Chronique d'une biennale 3/4

SCENES | Danse / Après un début éclatant, la Biennale déçoit et patine sur des spectacles superficiels. Avec une danse qui gesticule et parade, sans propos, enjeu, ni même recherche purement formelle... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 24 septembre 2010

Photo : Photo : Christian Ganet


Alors que Catherine Diverrès, Pina Bausch et Maguy Marin ont mis en doute, renversé, fragmenté, pour ne pas dire fracassé, l'espace scénique en début de biennale, d'autres continuent à occuper les plateaux comme si rien ne s'était passé dans la petite histoire de la danse comme dans la grande du monde contemporain. Comme si aucun fil ne s'était rompu. Comme si une scène restait un terrain de jeu pour grands enfants, en vue d'un divertissement «classe» ou «cool». Scène où l'on se raconte de petites anecdotes entre soi, échange de belles images, et où l'on fait briller les chromes des scénographies. Le pompon revient à Bill T. Jones qui a livré un hommage au président Abraham Lincoln (1809-1865) sous forme d'une comédie musicale bien huilée (danseurs et musiciens de haut vol, effets vidéo parfaits), mais aux propos courus d'avance (la démocratie, l'abolition de l'esclavage, la guerre...), et dénuée du moindre enjeu sensoriel ou intellectuel. Un «show» aussi lisse et aseptisé que celui d'Olivier Dubois, incarnant la figure de Frank Sinatra en compagnie d'une danseuse. Les chansons sont belles, les danseurs virevoltent admirablement bien, le spectateur s'assoupit avec un petit sourire béat.Écrans plats
Et même le brillant Nasser Martin-Gousset a sombré, corps et biens, dans "Pacifique", sa création pour 13 danseurs. S'emparer des images d'Épinal du cinéma d'action et de ses bandes-son (James Bond surtout, avec un soupçon de Kill Bill, Matrix, Robocop...) comportait évidemment un risque : le cliché. Le chorégraphe a, peut-être, voulu donner vie, ironie et corps à quelques personnages habituellement réduits à deux dimensions, mais ne propose en réalité qu'une suite de saynètes ludiques, de poses figées parfois humoristiques, de scènes de combats traînant en longueur... Un grand gâchis de talents pour un spectacle finalement potache et régressif. Contrairement à nos espoirs, le plus jeune et encore méconnu Alban Richard n'a pas réussi à sauver les meubles cette semaine. Le chorégraphe a certes travaillé (sur les thèmes de l'érotisme, de l'hystérie, de la mystique), lu Georges Bataille, et tenté de mener la danse hors des sentiers battus. Mais l'emphase ampoulée de son duo sur "Tristan et Isolde" de Wagner, sa série de mimiques hystériques sur du Bach remixé, ou une vidéo représentant quelques fantasmes homo-érotiques et sado-masochistes tombent vite des yeux. Alban Richard cherche mais ne trouve pas encore, tandis que ses collègues ont depuis longtemps abandonné le laboratoire chorégraphique pour la confiserie.14e Biennale de la danse, jusqu'au dimanche 3 octobre.

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Une biennale en corps

SCENES | Pour sa 14e et dernière biennale de la danse en tant que directeur artistique, Guy Darmet s'offre et nous propose une multitude de têtes d'affiche... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 16 avril 2010

Une biennale en corps

On a cru, espéré, un instant que la prochaine Biennale de la danse porterait sur le séminaire de Jacques Lacan, «Encore», et donc sur la jouissance et l'amour... Mais si Guy Darmet a choisi pour sa dernière biennale le titre «Encore !», c'est simplement pour signifier que l'aventure du festival continuera après son départ (avec la chorégraphe Dominique Hervieu qui a été nommée à sa succession et dirigera l'édition 2012), et en hommage au public qui, souvent, en redemande (bis !). Pas de thème ni de découpage géographique donc pour la biennale 2010, mais un joli bouquet final réunissant de grands noms de la scène chorégraphique contemporaine, et beaucoup de jeunes pousses prometteuses. Parmi les réjouissances annoncées, honneur aux grandes dames de la danse... Le «Tanztheater Wuppertal» reprendra l'une des pièces phares de sa fondatrice, Pina Bausch décédée en 2009. Nelken, créée en 1982, réunit sur un plateau couvert d'œillets une vingtaine d'interprètes, deux chiens-loups et quelques cascadeurs pour un mélange de danse et de théâtre sous haute tension et un cadre idyllique allant se dégradant... Trisha Brown, figure de proue de la «post-modern dance» américaine, aura à 74 ans une

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