Une Biennale de la danse 2012 très ouverte

SCENES | 15e Biennale de la danse et première biennale sans Guy Darmet, son fondateur, mais sous la houlette de Dominique Hervieu. Pour son premier opus très attendu, la chorégraphe a mis l'accent sur la création (une vingtaine environ) et poursuit par ailleurs l'esprit d'ouverture défini par son prédécesseur. Jean-Emmanuel Denave

Christophe Chabert | Mardi 10 avril 2012

Photo : Israel Galvan


En septembre, sur une période plus resserrée, la 15e Biennale de la danse proposera un panel large de «toutes» les danses : du hip-hop de la Cie Käfig ou de Mortal Combat au néoclassicisme de Jiri Kylian (reprise de One of a kind par le Ballet de l'Opéra), en passant par le buto japonais (Ushio Amagatsu de la célèbre Cie Sankai Juku créera une nouvelle pièce à l'Opéra), les danses balinaises de la Troupe des artistes de Sebatu s'inspirant d'Antonin Artaud, les chorégraphies très plasticiennes de Rachid Ouramdane, la danse engagée et survitaminée de la sud-africaine Robyn Orlin, le flamenco puissant et radical du génial Israel Galvan, un spectacle du Ballet Preljocaj s'inspirant d'un écrit de Laurent Mauvignier, un solo concocté par le sulfureux Jan Fabre ou l'imagerie baroque de Philippe Decouflé... Comme à l'accoutumée et pour notre plus grande joie artistique, on retrouvera Maguy Marin pour une nouvelle création avec sa compagnie, après l'époustouflant Salves qui avait été l'événement marquant de la Biennale 2010.

Retours et surprises

Retour aussi à Lyon de quelques figures connues sur les scènes locales pour des créations : David Bobée qui avait présenté aux Subsistances un Hamlet énergique et juvénile et présentera pour la Biennale une adaptation de Roméo et Juliette, le canadien foutraque et intuitif Dave St-Pierre qui avait propulsé des danseurs nus parmi le public de la Maison de la danse, la chorégraphe Julie Desprairie qui avait fait danser joyeusement  le quartier des Gratte-Ciel à Villeurbanne lors d'une précédente édition de la Biennale et qui investira cette fois-ci le bâtiment de l'Opéra... Plus original et inattendu, Dominique Hervieu a invité le duo déluré et dérangeant Cecilia Bengolea et François Chaignaud, la très jeune chorégraphe sud-africaine Dada Masilo pour une version iconoclaste du Lac des cygnes, les magiciens Raphaël Navarro et Clément Debailleul, ou encore Patrice Chéreau pour une lecture du Journal de Nijinski. La ligne artistique semble donc globalement inchangée, géographiquement attirée par l'Asie, avec ici et là quelques surprises, prises de risque et touches personnelles propres à Dominique Hervieu, la nouvelle directrice de la Maison de la danse et de la Biennale.

15e Biennale de la danse
Du jeudi 13 au dimanche 30 septembre

 

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Maguy Marin, remontages et reprises

Danse Contemporaine | Le philosophe Walter Benjamin pensait que l’Histoire ne se lit pas une seule fois de manière chronologique, mais qu’elle est chaque fois le fruit d’un (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 9 septembre 2021

Maguy Marin, remontages et reprises

Le philosophe Walter Benjamin pensait que l’Histoire ne se lit pas une seule fois de manière chronologique, mais qu’elle est chaque fois le fruit d’un montage ou d’un remontage entre deux événements, deux citations, deux images… C’est en suivant cette idée que la chorégraphe Maguy Marin s’est plongée récemment dans la Guerre du Péloponnèse pour sa dernière création au Festival d’Avignon 2021, Y aller voir de plus près. On est impatients que cette pièce passe à Lyon et, en attendant, la chorégraphe reprendra à la Maison de la Danse l’une de ses pièces les plus puissantes et bouleversantes, Umwelt datant de 2004. Sous un souffle d’air continu et le flux d’une guitare électrique, les danseurs viennent exécuter de courtes actions (manger, crier, s’aimer, se battre…) au milieu de rangées de souples miroirs… Soit une représentation mi-comique, mi-tragique, de la vie quotidienne avec ce qu’elle peut avoir de plus beau et de plus laid. Par ailleurs, David Mambouch (fils de

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Lyon : les Ateliers de la Danse seront adossés au groupe scolaire Kennedy

Danse | L'opposition a grincé après l'annonce de l'abandon du projet d'Ateliers de le Danse dans l'ancien Musée Guimet. Ateliers qui seront relocalisés dans le 8e, sur le site du groupe scolaire Kennedy, tout proche de la Maison de la Danse. Une décision qui impacte par ricochet l'avenir du Musée Guimet mais aussi de l'ancienne ENSBA.

Sébastien Broquet | Mardi 20 octobre 2020

Lyon : les Ateliers de la Danse seront adossés au groupe scolaire Kennedy

L'annonce a bousculé et montré que les Verts et leurs alliés n'hésiteraient pas à aller à l'encontre des habitudes prises sous le règne Collomb et que les caciques de la culture lyonnaise devraient remettre leur trône en jeu : ainsi Dominique Hervieu, directrice de la Maison de la Danse, maîtresse de cérémonie de la Biennale de la Danse, l'incontournable pivot de tout ce qui touche à l'art chorégraphique dans la cité — et ce, avec un talent indéniable. Mais la voici challengée, de nouveau : son projet de Maison de la Danse à Confluence avait déjà été retoqué — non pas par les politiques locaux emmenés alors par Georges Képénékian et Gérard Collomb, qui défendaient le projet, puisque c'est le Ministère de la Culture qui avait refusé de suivre financièrement comme nous l'avait expliqué en juin dernier Georges Képénékian pendant la campagne élector

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Les Ateliers de la Danse n'iront pas à Guimet

Danse | Grégory Doucet et Nathalie Perrin-Gilbert retoquent le projet d'installer des Ateliers de la Danse dans l'ancien musée Guimet — trop coûteux — sans pour autant remettre en question le concept de Dominique Hervieu en lui-même, qui sera installé (probablement) dans le 8e arrondissement.

Sébastien Broquet | Mardi 6 octobre 2020

Les Ateliers de la Danse n'iront pas à Guimet

C'était l'un des projets phares lancés par la précédente mandature sous Gérard Collomb, et ce chantier ne verra jamais le jour dans sa forme initiale : les Ateliers de la Danse, imaginés par la directrice de la Maison de la Danse Dominique Hervieu au sein de l'ancien Musée Guimet (Lyon 6e), fermé depuis 2007, ont été retoqués par la nouvelle municipalité. En cause : le coût, principalement. Qui ne correspond pas aux chiffres annoncés en conseil municipal. Si le montant initial était envisagé autour de 5M€ en 2015, il a vite grimpé à 31M€ en 2020. Et Nathalie Perrin-Gilbert, la nouvelle adjointe à la Culture, a découvert à son arrivée en poste que ces Ateliers de la Danse coûteraient en réalité 40M€ à la collectivité. Pour un projet que certains dans les couloirs de la mairi

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Les dix rendez-vous qui vont vous faire valser

Danse | Festivals installés comme Sens Dessus Dessous ou le Moi de la Danse, chorégraphes stars tels Christian Rizzo ou Merce Cunningham, découvertes potentielles : voici les dix dates que les amateurs de danse se doivent de cocher de suite sur leur agenda.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 septembre 2019

Les dix rendez-vous qui vont vous faire valser

Spirituelle La grande chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker tisse toujours des liens singulièrement étroits entre la musique et ses chorégraphies : qu'il s'agisse de musique classique (Beethoven, Mahler...) ou plus contemporaine (Joan Baez, Steve Reich...). Créée en 2005 avec Salva Sanchis, sa pièce A Love Supreme explore l'album éponyme de John Coltrane, album mythique du Free Jazz. Chaque danseur est associé à un instrument du quatuor de Coltrane, et l'écriture précise de De Keersmaeker s'octroie ici une part de liberté et d'improvisation (à l'instar du jazz). Douze ans après, en 2017, la pièce est recréée avec quatre nouveaux interprètes et leurs nouvelles sensibilités. A Love Supreme À la Maison de la Danse du 1er au 3 octobre Technique Les pièces de Merce Cunningham sont d'une difficulté technique rare, et le Ballet de l'Opéra en compte déjà plusieurs à son répertoire. Cet automne, le Ballet présentera deux pièces du maître new-yorkais, créées à vingt ans d'intervalle : Exchange (1978) et Scenario

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Salut la compagnie ! : "Maguy Marin : l'urgence d'agir"

Documentaire | De David Mambouch (Fr, 1h48) avec Maguy Marin…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Salut la compagnie ! :

