Monstrueuse rencontre !

SCENES | Quand deux géants de la danse se croisent sur un même plateau, cela donne un spectacle exceptionnel, drôle, émouvant ; à couper le souffle. Nous avons rencontré successivement Sylvie Guillem et Akram Khan, nous leur avons posé les mêmes questions. Leurs réponses. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Christophe Chabert | Mercredi 20 juin 2007

Petit bulletin : Pourquoi avez-vous souhaité travailler ensemble et comment s'est passée votre rencontre ?
Sylvie Guillem : J'ai vu, par hasard, un reportage sur Arte. C'était Akram, au Théâtre de la Ville à Paris. J'ai été fascinée par l'énergie et le langage de ce chorégraphe. J'ai voulu aller le voir, mais c'était complet. Rentrée à Londres, trois jours plus tard, j'ai reçu un mail de l'agent d'Akram, me disant qu'il allait faire des spectacles de kathak à Londres et qu'il souhaitait me rencontrer. Notre désir réciproque a été exaucé !
Akram Khan : Sylvie suivait mon travail depuis longtemps. Nous nous sommes rencontrés après mon spectacle et je lui ai demandé comment elle se sentait. Quand elle m'a répondu : «anxieuse», j'ai réalisé que les gens se trompaient sur elle et qu'elle n'était pas une diva comme on voudrait le faire croire.Techniquement, quelles sont les difficultés auxquelles vous avez dû faire face pour travailler ensemble ?
Sylvie Guillem : Je suis allée vers Akram pour faire des choses que je n'avais jamais faites. Nous sommes très différents en rapidité, en énergie. Son rythme et son rapport avec le sol sont également très différents des miens. Akram m'a demandé beaucoup de choses difficiles et inédites. Je suis allée au maximum de ce que je pouvais faire et quand il n'était plus possible d'aller au-delà, c'est Akram qui est venu vers moi. Mon solo est extrêmement difficile à exécuter, alors même que ce sont des gestes banals, très simples. J'ai apprécié la difficulté rencontrée, même si je déprimais en regardant les vidéos de mon travail !
Akram Khan : La question de la difficulté se pose pour toute personne qui fait autre chose que ce qu'elle sait faire... Le bon élève, c'est celui qui pose les bonnes questions et Sylvie pose tout de suite les bonnes questions. Même si elle n'est pas mon élève, elle a appris. Elle n'est pas qu'une artiste classique, elle est plus que ça !Qu'attendiez-vous de cette collaboration ?
Akram Khan : Je voulais que Sylvie soit elle-même sur scène, pas qu'elle représente un personnage. Je ne voulais pas la star mais l'être humain. Pour moi, tout ce que l'on fait doit avoir un but et ce n'est pas suffisant de montrer des êtres réels sur une scène. Je vois des gens tout le temps et ce que j'attends de voir sur une scène, ce n'est pas la vie. Vivre, marcher, ce ne sont pas des raisons suffisantes !
Sylvie Guillem : En choisissant de travailler avec Akram, je lui ai fait totalement confiance. C'est la première fois que je danse en live avec des chanteurs et des comédiens. Pour moi, c'était un défi !Que sont les «monstres sacrés» ?
Sylvie Guillem : Les Montres Sacrés parlent de nos points communs : la discipline, peut-être aussi la frustration et le fait de ne pas pouvoir poser de questions.
Akram Khan :Akram Khan, comment avez-vous créé le duo ?
Akram Khan : J'ai fait les recherches avec l'une des danseuses de ma compagnie. Normalement, la femme est plus petite que l'homme. Ce n'est pas le cas pour nous et j'en ai fait la base même du développement de notre duo. Ce spectacle est très complexe car il y a en fait trois chorégraphes : pour le solo de Sylvie, pour le mien et enfin moi, pour le duo...Monstres Sacrés
Aux Nuits de Fourvière
Du 19 au 23 juin

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