Boom à la Maison

SCENES | Premier temps fort de l’année, «Le boom des années 1980» nous invite, pendant trois semaines et neuf spectacles, à nous replonger dans une bouillonnante et trépidante période de la danse hexagonale. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 3 janvier 2013

Photo : Hermann Sorgeloos


«La nouvelle danse française», puisque c'est ainsi que les historiens nomment le courant chorégraphique né à l'époque, fut caractérisée par les spécificités suivantes : «Un goût pour le petit geste, le détail, la sophistication, plus que pour l'exploit... Le développement des scénographies de plus en plus importantes marque une tendance à représenter des espaces clos, ou denses, plutôt que des étendues illimitées. Il indique aussi que la danse française hérite d'une tradition théâtrale riche. C'est peut-être ce dernier trait qui détermine une identité française : le mouvement ne sert pas à se déplacer à travers l'espace, mais s'offre plutôt en miroir à l'intériorité du danseur » (in La Danse au XXe Siècle, Bordas). Ses jeunes représentants, bientôt estampillés «auteurs» (comme il existe un cinéma d'auteur) se nomment alors Dominique Bagouet, Odile Duboc, Régine Chopinot, Joëlle Bouvier, Régis Obadia, Maguy Marin, Jean-Claude Gallotta… Et la nouvelle vague s'étend en dehors des frontières de l'Hexagone avec la Belge Anne Teresa de Keersmaeker, par exemple.

Paradis retrouvé

De cette dernière on pourra (re)découvrir les Early Works, où elle revisite avec fougue et liberté le répertoire musical classique ou contemporain, de Mozart à Bela Bartok en passant par Steve Reich. Rosas danst Rosas, son œuvre phare, fascine toujours par ses folles accélérations, ses ruptures de rythmes, sa vigueur intacte. Le «Boom» sera par ailleurs inauguré par la reprise du légendaire duo Welcome to Paradise de Joëlle Bouvier et Régis Obadia par le Ballet de Lorraine, un spectacle sans décor mais influencé par le cinéma dans sa bande-son, ses éclairages, son montage en séquences filmiques… ll se terminera par une semaine entière consacrée à un autre chorégraphe très proche du 7e art, Jean-Claude Gallotta. Le Grenoblois viendra à Lyon avec trois pièces assez différentes : la reprise de Daphnis et Chloé, emblématique de ses débuts humoristiques et "sauvages" dans les années 1980 ; sa lecture récente du Sacre du Printemps de Stravinski qui le voit rappeller son admiration inentamée pour le compositeur russe et pour le danseur Nijinski ; et son nouveau projet de «chroniques chorégraphiques» intitulé Racheter la mort des gestes. Fruit d'un atelier de travail, cette pièce réunit 27 interprètes amateurs et professionnels et s'annonce comme une très libre divagation entre actualité et intimité, souvenirs et présent, mouvement dansé et geste quotidien. Un mélange des genres dans lequel Gallotta excelle.

«Le boom des années 80»
au Toboggan et à la Maison de la Danse, du jeudi 10 janvier au dimanche 3 février

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Trois hommes à la tête de chou

Danse | Dix ans après sa création, Gallotta reprend à Lyon sa pièce rock et érotique, adaptation de l'album de Gainsbourg chanté par Bashung, L'Homme à tête de chou.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 4 février 2020

Trois hommes à la tête de chou

Formé par Merce Cunningham, oscillant depuis entre abstraction et figuration ou narration, Jean-Claude Gallotta a toujours défendu, coûte que coûte, une « danse d'auteur ». À 70 ans, il a signé d'innombrables pièces, parmi lesquelles, en 2009, L'Homme à tête de chou n'est certes pas la plus follement innovante. Mais elle a pour argument choc de réunir trois monstres de la création française : Serge Gainsbourg, Alain Bashung qui a repris juste avant sa disparition l'album de Gainsbourg, et Gallotta lui-même ! Autre argument : si Gallotta ne s'y réinvente guère, ne s'y pose pas trop de questions éthiques ou artistiques, il y insuffle néanmoins une énergie à la fois sombre et rock, avec des mouvements choraux des douze interprètes souvent ébouriffants et jouissifs. L'Homme à tête de chou se développe en flux continu, avec des corps à la fois virtuoses et déglingués qui se jettent dans la bataille de la vie, de l'érotisme et de la mort. Sans tabou

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Un pas en avant, un pas en arrière

Danse | La deuxième partie de la saison danse s'annonce tout à la fois sous le signe de la découverte et des reprises. Et aussi du retour à Lyon de grands chorégraphes comme Sidi Larbi Cherkaoui, Akram Kahn, Eun-Me Ahn...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 janvier 2020