Prenant l’emblématique pièce May B. comme fil rouge, David Mambouch retrace le parcours de Maguy Marin en sa compagnie et celle des membres… de sa compagnie. Un regard intime et familial embrassant près d’un demi-siècle d’une aventure chorégraphique particulière… Cela fait près de quarante ans que David Mambouch suit au plus près le travail de la chorégraphe Maguy Marin, dans les coulisses et en bord, voire sur scène. Et pour cause : il est son fils. C’est donc de l’intérieur qu’il peut témoigner de la progressive construction d’une œuvre, dans sa cohérence et son intégrité morale (en résonance avec des enjeux sociaux et des problématiques historiques, économiques ou humanistes), mais aussi de ses nécessaires évolutions artistiques — comme l’introduction de la parole, le glissement vers la “non-danse“, rendant plus intelligible encore le propos ou le message politique sous-tendant chacune de ses créations. Portrait collectif d’une femme de troupe indissociable de ses compagnons de route, mettant en avant un goût viscéral pour la transmi

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Le moi et son double

Danse | Débuté la semaine passée, le festival Moi de la Danse se poursuit aux Subsistances avec les spectacles de Thomas Hauert et de Jan Fabre, puis avec le nouveau solo prometteur de Mark Tompkins, Stayin Alive.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 29 janvier 2019

Le moi et son double

Chorégraphes reconnus, le Flamand Jan Fabre et l'Américain Mark Tompkins (qui vit en France) partagent sans doute peu de choses artistiquement, si ce n'est un certain goût pour la théâtralité et la transgression des codes esthétiques. Ils présenteront tous deux un solo sous forme de dialogue entre un "moi" et son double. Attends, attends, attends... de Jan Fabre suit notamment le fil d'un échange imaginaire entre un fils et son père, dans une traversée des générations, de temporalités différentes et... de la mort. De la mort et du vieillissement, il sera question aussi dans Stayin Alive de Mark Tompkins, dialogue métaphysique et ironique avec lui-même. Rester vivant, rester debout Découvert aux Subsistances il y a plusieurs années avec Animal ou Song and dance, Mark Tompkins est un chorégraphe atypique, inclassable, travaillant aux confins des musiques disco et pop (dont il compose certains morceaux lui-même), de la danse-contact de Steve Pa

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Minuscules majuscules au Musée des Confluences

Cabinet de Curiosités | On les mange, on les adule ou on les redoute : les coléoptères sont aussi peu visibles qu'omniprésents sur terre. Le Musée des Confluences leur consacre une petite et passionnante exposition transdiciplinaire.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 14 janvier 2019

Minuscules majuscules au Musée des Confluences

La nouvelle exposition du Musée des Confluences, Coléoptères, insectes extraordinaires, s'inscrit au cœur même de la politique générale du musée : entrecroiser les sciences dures, les sciences humaines (l'ethnologie notamment), et les arts, autour d'un même "objet". Ici, l'objet en question est un insecte qui dispose d'une paire d'élytres (ailes dures recouvrant les ailes membraneuses qui lui servent à voler), dont on date l'apparition à moins de 250 millions d'années, et dont on recense, de manière non exhaustive, sur tous les continents (hormis l'Antarctique), quelque 387 000 espèces ! Les plus connus des coléoptères se nomment couramment coccinelle, doryphore, scarabée, luciole, hanneton... Le plus petit passe par le chas d'une aiguille et le plus imposant a l'envergure d'une main. Mille fois son poids Modeste dans ses dimensions (il s'agit d'une exposition de poche sur 175 m²), l'exposition se décline en quatre temps : des capacités étonnantes de certains coléoptères jusqu'à une terrible et magnifique vanité de l'artiste flamand Jan Fabre (un crâne recouvert d'élytres "m

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Les modernes et les contemporains

Panorama Danse | Deux festivals et quelques grandes figures de la danse contemporaine (Cunningham, Trisha Brown, Jiří Kylián, Hofesh Shechter) donneront le tempo d'un premier semestre chorégraphique alléchant.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 janvier 2019

Les modernes et les contemporains

Deux festivals... Depuis quatre ans, deux festivals de danse structurent les débuts d'année chorégraphique à Lyon. Le Moi de la Danse aux Subsistances (du 23 janvier au 10 février) invite plusieurs artistes à explorer et à rouvrir la notion d'identité à travers leurs spectacles. Pour cette quatrième édition, nous aurons la joie de retrouver Mark Tompkins avec son solo intimiste auto-fictionnel sur des tubes disco et pop, Stayin Alive ; Jan Fabre chorégraphiant le dialogue imaginaire d'un fils et de son père dans Attends, attends, attends... (pour mon père) ; et le fabuleux (fabuleux pour ses recherches de mouvements des plus singuliers et décalés, expérimentateur en diable) chorégraphe suisse Thomas Hauert qui fêtera les vingt ans de sa compagnie ZOO avec How to proceed, une pièce pour huit danseurs. À la Maison de la Danse, le festival Sens Dessus Dessous (du 4 mars au 9 avril) sondera les nouvelles tendances chorégraphiques (le gr

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Coup de balai

Danse | Une danseuse de Ballet (de l'Opéra de Lyon) qui passe le balai (à l'Opéra), et c'est toute une métaphore ironique que met en scène la chorégraphe Maguy Marin dans (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 16 octobre 2018

Coup de balai

Une danseuse de Ballet (de l'Opéra de Lyon) qui passe le balai (à l'Opéra), et c'est toute une métaphore ironique que met en scène la chorégraphe Maguy Marin dans Cendrillon. Ici, les rêveries de princesse et de prince, sur fond musical de Prokofiev, reviennent littéralement aux cendres de l'enfance : et c'est très logiquement que Maguy Marin revisite Cendrillon en installant sa chorégraphie dans un décor de magasin de jouets un peu poussiéreux, peuplé de "soldats de bois" (le prince par exemple), de poupées, de pantins, tous aussi maladroits qu'un enfant sans formation se lançant dans un pas de deux. Cette pièce créée en 1985 (et fruit d'une commande de l'Opéra de Lyon), bourrée de grotesque grinçant et d'une critique à peine voilée de la société de consommation, est paradoxalement devenue un tube de la danse contemporaine ! Et ne cesse, de saison en saison, d'être reprise au programme du Ballet de l'Opéra... au grand dam sans doute de ses danseurs étriqués et étouffés dans de pesants costumes. Pour celles et ceux qui ne l'aura

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"Ligne de Crête" : la colère étouffante de Maguy Marin

Biennale de la Danse | Bam ! Maguy Marin nous donne une grosse claque au TNP. Mais pour nous réveiller ou pour nous assommer ?

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 13 septembre 2018

Imaginez un remake contemporain des Temps modernes de Chaplin tourné par Michael Haneke, et vous obtiendrez, peu ou prou, la nouvelle création de Maguy Marin présentée à la Biennale de la Danse. Soit (comme chez Haneke) un véritable piège à spectateur où, sous les coups de butoir du son très amplifié d'une photocopieuse, six interprètes cheminent mécaniquement sur un plateau représentant un open space. Chacun vient, en entrées et sorties de scène répétitives, déposer dans son propre bureau quelques objets. Des objets d'abord raccords avec la situation (des stylos, un encas pour la pause déjeuner, une lampe...), puis des objets de plus en plus incongrus (vêtements, paire de skis, puzzle, perruques...). Et cela continue ainsi, pendant une heure, jusqu'à saturation et au syndrome de Diogène (maladie de l'entassement), sans interruption ni changement, si ce n'est quelques bugs furtifs des danseurs sur leurs trajets, ou quelques spasmes préfigurant un burn out. Leçon d

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La fièvre chorégraphique lyonnaise

Biennale de la Danse | Festival international reconnu, la Biennale de la Danse s’inscrit aussi dans un dispositif lyonnais voué à la danse contemporaine en pleine ébullition. Retour sur ce contexte stimulant, et sur les grands axes de l’édition 2018.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 10 septembre 2018

La fièvre chorégraphique lyonnaise

Derrière la (trop ?) haute toque de la gastronomie, Lyon serait-elle en passe de devenir l'une des capitales internationales de la danse, voire La capitale de la danse ? Qu'importe les emblèmes et les titres de gloire direz-vous, mais force est de constater, à chaque Biennale notamment, l'engouement particulier des Lyonnais pour la danse : qu'elle soit populaire avec le défilé qui reprendra cette année son circuit sur la Presqu'île, ou un peu plus "cultivée" dans les salles de spectacle. Bientôt, en 2021, un élément majeur viendra s'ajouter à l'édifice chorégraphique local : les Ateliers de la Danse, dans l'ancien Musée Guimet, qui accueillera des artistes en création sur des temps longs de résidence. C'est donc une véritable (et joyeuse) hydre à plusieurs têtes que dirigera alors Dominique Hervieu : la Maison de la Danse, les Ateliers, la Biennale, le Défilé... sans compter encore la Triennale de Yokohama au Japon (dont elle est directrice artistique, appliquant là-bas le modèle lyonnais) et l'exportation de la Biennale à Saint-Étienne et à Clermont-Ferrand cette année. Ou encore, petite biennale dans la Bie

