Danse ou dense

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 29 mars 2012

Photo : Didier Grappe


Cette semaine, les amateurs de danse ont le choix (non exclusif) entre de la belle danse néo-classique et un spectacle choc et génial, où le mouvement formel est abandonné au profit de l'exploration des capacités de résistance des corps. Soit concrètement, le programme du Ballet de l'Opéra de Lyon (jusqu'au samedi 7 avril à l'Opéra) proposant le Second Detail de William Forsythe, deux pièces de Jiri Kylian et le très esthétique Boléro de Meryl Tankard tout en projections d'ombres chinoises...

Et, d'autre part, Salves (au Toboggan jusqu'au jeudi 5 avril), la dernière pièce de Maguy Marin créée avec sa compagnie en 2010. Plus le temps passe et plus cette œuvre paraît importante en elle-même et au regard des réalisations chorégraphiques contemporaines. Avec un sens de la mise en scène (brouillant les frontières entre théâtre, danse, performance) d'une précision folle, Maguy Marin s'y montre capable d'évoquer les problèmes politiques contemporains les plus fondamentaux et d'inventer une forme scénique inouïe, aux sensations aussi fortes que sèches et virulentes. Avec pour point d'orgue une scène d'orgie et de bagarre à graver dans les annales du spectacle vivant !
Jean-Emmanuel Denave

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Maguy Marin, remontages et reprises

Danse Contemporaine | Le philosophe Walter Benjamin pensait que l’Histoire ne se lit pas une seule fois de manière chronologique, mais qu’elle est chaque fois le fruit d’un (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 9 septembre 2021

Maguy Marin, remontages et reprises

Le philosophe Walter Benjamin pensait que l’Histoire ne se lit pas une seule fois de manière chronologique, mais qu’elle est chaque fois le fruit d’un montage ou d’un remontage entre deux événements, deux citations, deux images… C’est en suivant cette idée que la chorégraphe Maguy Marin s’est plongée récemment dans la Guerre du Péloponnèse pour sa dernière création au Festival d’Avignon 2021, Y aller voir de plus près. On est impatients que cette pièce passe à Lyon et, en attendant, la chorégraphe reprendra à la Maison de la Danse l’une de ses pièces les plus puissantes et bouleversantes, Umwelt datant de 2004. Sous un souffle d’air continu et le flux d’une guitare électrique, les danseurs viennent exécuter de courtes actions (manger, crier, s’aimer, se battre…) au milieu de rangées de souples miroirs… Soit une représentation mi-comique, mi-tragique, de la vie quotidienne avec ce qu’elle peut avoir de plus beau et de plus laid. Par ailleurs, David Mambouch (fils de

Continuer à lire

Les dix rendez-vous qui vont vous faire valser

Danse | Festivals installés comme Sens Dessus Dessous ou le Moi de la Danse, chorégraphes stars tels Christian Rizzo ou Merce Cunningham, découvertes potentielles : voici les dix dates que les amateurs de danse se doivent de cocher de suite sur leur agenda.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 septembre 2019

Les dix rendez-vous qui vont vous faire valser

Spirituelle La grande chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker tisse toujours des liens singulièrement étroits entre la musique et ses chorégraphies : qu'il s'agisse de musique classique (Beethoven, Mahler...) ou plus contemporaine (Joan Baez, Steve Reich...). Créée en 2005 avec Salva Sanchis, sa pièce A Love Supreme explore l'album éponyme de John Coltrane, album mythique du Free Jazz. Chaque danseur est associé à un instrument du quatuor de Coltrane, et l'écriture précise de De Keersmaeker s'octroie ici une part de liberté et d'improvisation (à l'instar du jazz). Douze ans après, en 2017, la pièce est recréée avec quatre nouveaux interprètes et leurs nouvelles sensibilités. A Love Supreme À la Maison de la Danse du 1er au 3 octobre Technique Les pièces de Merce Cunningham sont d'une difficulté technique rare, et le Ballet de l'Opéra en compte déjà plusieurs à son répertoire. Cet automne, le Ballet présentera deux pièces du maître new-yorkais, créées à vingt ans d'intervalle : Exchange (1978) et Scenario

Continuer à lire

Salut la compagnie ! : "Maguy Marin : l'urgence d'agir"

Documentaire | De David Mambouch (Fr, 1h48) avec Maguy Marin…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Salut la compagnie ! :

Prenant l’emblématique pièce May B. comme fil rouge, David Mambouch retrace le parcours de Maguy Marin en sa compagnie et celle des membres… de sa compagnie. Un regard intime et familial embrassant près d’un demi-siècle d’une aventure chorégraphique particulière… Cela fait près de quarante ans que David Mambouch suit au plus près le travail de la chorégraphe Maguy Marin, dans les coulisses et en bord, voire sur scène. Et pour cause : il est son fils. C’est donc de l’intérieur qu’il peut témoigner de la progressive construction d’une œuvre, dans sa cohérence et son intégrité morale (en résonance avec des enjeux sociaux et des problématiques historiques, économiques ou humanistes), mais aussi de ses nécessaires évolutions artistiques — comme l’introduction de la parole, le glissement vers la “non-danse“, rendant plus intelligible encore le propos ou le message politique sous-tendant chacune de ses créations. Portrait collectif d’une femme de troupe indissociable de ses compagnons de route, mettant en avant un goût viscéral pour la transmi

