Petite Poucette

Nadja Pobel | Jeudi 10 janvier 2013

Photo : Annette_Les Transformateurs © Sébastien Erôme


Lorsque nous découvrons des fragments d'Annette, il y a déjà deux ans de gestation et de travail en amont. Et lors de ces ultimes répétitions, à J-9 de la première, ce sont d'abord les mots qui nous happent. Ceux d'Annette, qui donne son prénom à cette pièce, inspirée de la vie de la sœur du metteur en scène Nicolas Ramond, décédée jeune adulte des suites d'un syndrome de West qui a fini par l'étouffer. Annette était dépourvue de parole mais au théâtre on l'entend dire «je m'envase, je cherche des mots dans la boue de ma bouche». Parfois c'est son frère qui s'agace : «tu m'énerves à faire l'handicapée. Les handicapés, ce n'est jamais de leur faute. Ils ont une excuse pour toujours». Avec une vitalité et une véracité comparables à celles maniées par Jean-Louis Fournier dans le drôlissime et glaçant Où on va, papa ?, l'écrivain Fabienne Swiatly a su, en étant toujours attentive à son personnage et à bonne distance du drame, trouver le ton juste entre gravité et humour. Pour l'occasion, Nicolas Ramond s'est délesté du travail vidéo qui ponctuait ses précédentes créations et cherche le rythme en accolant, sans ordre chronologique, diverses séquences de la vie d'Annette. Tout converge vers cette jeune fille : un cube de tissu suggère son univers mental enfermant, les compositions live de Sylvain Ferlay lui donnent un souffle supplémentaire, les comédiennes Charlotte Ramond et Anne de Boissy (qui avaient endossé récemment les rôles de la mère de Charles Juliet dans Lambeaux et de Duras dans Duras/Platini) lui prêtent leurs corps. In fine, en interrogeant l'anormalité, au-delà de cette maladie rare, Nicolas Ramond questionne notre regard avec tact, talent et force.

Nadja Pobel

Annette
au théâtre de Vénissieux jeudi 17 et vendredi 18 janvier (puis au TNP du 12 au 22 février)


Annette

De Fabienne Swiatly, ms Nicolas Ramond. Annette est une enfant par comme les autres dont l'univers se dévoile par fragments
Théâtre de Vénissieux 8 boulevard Laurent-Gérin Vénissieux
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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“Annette” de Leos Carax : noces de son

Cannes 2021 | Espéré depuis un an, le nouveau Carax tient davantage de la captation d’un projet scénique que de ses habituelles transes cinématographiques. Vraisemblablement nourrie de son histoire intime, cette mise en abyme du vampirisme trouble entre artistes, artistes et modèles, artistes et environnement familial dépose presque toute fragilité en multipliant les oripeaux chic, glamour et trendy. Parfait pour le tapis rouge de l’ouverture de Cannes ; moins pour l’émotion…

Vincent Raymond | Mercredi 7 juillet 2021

“Annette” de Leos Carax : noces de son

Figurer en ouverture sur la Croisette n’est pas forcément une bonne nouvelle pour un film. A fortiori cette année, après deux ans de disette. Car ce que le Festival attend de sa première montée des marches, c’est qu’elle amorce la pompe à coup de stars, de strass et de flashs fédérateurs. L’œuvre qui abrite ces premiers de cordée se trouve souvent reléguée à l’enveloppe de luxe et elle encourt surtout le risque d’être vite oblitérée d’abord par le reste de la sélection, puis par le tamis du temps — on n’aura pas la cruauté de rappeler quelques pétards mouillés du passé… Cochant les cases de la notoriété grand public et auteur, Annette souscrit également — on le verra — à d’autres paramètres prisés par les festivals : une dénonciation à travers la comédie musicale cinématographique de l’égotisme des gens de la “société du spectacle”, à l’instar du All That Jazz

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Genèse d'un spectacle en langue des signes

Livre | Quelle belle expression de l'autrice Fabienne Swiatly que Un enfant assorti à ma robe, pour désigner ces mères upper-class qui peuvent se permettre de (...)

