Le théâtre de la politique

SCENES | Théâtre / Succès spontané et rassurant, «Le Silence des communistes» revient dans l'agglomération pour trois soirées. Jean-Pierre Vincent donne la parole à d'anciens militants du défunt Parti communiste italien. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 24 novembre 2008

Dix ans après la chute du Mur de Berlin, Vittorio Foa, un ancien syndicaliste octogénaire veut comprendre ce qu'a été le communisme dans son pays, quel bilan le Parti communiste italien, dissout en 1991, peut faire de son action et surtout comment il interprète aujourd'hui ses silences. À l'autre bout de la correspondance, Miriam Mafai et Alfredo Reichlin, d'anciens militants et responsables du parti. Ils sont d'abord embarrassés par ces questions que beaucoup d'entre eux ont préféré contourner. Mais ils décident d'y répondre parce qu'il faut parler du présent avec cet éclairage-là. Comment un pays dont le tiers de la population était communiste dans la deuxième moitié du vingtième siècle peut-il aujourd'hui être gouverné par Silvio Berlusconi ? «Le présent dans lequel nous sommes immergés représente une authentique césure historique car il s'agit d'un changement très profond non seulement des choses mais des esprits et aussi de toutes les formes (l'État nation, les classes, l'industrialisme) dans lesquelles a été pensée la politique, et sur la base desquelles la gauche a élaboré son identité historique et organisé ses luttes», dit Alfredo dans sa première réponse. Il n'y pas de vainqueur, pas de perdant, pas de coupable et de méritant dans ce texte, surtout pas de morale mais une dissection des illusions et des mensonges politiques qui ont une résonance presque assourdissante. Un silence obsédantJean-Pierre Vincent a découvert ce texte avec la mise en scène qu'en a faite Luca Ronconi à Turin en 2006, il l'a aussi traduit et créé à Avignon en 2006. De fil en aiguille, cette pièce a fait son chemin. Pourtant, elle est parfois âpre car Jean-Pierre Vincent a choisi d'en faire une lecture plus qu'un spectacle, pas de mise en scène, dit-il, afin qu'aucune «esthétisation ne vienne submerger le sens. Les acteurs ne jouent pas des personnages, mais des pensées de personnes vivantes». Une table, trois chaises pour trois comédiens impeccables qui n'ont pas l'âge des protagonistes aujourd'hui, mais les incarnent en pleine maturité. Il n'y a pas de place pour une nostalgie poussiéreuse dans ces lettres. C'est le dynamisme d'un élan porté par la honte qu'avait laissé le fascisme sur chacun d'eux qui resurgit. Il leur fallait être ensemble pour construire un avenir qu'ils voulaient communautaire. Le metteur en scène stigmatise la promotion actuelle de la solitude qui côtoie la promotion du maintien de l'ordre. «Les gens élus et qui ont le pouvoir n'ont pas la puissance (financière...) alors ils gigotent et font les clowns», dit-il encore. À force de voir les hommes politiques faire les guignols, les gens de théâtre se sont pleinement réapproprié la politique.Le Silence des communistes
Au théâtre de Vénissieux du 3 au 5 décembre.

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