Continuer à lire

Coup de balai

Danse | Une danseuse de Ballet (de l'Opéra de Lyon) qui passe le balai (à l'Opéra), et c'est toute une métaphore ironique que met en scène la chorégraphe Maguy Marin dans (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 16 octobre 2018

Coup de balai

Une danseuse de Ballet (de l'Opéra de Lyon) qui passe le balai (à l'Opéra), et c'est toute une métaphore ironique que met en scène la chorégraphe Maguy Marin dans Cendrillon. Ici, les rêveries de princesse et de prince, sur fond musical de Prokofiev, reviennent littéralement aux cendres de l'enfance : et c'est très logiquement que Maguy Marin revisite Cendrillon en installant sa chorégraphie dans un décor de magasin de jouets un peu poussiéreux, peuplé de "soldats de bois" (le prince par exemple), de poupées, de pantins, tous aussi maladroits qu'un enfant sans formation se lançant dans un pas de deux. Cette pièce créée en 1985 (et fruit d'une commande de l'Opéra de Lyon), bourrée de grotesque grinçant et d'une critique à peine voilée de la société de consommation, est paradoxalement devenue un tube de la danse contemporaine ! Et ne cesse, de saison en saison, d'être reprise au programme du Ballet de l'Opéra... au grand dam sans doute de ses danseurs étriqués et étouffés dans de pesants costumes. Pour celles et ceux qui ne l'aura

Continuer à lire

"Ligne de Crête" : la colère étouffante de Maguy Marin

Biennale de la Danse | Bam ! Maguy Marin nous donne une grosse claque au TNP. Mais pour nous réveiller ou pour nous assommer ?

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 13 septembre 2018

Imaginez un remake contemporain des Temps modernes de Chaplin tourné par Michael Haneke, et vous obtiendrez, peu ou prou, la nouvelle création de Maguy Marin présentée à la Biennale de la Danse. Soit (comme chez Haneke) un véritable piège à spectateur où, sous les coups de butoir du son très amplifié d'une photocopieuse, six interprètes cheminent mécaniquement sur un plateau représentant un open space. Chacun vient, en entrées et sorties de scène répétitives, déposer dans son propre bureau quelques objets. Des objets d'abord raccords avec la situation (des stylos, un encas pour la pause déjeuner, une lampe...), puis des objets de plus en plus incongrus (vêtements, paire de skis, puzzle, perruques...). Et cela continue ainsi, pendant une heure, jusqu'à saturation et au syndrome de Diogène (maladie de l'entassement), sans interruption ni changement, si ce n'est quelques bugs furtifs des danseurs sur leurs trajets, ou quelques spasmes préfigurant un burn out. Leçon d

Continuer à lire

Peeping Tom et Maguy Marin ouvrent la Biennale

Biennale de la Danse | La Biennale de la Danse débute, mardi prochain, avec deux chocs chorégraphiques : Maguy Marin et Peeping Tom.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 3 septembre 2018

Peeping Tom et Maguy Marin ouvrent la Biennale

« La danse, et par conséquent le théâtre, n'ont pas encore commencé à exister » écrivait en 1948 Antonin Artaud dans le Théâtre de la cruauté. Cette phrase pourrait nous servir de grigri avant de se lancer dans une nouvelle Biennale de la Danse, avec l'espoir, à chaque édition, d'y être bouleversé, chamboulé dans ses repères artistiques, désorienté... Le cru 2018 s'annonce sous les meilleurs auspices, et, surtout, commence fortissimo avec une nouvelle création de Maguy Marin (Ligne de crête), et la venue à Lyon du collectif bruxellois Peeping Tom pour transmettre au Ballet de l'Opéra l'une de ses pièces phares, 32 rue Vanderbranken (rebaptisée 31 rue Vanderbranken pour l'occasion). On connaissait les affinités de Peeping Tom avec le cinéma en général, et celui de David Lynch en particulier, mais cette pièce-ci est inspirée de Kurosawa et de La Ballade de Narayama, où une vieille dame est contrainte de s'isoler dans une montagne. L'exploration de l'intime (par dix-neuf interp

Continuer à lire

Une Biennale tonique avec Maguy Marin et Peeping Tom

Biennale de la Danse | La programmation de la prochaine Biennale de la Danse a été dévoilée cette semaine, et réunit, a priori, tous les ingrédients d'une édition réussie : risquée, créative, pluridisciplinaire.

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 10 juin 2018

Une Biennale tonique avec Maguy Marin et Peeping Tom

À deux exceptions japonaises près, la Biennale de la Danse 2018 est une Biennale européenne. Elle s'annonce donc moins exotique qu'à l'accoutumée, mais plus exigeante artistiquement, et plus aventureuse dans ses formes d'expression... L'un des fils rouges de cette édition est celui des liens entre la danse et les images, images issues des nouvelles technologies notamment. Ce fil rouge ira, par exemple, de l'utilisation par Merce Cunningham (1919-2009) du logiciel informatique DanceForms (mouvements et enchaînements générés par ordinateur) pour sa pièce Biped, à des créations s'étayant sur la réalité virtuelle par le chorégraphe suisse Gilles Jobin ou par le poète circassien Yoann Bourgeois (artiste très présent dans cette Biennale avec trois spectacles). 27 créations et premières Parmi les 42 spectacles programmés en salles, on compte 27 créations et premières françaises qui constituent le cœur de cette Biennale et, bien souvent, celui de nos attentes... Maguy Marin cré

Continuer à lire

La force politique de la danse de Maguy Marin

Sens Dessus Dessous | Immense danseuse et chorégraphe multi-primée, cette enfant d’exilés du franquisme n'a de cesse de mettre son art au service de la résistance à la violence du monde. Via sa dernière création Deux mille dix sept et la transmission d'une de ses œuvres phare à de jeunes artistes, May B, Maguy Marin est très présente dans les prochaines semaines. Et c'est une chance.