Nadja Pobel | Mardi 10 décembre 2019

Genèse d'un spectacle en langue des signes

Quelle belle expression de l'autrice Fabienne Swiatly que Un enfant assorti à ma robe, pour désigner ces mères upper-class qui peuvent se permettre de magnifier la photo de famille ! Ce texte a été écrit pour être la matière d'un spectacle bilingue français / langue des signes (LSF) créé au NTH8 en 2014 par Anne de Boissy et Géraldine Berger. Voici désormais le livre, sous-titré Déshabillage, présenté au même endroit, jeudi 12 décembre à 18h30 via une performance bilingue de trente minutes contenant des extraits du spectacle et des évocations de ce travail d'édition qui reprend la genèse du spectacle, de nombreuses photos et des croquis de costumes de Mô de Lanfé. L'écrivaine y décrit la journée d'une mère, heure par heure, tâche par tâche, et sa fatigue de plus en plus lourde. À chaque séquence, figure dans cet ouvrage (éd. Color Gang) les notes de travail proposées par le comédien malentendant et directeur de la compagnie ON OFF, Anthony Guyon, qui a permis que le résultat

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Le mois Ramond au Théâtre de l'Élysée

Théâtre | La carte blanche qui s'ouvre au Théâtre de l'Élysée durant tout le mois de novembre est consacrée à l'un des metteurs en scène les plus délicats de nos (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 novembre 2019

Le mois Ramond au Théâtre de l'Élysée

La carte blanche qui s'ouvre au Théâtre de l'Élysée durant tout le mois de novembre est consacrée à l'un des metteurs en scène les plus délicats de nos contrées : Nicolas Ramond, directeur de la compagnie Les Transformateurs depuis 1992, n'est plus un artiste émergent comme ce lieu sait en accueillir, conformément à son label Scène découverte. Mais son travail est à découvrir encore et encore, comme cette création sensible qu'est Ça marchera jamais (du 4 au 6 et du 27 au 29 novembre, prix spécial Célest'1 en juin dernier). L'excellent duo d'acteurs composé d'Anne de Boissy (également dans Boire, les 22 et 23 novembre) et Jean-Philippe Salério dit avec brio et drôlerie ce que peut-être l'échec dans ce milieu culturel pas comme les autres. Nicolas Ramond étant tout sauf auto-centré, il présente également son travail mené avec la compagnie M.A (Guignol de Lyon) où il met en scène et en marionnettes le texte de Simon Grangeat sur les affres du néo-ibéralisme (Krach, du 13 au 15 novembre) et il fait aussi place à Raphaël Gouisset et à son penchant pour le

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Soi-disant libres et égaux

Théâtre | Avec sa valise, Anne de Boissy trimbale ce spectacle modeste et important qui inverse le rapport à la migration. Accueillie par Pôle en scène, c'est au lycée Jean-Paul Sartre de Bron à la mi-journée qu'elle vous attend un vendredi. Allez-y !

Nadja Pobel | Mardi 5 mars 2019

Soi-disant libres et égaux

« S'il y avait la guerre aujourd'hui en France, où iriez-vous ? » Janne Teller, quinquagénaire aujourd’hui, pose ainsi à un Français de quatorze ans, la question qu'elle a dans un premier temps énoncée à son pays, le Danemark. Partout où désormais ce spectacle est joué et traduit, c'est la nation hôte qui reçoit de pleine face cette interrogation. Imaginons, nous dit-elle encore, que notre pays bascule dans le totalitarisme et qu'il veuille prendre le contrôle d'une Union Européenne en échec. Il faut faire alors faire une demande d'asile au monde arabe, « le seul qui offre une possibilité d'avenir », et débarquer dans un camp en Égypte. Il n'y a rien à faire et déjà des tensions se font jour entre ressortissants européens. Il va falloir déjouer une langue inconnue, s'habituer à la pauvreté et vendre des gâteaux dans les rues quand ses parents (ministre et profs) l'ont habitué à une vie plus huppée. Il y a quelque chose de pourri... Anne de Boissy, compagnonne de longue date du NTH8 notamment, s'empare avec sa rigueur habituelle et une profonde empathie de ce texte clair, nécessaire dans une époque si trou

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Au Guignol de Lyon, des marionnettes en prise avec le réel

Marionnettes | Hasard du calendrier : alors que rouvre le Musée des Arts de la Marionnette à Gadagne, la compagnie M.A., présente dans l'exposition, livre Krach, une création sans Guignol mais aussi féroce que le célèbre Lyonnais pour raviver la lutte des classes.