Un pas en avant, un pas en arrière

Maintenant bien ancrés dans le paysage culturel lyonnais, deux festivals de danse ouvrent l'année avec des chorégraphes méconnus ou cheminant hors des sentiers battus. À partir du 23 janvier, le Moi de la Danse aux Subsistances nous invitera à découvrir un solo de Youness Aboulakoul (danseur pour Christian Rizzo, Olivier Dubois...) autour de la violence, le travail de la compagnie Dikie autour de l'oppression et du soulèvement, et une pièce du chorégraphe lyonnais Alexandre Roccoli. Un peu plus tard (à partir du 9 mars à la Maison de la Danse), la huitième édition de Sens Dessus Dessous rassemblera pêle-mêle la compagnie espagnole La Veronal qui navigue entre danse, théâtre, cinéma et arts plastiques ; Rianto, un jeune artiste javanais ; la dernière création du collectif (La) Horde ; le travail entre écriture et danse de Pierre Pontvianne avec David Mambouch... On retrouvera d'ailleurs le chorégraphe stéphanois Pierre Pontvianne avec le Ballet de l'Opéra qui, du 28 au 30 avril au Toboggan, s'offre un bain de jouvence en invitant trois chorégra

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Anne Teresa De Keersmaeker en mode free

Danse | Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis reprennent, avec une nouvelle distribution d’interprètes, l’une des pièces importantes de la chorégraphe belge, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 1 octobre 2019

Anne Teresa De Keersmaeker en mode free

Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis reprennent, avec une nouvelle distribution d’interprètes, l’une des pièces importantes de la chorégraphe belge, A Love Supreme, créée en 2005. On sait l’importance des liens entre musique et danse chez Keersmaeker, qui vont bien au-delà de leurs rapports habituels chez d’autres artistes. Chez elle, que ce soit avec des musiques classiques (Beethoven, Mahler…) ou plus contemporaines (Steve Reich, Joan Baez…), la danse s’immisce au plus près de la composition musicale, de la structure des partitions, de l’esprit et de la forme des morceaux… Un travail de dentellière qui pour A Love Supreme s’applique à l’album culte de John Coltrane (enregistré en 1964), l’un des albums cruciaux du jazz, annonciateur du virage plus free de son auteur. Chaque danseur est associé à l’un des instruments du quatuor de Coltrane, et est doté, comme dans la musique, d’une grande part d’improvisation et de libert

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Les dix rendez-vous qui vont vous faire valser

Danse | Festivals installés comme Sens Dessus Dessous ou le Moi de la Danse, chorégraphes stars tels Christian Rizzo ou Merce Cunningham, découvertes potentielles : voici les dix dates que les amateurs de danse se doivent de cocher de suite sur leur agenda.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 septembre 2019

Les dix rendez-vous qui vont vous faire valser

Spirituelle La grande chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker tisse toujours des liens singulièrement étroits entre la musique et ses chorégraphies : qu'il s'agisse de musique classique (Beethoven, Mahler...) ou plus contemporaine (Joan Baez, Steve Reich...). Créée en 2005 avec Salva Sanchis, sa pièce A Love Supreme explore l'album éponyme de John Coltrane, album mythique du Free Jazz. Chaque danseur est associé à un instrument du quatuor de Coltrane, et l'écriture précise de De Keersmaeker s'octroie ici une part de liberté et d'improvisation (à l'instar du jazz). Douze ans après, en 2017, la pièce est recréée avec quatre nouveaux interprètes et leurs nouvelles sensibilités. A Love Supreme À la Maison de la Danse du 1er au 3 octobre Technique Les pièces de Merce Cunningham sont d'une difficulté technique rare, et le Ballet de l'Opéra en compte déjà plusieurs à son répertoire. Cet automne, le Ballet présentera deux pièces du maître new-yorkais, créées à vingt ans d'intervalle : Exchange (1978) et Scenario

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Maison de la Danse : quarante balais et du panache !

Danse | La Maison de la Danse fêtera en 2020 ses quarante ans d'existence. Et propose dès cet automne une saison pour le moins alléchante.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 mai 2019

Maison de la Danse : quarante balais et du panache !