Nadja Pobel | Mardi 20 février 2018

La force politique de la danse de Maguy Marin

Qu'est-ce qui vous pousse à vous remettre au travail et faire une nouvelle création comme Deux mille dix sept, dont la première a eu lieu en octobre à Vandœuvre-les-Nancy ? Maguy Marin : L'état social est assez catastrophique, de plus en plus de gens tentent de survivre, prennent des bateaux pour vivre. Cette situation n'arrête pas de cogner. Et quand je me suis remise au travail, je me suis dit qu'il fallait essayer de se donner du courage. Mon principal objectif est de renvoyer cette violence puisque on a l'impression qu'on est comme abasourdi, assez impuissants devant ce qui se passe, il n'y a pas de mobilisation suffisante. Des gens se battent bien sûr par groupes, associations, il y a parfois des manifs mais au fond on devrait tous se lever et agir. La danse, c'est votre façon de vous lever ? Oui mais c'est bien insuffisant. C'est mon territoire de travail disons ; c'est l'axe que je suis donc c'est à partir de là que j'essaye d'agir. Vous avez beaucoup lu pour créer ce spectacle, le travail a été long, depuis décembre 2016. Vous avez

Continuer à lire

Nous sommes des rigolos

Ramdam | En 2006, Ha ! Ha ! se découvrait comme un nouvel et très dérangeant ovni dans le parcours déjà si atypique de Maguy Marin. Devant des pupitres de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 février 2017

Nous sommes des rigolos

En 2006, Ha ! Ha ! se découvrait comme un nouvel et très dérangeant ovni dans le parcours déjà si atypique de Maguy Marin. Devant des pupitres de musiciens, sept danseurs assis et vêtus de costumes idoines entonnaient des partitions ininterrompues de blagues pourries, de mots d'humour stéréotypé, entrecoupés de grands éclats de rire... À proximité, dans l'obscurité et la plus grande indifférence, des mannequins de spectateurs à l'échelle 1 s'effondraient à intervalles réguliers. Dix ans plus tard, la chorégraphe reprend cette pièce en se concentrant sur le dispositif des danseurs et en le plaçant face au public, tel un oratorio représentant une soirée entre amis, un repas trop arrosé, un lâchage dans l'intimité de l'entre-nous... Et par là, Maguy Marin fait entendre dans les mots, comme dans la prosodie et le souffle des voix, dans les corps convulsés et secoués de rires, ce que Michel Foucault a appelé : « l'ordre du discours ». Soit tout cet impensé (cette pensée « toute faite

Continuer à lire

Grandes fugues : un trio pour un quatuor

Opéra de Lyon | Superbe affiche pour le Ballet de l'Opéra de Lyon qui interprète les trois Grandes Fugues de Maguy Marin, d'Anne Teresa de Keersmaeker et de Lucinda Childs. Cette dernière étant venue tout spécialement à Lyon pour y créer sa pièce.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 novembre 2016

Grandes fugues : un trio pour un quatuor

Maguy Marin, Anne Teresa de Keersmaeker, et maintenant Lucinda Childs... que de succès féminins pour Ludwig Beethoven et sa Grande Fugue, l'une de ses dernières pièces musicales, composée entre 1824 et 1825 ! Les trois grandes dames de la danse ont, chacune dans leurs univers dissemblables, été fascinées par ce quatuor à cordes, controversé à l'époque de sa création et aujourd'hui considéré comme le sommet de l’œuvre de Beethoven. Il y entremêle la puissance d'expression dramatique qu'on lui connaît à une forme de composition des plus complexes : une savante combinaison de sonate, de fugue et de variation, ainsi qu'une structure contrapuntique. Inventant sa danse au plus proche des partitions musicales qu'elle entreprend de travailler, on imagine alors la jubilation d'Anne Teresa de Keersmaeker devant un t

Continuer à lire

Un Lion d'or pour Maguy Marin

SCENES | La Biennale de Venise (structure qui regroupe tout à la fois les biennales d'art contemporain, d'architecture, de cinéma, de danse, de musique) a (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 29 avril 2016

Un Lion d'or pour Maguy Marin

La Biennale de Venise (structure qui regroupe tout à la fois les biennales d'art contemporain, d'architecture, de cinéma, de danse, de musique) a décerné un Lion d'or à la chorégraphe lyonnaise Maguy Marin pour « ses recherches sur le corps et l'espace » révélant « la complexité de l'homme contemporain. » À ses côtés, a été aussi récompensé le compositeur de musique italien Salvatore Sciarrino. Deux très très grands artistes !

Continuer à lire

À Dijon, c'est Théâtre en Mai

SCENES | À l’honneur chez nous (Maison de la Danse, Ramdam), Maguy Marin sera aussi la marraine de la manifestation Théâtre en Mai qui se tiendra à (...)