Nadja Pobel | Mardi 27 novembre 2018

Au Guignol de Lyon, des marionnettes en prise avec le réel

« Vous êtes prêtes ? » Ainsi s'adresse le metteur en scène Nicolas Ramond à son équipe en cette matinée de répétitions, à J-8 de la première. Parmi eux : trois hommes et une femme. Son choix de féminiser ainsi la langue phallocrate française indique clairement le ton de ce spectacle politique. Le contestataire Guignol est remisé au placard le temps que ses contemporains prennent sa relève. Un couple de pauvres va croiser des riches. Les seconds vont commencer par se demander comment nommer les premiers, sans vraiment trouver. Simon Grangeat, auteur prolixe de théâtre engagé ne surfe pas sur une dichotomie qui verrait s'opposer les bons et les méchants. L'objet transitionnel qu'est la marionnette autorise de toute façon « une grande liberté et même cruauté » selon Nicolas Ramond. « Les pauvres sont aussi bêtes que les nantis dans cette pièce car, avec la monnaie glanée dans la rue, ils vont s'acheter un ticket de "gratto-gratte" et ne pas le jouer car il serait potentiellement gagnant ; ils préfèrent le faire spéculer » raconte Emma Utgès, comédienne et marionnettiste qui, ave

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À l'Opéra, des airs connus

Classique | Passage en revue des festivités prévues du côté de l'Opéra où l'on rejoue ses classiques, et de l'Auditorium qui fait tout un cirque de son réveillon.

Pascale Clavel | Mardi 13 décembre 2016

À l'Opéra, des airs connus

À l’Opéra, c’est le jeune, fougueux et futur chef permanent, Daniele Rustioni, qui officie : une soirée faite de joyeux pots-pourris, une enfilade de tubes à fredonner plus ou moins discrètement. Des extraits d’œuvres classiques et romantiques, tricotés comme un gros patchwork bien doux. Le public en aura trop et c’est bien cela qu’il cherche : le trop d’émotions, l’envie constante de bulles de champagne. Au menu, des valses de Tchaïkovski tirées pour l’une de la Belle au bois dormant, pour l’autre de la Symphonie n°5 ; des moments choisis des Noces de Figaro de Mozart et même des airs de Rossini à se pâmer. L’orchestre de l’Opéra de Lyon, sous la baguette très attendue de Rustioni, va offrir un moment tout en paillettes, tout en émotions rares et nous sortirons de là le cœur léger, le sourire aux lèvres et l’envie que le monde soit beau. L’Auditorium fait son numéro Avec ses rêves de cirque, le spectacle du Nouvel An risque de plaire aux petits, aux grands, tous confondus dans la même émotion. La salle de l'Auditorium se transforme en un immense

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The Search

ECRANS | De Michel Hazanavicius (Fr, 2h14) avec Bérénice Bejo, Annette Bening, Maxim Emelianov…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

The Search

Mal accueilli à Cannes, judicieusement remonté depuis, The Search prouve que son cinéaste, Michel Hazanavicius, possède un très estimable appétit de cinéma. Après le triomphe de son néo-muet The Artist, il signe le remake d’un mélodrame éponyme de Fred Zinnemann, qu’il réinscrit dans le cadre de la deuxième guerre de Tchétchénie en 1999. En parallèle, on suit deux destins : l’errance d’un enfant dont les parents ont été massacrés sous ses yeux par l’armée russe recueilli par une chargée de mission de l’Union Européenne, et un jeune un peu paumé que ladite armée va transformer en machine de guerre. On ne révèlera pas ce qui les réunit, tant il s’agit d’un des tours de force de The Search. L’autre, c’est la sécheresse avec laquelle Hazanavicius parvient à raconter son histoire, différant longuement la montée émotionnelle pour s’en tenir à un classicisme bienvenu et efficace. Peu de musique externe, une volonté de trouver la bonne distance face aux événements et de ne pas chercher la fresque mais plutôt le désarroi qui émane des ruines ou des colonnes

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Parle avec elles

SCENES | La metteur en scène Sylvie Mongin-Algan et la comédienne Anne de Boissy unissent leurs forces pour donner tout son relief à "Une chambre à soi", conférence de Virginia Woolf sur la condition de la femme de lettres. Un délicat spectacle qui ne vire jamais au manifeste. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 5 décembre 2013

