La nouvelle Nada

SCENES | Après avoir frôlé la mort sur scène lorsqu'elle chantait Brecht l'an dernier, la comédienne Nada Strancar revient au théâtre et inaugure le petit théâtre du TNP avec une mise en scène de 'La Fable du fils substitué' de Pirandello. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 23 octobre 2009

Photo : Christian Ganet


Elle dit avoir eu une passion à l'adolescence pour «La» Callas, elle pourrait bien un jour être nommée «La» Strancar. Comme la diva, Nada Strancar est reconnaissable entre toutes : une voix grave, une silhouette élancée, les pieds bien arrimés au plancher des théâtres depuis qu'elle a croisé la route d'Antoine Vitez. Née à Ljubjana, elle quitte à l'âge de sept ans ce qui est encore la Yougoslavie unifiée pour Paris et adopte le français si bien qu'elle a aujourd'hui oublié le slovène. Avec une mère ouvrière et un beau-père boucher, elle ne baigne pas dans un environnement culturel, mais aime l'école, s'inscrit au club d'art dramatique de son collège. Le premier rôle qui lui est confié est celui... d'un garçon ! Elle est Arnolphe de ‘L'École des femmes'. Au lycée, Nada Strancar poursuit son apprentissage, découvre le chant lyrique mais, après le bac, faute de pouvoir suivre des cours de chant trop onéreux, elle entre au Conservatoire d'art dramatique et rencontre Antoine Vitez, son professeur qui la dirigera dans une dizaine de pièces. «Il a été un révélateur, dit-elle. J'ai découvert un espace où le corps et la voix étaient en liberté, je n'avais jamais vu cela ailleurs. J'étais subjuguée, il n'avait pas de jugement de valeur, pas de théorie, nous les comédiens nous mettions à proposer nos déplacements, nous nous sentions à l'origine de la création». De ces cours, elle garde la préférence des répétitions aux représentations («j'ai trop le trac») et le bonheur de «faire» plutôt que de dire ou discourir car un «acteur est presque comme un mathématicien lorsqu'il doit résoudre une équation : il explore». De Vitez à Schiaretti
La matière première de son travail est la langue française avec laquelle elle dit avoir un «rapport charnel». Avec Lucrèce Borgia, ce sont les mots de Victor Hugo ajustés par Vitez qui la poussent sur la scène de la Cour d'honneur du Palais des Papes d'Avignon, en 1985. Elle expérimente ensuite son métier auprès de Chéreau, Strehler, Pintilie, Bondy, Engel, Jouanneau, Stavisky puis Christian Schiaretti. Alors qu'elle a presque 50 ans et est moins sollicitée par les metteurs en scène, l'actuel directeur du Théâtre National Populaire alors directeur de la Comédie de Reims lui propose, en 1999, un montage de textes de Péguy qu'elle ne connaît pas mais qu'elle aime immédiatement et la rassure, «j'avais peur d'être has been». Schiaretti, l'ancien élève de Vitez, lui offre un deuxième compagnonnage. Les créations s'enchaînent jusqu'à ‘Coriolan'. Puis, connaissant son goût pour la chanson, il l'encourage à créer un cabaret. Sensible à la langue allemande, de surcroît lorsqu'elle est chantée, elle choisit les «lieds» de Brecht et la musique de Paul Dessau. Cette tournée à peine entamée au théâtre parisien de la Colline est brutalement interrompue le 17 septembre 2008. En pleine représentation, elle est victime d'un arrêt cardiaque, son «bug» comme elle dit avec le sourire. Désormais, c'est avec un cœur tout neuf qu'elle reprend le chemin des salles de théâtre et qu'elle souhaite poursuivre prochainement ce tour de chant avorté. En attendant de retrouver suffisamment de forces pour être comédienne, elle endosse à son tour le rôle de metteur en scène. En avril dernier, alors qu'elle est encore en convalescence, Schiaretti l'invite à créer la première pièce présentée dans la petite salle du TNP, annexe au lieu historique encore en travaux. Elle déniche une fable pirandellienne. «Cette proposition m'a donnée de la force et m'a ôté le statut de malade, j'ai eu de nouveau un projet», glisse-t-elle, émue.La Fable du fils substitué
Jusqu'à dimanche, Nada Strancar présente cette pièce de Pirandello interdite au lendemain de sa première en Italie par Mussolini en 1934. Une mère folle de douleur s'invente un autre enfant que la petite chose difforme et noiraude qu'elle a mise au monde. Les décors successifs jouent sur les clairs et les obscurs. La comédienne Agnès Benoit semble sortie du tableau de Munch, «Le Cri» lorsque, à plusieurs reprises, elle s'égare dans un cauchemar empli de sorcières. Elle imprègne sa gravité à cette mise en scène à la fois picturale, radicale et fidèle au texte du prix Nobel transalpin.

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