Nadja Pobel | Mercredi 24 février 2016

À Dijon, c'est Théâtre en Mai

À l’honneur chez nous (Maison de la Danse, Ramdam), Maguy Marin sera aussi la marraine de la manifestation Théâtre en Mai qui se tiendra à Dijon du 20 au 29 mai et permettra de découvrir de nouveaux talents comme Mathieu Cruciani, Maëlle Poésy et Julie Duclos. La chorégraphe partagera son expérience avec cette jeune garde prometteuse.

Continuer à lire

Maguy Marin : L'archéologue du présent

SCENES | Lignes tendues de nappes de guitare en continu, souffle lourd faisant onduler sur scène une cinquantaine de miroirs qui reflètent l'image du public, entrées (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 2 février 2016

Maguy Marin : L'archéologue du présent

Lignes tendues de nappes de guitare en continu, souffle lourd faisant onduler sur scène une cinquantaine de miroirs qui reflètent l'image du public, entrées et sorties incessantes de neuf interprètes venus un bref instant exécuter un geste de la vie quotidienne... Marcher, se vêtir, s'embrasser, fumer une clope, s'engueuler avec sa moitié, manger une pomme, déplacer une plante d'appartement, jeter un détritus... En archéologue des temps présents, la chorégraphe Maguy Marin fouille le sol de nos vies triviales pour en extraire le suc à la fois banal, poignant et répétitif. Elle enveloppe le tout d'une tension d'une intensité folle, dans une mise en scène millimétrée au timing cut époustouflant. « Dans cette pièce, déclarait-elle au moment de la création, il est question tout simplement de savoir comment un corps affecte ou est affecté par d'autres corps. Et de décliner les variations possibles à partir du corps et de ses capacités, communes à tous ». Créée en 2004, Umwelt signifie en allemand "monde environnant" et le titre de la pièce est emprunté aux écrits de l'éthologue Jacob von Uexküll. Ici, il est donc bien question d

Continuer à lire

Rentrée danse 2016 : on the beat

SCENES | Après un bel automne, la saison danse accélère encore le rythme en 2016 et s'ouvre avec le nouveau festival des Subsistances, Le Moi de la Danse, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée danse 2016 : on the beat

Après un bel automne, la saison danse accélère encore le rythme en 2016 et s'ouvre avec le nouveau festival des Subsistances, Le Moi de la Danse, du 14 janvier au 7 février. L'événement questionnera la notion d'identité à travers les œuvres de jeunes chorégraphes : le Lyonnais Alexandre Roccoli, le Portugais Marco Da Silva Ferreira, les inclassables Cecilia Bengolea & François Chaignaud... Maguy Marin viendra aussi y donner une conférence avant de reprendre à Lyon plusieurs de ses pièces : son chef-d'oeuvre May B autour de l'univers de Beckett (du 29 février au 2 mars à la Maison de la Danse), Umwelt (du 3 au 6 février à Ramdam), l'intrigant Singspiele (au TNP du 16 au 24 mars) et sa dernière grande création Bit (au Toboggan les 4 et 5 mars). Du côté des festivals "habituels", on retrouvera Sens Dessus Dessous à la Maison de la Danse du 15 au 19 mars avec une multitude de chorégraphes émergents et une compagnie phare (les Franco-Belges de Peeping Tom qui, avec Vader, nous plongent dans l'ambiance mi-réelle mi-onirique d'une maison de retraite) ; Chaos Danse, consacré à la je

Continuer à lire

Saison danse 2015/2016 : morceaux choisis

SCENES | Roland Petit, Merce Cunningham, Saburo Teshigawara, Maguy Marin, Alain Platel... La nouvelle saison danse s'annonce riche en têtes d'affiche. elle réserve aussi bien des projets singuliers et enthousiasmants, comme celui, collectif et ambitieux, de Florence Girardon sur "La Passion selon Saint-Matthieu" de Bach...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 septembre 2015

Saison danse 2015/2016 : morceaux choisis

Landscape / Coup Fatal Le Japonais Saburo Teshigawara danse autant avec la musique qu'avec la lumière, développant une gestuelle singulière, tour à tour poétique ou tranchante et précise comme une lame. Il revient cette saison à Lyon avec une pièce récente, Landscape (2014), un duo sous forme de quasi-improvisation avec la danseuse Rihoko Sato, sur des musiques de Bach (Variations Goldberg) et de John Cage (In a Landscape) interpré- tées sur scène au piano par le touche-à-tout Francesco Tristano – il s'est notamment produit aux côtés du pionnier techno Carl Craig et de l'Orchestre des Siècles à la Villette. Les 22 et 23 septembre à la Maison de la danse Qu'il nous déçoive ou qu'il nous enthousiasme, Alain Platel présente depuis plusieurs décennies des pièces sombres, souvent aux bords de la folie. Coup fatal, crée en 2014 pour le Festival d'Avignon, est un étonnant volte-face du chorégraphe belge qui, sur des musiques baroques se mêlant à des rythmes africains (jouées live par un orchestre d'une quinzaine de musiciens) et avec le concours d'énergiques danseurs congola

Continuer à lire

La saison 2015/2016 de la Maison de la danse

ACTUS | De New York à Séoul, du conte philosophique à la relecture de ghetto movie, de la rumba au baroque : à la rentrée, la volonté de Dominique Hervieu de présenter la danse sous ses formes les plus variées ne faiblira pas. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Lundi 27 avril 2015

