Livrés frais aux Subsistances

SCENES | Les Subsistances clôturent leur saison avec "Livraisons d’été". Soit une grande guinguette gastronomique et quatre créations singulières et attendues, dans les domaines de la danse et du théâtre. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 14 juin 2013

Photo : Pleurage et scintillement


Pour les musiciens, le "pleurage" consiste à ralentir le son (un disque vinyle de 45 tours qui passe en 33 tours par exemple), l'auditeur pouvant alors avoir l'impression que la musique "pleure". Le "scintillement" renvoie lui à la déformation en accéléré du son. L'auditeur perçoit ainsi une musique qui s'emballe, qui "brille". Pleurage et scintillement, création de l'Association W. aux Subsistances, c'est donc la musique de la vie qui ralentit ou qui accélère. Une idée simple qui suffisait d'ailleurs à un philosophe comme Spinoza, dans son Ethique, à définir une vie, un individu : un rapport de vitesses et de lenteurs, mâtiné de quelques affects tristes ou joyeux… «Deux personnages se rencontrent de manière inattendue. Ils esquissent une sorte de valse des humeurs, sentiments et émotions se déclinent en variations», résume le circassien et danseur Jean-Baptiste André.

Créé avec Julia Christ (qui a le même parcours que lui, entre danse et cirque, mais avec une culture plus allemande), ce premier duo s'inspire directement de l'œuvre du photographe expressionniste suédois Anders Petersen. Dans ses images du Café Lehmitz à Hambourg, les couples se forment et se déchirent, les paumés enchaînent les danses improvisées, les prostituées éclatent en de grands rires carnivores, les bouches se collent avec avidité… Constitué de plusieurs séquences sur des morceaux de variété d'époques différentes, Pleurage et Scintillement donnera chair à plusieurs personnages de la série de Petersen. Et tentera, en un clin d'œil au Café Müller de Pina Bausch, d'inventer une danse-cirque aux accents humains, oscillant de la violence des sentiments à la fougue amoureuse.

De Spinoza à Fréhel

Plus abstraite et épurée, la création chorégraphique du collectif Loge 22 s'inspire elle des peintures géométriques d'Aurélie Nemours (1910-2005). Sur une musique minimaliste douce et hypnotique, le duo Comme étant de l'émiettement se trame d'un dialogue entre des courbes, des lignes, des horizontales et des verticales… Après le "spinozisme" de l'Association W., le plus cartésien Collectif 22 dessine en creux une géométrie de l'âme humaine. Du côté du théâtre, la Compagnie du Zerep part à la conquête d'une scène totalement baroque, entremêlant l'esprit et l'esthétique du western à ceux de l'univers de Georges Courteline ! Et Pierre Baux et Violaine Schwartz (auteure de Le Vent dans la bouche) nous entraînent dans une longue nuit d'ivresse sur les traces de la Java bleue et de Fréhel, grande chanteuse réaliste de l'entre-deux guerres.

Livraisons d'été
Aux Subsistances,  du mercredi 26 au samedi 29 juin
Guinguette gastronomique samedi 22 juin

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Une nouvelle Aire

SCENES | Pour la quatrième année consécutive, Les Subsistances rattaquent la saison avec le petit festival Aire de jeu (du 27 au 31 janvier). Une formule originale (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 janvier 2015

Une nouvelle Aire

Pour la quatrième année consécutive, Les Subsistances rattaquent la saison avec le petit festival Aire de jeu (du 27 au 31 janvier). Une formule originale qui permet tout à la fois de découvrir un compositeur méconnu et des pièces chorégraphiques dansées sur la musique de ce dernier. Après l'avant-gardiste pop Nico Muhly en 2014, auquel nous avions alors consacré notre Une, c'est le Finlandais Kalevi Aho, musicien renouant avec la "belle musique" et l'harmonie, proche parfois des épopées de Dmitri Chostakovitch, qui sera à l'honneur. Il a inspiré à Maud Le Pladec, habituée de l'événement; Hunted, un rituel performatif sous forme de solo incantatoire ; au collectif lyonnais Loge 22 (à l'origine de l'événement performatif Spider) le trio Rumeur, déclinant l'idée de métamorphose chère à Ovide ; et à l'Australien Adam Linder le duo Vexed Vista, entremêlant voix, danse et décor lunaire et abstrait signé du plasticien Shahryar Nashat. Autant de créations qui seront précédées d'un court concert des étudiants du CNSMD, préambule à un programme dédié à l'Auditorium le 1er février.

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Au fil de la performance

SCENES | A l'occasion notamment du festival de danse Spider, consacré pour une part à la performance, on s'interrogera ici sur cette forme artistique revenue sur scène après ses extravagances des années 1960-70. Assagie la performance ? Pas si sûr... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 avril 2014

Au fil de la performance

Tenter de recenser ce qu'a été la performance depuis le début du XXe siècle, c'est être forcé de dresser une liste à la Prévert : les provocations de Dada ou des surréalistes (qui urinaient par exemple sur les passants du haut de l'Arc de Triomphe), les happenings de Alan Kaprow dans les années 1950 impliquant la participation du public, les prises de risque d'un Chris Burden se faisant tirer une balle dans le bras, les danses dans les espaces publics de Anna Halprin ou de Trisha Brown, les concerts déjantés de Fluxus, les rituels sanguinolents des actionnistes viennois, les paires de claques échangées entre Marina Abramovic et Ulay jusqu'à l'insupportable... Derrière ces tribulations hétérogènes qui ont touché les arts plastiques, la danse et, dans une moindre mesure, le théâtre et la musique, on peut toutefois déceler quelques idées communes : faire voler en éclats les codes de la représentation, dissoudre la frontière entre l'artiste et le public, abattre le quatrième mur. La performance naît d'une violence expressive. Elle est encore une mise à l'épreuve du corps qui n'est plus le support d'un "jeu représentatif", mais qui est pris, présenté, violenté dans

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