La quarantième saison de la Maison de la Danse a du panache : toujours ouverte aux divers courants de la création chorégraphique (nouveau cirque, hip-hop, classique, contemporain...), et riche en grandes figures de la danse contemporaine (Anne Teresa de Keersmaeker, Sidi Larbi Cherkaoui, Akram Kahn, Jean-Claude Gallotta...). On y décèle, aussi, avec joie, une certaine veine lyrique avec la chorégraphie de l'album mythique de John Coltrane, A Love Supreme, signée par Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis (du 1er au 3 octobre). Une pièce d'une grande précision et qui laisse aussi à ses quatre interprètes une part d'improvisation, en écho au free jazz de Coltrane. Le Ballet de Montréal et trois chorégraphes s'emparent quant à eux du répertoire de Leonard Cohen à travers la danse virtuose de quinze interprètes (du 5 au 13 novembre). Enfin, cerise ou légume sur le gâteau lyrique : Gallotta reprend, dix ans après sa création, L'Homme à tête de ch

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Les immanquables de la saison danse

Sélection | Cinq spectacles pour lesquels la réservation se fait sans hésitation.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 septembre 2017

Les immanquables de la saison danse

Le lynchien : Moeder de Peeping Tom Après Vader ("le père"), la surprenante compagnie flamande Peeping Tom présente Moeder, deuxième volet de la trilogie Père-mère-enfant. Cette nouvelle pièce, toujours très inspirée par l'esthétique cinématographique et le vacillement entre rêve et réalité de David Lynch, nous entraînera dans des lieux aussi différents qu’un service de maternité, un salon funéraire, un musée ou un studio d’enregistrement ! À la Maison de la Danse les 13 et 14 septembre L'associé : East Shadow de Jiří Kylián Le grand chorégraphe tchèque, Jiří Kylián (artiste associé au Ballet de l'Opéra) présente aux Subsistances un duo récent, créé en hommage aux victimes japonaises du tremblement de terre de 2011. Autour d'une table, à l'aube de la vieillesse, deux interprètes tentent de parer au désastre (intime et extime) sur des airs de Schubert et un texte lu de Samuel Beckett (Neither)... Aux Subsistances ​du 27 au 29 septembre Le populaire :

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Danse, un nouvel élan

La Rentrée Danse | L'année chorégraphique 2017 commencera tambour battant avec la deuxième édition du Moi de la Danse (du 26 janvier au 12 février, aux Subsistances), festival (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 janvier 2017

Danse, un nouvel élan

L'année chorégraphique 2017 commencera tambour battant avec la deuxième édition du Moi de la Danse (du 26 janvier au 12 février, aux Subsistances), festival visant à déplier la diversité de nos identités à travers le mouvement. Carolyn Carlson y présentera, par exemple, trois soli inspirés par les éléments naturels (vent, vagues...), le suisse Thomas Hauert une mise à nu de l'ambivalence des sentiments humains sur un madrigal de Monteverdi, et Maud Le Pladec une création à forte teneur autobiographique... Au même moment (du 25 janvier au 3 février), la Maison de la Danse consacrera un "archipel" à l'une des figures les plus connues de la danse contemporaine française, Angelin Preljocaj. Avec trois pièces au programme de cette mini-rétrospective : la reprise du ballet Roméo et Juliette dans des décors d'Enki Bilal créé à Lyon en 1996, une "soirée de duos" traversant plusieurs pièces de Preljocaj, et une création inspirée d'un conte médiéval chinois où le réel et l'imaginaire viennent à se confondre.

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Grandes fugues : un trio pour un quatuor

Opéra de Lyon | Superbe affiche pour le Ballet de l'Opéra de Lyon qui interprète les trois Grandes Fugues de Maguy Marin, d'Anne Teresa de Keersmaeker et de Lucinda Childs. Cette dernière étant venue tout spécialement à Lyon pour y créer sa pièce.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 novembre 2016

Grandes fugues : un trio pour un quatuor

Maguy Marin, Anne Teresa de Keersmaeker, et maintenant Lucinda Childs... que de succès féminins pour Ludwig Beethoven et sa Grande Fugue, l'une de ses dernières pièces musicales, composée entre 1824 et 1825 ! Les trois grandes dames de la danse ont, chacune dans leurs univers dissemblables, été fascinées par ce quatuor à cordes, controversé à l'époque de sa création et aujourd'hui considéré comme le sommet de l’œuvre de Beethoven. Il y entremêle la puissance d'expression dramatique qu'on lui connaît à une forme de composition des plus complexes : une savante combinaison de sonate, de fugue et de variation, ainsi qu'une structure contrapuntique. Inventant sa danse au plus proche des partitions musicales qu'elle entreprend de travailler, on imagine alors la jubilation d'Anne Teresa de Keersmaeker devant un t

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Un ballet battant à l'Opéra de Lyon