La saison 2015/2016 de la Maison de la danse

Heureux soient ceux qui ont manqué l'arrivée de Maguy Marin à Ramdam, elle sera à l'honneur du prochain "Archipel" de la Maison de la danse. Succédant à Découflé, elle reprendra son chef-d’œuvre May B et Bit, sa création pour la Biennale 2014 (fin février début mars), ainsi que Singspiele, dernier spectacle co-écrit avec David Mambouch qu'elle présente justement à Ramdam cette semaine (mi-mars, au TNP). La saison 2015/2016 de la Maison de la danse sera marquée par trois autres temps forts. D'abord, un mois (novembre) de festivités autour de New York. Jean Lacornerie et les Percussions Claviers de Lyon y reprendront leur remarquable version de la comédie musicale téléphonique Bells Are Ringing, tandis que le CNDC Angers dansera, notamment, un Event (un patchwork de fragments de chorégraphies) du maître post-moderniste Merce Cunningham. Surtout, on y retrouvera Bill T. Jones le temps d'un pur exercice formel autour du Quatuor de Ravel et de La Jeune fille et la mort de Schubert, et le très en vue Kyle Abr

Continuer à lire

Maguy Marin refait du Ramdam

SCENES | La compagnie Maguy Marin, le lieu expérimental Ramdam : deux aventures artistiques qui n'en finissent pas de se réinventer et qui, aujourd'hui, s'allient l'une et l'autre pour un nouveau projet atypique nommé "Ramdam, un centre d'art". La reprise du chef-d’œuvre de Maguy Marin "May B" en sera le premier temps fort. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 avril 2015

Maguy Marin refait du Ramdam

La pièce de Samuel Beckett Fin de Partie s'ouvre paradoxalement sur ces mots : «Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir.» La fin, chez l'écrivain irlandais, s'avère être toujours incertaine, improbable ou inatteignable, ouverte en tout cas à d'autres horizons, d'autres fins (au sens de buts) possibles. Ces mots émanent parfois des visages crayeux des danseurs de May B. Ils sont articulés entre deux murmures, entre deux gloussements, entre deux déplacements boiteux, poussifs, cabossés... Créée en 1981, la pièce de Maguy Marin embrasse en une heure et demi l'univers de Beckett. Elle est aussi un condensé de la condition humaine, à travers dix individus largués dans le vide, la poussière et une désespérance teintée d'humour. Dix membres d'un groupe incertain qui tour à tour se referme sur lui-même, tangue, se disloque, puis se rabiboche «tant mal que pis encore.» Depuis plus de trente ans, les gestes infimes, intimes et heurtés de ces dix personnages en quête d'eux-mêmes et d'autrui, bouleversent les spectateurs du monde entier, de tournée en tournée. Imagination morte, imaginez Symboliqueme

Continuer à lire

Chronique d'une Biennale 3/3

SCENES | Cette troisième et dernière semaine de Biennale, deux grands chorégraphes n'ont été que l'ombre d'eux-mêmes. Si Maguy Marin, avec "Bit", parvient encore à surprendre, William Forsythe, lui, se regarde danser lors d'une aussi virtuose qu'ennuyeuse "répétition". Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 28 septembre 2014

Chronique d'une Biennale 3/3

Pour résister aux cadences infernales imposées par la société, les artistes de cirque de Mathurin Bolze prenaient la "tangente", traçaient des lignes de fuite inédites. La chorégraphe Maguy Marin, elle, oppose aux scansions techno très entraînantes de Charlie Aubry (qui signe une impressionnante bande son) une farandole volontairement un peu gauche et désuète exécutée, bon an mal an, par six danseurs. Presque une sorte de frise, qui craque parfois, est reprise ailleurs, s'immisce parmi les interstices d'un décor constitué de six grands modules en pente. Plongés dans la pénombre, secoués d'électro ou bien baignés de nappes musicales inquiétantes, les danseurs suivent un fil, celui de leur rythme propre, jusqu'à l'hébétude, la chute, le raté, le choc avec l'autre... Dans Bit (le plus mauvais titre de la carrière de Maguy Marin, qui compte aujourd'hui 49 pièces), danse et musique sont en constant déphasage, mais surtout les danseurs déçoivent les attentes du public, résistent à l'unisson souhaitée. Il y a discordance, disjonction : «Car le réflexe c'est toujours de se mettre au diapason des autres : être discordant demande du courage... La t

Continuer à lire

Biennale : faire le point, reprendre le pas

SCENES | En se donnant comme fil rouge la notion de performance, la 16e Biennale de la danse revisite le passé et interroge l'avenir. Un questionnement qui ne réduit pas la danse à son histoire, mais lui redonne son caractère toujours renaissant et intempestif. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 septembre 2014

Biennale : faire le point, reprendre le pas

Qu'est-ce qui, davantage qu'au théâtre bavard et au cirque virtuose, émeut donc toujours avec la danse ? Sa fragilité, sa fulgurance sans doute. Et, surtout, sa façon d'évoluer, d'éclore dans le pré-symbolique, le pré-verbal, sa façon de renaître toujours à nouveau, de recommencer comme si rien n'avait été réellement fait ni gagné... Chaque danse est, potentiellement, une naissance. « La danse n'entre pas dans le passé. Elle appartient toute entière au jadis. Elle sort. Elle est sortie de jadis n'arrivant nulle part. Elle ne veut ni passé ni visage ni mère ni langue ni société. Elle reste dans l'effroi, elle persiste dans le pur changement d'état. Elle n'avance pas : elle sort» écrit Pascal Quignard dans L'Origine de la danse. Son spectateur idéal ne doit donc s'attendre ni à ce qu'elle lui raconte une "histoire", ni à ce qu'elle ressemble à une autre danse. Ni même, parfois, à de la danse ! Pour renaître de ses propres cendres empesées, la danse, à plusieurs reprises, s'est rapprochée des arts plastiques et de son esprit performatif (c'est-à-dire contestataire, proche de l'improvisation, libéré des contraintes techniques et