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Dominique Hervieu : « mon cheval de bataille, c'est la création »

Biennale de la Danse | Directrice de la Maison de la Danse et de la Biennale de Lyon depuis 2011, Dominique Hervieu nous livre sa conception de la danse, de la programmation d'une Biennale, des relations entre les corps et les nouvelles technologies... Et quelques confidences plus personnelles.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 12 septembre 2018

Dominique Hervieu : « mon cheval de bataille, c'est la création »

En tant que spectatrice, quel a été votre premier grand choc chorégraphique ? Dominique Hervieu : C'était la série de performances de Jan Fabre créée dans les années 1980, C'était du théâtre comme c'était à prévoir, présentée au Petit Théâtre de Bastille à Paris. Plus qu'un choc, ce fut même une révolution, pour moi danseuse classique à l'époque. Cette pièce m'a ouverte à la création contemporaine, et j'y ai été sensible aux glissements entre danse et théâtre, danse et arts plastiques. Il y avait dans cette œuvre de Jan Fabre une grande sensibilité, un engagement parfois au bord de l'hystérie, un mélange si singulier entre hyper sobriété et hyper théâtralité. Et le dernier en date ? Il y en a deux. D'abord un solo de Oona Doherty (Lazarus & the Birds of Paradise) où la jeune chorégraphe parvient à nouer ensemble les questions du sens, du corps et du mouvement. Il n'y a pas chez elle de messag

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Peeping Tom et Maguy Marin ouvrent la Biennale

Biennale de la Danse | La Biennale de la Danse débute, mardi prochain, avec deux chocs chorégraphiques : Maguy Marin et Peeping Tom.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 3 septembre 2018

Peeping Tom et Maguy Marin ouvrent la Biennale

« La danse, et par conséquent le théâtre, n'ont pas encore commencé à exister » écrivait en 1948 Antonin Artaud dans le Théâtre de la cruauté. Cette phrase pourrait nous servir de grigri avant de se lancer dans une nouvelle Biennale de la Danse, avec l'espoir, à chaque édition, d'y être bouleversé, chamboulé dans ses repères artistiques, désorienté... Le cru 2018 s'annonce sous les meilleurs auspices, et, surtout, commence fortissimo avec une nouvelle création de Maguy Marin (Ligne de crête), et la venue à Lyon du collectif bruxellois Peeping Tom pour transmettre au Ballet de l'Opéra l'une de ses pièces phares, 32 rue Vanderbranken (rebaptisée 31 rue Vanderbranken pour l'occasion). On connaissait les affinités de Peeping Tom avec le cinéma en général, et celui de David Lynch en particulier, mais cette pièce-ci est inspirée de Kurosawa et de La Ballade de Narayama, où une vieille dame est contrainte de s'isoler dans une montagne. L'exploration de l'intime (par dix-neuf interp

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Une Biennale tonique avec Maguy Marin et Peeping Tom

Biennale de la Danse | La programmation de la prochaine Biennale de la Danse a été dévoilée cette semaine, et réunit, a priori, tous les ingrédients d'une édition réussie : risquée, créative, pluridisciplinaire.

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 10 juin 2018

Une Biennale tonique avec Maguy Marin et Peeping Tom

À deux exceptions japonaises près, la Biennale de la Danse 2018 est une Biennale européenne. Elle s'annonce donc moins exotique qu'à l'accoutumée, mais plus exigeante artistiquement, et plus aventureuse dans ses formes d'expression... L'un des fils rouges de cette édition est celui des liens entre la danse et les images, images issues des nouvelles technologies notamment. Ce fil rouge ira, par exemple, de l'utilisation par Merce Cunningham (1919-2009) du logiciel informatique DanceForms (mouvements et enchaînements générés par ordinateur) pour sa pièce Biped, à des créations s'étayant sur la réalité virtuelle par le chorégraphe suisse Gilles Jobin ou par le poète circassien Yoann Bourgeois (artiste très présent dans cette Biennale avec trois spectacles). 27 créations et premières Parmi les 42 spectacles programmés en salles, on compte 27 créations et premières françaises qui constituent le cœur de cette Biennale et, bien souvent, celui de nos attentes... Maguy Marin cré

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La force politique de la danse de Maguy Marin

Sens Dessus Dessous | Immense danseuse et chorégraphe multi-primée, cette enfant d’exilés du franquisme n'a de cesse de mettre son art au service de la résistance à la violence du monde. Via sa dernière création Deux mille dix sept et la transmission d'une de ses œuvres phare à de jeunes artistes, May B, Maguy Marin est très présente dans les prochaines semaines. Et c'est une chance.

Nadja Pobel | Mardi 20 février 2018

La force politique de la danse de Maguy Marin

Qu'est-ce qui vous pousse à vous remettre au travail et faire une nouvelle création comme Deux mille dix sept, dont la première a eu lieu en octobre à Vandœuvre-les-Nancy ? Maguy Marin : L'état social est assez catastrophique, de plus en plus de gens tentent de survivre, prennent des bateaux pour vivre. Cette situation n'arrête pas de cogner. Et quand je me suis remise au travail, je me suis dit qu'il fallait essayer de se donner du courage. Mon principal objectif est de renvoyer cette violence puisque on a l'impression qu'on est comme abasourdi, assez impuissants devant ce qui se passe, il n'y a pas de mobilisation suffisante. Des gens se battent bien sûr par groupes, associations, il y a parfois des manifs mais au fond on devrait tous se lever et agir. La danse, c'est votre façon de vous lever ? Oui mais c'est bien insuffisant. C'est mon territoire de travail disons ; c'est l'axe que je suis donc c'est à partir de là que j'essaye d'agir. Vous avez beaucoup lu pour créer ce spectacle, le travail a été long, depuis décembre 2016. Vous avez

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Dominique Hervieu : « tant mieux si la danse s’empare des sujets actuels »

Sens Dessus Dessous | La Maison de la Danse se la joue Sens Dessus Dessous comme chaque début de printemps et s’offre un pas de côté régénérant pour voir de la danse autrement. Dominique Hervieu (sa directrice et programmatrice) invite à la curiosité pour (re)découvrir des artistes, souvent radicaux et jusqu’au-boutistes, qui expérimentent autour du mouvement vers de nouveaux territoires artistiques.

Anne Huguet | Mardi 20 février 2018

Dominique Hervieu : « tant mieux si la danse s’empare des sujets actuels »

Comment concevez-vous la programmation de Sens Dessus Dessous ? Dominique Hervieu : Ce qui m’importe ici, c’est de montrer d’autres aspects de la danse. Des œuvres moins fédératrices, à voir sur des jauges réduites (de 300 à 400 places). Ma programmation est bien sûr liée à l’actualité de la création. C’est aussi fonction des artistes que je souhaite accompagner. Je pense à Oona Doherty ou Jann Gallois (artistes associées dans le cadre du Pôle Européen de Création). S’ajoutent à cela les vrais coups de cœur. Comme Nacera Belaza. Elle viendra au Musée des Confluences faire vivre aux visiteurs une expérience assez unique. Il y a dans sa démarche un rapport vraiment contemporain associé à une dimension répétitive, spirituelle et même ethnographique. Les femmes, au cœur de votre programmation ? J’ai souhaité mettre en avant cette nouvelle génération de jeunes femmes chorégraphes (Jann Gallois, Oona Doherty) qui incarne un vrai renouveau féminin dans la création artistique internationale. Souvent issues du mouvement hip-hop, elles s’en éloignent et s’en émanci

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Les immanquables de la saison danse

Sélection | Cinq spectacles pour lesquels la réservation se fait sans hésitation.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 septembre 2017

Les immanquables de la saison danse

Le lynchien : Moeder de Peeping Tom Après Vader ("le père"), la surprenante compagnie flamande Peeping Tom présente Moeder, deuxième volet de la trilogie Père-mère-enfant. Cette nouvelle pièce, toujours très inspirée par l'esthétique cinématographique et le vacillement entre rêve et réalité de David Lynch, nous entraînera dans des lieux aussi différents qu’un service de maternité, un salon funéraire, un musée ou un studio d’enregistrement ! À la Maison de la Danse les 13 et 14 septembre L'associé : East Shadow de Jiří Kylián Le grand chorégraphe tchèque, Jiří Kylián (artiste associé au Ballet de l'Opéra) présente aux Subsistances un duo récent, créé en hommage aux victimes japonaises du tremblement de terre de 2011. Autour d'une table, à l'aube de la vieillesse, deux interprètes tentent de parer au désastre (intime et extime) sur des airs de Schubert et un texte lu de Samuel Beckett (Neither)... Aux Subsistances ​du 27 au 29 septembre Le populaire :

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Nous sommes des rigolos

Ramdam | En 2006, Ha ! Ha ! se découvrait comme un nouvel et très dérangeant ovni dans le parcours déjà si atypique de Maguy Marin. Devant des pupitres de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 février 2017