Parle avec elles

Née dans une famille recomposée de la haute société intellectuelle londonienne dans la deuxième moitié du XIXe siècle, Virginia Woolf n’était a priori pas la femme la moins bien lotie pour écrire. Pour autant, elle n’aura de cesse de s’interroger sur les inégalités entre hommes et femmes de lettres. Quand Rousseau et d’autres ont livré leurs états d’âme et tourments dans des confessions, lettres très prisées, «ils ont pu montrer à quel point écrire une œuvre géniale était d’une prodigieuse difficulté» constate Virginia Woolf. Et c’est bien pour cela qu’elle met en évidence, comme on ferait une découverte archéologique, sans juger ou opposer deux camps, les différences de traitements entre les deux sexes. Dans une (vraie) conférence donnée à l’université (fictive) d'Oxbridge, elle rappelle que les étudiantes ne pouvaient aller à la bibliothèque qu’accompagnée d’un professeur, qu’elles ne pouvaient s’arrêter sur le gazon mais seulement fouler les allées de gravier. A ces difficultés matérielles s’ajoutaient celles, plus graves encore, immatérielles : «mais pourquoi diable écrivez-vous ?» leur demandait-on, les poussant au découragement et au r

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Tribune libre

SCENES | Idée saugrenue mais intrigante, la rencontre en 1987 entre Marguerite Duras et Michel Platini avait donné lieu à une interview parue dans "Libération". C’est désormais une pièce de théâtre dont l’excès de formalisme ne gâche pas le plaisir de parler intelligemment de foot sur une scène. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 18 octobre 2012

Tribune libre

Pensait-elle qu’elle serait un des personnages de théâtre récurrents des pièces contemporaines (Marguerite et François par Gilles Pastor, La Musica deuxième par les Nöjd…), elle qui obtint le Goncourt avec L’Amant l’année même où elle interviewa Michel Platini ? Marguerite Duras, éternellement engoncée dans son col roulé blanc, forcément moins caricaturale qu’elle se caricaturait elle-même, est plus vraie que nature sous les traits d’Anne de Boissy (vue et revue dans l'inaltérable Lambeaux). Elle fait face à un héros du sport français pour une improbable rencontre avec ce jeune loup de 32 ans, maillot de la Juve sur le dos, qui vit sa "ménopause" d’athlète selon les mots du chroniqueur cycliste Antoine Blondin pour nommer la retraite sportive. Plus difficilement incarné par Stéphane Naigeon (dont l’âge est trop en décalage avec celui de son personnage), Platini n’en est pas moins impressionnant dans sa vision du jeu, simple et juste ; il a cette faus

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Le crépuscule des vieux

CONNAITRE | Du jour au lendemain, une vieille dame quitte le domicile de toute une vie et pour entrer dans celui où elle est censée finir ses jours, un établissement (...)

Nadja Pobel | Jeudi 22 septembre 2011

Le crépuscule des vieux

Du jour au lendemain, une vieille dame quitte le domicile de toute une vie et pour entrer dans celui où elle est censée finir ses jours, un établissement médical qui ne dit pas son nom, un hospice. « Une place se libérait et une décision devait être prise en vingt-quatre heures » écrit l’auteur, lyonnaise d’adoption, Fabienne Swiatly. Elle vient de faire pénétrer son personnage dans une maison où « la mort n’est même pas un événement ». De ce sujet peu réjouissant, et pourtant très populaire (le roi des ventes, David Foenkinos vient de signer un honnête Les Souvenirs sur exactement le même thème, et avec une identique fugue de grand-mère), Fabienne Swiatly parvient à faire un récit très juste. Elle ne déroule pas une grande fresque de la vie de ses protagonistes mais écrit par touche des instants de leur existence dans de courts chapitres qui ne laissent pas de place au pathos et n’éludent pas non plus les désagréments de la vieillesse. Non, vieillir ce n’est pas faire des gâteaux au chocolat pour une ribambelle de petits-enfants en culottes courtes ; vieillir c’est, selon Fabienne Swiatly, attendre (des visites, la mort), s’éloigner de l’agitation de la

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Mother and Child

ECRANS | De Rodrigo Garcia (ÉU, 2h05) avec Annette Bening, Naomi Watts, Samuel Jackson…

Dorotée Aznar | Vendredi 12 novembre 2010

Mother and Child

Depuis "Short Cuts", Los Angeles est devenu la terre promise du film choral. Dernier avatar en date, "Mother and Child" s’attaque au sujet casse gueule de l’adoption du point de vue des femmes. Un choix que le film de Rodrigo Garcia assume, mais au prix d’un scénario poussif et assujetti aux éternelles ficelles d’un genre qu’Inarritu, producteur (tiens donc), a mené très bas. Panel de personnages pluriethniques, destins croisés, déterminisme, héroïne sacrifiée arbitrairement, la formule, rabâchée, n’aide pas ce mélo soucieux de traiter son problème sous tous les angles. Pire, il finit même un peu par s’embrouiller en assénant un discours borderline sur la nécessité du rapport biologique. Moralité, l’adoption c’est compliqué. Sans blague. JD

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Lambeaux

SCENES | Ce n'est pas la première fois que Le Petit Bulletin vous dit le plus grand bien de ce spectacle où Anne de Boissy est seule en scène pendant une heure, le (...)

