins, un groupe d’enfants profite des vacances pour enquêter. Un songe astrophysique drapé de poésie mythologique, empli de fantaisie. Et de palmipèdes.

Vincent Raymond | Samedi 17 août 2019

Oiseaux de bon augure :

Garçonnet éveillé mais réservé, Aoyama prend d’incessantes notes sur son entourage. Lorsque des manchots surgissent et s’évanouissent aussi vite qu’ils sont apparus dans sa ville, il cherche à comprendre en compagnie de quelques amis. Et de l’assistante dentaire dont il est (très) épris… Ne vous arrêtez à l’extrême platitude du titre, évoquant un film à destination exclusive du très jeune public ! C’est d’ailleurs un peu la malédiction de nombreux anime, où personnages humains et animaux se côtoient volontiers quant ils ne s’hybrident pas les uns avec les autres ; où des figures divines protectrices de la Nature s’incarnent volontiers dans des créatures réelles ou imaginaires (Pompoko, Porco Rosso, Mon voisin Totoro, Princesse Mononoke, Le Voyage de Chihiro, Les Enfants Loups, Ame & Yuki…) Un florilège de situations reléguées aux contes pour enfants en occident, quand elles constituent l’essence de contes à résonance morale ou philosophique au Japon — dont Takahata, Miyazaki ou Hosoda. Dans un autre registre, la problématique du titre trompeur se posera bientôt avec le très beau Je veux mange

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Je me souviens, je me rappelle : "Daniel Darc, Pieces of My Life"

Documentaire | Entre la fin de Taxi Girl (groupe iconique et phare de la scène post-punk et new wave française) et sa renaissance via le succès de l’album Crèvecœur, Daniel Darc aura connu quinze années de désert marquées notamment par la drogue et la foi. Et richement documentées par un ami proche…

Vincent Raymond | Mercredi 24 juillet 2019

Je me souviens, je me rappelle :

En peu de temps, nous sommes passés d’un extrême l’autre en terme d’images d’archives : de l’absence ou de la rareté au trop plein, l’époque actuelle débordant (pour ne pas dire dégueulant) de prises de vues le plus souvent contrôlées, fabriquées, car considérées comme faisant partie intégrante de la promotion globale. Même lorsque le sujet n’est pas une personnalité médiatique, il se met en scène pour ses réseaux sociaux. Il y a peine vingt ans, un artiste dans le trou demeurait totalement hors des radars : qui avait intérêt à documenter la galère d’un has been ? Personne, à moins de tomber sur un fan, un ami, suffisamment opiniâtre et proche pour effectuer un suivi régulier et avoir accès à l’intimité la moins glamour. Dans une carrière (et une vie) marquées par les fractures, Daniel Darc aura au moins eu cette chance d’être suivi par Marc Dufaud qui, grâce au considérable matériau accumulé pendant sa période de vie en-dehors des sunlights, peut montrer les

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Le souffle des chevaux de Bartabas

Nuits de Fourvière | C’est sa dernière tournée de ce genre. Depuis trente ans, Bartabas mène la compagnie Zingaro d’Aubervilliers vers différents continents avec chapiteau, écuries et une quarantaine d’animaux. Cet été, il s’arrête six semaines à Lyon où il a présenté chacun de ses spectacles. Cette fidélité est aussi celle qu’il voue à des animaux, seuls mis en avant dans cette fascinante contemplation qu’est Ex Anima.

Nadja Pobel | Mardi 18 juin 2019

Le souffle des chevaux de Bartabas

Pourquoi est-il donc intéressant d’aller voir de quoi retourne l’art équestre de Bartabas ? Certains – nombreux ! - d’entre vous le savent déjà, qui le suivez depuis trois décennies dans des pérégrinations ultra enjouées et techniques telles Battuta ou Calacas. Parfois plus crépusculaires avec l’avant-dernier né, On achève bien les anges - Élégies, post attentat contre Charlie Hebdo. Pourquoi se rendre sous cette toile de 1300 places où s’ébrouent des animaux ? Le temps de la voltige est finie. Les cavaliers pourtant, selon leur dire, ne sont pas frustrés. Au sol, encadrant dans l’ombre ces animaux avec lesquels ils ont grandit et qui eux aussi finissent leur carrière, ils terminent leur récit commun. Il s’agit tout à la fois d’une histoire d’humains, d’animaux mais aussi d’époque. Ces épopées commencées dans les années 80 (voire précédemment comme pour Ariane Mnouchkine et son Théâtre du Soleil) quand l’argent coulait à flots est révolu. Pas de tournée internationale pour Ex Anima, créé à l’automne 2017 et qui aura fait un joli parcours hexagonal s’achevant à Tou

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Danse Cocotte !

Danse | Le Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape, toujours privé de ses locaux habituels (suite à un incendie), organise une nouvelle édition de l'étonnant (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 juin 2019

Danse Cocotte !

Le Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape, toujours privé de ses locaux habituels (suite à un incendie), organise une nouvelle édition de l'étonnant festival Cocotte. Ce samedi 22 juin, de 16h à minuit sur le parvis du CCNR puis au studio de danse de La Velette, c'est une véritable ribambelle de performances, de concerts, de pièces de danse, de cirque et de théâtre qui sera proposée... Avec notamment un bal participatif animé par Jérôme Oussou, un extrait de l'une des pièces de la figure montante de la scène contemporaine française Anne Nguyen (À mon bel amour, à partir de krump et de popping), une performance du metteur en scène et acteur lyonnais Michel Raskine, le rock électro de Mona Kazu, deux soli de Cindy Van Acker... Et pour clore les festivités, le chorégraphe belge Daniel Linehan présentera son solo performatif, Not about everything (2007), basé sur un mouvement

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Guillaume de Tonquédec : « Quand on choisit un rôle, il y a toujours une résonance avec sa propre vie »

Roxane | Révélé au grand public par "Le Prénom" ou la série "Fais pas ci, fais pas ça", le comédien se glisse pour "Roxane" dans le bleu de travail d’un éleveur de poules amoureux de théâtre. Et se révèle convainquant dans ce premier film. Conversation lors des Rencontres du Sud.

Vincent Raymond | Lundi 26 août 2019

Guillaume de Tonquédec : « Quand on choisit un rôle, il y a toujours une résonance avec sa propre vie »

Avez-vous tourné dans une authentique exploitation ? Guillaume de Tonquédec : La réalisatrice, Mélanie Auffret, est petite-fille d’agriculteurs. Or il n’y a rien de plus beau que quelqu’un qui parle d’un sujet qui le touche — surtout dans un premier film. Sa nécessité de raconter m’a embarqué. Et je me suis laissé imposé avec plaisir une semaine de préparation : pour moi qui suis un citadin, c’était important de voir la vie des agriculteurs dans les fermes. Souvent, elle prétextait des décors à trouver pour me laisser seul avec eux sur un gros tracteur en rase campagne, ou avec des vaches ou des haricots à planter… J’ai appris b eaucoup de trucs ! Mais honnêtement, ce qui m’a le plus touché, c’est l’amour des agriculteur pour leur patrimoine, pour la terre, les animaux, leur travail… Tous ceux que j’ai rencontrés mon dit : « je ne voudrais pas faire autre chose ». Ça résonnait en moi, en tant qu’acteur, ce qui est de l’ordre de la passion, du sacerdoce, presque du sacrifice. Et quand l’un d’entre eux, qui a 55 ans et qui bosse du lundi au dimanche, m’a dit « cette année, je vai

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