Nous sommes des rigolos

En 2006, Ha ! Ha ! se découvrait comme un nouvel et très dérangeant ovni dans le parcours déjà si atypique de Maguy Marin. Devant des pupitres de musiciens, sept danseurs assis et vêtus de costumes idoines entonnaient des partitions ininterrompues de blagues pourries, de mots d'humour stéréotypé, entrecoupés de grands éclats de rire... À proximité, dans l'obscurité et la plus grande indifférence, des mannequins de spectateurs à l'échelle 1 s'effondraient à intervalles réguliers. Dix ans plus tard, la chorégraphe reprend cette pièce en se concentrant sur le dispositif des danseurs et en le plaçant face au public, tel un oratorio représentant une soirée entre amis, un repas trop arrosé, un lâchage dans l'intimité de l'entre-nous... Et par là, Maguy Marin fait entendre dans les mots, comme dans la prosodie et le souffle des voix, dans les corps convulsés et secoués de rires, ce que Michel Foucault a appelé : « l'ordre du discours ». Soit tout cet impensé (cette pensée « toute faite

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Jan Fabre, performeur

Villa Gillet | Chorégraphe, plasticien, performeur, metteur en scène, Jan Fabre (né à Anvers en 1958) n'a jamais confondu ces différents médiums mais tenté de pousser chacun (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 29 novembre 2016

Jan Fabre, performeur

Chorégraphe, plasticien, performeur, metteur en scène, Jan Fabre (né à Anvers en 1958) n'a jamais confondu ces différents médiums mais tenté de pousser chacun jusqu'à ses ultimes limites. À Lyon, on a pu découvrir ces dernières années des dessins composés de son sperme ou de son sang, des danseuses évoluant en solos sur de l'huile d'olive ou dans un cercueil... Mais c'est surtout la performance qui, tout au long de sa carrière, a été un terrain majeur d'expérimentations et de provocations pour l'artiste. Et ce dès sa sortie de l'Académie Royale des Beaux Arts d'Anvers à la fin des années 1970 : il s'enferme alors dans une pièce pour la recouvrir entièrement de stylos Bic, peint le drapeau belge sur des coquilles d'escargots dans la vitrine d'un commerce, transforme des billets de banque en avions avant de les brûler... « Quand l'envie est là, confie-t-il dans un entretien à Germano Celant en 2013, quand cette envie de m'interroger d'une manière extrême grandit parfois d

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Grandes fugues : un trio pour un quatuor

Opéra de Lyon | Superbe affiche pour le Ballet de l'Opéra de Lyon qui interprète les trois Grandes Fugues de Maguy Marin, d'Anne Teresa de Keersmaeker et de Lucinda Childs. Cette dernière étant venue tout spécialement à Lyon pour y créer sa pièce.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 novembre 2016

Grandes fugues : un trio pour un quatuor

Maguy Marin, Anne Teresa de Keersmaeker, et maintenant Lucinda Childs... que de succès féminins pour Ludwig Beethoven et sa Grande Fugue, l'une de ses dernières pièces musicales, composée entre 1824 et 1825 ! Les trois grandes dames de la danse ont, chacune dans leurs univers dissemblables, été fascinées par ce quatuor à cordes, controversé à l'époque de sa création et aujourd'hui considéré comme le sommet de l’œuvre de Beethoven. Il y entremêle la puissance d'expression dramatique qu'on lui connaît à une forme de composition des plus complexes : une savante combinaison de sonate, de fugue et de variation, ainsi qu'une structure contrapuntique. Inventant sa danse au plus proche des partitions musicales qu'elle entreprend de travailler, on imagine alors la jubilation d'Anne Teresa de Keersmaeker devant un t

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Jan Fabre en piste

ARTS | L'artiste belge Jan Fabre fait de la danse, des vidéos, des performances, du théâtre, il dessine aussi avec son sang ou avec son sperme... Il ne lui (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 septembre 2016

Jan Fabre en piste

L'artiste belge Jan Fabre fait de la danse, des vidéos, des performances, du théâtre, il dessine aussi avec son sang ou avec son sperme... Il ne lui restait plus qu'à se mettre au sport, au vélo en l'occurrence, pour essayer par exemple de ne pas battre le record du monde de l'heure (celui en tout cas de Merckx établi à Mexico en 1972). L'événement saugrenu aura lieu ce jeudi 29 septembre à 18h au Vélodrome du Parc de la Tête d'Or, en présence d'Eddy Merckx, de Raymond Poulidor et de Daniel Mangeas...

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Chronique d'une Biennale : théories du chaos

Biennale de la Danse | La Biennale de la Danse débute sous de bons auspices : ceux de chorégraphes, comme Galvan, brisant toutes les règles pour toucher à ces forces contradictoires qui nous déchirent intérieurement.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 septembre 2016

Chronique d'une Biennale : théories du chaos

Partons d'une idée simple : pour créer, l'artiste (plasticien, chorégraphe, écrivain...), affronte souvent un chaos de forces contradictoires, un point limite où les images se déchirent, où les corps se disloquent, où les mots s’effritent dans le non sens... Ou, pour le dire avec Georges Bataille, « L'art est moins l'harmonie que le passage (ou le retour) de l'harmonie à la dissonance. » Dans le titre même du dernier spectacle de l'Espagnol Israel Galvan, on perçoit cette dissonance ou cette dislocation : FLA.CO.MEN. Le flamenco (dont il fut un danseur traditionnel surdoué) s'éparpille, se disloque et Galvan, en compagnie de quelques musiciens sur scène, ne cesse d'affronter un certain chaos de sons ou de mouvements, de chercher des points de rupture : avec les codes du flamenco, avec les codes du spectacle vivant, avec l'idée même d'identité d'un soi unifié. Tournis « Galvan, écrit

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Let's dance !

Biennale de la Danse | La Biennale démarre sur les chapeaux de roue cette semaine, avec certains des spectacles que nous vous avons conseillé dans notre dernier numéro. Parmi eux, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 septembre 2016

Let's dance !

La Biennale démarre sur les chapeaux de roue cette semaine, avec certains des spectacles que nous vous avons conseillé dans notre dernier numéro. Parmi eux, s'il n'y en avait qu'un à voir, insistons encore sur cet incroyable "danseur des solitudes" qu'est Israel Galvan, explosant les codes du flamenco pour des solos existentialistes entre grotesque et tragique, sur des musiques improbables. Cette semaine sera riche d'événements parallèles à la Biennale : avec l'ouverture de la passionnante exposition Corps rebelles au musée des Confluences et le remix d'Hervé Robbe de la fameuse pièce de Maurice Béjart, Messe pour le temps présent sur la musique de

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Expositions : ce qui vous attend

De Kandinsky à Matisse | Jan Fabre, Henri Matisse, Vassily Kandinsky : tels seront les ténors de la saison artistique qui s'ouvre cet automne... Avec, en contrepoint, et pour faire crisser un peu les yeux et leur offrir des cheminements plastiques plus aventureux, quelques énergumènes singuliers : Félicien Rops en tête, ou encore Jason Dodge et Jean-Luc Parant.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 septembre 2016

Expositions : ce qui vous attend

Au Mac, la diversité Si le chorégraphe, performeur et plasticien belge Jan Fabre fera figure au Musée d'art contemporain de tête d'affiche avec une rétrospective centrée sur ses performances, deux autres événements lui feront "concurrence", voire de l'ombre : Wall drawings, une exposition internationale consacrée au street art, et Le bonheur de deviner peu à peu dévoilant des œuvres (signées Orlan, Ilya Kabakov, Cai Guo-Qiang...) qui, justement, ont pour caractéristique de ne se dévoiler au visiteur que "peu à peu", gardant une part de mystère... Dans le cadre de ce dernier événement, l'artiste-poète Jean-Luc Parant poursuivra son fascinant "work in progress" Éboulement, entassant dans le musée ses boules de différents formats, avec pour but final d'envahir totalement le MAC ! À partir du 10 mars, le musée enchaînera avec une exposition sur le groupe lyonnais Frigo et une autre sur la scène artistique de Los Angeles. Jan Fabre + Wall drawings + Le bonh

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Un Lion d'or pour Maguy Marin

SCENES | La Biennale de Venise (structure qui regroupe tout à la fois les biennales d'art contemporain, d'architecture, de cinéma, de danse, de musique) a (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 29 avril 2016

Un Lion d'or pour Maguy Marin

La Biennale de Venise (structure qui regroupe tout à la fois les biennales d'art contemporain, d'architecture, de cinéma, de danse, de musique) a décerné un Lion d'or à la chorégraphe lyonnaise Maguy Marin pour « ses recherches sur le corps et l'espace » révélant « la complexité de l'homme contemporain. » À ses côtés, a été aussi récompensé le compositeur de musique italien Salvatore Sciarrino. Deux très très grands artistes !

