«Je ne laisse pas tomber Bron»

SCENES | Entretien / Le chorégraphe Mourad Merzouki a initié et piloté l’implantation d'un centre chorégraphique dédié au hip-hop à Bron, dans le quartier de Parilly. Alors que Pôle Pik sera inauguré dans quelques jours, point sur les objectifs de ce lieu et l’avenir de ce chorégraphe. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Samedi 22 mai 2010

Le Petit Bulletin : Qu'est ce que Pôle Pik et quelles sont les missions de ce lieu ?
Mourad Merzouki : Pôle Pik est un centre chorégraphique dédié à la danse hip-hop. C'est un lieu de création, ouvert aux artistes issus de la mouvance hip-hop et à la recherche de croisements avec d'autres esthétiques. L'objectif est de soutenir la création et la diffusion de la danse hip-hop. Pour cela, l'espace est doté de deux studios de danse dans lequel on peut répéter mais aussi donner des cours ou organiser des "master class" pour former les danseurs. L'idée est également de créer des liens entre des équipes artistiques, entre des acteurs locaux et une population.Vous avez tenu à ce que Pôle Pik soit implanté à Bron ?
C'est très important pour moi que cet outil soit implanté dans la région. Plus précisément, ce lieu est implanté à Bron parce qu'avec ma compagnie, nous avons un lien très fort avec cette ville et avec ses habitants. C'était une de nos volontés de nous implanter dans une ville dans laquelle nous sommes déjà repérés.Pôle Pik a ouvert ses portes en 2009, pourquoi l'inauguration des locaux n'a-t-elle lieu qu'en mai 2010 ?
En fait, les travaux se sont terminés l'été dernier. Avec ma compagnie, nous avons quitté Saint-Priest et nous nous sommes installés à Bron en septembre. Une partie des locaux était terminée mais pas les studios ; on ne pouvait pas encore accueillir du public. Nous attendions donc que tout soit réellement terminé pour inaugurer le lieu. Entre le moment où on occupe un lieu et le moment où il atteint sa vitesse de croisière, il faut du temps !Mais vous êtes désormais à Créteil, comment conciliez-vous Pôle Pik et la direction de ce Centre chorégraphique national (CCN) ? Pourquoi avez-vous accepté ce poste à Créteil ?
Toute la difficulté avec un projet comme Pôle Pik se situe sur la réalité financière et budgétaire d'un tel outil. Au moment où on a déménagé, toutes les institutions culturelles ont vu leurs budgets se resserrer. Les budgets de Pôle Pik ont été réduits par rapport à ce qui avait été envisagé au départ. De mon côté, j'avais besoin d'un socle solide et de moyens. Ma compagnie compte aujourd'hui cent danseurs et une dizaine de personnels d'administratifs. Or, si une de mes créations ne fonctionnait pas, je pouvais mettre la clé sous la porte du jour au lendemain… J'ai été nommé au Centre chorégraphique national de Créteil et je ne pouvais pas refuser une telle proposition, sachant que Pôle Pik n'aurait pas les reins assez solides financièrement. Je mène donc un travail de synergie entre Créteil et Pôle Pik, je fais circuler les projets entre la région Rhône-Alpes et la région parisienne. J'insuffle des idées et des croisements de collaborations ; je ne laisse pas tomber Bron. J'aurais préféré rester dans la région plutôt que de partir. Aujourd'hui, je trouve des solutions pour que Pôle Pik ne devienne pas une succursale de MJC. Le manque de moyens pourrait-il remettre en cause l'utilité d'un tel centre chorégraphique ?
Pour l'instant, on ne peut pas faire un vrai travail de résidence et de co-production à Pôle Pik, mais le bilan est loin d'être mauvais. En un an, on est déjà au même niveau qu'un CCN en termes d'activité. Pour l'instant, nous sommes dans la première phase du projet. À terme, je souhaite que ce lieu soit doté comme un CCN. Je sais que les tutelles me soutiennent, mais tout le monde est face à des réalités difficiles en ce moment…Pôle Pik ne risque-t-il pas de devenir également un ghetto hip-hop ?
C'est ce que je ne veux surtout pas ! Pôle Pik doit avoir un lien avec la danse hip-hop mais pas que ! Je ne veux pas que ce lieu se déconnecte de la dynamique que j'ai mise en place. Je suis dans le croisement des genres, je veux prendre des risques avec la danse hip-hop et que l'on retrouve cet état d'esprit à Pôle Pik. Que pensez-vous de l'arrivée de Dominique Hervieu à la Maison de la Danse ?
Si on oublie la façon dont cela s'est fait, l'arrivée de Dominique Hervieu me réjouit. Avec Dominique, nous avons la même approche de la danse et des publics.Maguy Marin va quitter la direction du Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape en août 2011. Êtes-vous intéressé par ce poste ?
Si on me m'avait proposé ce poste avant que je ne parte à Créteil, je l'aurais évidemment accepté ! Maintenant, je ne peux pas courir plusieurs lièvres à la fois, j'ai un mandat de trois ans à Créteil. J'ai du travail et j'essaie de le mener à bien.Et si on venait vous chercher ?
Je ne veux pas répondre à cette question ! (Rires)Inauguration du centre chorégraphique Pôle Pik (2, rue Paul Pic à Bron)
Vendredi 28 mai à 18h30 et samedi 29 mai de 10h à 16h+ visites du lieu du 31 mai au 4 juin, tlj de 10h à 17h

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Mourad Merzouki

SCENES | 1973 : Naissance à Lyon. 1988 : Il découvre le hip-hop et commence à danser dans la rue. 1990-1994 : Il s’attelle à la chorégraphie, en compagnie de Kader (...)

Dorotée Aznar | Samedi 22 mai 2010

Mourad Merzouki

1973 : Naissance à Lyon. 1988 : Il découvre le hip-hop et commence à danser dans la rue. 1990-1994 : Il s’attelle à la chorégraphie, en compagnie de Kader Attou. 1996 : Il crée la compagnie Käfig. 2007 : Il crée le festival Karavel. Septembre 2009 : Il prend la direction du Centre chorégraphique national de Créteil. 2009 : Pôle Pik, nouveau lieu de création et de développement chorégraphique ouvre ses portes à Bron, il en devient le conseiller artistique.

Continuer à lire