La méthode La Cordonnerie

SCENES | Un huis clos maritime et nordique qui raconte le passage à l’âge adulte d’un jeune prince : voilà comment La Cordonnerie présente son ciné-concert théâtralisé "(Super) Hamlet". Un spectacle coup de cœur imaginé par une compagnie à l’univers passionnant et intelligent. Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Mercredi 2 mai 2012

Photo : Laurent Combe


Depuis 1996, la Cordonnerie de Samuel Hercule s'illustre dans la confection de spectacles originaux à destination du tout public. Des ciné-concerts théâtralisés pensés de A à Z, de la réalisation du film à sa transposition musicale sur scène, pour un travail qui s'est affiné avec le temps, les dernières propositions conservant paradoxalement cet esprit artisanal des débuts tout en étant réalisées avec un souci de précision incroyable. Les images sont ainsi tournées en amont par l'équipe, suivant un schéma bien précis. Un prémontage est alors établi, servant de base pour les répétitions. Là, les musiciens-acteurs affinent la narration et précisent le découpage des scènes. Pour un résultat habile où ce qui se passe sur le plateau ne sert pas simplement de faire-valoir à l'écran : la narratrice Métilde Weyergans, arrivée plus tard dans l'aventure, parvient ainsi à retenir l'attention des spectateurs, et à guider adroitement leurs regards vers ses camarades de jeu, leurs instruments et leurs nombreux objets produisant des sons en tout genre. Depuis la création de la compagnie, on a pu découvrir plusieurs de leurs travaux : La Barbe bleue,  Ali Baba et les 40 voleurs ou encore L'Éternelle Fiancée du Docteur Frankenstein.

Seul avec tous

La compagnie opte pour des thèmes pouvant résonner avec l'univers du jeune public. Ce qui ne signifie pas des œuvres infantiles, au contraire, Samuel Hercule choisissant la plupart du temps des sujets très sombres où la mort rode, et où les sentiments les plus nobles côtoient les plus vils – ce qui est d'ailleurs souvent le cas dans les grands contes du répertoire, l'apprentissage de la peur et de sa maîtrise étant nécessaire à la construction de l'enfant. Que La Cordonnerie, pour son nouveau spectacle, ait décidé de s'attaquer au mythe shakespearien d'Hamlet prend donc un sens tout particulier, les grandes pièces de Shakespeare ayant déjà été transposées en conte par les Anglais Charles et Mary Lamb au début du XIXe siècle. Tout en restant fidèle à l'architecture et l'esprit de la pièce initiale, qu'il a néanmoins adaptée, Samuel Hercule a transformé Hamlet en super-héros. L'une des premières images du film : la mer grise et houleuse annonciatrice de drames à venir. Sur scène, des grains de riz s'agitent dans un parapluie retourné et sonorisé, pour figurer la houle. Plus tard, un combat d'épées sur la plage sera bruité avec des ustensiles de cuisine. Entre les deux tableaux, la tragédie shakespearienne sera donnée au public, avec une approche poétique de l'image et du son – grâce notamment à l'apport d'un piano et de percussions. Un spectacle qui témoigne du talent de la compagnie dans la fabrique d'univers évocateurs et sensibles, et qui captive les jeunes spectateurs tout en enchantant les adultes.

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La Cordonnerie, des contes en triple

Théâtre | Toujours en vadrouille à travers la France, les Lyonnais de la compagnie La Cordonnerie sont régulièrement rappelés par le théâtre de la Croix-Rousse qui leur offre un jubilé début novembre avec la reprise de trois de leurs ciné-concerts : des contes distordus avec brio.

Nadja Pobel | Mardi 15 octobre 2019

La Cordonnerie, des contes en triple

Depuis le début des années 2010, les tubes s'enchaînent pour La Cordonnerie. Ils ont leur recette qui, loin de s'affadir, prouve de création en création qu'elle contient les bons ingrédients. Ainsi Métilde Weyergans et Samuel Hercule fabriquent-ils des ciné-spectacles à partir des contes, voire en tirant Shakespeare et Cervantès par la manche ((Super) Hamlet repris dans cet hommage et Dans la peau de Don Quichotte). En 2015, ils livraient Blanche-Neige ou la chute du mur de Berlin, qui sera joué ici le jour même de la célébration de ce trou percé dans la capitale allemande le 9 novembre 1989. Le Théâtre de la Croix-Rousse y adjoint judicieusement dans la foulée un concert de Rostropovitch par le Quatuor Debussy. En ce jour historique, le Russe avait attrapé son violoncelle pour interpréter Bach au pied de ce pan de la honte. Il était une fois Mais pour entamer cette rétrospective du duo lyonnais, Hansel et Gretel reviennent. Ce ne sont pas les enfants de Grimm mais un couple de vieux. Ils ont été magiciens, stars de l'émission La Piste aux étoiles

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