Une biennale en corps

SCENES | Pour sa 14e et dernière biennale de la danse en tant que directeur artistique, Guy Darmet s'offre et nous propose une multitude de têtes d'affiche... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 16 avril 2010

Photo : Tanztheater Wuppertal, Nelken, (c)Ulli Weiss


On a cru, espéré, un instant que la prochaine Biennale de la danse porterait sur le séminaire de Jacques Lacan, «Encore», et donc sur la jouissance et l'amour... Mais si Guy Darmet a choisi pour sa dernière biennale le titre «Encore !», c'est simplement pour signifier que l'aventure du festival continuera après son départ (avec la chorégraphe Dominique Hervieu qui a été nommée à sa succession et dirigera l'édition 2012), et en hommage au public qui, souvent, en redemande (bis !). Pas de thème ni de découpage géographique donc pour la biennale 2010, mais un joli bouquet final réunissant de grands noms de la scène chorégraphique contemporaine, et beaucoup de jeunes pousses prometteuses. Parmi les réjouissances annoncées, honneur aux grandes dames de la danse... Le «Tanztheater Wuppertal» reprendra l'une des pièces phares de sa fondatrice, Pina Bausch décédée en 2009. Nelken, créée en 1982, réunit sur un plateau couvert d'œillets une vingtaine d'interprètes, deux chiens-loups et quelques cascadeurs pour un mélange de danse et de théâtre sous haute tension et un cadre idyllique allant se dégradant... Trisha Brown, figure de proue de la «post-modern dance» américaine, aura à 74 ans une forte actualité à Lyon avec un programme au Transbordeur réunissant quatre de ses pièces, une exposition au Musée d'art contemporain (dessins, installations, vidéos) et la reprise de ses premières performances au musée et au Parc de la Tête d'or ! Danse, entre textes et images
Après Beckett, Lucrèce et Kafka, Maguy Marin présentera quant à elle une nouvelle création inspirée des écrits de Walter Benjamin, dont on ne sait encore pratiquement rien mais dont on attend, comme toujours, beaucoup. Parmi les réjouissances féminines, citons encore les présences de Germaine Acogny, Catherine Diverrès, Catherina Sagna, Deborah Colker... Côté masculin, Bill T. Jones revient à Lyon avec un spectacle autour de la figure d'Abraham Lincoln ; l'inégal mais ambitieux Angelin Preljocaj, en collaboration avec le Théâtre du Bolchoï, s'attaque à L'Apocalypse selon Saint-Jean ; le cinéphile Nasser Martin-Gousset prépare un improbable thriller sous-marin inspiré de James Bond ; William Forsyhte transmet deux pièces des années 1990 au Ballet de l'Opéra ; Alain Platel et les Ballets C. de la B. créent "Gardenia" ; le pape du hip-hop Mourad Merzouki crée "Boxe boxe" ; Virgilio Sieni nous embarque parmi les "Tristes tropiques" de Claude Levi-Strauss... On notera aussi l'entrée du «nouveau cirque» dans la programmation de la Biennale avec l'un de ses meilleurs représentants, Mathurin Bolze. Et quelques projets atypiques : une marche dansée au Parc de la Cerisaie imaginée par Daniel Larrieu, un spectacle d'Annick Charlot dans des immeubles du quartier de la Part-Dieu, et le roman photo de Denis Plassard uniquement constitué d'images arrêtées de ses interprètes ! 14e Biennale de la danse, «Encore !»
Du jeudi 9 septembre au dimanche 3 octobre.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Chronique d'une biennale 3/4

SCENES | Danse / Après un début éclatant, la Biennale déçoit et patine sur des spectacles superficiels. Avec une danse qui gesticule et parade, sans propos, enjeu, ni même recherche purement formelle... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 24 septembre 2010

Chronique d'une biennale 3/4

Alors que Catherine Diverrès, Pina Bausch et Maguy Marin ont mis en doute, renversé, fragmenté, pour ne pas dire fracassé, l'espace scénique en début de biennale, d'autres continuent à occuper les plateaux comme si rien ne s'était passé dans la petite histoire de la danse comme dans la grande du monde contemporain. Comme si aucun fil ne s'était rompu. Comme si une scène restait un terrain de jeu pour grands enfants, en vue d'un divertissement «classe» ou «cool». Scène où l'on se raconte de petites anecdotes entre soi, échange de belles images, et où l'on fait briller les chromes des scénographies. Le pompon revient à Bill T. Jones qui a livré un hommage au président Abraham Lincoln (1809-1865) sous forme d'une comédie musicale bien huilée (danseurs et musiciens de haut vol, effets vidéo parfaits), mais aux propos courus d'avance (la démocratie, l'abolition de l'esclavage, la guerre...), et dénuée du moindre enjeu sensoriel ou intellectuel. Un «show» aussi lisse et aseptisé que celui d'Olivier Dubois, incarnant la figure de Frank Sinatra en compagnie d'une danseuse. Les chansons sont belles, les danseurs virevoltent admirablement bien, le spectateur s'assoupit avec un petit sourire

Continuer à lire