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L'ombilic du dessin au Musée d'art moderne et contemporain

ARTS | Le Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne propose simultanément cinq nouvelles expositions, toutes passionnantes. La plus troublante d'entre elles, "Intrigantes incertitudes", est consacrée à l’inquiétante étrangeté du dessin contemporain.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 mars 2016

L'ombilic du dessin au Musée d'art moderne et contemporain

Chez les grands artistes classiques, le dessin servait surtout d'esquisse, d'étape intermédiaire de travail... À posteriori, nous sommes déjà touchés par la fragilité des traits et des figures, par le désir naissant et hésitant de l’œuvre à venir. Cette fragilité propre au dessin, les artistes contemporains s'en saisissent souvent pour représenter une incertitude non plus de forme, mais de fond. L'incertitude du médium rejoint l'incertitude même des choses, leur inquiétante étrangeté, notre difficulté à les appréhender de manière claire et distincte. « Même si le dessin est mimétique, comme on dit, écrivait Jacques Derrida, reproductif, figuratif, représentatif, même si le modèle est présentement en face de l'artiste, il faut que le trait procède dans la nuit. Il échappe au champ de la vue. » Lorand Hegyi, directeur du MAMC, a rassemblé une quarantaine d'artistes internationaux pour son exposition consacrée au dessin : « Intrigantes Incertitudes, écrit le commissaire, explore la question du doute et de l’incertain. Le visiteur est invité à parcourir les "royaumes intérieurs" des artistes, peuplés de questions, de fantômes et de rêves, e

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À Dijon, c'est Théâtre en Mai

SCENES | À l’honneur chez nous (Maison de la Danse, Ramdam), Maguy Marin sera aussi la marraine de la manifestation Théâtre en Mai qui se tiendra à (...)

Nadja Pobel | Mercredi 24 février 2016

À Dijon, c'est Théâtre en Mai

À l’honneur chez nous (Maison de la Danse, Ramdam), Maguy Marin sera aussi la marraine de la manifestation Théâtre en Mai qui se tiendra à Dijon du 20 au 29 mai et permettra de découvrir de nouveaux talents comme Mathieu Cruciani, Maëlle Poésy et Julie Duclos. La chorégraphe partagera son expérience avec cette jeune garde prometteuse.

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Maguy Marin : L'archéologue du présent

SCENES | Lignes tendues de nappes de guitare en continu, souffle lourd faisant onduler sur scène une cinquantaine de miroirs qui reflètent l'image du public, entrées (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 2 février 2016

Maguy Marin : L'archéologue du présent

Lignes tendues de nappes de guitare en continu, souffle lourd faisant onduler sur scène une cinquantaine de miroirs qui reflètent l'image du public, entrées et sorties incessantes de neuf interprètes venus un bref instant exécuter un geste de la vie quotidienne... Marcher, se vêtir, s'embrasser, fumer une clope, s'engueuler avec sa moitié, manger une pomme, déplacer une plante d'appartement, jeter un détritus... En archéologue des temps présents, la chorégraphe Maguy Marin fouille le sol de nos vies triviales pour en extraire le suc à la fois banal, poignant et répétitif. Elle enveloppe le tout d'une tension d'une intensité folle, dans une mise en scène millimétrée au timing cut époustouflant. « Dans cette pièce, déclarait-elle au moment de la création, il est question tout simplement de savoir comment un corps affecte ou est affecté par d'autres corps. Et de décliner les variations possibles à partir du corps et de ses capacités, communes à tous ». Créée en 2004, Umwelt signifie en allemand "monde environnant" et le titre de la pièce est emprunté aux écrits de l'éthologue Jacob von Uexküll. Ici, il est donc bien question d

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Rentrée danse 2016 : on the beat

SCENES | Après un bel automne, la saison danse accélère encore le rythme en 2016 et s'ouvre avec le nouveau festival des Subsistances, Le Moi de la Danse, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée danse 2016 : on the beat

Après un bel automne, la saison danse accélère encore le rythme en 2016 et s'ouvre avec le nouveau festival des Subsistances, Le Moi de la Danse, du 14 janvier au 7 février. L'événement questionnera la notion d'identité à travers les œuvres de jeunes chorégraphes : le Lyonnais Alexandre Roccoli, le Portugais Marco Da Silva Ferreira, les inclassables Cecilia Bengolea & François Chaignaud... Maguy Marin viendra aussi y donner une conférence avant de reprendre à Lyon plusieurs de ses pièces : son chef-d'oeuvre May B autour de l'univers de Beckett (du 29 février au 2 mars à la Maison de la Danse), Umwelt (du 3 au 6 février à Ramdam), l'intrigant Singspiele (au TNP du 16 au 24 mars) et sa dernière grande création Bit (au Toboggan les 4 et 5 mars). Du côté des festivals "habituels", on retrouvera Sens Dessus Dessous à la Maison de la Danse du 15 au 19 mars avec une multitude de chorégraphes émergents et une compagnie phare (les Franco-Belges de Peeping Tom qui, avec Vader, nous plongent dans l'ambiance mi-réelle mi-onirique d'une maison de retraite) ; Chaos Danse, consacré à la je

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Saison danse 2015/2016 : morceaux choisis

SCENES | Roland Petit, Merce Cunningham, Saburo Teshigawara, Maguy Marin, Alain Platel... La nouvelle saison danse s'annonce riche en têtes d'affiche. elle réserve aussi bien des projets singuliers et enthousiasmants, comme celui, collectif et ambitieux, de Florence Girardon sur "La Passion selon Saint-Matthieu" de Bach...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 septembre 2015

Saison danse 2015/2016 : morceaux choisis

Landscape / Coup Fatal Le Japonais Saburo Teshigawara danse autant avec la musique qu'avec la lumière, développant une gestuelle singulière, tour à tour poétique ou tranchante et précise comme une lame. Il revient cette saison à Lyon avec une pièce récente, Landscape (2014), un duo sous forme de quasi-improvisation avec la danseuse Rihoko Sato, sur des musiques de Bach (Variations Goldberg) et de John Cage (In a Landscape) interpré- tées sur scène au piano par le touche-à-tout Francesco Tristano – il s'est notamment produit aux côtés du pionnier techno Carl Craig et de l'Orchestre des Siècles à la Villette. Les 22 et 23 septembre à la Maison de la danse Qu'il nous déçoive ou qu'il nous enthousiasme, Alain Platel présente depuis plusieurs décennies des pièces sombres, souvent aux bords de la folie. Coup fatal, crée en 2014 pour le Festival d'Avignon, est un étonnant volte-face du chorégraphe belge qui, sur des musiques baroques se mêlant à des rythmes africains (jouées live par un orchestre d'une quinzaine de musiciens) et avec le concours d'énergiques danseurs congola

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Le Paris de David Bobée

SCENES | J-5 de la première. David Bobée nous ouvre les portes de sa future création. D'emblée Paris séduit par sa scénographie, qui transforme en un tour de (...)

Nadja Pobel | Mardi 9 juin 2015

Le Paris de David Bobée

J-5 de la première. David Bobée nous ouvre les portes de sa future création. D'emblée Paris séduit par sa scénographie, qui transforme en un tour de passe-passe vidéo l'espace de jeu tantôt en studio tantôt en rue. Intérieur/extérieur. Un personnage se balade entre les deux. Son métier ? Éboueur. Ou plutôt, comme il le dit, «chauffeur » de camion poubelle – ses gars, eux, sont des «ripeurs», du nom de la société qui les emploie. Le reste du temps, dans le secret d'un 17 m² d'où il contemple les lueurs de la capitale, il s'invente une autre vie à grands renforts de fringues de marques. Car Parfait, c'est son nom – et celui d'un personnage du roman Mélo de Frédéric Ciriez, dont Bobée adapte ici une partie – est sapeur, ces dandys congolais pour qui l'élégance est affaire de couleurs éclatantes. Á l'heure des répétitions, ce ne sont pas ces scènes-là que l'on verra, mais la Ville Lumière. Peu reluisante, elle défile à toute allure, tandis que de l'autoradio s'échappent des bribes d'un quotidien en pilote automatique, des petites révoltes de Léa Salamé aux logorrhées de Jean-Marie Le Pen. Dans cet espèce de

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L'été selon les Subsistances : viande, pétanque et théâtre

CONNAITRE | Au moment de la sortie en salles du documentaire Steak (R)évolution, dont il est l'un des principaux protagonistes, le boucher Yves-Marie Le Bourdonnec (...)