Nadja Pobel | Lundi 8 novembre 2010

Lambeaux

Ce n'est pas la première fois que Le Petit Bulletin vous dit le plus grand bien de ce spectacle où Anne de Boissy est seule en scène pendant une heure, le temps d'incarner de manière sidérante la mère de Charles Juliet. Dans "Lambeaux", en 1995, l'écrivain écrit sur sa mère biologique qu'il n'a pas connue, ou si peu, puis sur celle qui l'a élevé. Sylvie Mongin-Algan a choisi de mettre en scène la première partie de ce puissant ouvrage. Dans un décor de maisonnée miniature, aux fenêtres illuminées dans le clair obscur de la nuit tombante, Anne de Boissy est cette mère incomprise qui, faute d'assouvir sa soif de liberté, d'apprendre, sera internée en asile psychiatrique. Elle y mourra de faim. "Lambeaux" a été créé en 2005 et est repris pour une dernière série de représentations au studio du théâtre de la Croix-Rousse du 16 novembre au 4 décembre. NP

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Tout va bien, The Kids are all right

ECRANS | De Lisa Cholodenko (ÉU, 1h46) avec Annette Bening, Julianne Moore, Mark Ruffalo…

Christophe Chabert | Lundi 4 octobre 2010

Tout va bien, The Kids are all right

Au croisement de deux sujets forts (l’homoparentalité et la question de l’insémination artificielle du point de vue des enfants), "The Kids are all right" s’avère un film incroyablement normé, rabattant tous les enjeux possibles de son scénario sur un vaudeville prévisible. C’est sans doute le but de Cholodenko : montrer que des questions comme la famille, le couple ou la recherche de son identité sont universelles, non réductibles à la sexualité des parents ou à l’origine biologique des enfants. Il y aurait même matière à en rire, mais le film est si standardisé, dans sa forme comme dans ses péripéties, que la comédie s’avère poussive et attendue. Baigné dans le rock branché, estampilllé à chaque plan cinéma indépendant Sundance, "The Kids are all right" étonne par son manque d’envergure, sa transparence cinématographique et le cabotinage un peu lourd de son casting (Moore et Ruffalo, notamment, on fait beaucoup mieux). CC

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Sortir de l'ombre

CONNAITRE | Livres / Découverte grâce à la parution de son premier roman, Gagner sa vie, qui vient d'être récompensé par le Prix du Département du Rhône, Fabienne Swiatly confirme avec la sortie de Boire, un deuxième récit encore plus bref et cinglant que le précédent. Yann Nicol

| Mercredi 6 juin 2007

Sortir de l'ombre

Après la région Rhône-Alpes, c'est donc au Département du Rhône d'attribuer ses annuels prix littéraires. Fabienne Swiatly, la lauréate de la catégorie «Belles lettres et Récits» est en bonne compagnie puisque ce prix créé en 1990 a déjà récompensé des auteurs comme Brigitte Giraud, Charles Juliet, René Belletto ou le grand Louis Calaferte. Une récompense d'autant plus importante que Gagner sa vie (La Fosse aux ours) est un premier roman. Un roman, certes, même si ce livre puise avant tout dans la matière autobiographique de Fabienne Swiatly, qui y raconte les mille et une voies qu'elle a empruntées pour «gagner sa vie» : trieuse de dattes, serveuse, secrétaire, animatrice radio ou d'ateliers d'écriture. Tout commence en Lorraine, lorsque la narratrice lit Miller ou Kerouac, imagine un destin littéraire alors que ses parents la voient plutôt secrétaire commerciale : «Préparer un bac pour une fille d'ouvrier, c'est déjà bien et puis gestion-commerce, ça fait sérieux. On dirait presque un métier». La jeune fille préfère la fuite : c'est le départ pour le sud, la galère quotidienne, le refus de retourner en arrière et le premier travail : «Je regarde avec désolation mes doigts aux ong

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