SCENES | Cette semaine, le détonnant "Drumming Live", chorégraphié par Anne Teresa de Keersmaeker, fait son entrée au répertoire du ballet de l’Opéra de Lyon. Créée en 1998, cette pièce pour douze danseurs a pu être chroniquée en dessins, photos et texte par des amateurs qui ont assisté aux répétitions. À vous de cliquer. NP

Nadja Pobel | Mercredi 8 avril 2015

Un ballet battant à l'Opéra de Lyon

Trois semaines après le début des répétitions, une douzaine de "brigadiers" (des amateurs qui ont répondu à la double sollicitation du Petit Bulletin et de l’Opéra) a pu assister à une séance de travail du ballet de l’Opéra de Lyon en train de s’approprier Drumming Live, pièce basée sur une phrase de danse qui se déploie, se répète, se modifie sans jamais lasser. Son auteur, Anne Teresa de Keersmaeker, connaît le talent de ces danseurs («le ballet de l’Opéra de Lyon a, à mes yeux, une véritable expérience de la danse contemporaine» reconnait-elle volontiers) et a conscience aussi que ses pièces doivent être prises en charge par d’autres que les membres de sa troupe : «il est difficile voire impossible pour ma compagnie Rosas de garder toutes ses créations au répertoire.» Présenté dans sa version live avec de nombreux percussionnistes sur scène, Drumming Live est aussi une des grandes compositions de Steve Reich, musicien minimaliste qui ici envoûte durant une heure d’un spectacle éclatant. Pour voir les travaux des brigadiers, consultez notre espace blog dédié :

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La danse à contre-pied

SCENES | Avant que la danseuse étoile Sylvie Guillem ne vienne faire ses adieux scéniques aux Nuits de Fourvière (du 29 juin eu 2 juillet), l'année 2015 sera riche en (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 janvier 2015

La danse à contre-pied

Avant que la danseuse étoile Sylvie Guillem ne vienne faire ses adieux scéniques aux Nuits de Fourvière (du 29 juin eu 2 juillet), l'année 2015 sera riche en événements chorégraphiques. C'est d'abord Anne Teresa de Keersmaeker qui viendra transmettre, pour la première fois, l'une de ses pièces à une autre compagnie que la sienne, celle du Ballet de l'Opéra de Lyon en l'occurrence (du 7 au 11 avril à l'Opéra). Il s'emparera de Drumming Live, créée en 1998 sur une partition de Steve Reich et qui entrecroise le vocabulaire abstrait et rigoureux de l'artiste belge et une énergie physique explosive. Dans le cadre de la deuxième édition du festival Sens dessus dessous (du 24 au 29 mars à la Maison de la danse), le chantre de la "non danse" Christian Rizzo présentera quant à lui D'après une histoire vraie... Soit un retour à la "danse dansée" propulsant huit danseurs sur les rythmes effrénés de deux batteurs, passant de folklores méditerranéens à de véritables transes rock et tribales. Après ses grandes frasques collectives, le chorégraphe québécois Dave St-Pierre change lui au

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Vertiges de l’amour

SCENES | Danse / Un Jean-Claude Gallotta inspiré donne forme aux mots de Gainsbourg interprétés par Bashung : rien que pour le plaisir intense qu’il procure, L’Homme à tête de chou s’impose déjà comme l’un des spectacles de l’année. François Cau

Dorotée Aznar | Vendredi 26 novembre 2010

Vertiges de l’amour

Impossible de faire abstraction de l’émotion entourant la création. Avec la responsabilité monumentale de devoir faire honneur à l’œuvre posthume d’Alain Bashung, Jean-Claude Gallotta est sous le coup d’une pression que bon nombre d’artistes doivent, cela dit, lui envier. Il s’en serait fallu de très peu pour que ce magnifique cadeau se transforme en héritage empoisonné, on en connaît qui auraient botté en touche, qui auraient opté pour une transposition littérale de la narration sans se poser plus de questions, s’effaçant derrière la puissance d’évocation sidérante de la bande sonore. Au fil des répétitions ayant suivi la disparition de l’icône, Gallotta a dû réviser de fond en comble ses partis pris de départ, pallier l’absence monstrueusement envahissante de son narrateur, ne pas donner à l’ineffable beauté de son enregistrement une tonalité trop sépulcrale. Gommer les aspérités, les facilités, interroger son propre style pour offrir la chorégraphie la plus harmonieuse possible. On savait le directeur du Centre Chorégraphique National de Grenoble en plein questionnement artistique, comme pouvaient en témoigner les détours théoriques de ses dernières créations, leur rapport très

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