Benjamin Mialot | Mardi 2 juin 2015

L'été selon les Subsistances : viande, pétanque et théâtre

Au moment de la sortie en salles du documentaire Steak (R)évolution, dont il est l'un des principaux protagonistes, le boucher Yves-Marie Le Bourdonnec nous confiait son désarroi face à l'incapacité de la filière de la viande française à intégrer les enjeux sanitaires et environnementaux actuels dans ses modes de production. Une critique entendue du côté des Subsistances, où se tiendra dimanche 7 juin "Meat me", une opportune journée de réflexion (et de dégustation !) autour de notre rapport à la chair animale animée par nos camarades de Rue89Lyon. Elle donnera au passage le coup d'envoi du traditionnel temps fort estival des Sub', Livraisons d'été, qui courra cette année jusqu'au 27 juin. Entre une partie de pétanque autour d'un éphémère "Bar des sports", un concert du phénoménal beatboxer de rue Dub FX (le 18) et une carte blanche aux jeunes danseurs du CNSMD (25 et 26), on pourra notamment y découvrir le dernier spectacle d'un autre collectif aux dents longues (Les Chiens de Navarre, on vous en reparle le moment venu, soit du 10 au 13) et la tou

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Babel heureuse

SCENES | Á l'initiative de la Maison de la Danse, Babel 8.3 invite des habitants des 8e et 3e arrondissements à se familiariser avec les univers d'une dizaine de chorégraphes. Coup de projecteur sur un projet innovant qui cultive à la fois proximité et excellence. Valentine Martin

Valentine Martin | Mardi 26 mai 2015

Babel heureuse

Dans la mythologie biblique, la tour de Babel était une construction des hommes dont le sommet devait atteindre les cieux. Un projet jugé trop vaniteux par Dieu, qui décida alors de les punir en attribuant à chacun d'entre eux des langages différents. Ainsi les hommes se brouillèrent, avant de se disperser dans le monde. Aujourd'hui, la Maison de la danse tente une réunification, sous la forme d'un grand spectacle orchestré par sa directrice Dominique Hervieu, Babel 8.3, qui a vu 17 groupes d'habitants des 8e et 3e arrondissements apprendre un nouveau langage commun : celui du corps. Cet événement est né d'un désir : celui de mener un travail de proximité avec les habitants de quartiers dit sensibles. Des gens qui, pour certains, n'ont jamais mis les pieds dans cette institution du geste et sont en grande partie des amateurs. En tout, ce sont près de 250 volontaires qui se sont lancés dans cette aventure de longue haleine – débutée en septembre 2014, elle débouche cette semaine sur trois représentations – qui entend concilier haut niveau technique et respect de la diversité des cultures et individualités de chacun.

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La saison 2015/2016 de la Maison de la danse

ACTUS | De New York à Séoul, du conte philosophique à la relecture de ghetto movie, de la rumba au baroque : à la rentrée, la volonté de Dominique Hervieu de présenter la danse sous ses formes les plus variées ne faiblira pas. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Lundi 27 avril 2015

La saison 2015/2016 de la Maison de la danse

Heureux soient ceux qui ont manqué l'arrivée de Maguy Marin à Ramdam, elle sera à l'honneur du prochain "Archipel" de la Maison de la danse. Succédant à Découflé, elle reprendra son chef-d’œuvre May B et Bit, sa création pour la Biennale 2014 (fin février début mars), ainsi que Singspiele, dernier spectacle co-écrit avec David Mambouch qu'elle présente justement à Ramdam cette semaine (mi-mars, au TNP). La saison 2015/2016 de la Maison de la danse sera marquée par trois autres temps forts. D'abord, un mois (novembre) de festivités autour de New York. Jean Lacornerie et les Percussions Claviers de Lyon y reprendront leur remarquable version de la comédie musicale téléphonique Bells Are Ringing, tandis que le CNDC Angers dansera, notamment, un Event (un patchwork de fragments de chorégraphies) du maître post-moderniste Merce Cunningham. Surtout, on y retrouvera Bill T. Jones le temps d'un pur exercice formel autour du Quatuor de Ravel et de La Jeune fille et la mort de Schubert, et le très en vue Kyle Abr

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Maguy Marin refait du Ramdam

SCENES | La compagnie Maguy Marin, le lieu expérimental Ramdam : deux aventures artistiques qui n'en finissent pas de se réinventer et qui, aujourd'hui, s'allient l'une et l'autre pour un nouveau projet atypique nommé "Ramdam, un centre d'art". La reprise du chef-d’œuvre de Maguy Marin "May B" en sera le premier temps fort. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 avril 2015

Maguy Marin refait du Ramdam

La pièce de Samuel Beckett Fin de Partie s'ouvre paradoxalement sur ces mots : «Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir.» La fin, chez l'écrivain irlandais, s'avère être toujours incertaine, improbable ou inatteignable, ouverte en tout cas à d'autres horizons, d'autres fins (au sens de buts) possibles. Ces mots émanent parfois des visages crayeux des danseurs de May B. Ils sont articulés entre deux murmures, entre deux gloussements, entre deux déplacements boiteux, poussifs, cabossés... Créée en 1981, la pièce de Maguy Marin embrasse en une heure et demi l'univers de Beckett. Elle est aussi un condensé de la condition humaine, à travers dix individus largués dans le vide, la poussière et une désespérance teintée d'humour. Dix membres d'un groupe incertain qui tour à tour se referme sur lui-même, tangue, se disloque, puis se rabiboche «tant mal que pis encore.» Depuis plus de trente ans, les gestes infimes, intimes et heurtés de ces dix personnages en quête d'eux-mêmes et d'autrui, bouleversent les spectateurs du monde entier, de tournée en tournée. Imagination morte, imaginez Symboliqueme

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Pierre Cartonnet : le physique du contre-emploi

SCENES | Il y a dix ans, Pierre Cartonnet enfreignait les lois du cirque avec Aurélien Bory. En octobre, il mettait dans sa poche le jury pro du festival de L'Espace Gerson. Cette semaine, il donne la réplique à Béatrice Dalle dans l'éclaboussant "Lucrèce Borgia" de David Bobée. Portrait d'un comédien qui a tant de cordes à son arc qu'il pourrait en jouer comme d'une harpe. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 11 novembre 2014

Pierre Cartonnet : le physique du contre-emploi

Mâchoire carrée (limite cubique), musculature de modèle anatomique, pupilles qui paraissent insoumises aux facteurs de dilatation : Pierre Cartonnet dégage la même sévérité juvénile que les vicieuses petites frappes de Dog Pound. Reste qu'il ne survivrait sans doute pas plus de quelques jours dans un établissement pénitentiaire tel que celui dépeint par le film de Kim Chapiron. Car sous les signes extérieurs de virilité bat le cœur d'un grand sensible. Un cliché ? Certes, mais un cliché flou, le gaillard se mouvant à toute vitesse et dans nombre de directions à la fois. Délit de belle gueule Il fallait le voir, au sortir du tremplin du dernier festival de l'Espace Gerson, admiratif du talent de concurrents qu'il venait pourtant de mettre à l'amende – avec une variation joliment lunaire sur le sketch de l'humoriste foireux – et accueillant les compliments comme on reçoit des remontrances. Sans doute un vieux réflexe : «J'ai eu une adolescence difficile. J'étais en échec scolaire dès la fin du collège et je cherchais une échappatoire. Je pratiquais déjà le cirque en loisir. J'ai appris qu'il existait des formations professionnalisant

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Chronique d'une Biennale 3/3

SCENES | Cette troisième et dernière semaine de Biennale, deux grands chorégraphes n'ont été que l'ombre d'eux-mêmes. Si Maguy Marin, avec "Bit", parvient encore à surprendre, William Forsythe, lui, se regarde danser lors d'une aussi virtuose qu'ennuyeuse "répétition". Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 28 septembre 2014

Chronique d'une Biennale 3/3

Pour résister aux cadences infernales imposées par la société, les artistes de cirque de Mathurin Bolze prenaient la "tangente", traçaient des lignes de fuite inédites. La chorégraphe Maguy Marin, elle, oppose aux scansions techno très entraînantes de Charlie Aubry (qui signe une impressionnante bande son) une farandole volontairement un peu gauche et désuète exécutée, bon an mal an, par six danseurs. Presque une sorte de frise, qui craque parfois, est reprise ailleurs, s'immisce parmi les interstices d'un décor constitué de six grands modules en pente. Plongés dans la pénombre, secoués d'électro ou bien baignés de nappes musicales inquiétantes, les danseurs suivent un fil, celui de leur rythme propre, jusqu'à l'hébétude, la chute, le raté, le choc avec l'autre... Dans Bit (le plus mauvais titre de la carrière de Maguy Marin, qui compte aujourd'hui 49 pièces), danse et musique sont en constant déphasage, mais surtout les danseurs déçoivent les attentes du public, résistent à l'unisson souhaitée. Il y a discordance, disjonction : «Car le réflexe c'est toujours de se mettre au diapason des autres : être discordant demande du courage... La t

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Biennale : faire le point, reprendre le pas

SCENES | En se donnant comme fil rouge la notion de performance, la 16e Biennale de la danse revisite le passé et interroge l'avenir. Un questionnement qui ne réduit pas la danse à son histoire, mais lui redonne son caractère toujours renaissant et intempestif. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 septembre 2014

Biennale : faire le point, reprendre le pas

Qu'est-ce qui, davantage qu'au théâtre bavard et au cirque virtuose, émeut donc toujours avec la danse ? Sa fragilité, sa fulgurance sans doute. Et, surtout, sa façon d'évoluer, d'éclore dans le pré-symbolique, le pré-verbal, sa façon de renaître toujours à nouveau, de recommencer comme si rien n'avait été réellement fait ni gagné... Chaque danse est, potentiellement, une naissance. « La danse n'entre pas dans le passé. Elle appartient toute entière au jadis. Elle sort. Elle est sortie de jadis n'arrivant nulle part. Elle ne veut ni passé ni visage ni mère ni langue ni société. Elle reste dans l'effroi, elle persiste dans le pur changement d'état. Elle n'avance pas : elle sort» écrit Pascal Quignard dans L'Origine de la danse. Son spectateur idéal ne doit donc s'attendre ni à ce qu'elle lui raconte une "histoire", ni à ce qu'elle ressemble à une autre danse. Ni même, parfois, à de la danse ! Pour renaître de ses propres cendres empesées, la danse, à plusieurs reprises, s'est rapprochée des arts plastiques et de son esprit performatif (c'est-à-dire contestataire, proche de l'improvisation, libéré des contraintes techniques et

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«Une démesure géniale !»