Continuer à lire

Une Biennale sous perfs

SCENES | La seizième Biennale de la danse, toujours aussi prolifique et hétéroclite, se place cette année sous le signe de la performance et de ses avatars contemporains. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 juin 2014

Une Biennale sous perfs

Pour sa deuxième Biennale, Dominique Hervieu enfonce le clou de ses convictions et de sa sensibilité. Si sa programmation, comme celle de son prédécesseur Guy Darmet, s'ouvre à tous les styles de danse contemporaine (du hip hop avec l'incontournable Mourad Merzouki au néoclassique en passant par le flamenco avec Rocío Molina et quelques chorégraphes inclassables), elle s'enrichit d'un nombre de créations plus important (comme cette Carmen selon Dada Masilo) et, surtout, se teinte de deux ensembles thématiques : le cirque contemporain et la performance. Si le premier, notamment représenté par James Thierée et la Compagnie XY, est aujourd'hui une quasi porte enfoncée, la réflexion annoncée sur l'actualité de la seconde promet d'être beaucoup plus stimulante ! Le fil rouge tissé par Dominique Hervieu

Continuer à lire

Cendrillon

SCENES | Pour Cendrillon, sa première création en 1985 avec le ballet de Lyon, Maguy Marin ne ménage ni ses interprètes ni les fondements de la danse classique. La (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 20 décembre 2012

Cendrillon

Pour Cendrillon, sa première création en 1985 avec le ballet de Lyon, Maguy Marin ne ménage ni ses interprètes ni les fondements de la danse classique. La célèbre pièce de répertoire est transposée ici dans un univers de jouets, de pantins maladroits, de pantomime où le féerique et la naïveté le disputent à la cruauté et aux angoisses infantiles. Cendrillon est un peu godiche en esquissant ses entrechats et en se raccrochant à son balai ; son prince est un peu fade et fat dans ses mouvements aux raideurs de soldat de plomb. Maguy Marin a distillé tellement d'obstacles et de difficultés dans sa pièce que celle-ci exige paradoxalement une technique ultra-maîtrisée. Sa critique discrète de la société de consommation (ici représentée par un grand décor de magasin de jouets) et ses moqueries humoristiques vis-à-vis des mythes classiques n'ont jamais empêché le spectacle d’enthousiasmer le public, petits et grands ensemble. La musique de Prokofiev, jouée par l'orchestre de l'Opéra en direct, y est certainement aussi pour quelque chose. Jean-Emmanuel Denave Cendrillonà l'Opéra jusqu'au mardi 1er

Continuer à lire

Pour le meilleur et pour le pire

SCENES | La deuxième semaine de la Biennale de la danse peut se résumer à ces quelques mots : une immense déception, un ovni sur-vitaminé et… Galvan ! Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 24 septembre 2012

Pour le meilleur et pour le pire

C’est peu dire que nous avons été déçus par la nouvelle création de Maguy Marin. Une vraie gueule de bois. Une artiste méconnaissable. Ses Nocturnes pour six danseurs reprennent la scénographie de ses deux dernières chorégraphies, Salves et Faces : une alternance d’instants éclairés et de fondus au noir, une succession d’images-corps arrachées à l’obscurité. Mais ici nulle tension, nulle résistance, nul affect, nulle élaboration dramaturgique, seulement des images éparses et fades, évoquant ici et là l’actualité internationale ou le passé et les racines de Maguy Marin. Voire des images d’Epinal : une sorte de berger méditerranéen mangeant une grappe de raisin sur une pierre, une prostituée hélant le client en allemand et forcément issue de Hambourg, deux jeunes filles minaudant dans le cadre d’une soirée pyjama, une ballade insipide à la guitare pour nuit au coin du feu… Pire, la chorégraphe s’englue dans des coups de gueule faciles ou même douteux sur l’Europe avec les méchants Allemands et les gentils Grecs par exemple. Sur le devant de scène, elle a placé deux tourne-disques avec des 33 tours rayés, tout un symbole ! Galvan

Continuer à lire

Biennale de la danse, mode tri sélectif

SCENES | Une grande dame «Je travaille toujours sur les mêmes choses : la mémoire, le vivre ensemble, la question de l’Histoire aussi, de ce qu’on nous a (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 7 septembre 2012

Biennale de la danse, mode tri sélectif

Une grande dame «Je travaille toujours sur les mêmes choses : la mémoire, le vivre ensemble, la question de l’Histoire aussi, de ce qu’on nous a transmis, de ce qu’on va nous transmettre», déclare Maguy Marin en préliminaire de sa prochaine pièce au contenu, comme d’habitude, soigneusement tenu secret. Soyons francs : tous les deux ans, pour nous, il y a à Lyon deux événements : la Biennale de la danse ET la nouvelle création de la chorégraphe. Umwelt, Turba, Salves sont les trois dernières gifles artistiques reçues faisant encore circuler notre sang critique et notre goût des corps, des mots (il y a souvent des bribes de textes chez Maguy Marin) et de la musique (signée par le fidèle et talentueux Denis Mariotte) servis sur un plateau par une mise en scène aussi tendue que précise. En plus de sa création présentée au TNP du 19 au 25 septembre, Maguy Marin connaît une actualité richissime : la sortie ce mois-ci d’un ouvrage de Sabine Prokhoris sur son travail (Le Fil d’Ulysse – Retour sur Maguy marin, éditions Les Presses du réel), une journée-rencontre autour de ce livre au Café Danse le samedi 15 septembre

