La fin d'une époque

SCENES | Entretien / Stéphane Braunschweig, directeur du Théâtre National de Strasbourg, met en scène Les Trois Sœurs de Tchekhov, au Théâtre National Populaire. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 25 avril 2007

Photo : Les Trois Sœurs


Vous avez souhaité révéler la signification moderne du texte de Tchekhov. Cela était nécessaire selon vous ?Stéphane Braunschweig : Les Trois Sœurs est une pièce qui raconte la fin d'une époque, la fin du XIXe siècle en l'occurrence. Je voulais faire un pont avec ce que nous vivons aujourd'hui. Tchekhov nous présente des jeunes femmes angoissées, qui ne parviennent pas à passer dans une autre époque. C'est pour cela que j'ai choisi des costumes anciens au début de la pièce qui évoluent vers des costumes plus contemporains. Je voulais réellement créer du lien entre l'époque dont nous parle Tchekhov et la nôtre.Dans la même logique, vous avez choisi des comédiennes très jeunes pour interpréter les personnages féminins...Souvent, les metteurs en scène choisissent des actrices qui n'ont pas l'âge des personnages qu'elles jouent. Les trois sœurs sont très jeunes, elles ont entre 20 et 28 ans. Je voulais faire entendre qu'il s'agit d'une pièce sur la jeunesse. Ces femmes ont été bercées par des valeurs humanistes, élevées par un père militaire qui voulait que ses filles soient instruites, qu'elles travaillent, qu'elles participent au progrès par l'éducation. Dans cette pièce, on se rend compte que tout ce qu'ont appris ces femmes ne leur sert à rien. Elles se demandent alors à quoi elles vont bien pouvoir servir.Tchekhov porte un regard assez noir sur ses personnages. Avez-vous plus de compassion pour ces femmes ?Je pense que j'ai un regard objectif sur elles. Elles se laissent absorber par l'inertie mais il faut faire attention à ne pas généraliser. Tchekhov nous dresse des portraits de femmes très différentes les unes des autres et c'est pourquoi j'ai tenté d'individualiser les personnages. D'ailleurs, quand on y regarde de près, il y a plus d'énergie à vivre chez les femmes que chez les hommes dans cette pièce.Il y a également beaucoup d'humour chez Tchekhov...Il montre des gens bloqués, mais il les regarde effectivement avec beaucoup d'humour. Il renvoie le public à ses propres névroses... Tchekhov a certes un «regard noir» sur ses personnages mais c'est un homme qui croyait fermement qu'il fallait faire avancer les choses ; il ne faut pas croire qu'il n'a écrit que sur l'ennui des familles aristocrates en train de se décomposer ! Pouvez-vous nous parler des décors que vous avez choisis ?Dans le premier acte, j'ai choisi de montrer un grand espace vide avec une petite salle à manger d'époque qui est comme un musée. Tous les personnages qui y vivent sont dans une situation impossible : ils cherchent à habiter des espaces qui ne sont pas viables.Les femmes des Trois Sœurs sont jeunes et pourtant, elles sont «déjà vieilles». Pensez-vous que la jeunesse d'aujourd'hui souffre du même symptôme ?Je ne pense pas que les jeunes d'aujourd'hui soient déjà vieux. Je pense plutôt qu'ils ne savent pas vraiment quoi faire de leur énergie. Notre monde, c'est un peu cela. Un monde alangui où une énergie est bien présente, mais tourne à vide.Les Trois Sœurs d'Anton Tchekhov ms Stéphane Braunschweig Au Théâtre National PopulaireDu 19 au 27 avril

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