SCENES | Figure historique mythique, Lucrèce Borgia fut immortalisée en 1833 par Victor Hugo dans une pièce éponyme. Un incontournable du répertoire auquel se confronte tout l’été le metteur en scène David Bobée, non sans offrir à Béatrice Dalle son premier rôle sur les planches. Nous l’avons rencontré pour en savoir plus sur ce projet très attendu qui verra le jour en plein air, à Grignan, devant la magnifique façade du château. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 26 juin 2014

«Une démesure géniale !»

Pour interpréter Lucrèce Borgia, fille du cardinal espagnol et futur pape Rodrigo Borgia, vous avez fait appel à Béatrice Dalle. Ce choix a-t-il tout de suite été une évidence ?David Bobée : Pour monter Lucrèce Borgia, il me fallait une actrice qui ait le charisme, la séduction et la capacité à fasciner nécessaires au rôle ; et en même temps une part de dangerosité, de monstruosité... J’ai choisi la plus belle et la plus dangereuse. Béatrice, avec ses choix de carrière, de vie et sa personnalité entière, s’est tout de suite imposée. Elle s’essayera là au théâtre pour la première fois...Je choisis de travailler avec des personnes pour ce qu’elles sont, parce que je les aime et que j’ai envie d’offrir au public le regard que je porte sur elles. Je me moque de savoir si elles savent faire ci, si elles ont déjà fait ça... Il n’y a pas de différences pour moi entre donner le rôle de Lucrèce Borgia à Béatrice, qui est actrice de cinéma – donc actrice tout court– et travailler avec des personnes qui viennent de cultures différentes ou de disciplines différentes comme le cirque, la danse, la musique...

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Une Biennale sous perfs

SCENES | La seizième Biennale de la danse, toujours aussi prolifique et hétéroclite, se place cette année sous le signe de la performance et de ses avatars contemporains. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 juin 2014

Une Biennale sous perfs

Pour sa deuxième Biennale, Dominique Hervieu enfonce le clou de ses convictions et de sa sensibilité. Si sa programmation, comme celle de son prédécesseur Guy Darmet, s'ouvre à tous les styles de danse contemporaine (du hip hop avec l'incontournable Mourad Merzouki au néoclassique en passant par le flamenco avec Rocío Molina et quelques chorégraphes inclassables), elle s'enrichit d'un nombre de créations plus important (comme cette Carmen selon Dada Masilo) et, surtout, se teinte de deux ensembles thématiques : le cirque contemporain et la performance. Si le premier, notamment représenté par James Thierée et la Compagnie XY, est aujourd'hui une quasi porte enfoncée, la réflexion annoncée sur l'actualité de la seconde promet d'être beaucoup plus stimulante ! Le fil rouge tissé par Dominique Hervieu

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Cendrillon

SCENES | Pour Cendrillon, sa première création en 1985 avec le ballet de Lyon, Maguy Marin ne ménage ni ses interprètes ni les fondements de la danse classique. La (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 20 décembre 2012

Cendrillon

Pour Cendrillon, sa première création en 1985 avec le ballet de Lyon, Maguy Marin ne ménage ni ses interprètes ni les fondements de la danse classique. La célèbre pièce de répertoire est transposée ici dans un univers de jouets, de pantins maladroits, de pantomime où le féerique et la naïveté le disputent à la cruauté et aux angoisses infantiles. Cendrillon est un peu godiche en esquissant ses entrechats et en se raccrochant à son balai ; son prince est un peu fade et fat dans ses mouvements aux raideurs de soldat de plomb. Maguy Marin a distillé tellement d'obstacles et de difficultés dans sa pièce que celle-ci exige paradoxalement une technique ultra-maîtrisée. Sa critique discrète de la société de consommation (ici représentée par un grand décor de magasin de jouets) et ses moqueries humoristiques vis-à-vis des mythes classiques n'ont jamais empêché le spectacle d’enthousiasmer le public, petits et grands ensemble. La musique de Prokofiev, jouée par l'orchestre de l'Opéra en direct, y est certainement aussi pour quelque chose. Jean-Emmanuel Denave Cendrillonà l'Opéra jusqu'au mardi 1er

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Tournez manège !

SCENES | Malgré de beaux moments dans le "Sacre du Printemps" de Thierry Thieû Niang, la dernière semaine de la Biennale de la danse nous laisse à nouveau sur notre faim d’inédit et de créativité. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 30 septembre 2012

Tournez manège !

Au TNP la semaine dernière, il y eut une sorte de précipité (comme on dit en chimie) de l’histoire de la danse et du théâtre modernes : Patrice Chéreau, pieds nus, lisant le journal de Nijinski où celui-ci pourfend le théâtre et défend le «sentiment», peste contre Serge de Diaghilev et Igor Stravinski, ces personnages selon lui ennuyeux, prône la vie, le mouvement, l’écriture et la masturbation contre l’esprit de sérieux, la scène guindée… On aurait cru entendre Artaud dans son Théâtre de la cruauté, et on assistait alors à de singuliers courts-circuits entre les histoires du TNP, de la danse, de Chéreau, du Sacre du Printemps (dont on fêtera l’an prochain les 100 ans), de ce qui fît scandale en 1913 mais ne le fait plus, de ce qui fît modernité mais ne le peut plus… Épuisement. C’est dans la neige que se termine le récit de Nijinski et que démarre alors la musique du Sacre de Stravinski et s’ébranle le "tournez manège" de vingt-quatre danseurs amateurs âgés. Une belle spirale sans fin plutôt émouvante, un mouvement en hélices multiples non sans charme, des corps fatigués mais fiers, précis et poignants…

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Pour le meilleur et pour le pire

SCENES | La deuxième semaine de la Biennale de la danse peut se résumer à ces quelques mots : une immense déception, un ovni sur-vitaminé et… Galvan ! Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 24 septembre 2012

Pour le meilleur et pour le pire

C’est peu dire que nous avons été déçus par la nouvelle création de Maguy Marin. Une vraie gueule de bois. Une artiste méconnaissable. Ses Nocturnes pour six danseurs reprennent la scénographie de ses deux dernières chorégraphies, Salves et Faces : une alternance d’instants éclairés et de fondus au noir, une succession d’images-corps arrachées à l’obscurité. Mais ici nulle tension, nulle résistance, nul affect, nulle élaboration dramaturgique, seulement des images éparses et fades, évoquant ici et là l’actualité internationale ou le passé et les racines de Maguy Marin. Voire des images d’Epinal : une sorte de berger méditerranéen mangeant une grappe de raisin sur une pierre, une prostituée hélant le client en allemand et forcément issue de Hambourg, deux jeunes filles minaudant dans le cadre d’une soirée pyjama, une ballade insipide à la guitare pour nuit au coin du feu… Pire, la chorégraphe s’englue dans des coups de gueule faciles ou même douteux sur l’Europe avec les méchants Allemands et les gentils Grecs par exemple. Sur le devant de scène, elle a placé deux tourne-disques avec des 33 tours rayés, tout un symbole ! Galvan

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Images à vendre

SCENES | La Biennale de la danse démarre lentement voire laborieusement avec deux spectacles surfaits : du butô frelaté signé Sankaï Juku, et un solo de Jan Fabre en manque d’inspiration… Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 15 septembre 2012

Images à vendre

La première semaine de Biennale a été marquée du sceau du rituel… Rituels butô, rituels traditionnels balinais (pas vus), rituel funéraire à la sauce Jan Fabre… Comme nous le redoutions, le choc Sankai Juku (célèbre compagnie butô japonaise) a bien eu lieu à l’Opéra et sonnait aussi creux sur scène qu’un supplément d’âme frelaté pour public occidental crédule. Dans des décors et des lumières certes superbes, la création Umusuna nous proposait rien moins que de remonter aux origines mystérieuses de la vie. Avec Sankai Juku, même les larves (des danseurs poudrés de blanc se tortillant au sol sur une sorte de musique new-age bidon, tendance Ushuaïa) sont jolies et fréquentables ! Tournicoti tournicoto, gesticulations vers le ciel par ci par là, cris étouffés à la Munch accompagnés parfois de claquements de mâchoires pour mieux gober d’invisibles mouches, les rituels de pacotille d’Ushio Amagatsu sont de jolies images à vendre (et bien vendues du reste) sans qu’il n’en émane la moindre émotion ni le moindre trouble. Jan Fabre sans caféine Le Flamand Jan Fabre présentait quant à lui sa dernière conquête féminine (la danseuse Annabelle Chamb

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Love story

SCENES | En 2010, il avait transposé Hamlet dans une morgue. Cette fois, le metteur en scène David Bobee s’attaque à Roméo & Juliette. Toujours la même volonté chez (...)