Continuer à lire

Une Biennale de la danse 2012 très ouverte

SCENES | 15e Biennale de la danse et première biennale sans Guy Darmet, son fondateur, mais sous la houlette de Dominique Hervieu. Pour son premier opus très attendu, la chorégraphe a mis l'accent sur la création (une vingtaine environ) et poursuit par ailleurs l'esprit d'ouverture défini par son prédécesseur. Jean-Emmanuel Denave

Christophe Chabert | Mardi 10 avril 2012

Une Biennale de la danse 2012 très ouverte

En septembre, sur une période plus resserrée, la 15e Biennale de la danse proposera un panel large de «toutes» les danses : du hip-hop de la Cie Käfig ou de Mortal Combat au néoclassicisme de Jiri Kylian (reprise de One of a kind par le Ballet de l'Opéra), en passant par le buto japonais (Ushio Amagatsu de la célèbre Cie Sankai Juku créera une nouvelle pièce à l'Opéra), les danses balinaises de la Troupe des artistes de Sebatu s'inspirant d'Antonin Artaud, les chorégraphies très plasticiennes de Rachid Ouramdane, la danse engagée et survitaminée de la sud-africaine Robyn Orlin, le flamenco puissant et radical du génial Israel Galvan, un spectacle du Ballet Preljocaj s'inspirant d'un écrit de Laurent Mauvignier, un solo concocté par le sulfureux Jan Fabre ou l'imagerie baroque de Philippe Decouflé... Comme à l'accoutumée et pour

Continuer à lire

La danse, de Lyon à Cuba

SCENES | Commençons notre tour d'horizon dansé par un chorégraphe lyonnais, Denis Plassard dont nous avions redécouvert il y a deux ans la superbe adaptation du (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 21 décembre 2011

La danse, de Lyon à Cuba

Commençons notre tour d'horizon dansé par un chorégraphe lyonnais, Denis Plassard dont nous avions redécouvert il y a deux ans la superbe adaptation du Terrier de Kafka. Sa prochaine création, Encore quelques illusions (les 26 et 27 janvier au Théâtre de Vénissieux, le 15 mars au Théâtre Astrée dans le cadre du festival Chaos Danse), jouera avec les codes, les techniques et l'esthétique des spectacles de magie. Autre Lyonnais à suivre : le tout nouveau directeur du CCN de Rillieux-la-Pape, Yuval Pick, s'essaiera (ainsi que les chorégraphes Maud Le Pladec et Andros Zins-Browne) à une création sur l'une des œuvres du compositeur américain contemporain David Lang (Aire de jeu aux Subsistances du 2 au 7 février). Maguy Marin quant à elle reprend sa pièce fulgurante et plongée quasi continuellement dans l'obscurité, Salves, du 3 au 5 avril au Toboggan. Du côté de la Maison de la danse, on notera la première venue à Lyon de deux grandes compagnies contemporaines d'outre Atlantique : le Cedar Lake Contemporary Ballet de New York (du 31 janvier au 5 février) avec une pièce du turbulent Hofesh Schechter et une autre de Crystal Pite, et le Danza Contemp

Continuer à lire

Maguy Marin, Création avec le ballet

SCENES | Maguy Marin n’avait pas travaillé avec le ballet de l’opéra depuis 1993 et Coppélia. Sa nouvelle création, composée avec le musicien Denis Mariotte, ne comporte (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 31 août 2011

Maguy Marin, Création avec le ballet

Maguy Marin n’avait pas travaillé avec le ballet de l’opéra depuis 1993 et Coppélia. Sa nouvelle création, composée avec le musicien Denis Mariotte, ne comporte pas encore de titre et reste un secret bien gardé. La chorégraphe n’en confie que les grandes lignes : une pièce chorale interprétée par la totalité des danseurs du ballet (une trentaine), inspirée de lectures de philosophes (Michel Foucault, Elias Canetti, Bernard Stiegler…), articulée autour des possibilités de liberté et d’autonomie de l’individu inclus dans une «masse». Une pièce choc sans doute encore, à l’instar de son dernier opus fracassant, Salves, repris au Toboggan du 3 au 5 avril. Du 14 au 18 septembre à l’Opéra.

