L'oeuvre dans la peau

SCENES | ENTRETIEN / AGATHE MÉLINAND ET LAURENT PELLY ACCOMPLISSENT LA GAGEURE DE REDONNER UN VIGOUREUX COUP DE FOUET AU CLASSIQUE DE LEWIS CARROLL. PROPOS RECUEILLIS PAR SÉVERINE DELRIEU

Christophe Chabert | Mercredi 23 mai 2007

Photo : (c) Guy Delahaye


Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur ce texte de Lewis Caroll ? Laurent Pelly : On avait envie de faire entendre ce texte dont on est amoureux depuis longtemps. C'est un ouvrage de référence pour nous, autour duquel on tourne. On n'avait pas envie d'en faire une adaptation, on voulait le texte brut. Notre idée était d'enlever l'imagerie jolie «Walt Disney» qui est collée au texte. Qu'incarne Christiane Millet, l'unique comédienne ? Laurent Pelly : On ne voulait pas fermer le texte. C'est comme en poésie : quand on se met à expliquer le poème, ça le tue. C'est pour cela que Christriane Millet pourrait être beaucoup de personnages différents : l'auteur, Alice qui a vieilli, la sœur... Agathe Mélinand : Ou une actrice qui doit jouer tous les jours Alice et qui est pleine de ce texte. Laurent Pelly : En travaillant, on s'est rendus compte qu'il n'y avait pas de choses positives, ni jolies dans le texte. Tout est frustration, embûches, peurs. Au bout du compte, pour moi, cette femme est une sorte de phénomène de foire enfermé dans une boîte et qui ne peut s'exprimer qu'à travers Alice. Une espèce de folie à l'image du texte. Car ce que j'aime particulièrement, c'est l'expression du non-sens et de l'absurde. Alice est une œuvre qui, à travers une histoire gentille, bouscule de manière ironique les valeurs de la société. Alice est amusée, maligne. Et c'est l'esprit avec lequel on travaille depuis longtemps sur beaucoup d'œuvres.Agathe Mélinand : Et pour faire émerger le merveilleux, il faut être assez simple et rester près du texte. Laurent Pelly : C'est ce qu'on a fait sur Les Contes d'Hoffmann. Ce n'est pas le même budget, mais la démarche est identique. Notre envie, c'était de revenir à Hoffmann en essayant d'enlever le décorum, le folklore. C'est le même travail avec Alice... Agathe Mélinand : Et je crois qu'on fait ça souvent. Laurent Pelly : Nos choix d'œuvres sont instinctifs. On ne se dit jamais "on va prendre ce texte parce qu'on veut raconter ça"... On se met au service de l'œuvre pour laquelle on a un coup de foudre. On vit intimement avec, et petit à petit le désir devient plus grand.Quel rôle accordez-vous à la vidéo dans cette pièce ?Laurent Pelly : Le décor est au départ comme une boîte de jeu, blanche, neutre, comme un écran support à la vidéo. C'est la première fois que je me sers à ce point de ce procédé, je l'avais déjà fait un peu sur Les Contes d'Hoffmann, mais plutôt comme une tentative. Là, j'avais envie d'utiliser la magie de la vidéo, pas tant pour essayer de verser dans l'illustration, mais de s'en servir pour changer l'espace. On aurait pu faire le spectacle comme ça, sans rien. L'actrice, point. Mais j'aime travailler sur l'aspect quasi hypnotique de l'image.LES AVENTURES D'ALICE AU PAYS DES MERVEILLESDe Lewis Carroll, ms Laurent PellyAu théâtre Les CélestinsJusqu'au 26 mai

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