Dorotée Aznar | Lundi 10 septembre 2012

Love story

En 2010, il avait transposé Hamlet dans une morgue. Cette fois, le metteur en scène David Bobee s’attaque à Roméo & Juliette. Toujours la même volonté chez lui de transposer Shakespeare ici et maintenant. Pour ce faire, il ne considère pas le texte comme un objet sacré mais comme un matériau mouvant, qui prend sa forme par une écriture au plateau. Comme un miroir inversé d’Hamlet, Bobee a imaginé Roméo & Juliette dans une scénographie métallique, cuivrée, dorée, baignée de lumière. On peut faire confiance à sa capacité à travailler sur l’image et à faire se rencontrer sur un même plateau des acteurs, des danseurs et des acrobates. Roméo & JulietteAux SubsistancesDu jeudi 13 au samedi 22 septembre

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Biennale de la danse, mode tri sélectif

SCENES | Une grande dame «Je travaille toujours sur les mêmes choses : la mémoire, le vivre ensemble, la question de l’Histoire aussi, de ce qu’on nous a (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 7 septembre 2012

Biennale de la danse, mode tri sélectif

Une grande dame «Je travaille toujours sur les mêmes choses : la mémoire, le vivre ensemble, la question de l’Histoire aussi, de ce qu’on nous a transmis, de ce qu’on va nous transmettre», déclare Maguy Marin en préliminaire de sa prochaine pièce au contenu, comme d’habitude, soigneusement tenu secret. Soyons francs : tous les deux ans, pour nous, il y a à Lyon deux événements : la Biennale de la danse ET la nouvelle création de la chorégraphe. Umwelt, Turba, Salves sont les trois dernières gifles artistiques reçues faisant encore circuler notre sang critique et notre goût des corps, des mots (il y a souvent des bribes de textes chez Maguy Marin) et de la musique (signée par le fidèle et talentueux Denis Mariotte) servis sur un plateau par une mise en scène aussi tendue que précise. En plus de sa création présentée au TNP du 19 au 25 septembre, Maguy Marin connaît une actualité richissime : la sortie ce mois-ci d’un ouvrage de Sabine Prokhoris sur son travail (Le Fil d’Ulysse – Retour sur Maguy marin, éditions Les Presses du réel), une journée-rencontre autour de ce livre au Café Danse le samedi 15 septembre

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Le baptême de Dominique Hervieu

SCENES | 34 compagnies internationales, 38 spectacles, 147 représentations… Pendant 18 jours, la 15e Biennale de la danse déploiera sa programmation riche, variée, efficace. Et pour sa première édition, la chorégraphe Dominique Hervieu conserve la ligne artistique de son prédécesseur Guy Darmet. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 7 septembre 2012

Le baptême de Dominique Hervieu

Tous les deux ans pour la Biennale de la danse, nous pourrions écrire à peu près le même article. En résumé : un événement de grande qualité, s’adressant à des publics divers à travers des propositions artistiques tout aussi variées. Cette année : du hip-hop de Mourad Merzouki aux claquettes irlandaises de Colin Dunne, des spectacles traditionnels de Bali à la danse-image chiadée et drôle de Philippe Decouflé, du néo-clacissisme de Jiří Kylián aux danses basques, et même jusqu’au théâtre ado de David Bobée ou aux tours de magie de la Cie 14:20. Avec le passage de témoin de Guy Darmet (parti à la retraite) à Dominique Hervieu, on s’attendait à de petites variantes… À tort : on ne change ni une équipe qui gagne, ni une programmation qui attire moult spectateurs et met tout le monde d’accord… Ne soyons pas bégueule ni tatillon et profitons, donc, de ce grand shoot chorégraphique bariolé. L’Éternel retour a du bon notait Nietzsche, l’un des rares philosophes à se préoccuper de chorégraphie et à ne pouvoir croire qu’en un dieu qui sache danser. Ô mon dieu !

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Danse ou dense

SCENES | Cette semaine, les amateurs de danse ont le choix (non exclusif) entre de la belle danse néo-classique et un spectacle choc et génial, où le mouvement (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 29 mars 2012

Danse ou dense

Cette semaine, les amateurs de danse ont le choix (non exclusif) entre de la belle danse néo-classique et un spectacle choc et génial, où le mouvement formel est abandonné au profit de l'exploration des capacités de résistance des corps. Soit concrètement, le programme du Ballet de l'Opéra de Lyon (jusqu'au samedi 7 avril à l'Opéra) proposant le Second Detail de William Forsythe, deux pièces de Jiri Kylian et le très esthétique Boléro de Meryl Tankard tout en projections d'ombres chinoises... Et, d'autre part, Salves (au Toboggan jusqu'au jeudi 5 avril), la dernière pièce de Maguy Marin créée avec sa compagnie en 2010. Plus le temps passe et plus cette œuvre paraît importante en elle-même et au regard des réalisations chorégraphiques contemporaines. Avec un sens de la mise en scène (brouillant les frontières entre théâtre, danse, performance) d'une précision folle, Maguy Marin s'y montre capable d'évoquer les problèmes politiques contemporains les plus fondamentaux et d'inventer une forme scénique inouïe, aux sensations aussi fortes que sèches et virulentes. Avec pour point d'orgue une scè

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Podcast / Entretien avec Jan Fabre

ARTS | Le Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne expose l’artiste Jan Fabre pour une rétrospective intitulée ‘les années de l’heure bleue’

Dorotée Aznar | Mercredi 14 mars 2012

Podcast / Entretien avec Jan Fabre

Date de première diffusion:  13 Mars 2012Emission n°101 Durée: 31’32 minInvité: Jan Fabre, artiste; Pauline Faure, responsable service exposition MAMSEContenu: Le Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne expose l’artiste Jan Fabre pour une rétrospective intitulée ‘les années de l’heure bleue’ jusqu’au 28 Mai 2012. Cette exposition propose une importante collection de pièces produites entre 77 et 92, mais aussi une nouvelle proposition pour l’entrée du musée, toutes réalisées avec des stylos BIC bleus inlassablement épuisés sur leur support plan ou sculptural. Jan Fabre a accepté de répondre à quelques questions. Chroniques: Gwilherm Perthuis se penche sur les revues de dessin, Solenne Livolsi s’attache au système des artothèques à travers la nouvelle exposition du centre photographique de Lectoure ‘L’espace de l’autre’. Liens utiles :  Vidéo amateur d’une des oeuvres les plus monumentales de l’artiste Jan Fabre lors de la Bienn

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La danse, de Lyon à Cuba

SCENES | Commençons notre tour d'horizon dansé par un chorégraphe lyonnais, Denis Plassard dont nous avions redécouvert il y a deux ans la superbe adaptation du (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 21 décembre 2011

La danse, de Lyon à Cuba

Commençons notre tour d'horizon dansé par un chorégraphe lyonnais, Denis Plassard dont nous avions redécouvert il y a deux ans la superbe adaptation du Terrier de Kafka. Sa prochaine création, Encore quelques illusions (les 26 et 27 janvier au Théâtre de Vénissieux, le 15 mars au Théâtre Astrée dans le cadre du festival Chaos Danse), jouera avec les codes, les techniques et l'esthétique des spectacles de magie. Autre Lyonnais à suivre : le tout nouveau directeur du CCN de Rillieux-la-Pape, Yuval Pick, s'essaiera (ainsi que les chorégraphes Maud Le Pladec et Andros Zins-Browne) à une création sur l'une des œuvres du compositeur américain contemporain David Lang (Aire de jeu aux Subsistances du 2 au 7 février). Maguy Marin quant à elle reprend sa pièce fulgurante et plongée quasi continuellement dans l'obscurité, Salves, du 3 au 5 avril au Toboggan. Du côté de la Maison de la danse, on notera la première venue à Lyon de deux grandes compagnies contemporaines d'outre Atlantique : le Cedar Lake Contemporary Ballet de New York (du 31 janvier au 5 février) avec une pièce du turbulent Hofesh Schechter et une autre de Crystal Pite, et le Danza Contemp

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