Continuer à lire

L'éclair me dure

SCENES | Pour sa dernière création à la tête du CCN de Rillieux-la-Pape, Maguy Marin a frappé un grand coup avec "Salves". Une œuvre brisée pour un monde qui ne l'est pas moins, avec un fond d'espérances... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 4 février 2011

L'éclair me dure

Depuis Umwelt et, surtout, Turba en 2007, Maguy Marin compose des «tableaux», des «images» (visuelles, tactiles, kinésthésiques, auditives...) proches du théâtre de François Tanguy. «Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu avant de renvoyer les images», disait Cocteau, et, si la chorégraphe se veut ostensiblement un miroir de notre société en crise et en grande difficulté, ses images s'avèrent particulièrement réfléchies : réfléchies dans leur précision scénique époustouflante, réfléchies quant aux enjeux et aux questions politiques et existentiels qu'elles soulèvent. Salves, sa dernière création présentée lors de la Biennale de la Danse 2010, est une suite d'images jusqu'au boutiste, une suite de flashs arrachés à l'obscurité, une pellicule cinématographique criblée, brûlée. «Une pièce de lueurs, d'échos, de flammes brèves, qui surgissent et disparaissent, qui se transmettent à travers des gestes que l'on dirait clandestins, comme si toujours quelque chose pouvait renaître de l'obscurité, révélant une perception du réel, parfois drôle jusqu'à l'absurde ou au grotesque», écrit Maguy Marin. La situation est tell

Continuer à lire

«Je pars sans regret»

SCENES | Entretien / La chorégraphe Maguy Marin, directrice du Centre chorégraphe national (CCN) de Rillieux-la-Pape quittera ses fonctions à l’été 2011. Elle nous explique les raisons de ce choix. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 10 mai 2010

«Je pars sans regret»

Petit Bulletin : Avant d’évoquer votre départ, pouvez-vous revenir sur les raisons qui vous ont poussée à accepter la direction du Centre chorégraphe national (CCN) de Rillieux-la-Pape en 1998 ?Maguy Marin : Avant de m’installer à Rillieux, j’avais envie de m’inscrire sur un territoire et d’être proche de la population. À Rillieux, il y avait une volonté politique forte d’installer des artistes dans la ville. Après des années de créations, je voulais travailler en lien avec les écoles, avec les habitants… La proximité avec les scolaires me semblait très importante. Mon installation était en quelque sorte le résultat d’un long cheminement. Pourquoi quittez-vous la direction du CCN ?Je suis à Rillieux depuis douze ans. Avant, je dirigeais le CCN de Créteil... Aujourd’hui, j’ai envie de créer en dehors de mes fonctions de directeur d’un CCN. Ensuite, je pense que le CCN de Rillieux existera réellement en tant que structure quand il ne sera plus attaché à un seul nom. Et, si j’ai eu beaucoup de plaisir à être à Rillieux, cela m’a demandé également une présence très suivie. J’ai envie de retrouver un autre temps de travail. On a pu lire que vous souhai

Continuer à lire

Reprise électrique

SCENES | Danse / Maguy Marin reprend au Toboggan sa pièce choc et géniale, Umwelt. Soit une heure en apnée parmi des éclats de vie quotidienne, fragments sinistres ou lumineux en mouvement permanent. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 13 mars 2009

Reprise électrique

Une brève apparition puis une sortie en coulisses, un court instant passé entre deux miroirs, la buée d’un reflet vite effacée… Autant de définitions possibles de l’existence humaine. Une vie absurde, nauséeuse et qui soulève le cœur dans sa version Schopenhauer, Cioran ou Céline. Une vie pleine de possibilités, infiniment ouverte, débordant d’instants éternels en eux-mêmes, dans sa version Henry Miller, Lawrence ou Gilles Deleuze. Entre ces deux «facettes», la chorégraphe Maguy Marin ne tranche pas, mais les rassemble et les emporte dans un même souffle vacillant… La violence et l’amour, la cruauté et la tendresse, l'abjection et la beauté, la tristesse et la joie. Créée le 30 novembre 2004 au Toboggan, Umwelt est une pièce sous très haute tension, épuisant les possibles, allant jusqu’au bout du rouleau comme on dit. «Pour cette création, je suis, comme souvent, partie de Beckett et de l’idée d’épuisement, de dépouillement, d’épure. Umwelt signifie «milieu environnant» en allemand, et je me suis aussi appuyée sur la lecture de l’éthologue allemand Jakob von Uexküll, Mondes animaux et monde humain. J’ai travaillé en étroite collaboration avec mes interprètes, en essayant de sortir

Continuer à lire

Morts de rire ?

ECRANS | Danse / La lecture de Beckett irrigue et traverse l'ensemble des créations de Maguy Marin. En 1980, la chorégraphe inventait en une heure, fulgurante, le (...)

Christophe Chabert | Mercredi 20 décembre 2006

Morts de rire ?

Danse / La lecture de Beckett irrigue et traverse l'ensemble des créations de Maguy Marin. En 1980, la chorégraphe inventait en une heure, fulgurante, le projet May B, de but en blanc inspiré des personnages et des œuvres de Beckett. Aux confins du théâtre et de la danse, May B donne corps à une sidérante parade de loqueteux cherchant en eux-mêmes, dans la poussière et l'obscurité, quelque ersatz d'humanité et d'espoir métaphysique. Considéré à juste titre comme un chef-d'œuvre, cette pièce a été dansée plus de 500 fois dans le monde entier et le sera une fois de plus au Toboggan cette semaine. Parallèlement, la chorégraphe présente une de ses dernières créations, Ha ! Ha !, malicieusement annoncée comme une «étude sur le rire». C'est en réalité une étude, ô combien caustique et acerbe, sur notre époque surfant sur ses angoisses et ses tragédies à grands coups de blagues à Toto, à Belges et à blondes. Ha ! Ha ! s'avère de loin la pièce la plus âpre de Maguy Marin, et les amateurs de pirouettes et d'entrechats passeront leur chemin. Une grande part de son intérêt réside dans la mise sous tension quasi insoutenable de la scène : pantins patibulaires assis de dos comme un double parod

Continuer à lire