À Fourvière exactement

SCENES | Emmanuel Daumas donne une seconde vie à "Anna", téléfilm culte de Pierre Koralnik diffusé en 1967. Exit Jean-Claude Brialy et Anna Karina (mais pas Serge Gainsbourg, auteur de la mythique bande son de cette histoire d'amour évitée) et place à d’anciens élèves de l’ENSATT, dont Cécile de France. En attendant de l'entendre interpréter "Sous le soleil exactement", entretien avec le metteur en scène et coup d'oeil sur les répétitions. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 20 juin 2013

Photo : © Loll Willems


, D'où vient cette idée d'adapter le téléfilm Anna à la scène ? C'est une commande des Nuits de Fourvière ?
Emmanuel Daumas : Au départ c'est Jean-Marc Ghanassia [agent et producteur, NdlR] qui a eu l'idée. Quand il me l'a soumise, je ne connaissais pas le téléfilm, mais j'avais beaucoup écouté l'album de Gainsbourg, que j'aimais et connaissais même par cœur. Ce projet m'a donc tout de suite vraiment excité et je me le suis approprié facilement.

Dans le téléfilm, les deux protagonistes ne s'adressent pas la parole, ce qui est très peu théâtral. Comment peuvent-ils tenir tous les deux sur une même scène ?
C'est vrai que quand on voit le film, l'idée d'en faire un spectacle musical, une espèce de concert amélioré par ces petites histoires, peut paraître étrange. Le film est déstabilisant. En revanche, quand on lit le scénario, on se rend compte qu'il est très bien construit, que ce petit conte de personnages qui s'aiment et ne se rencontrent pas est efficace. J'ai pensé qu'on aurait beaucoup d'éléments à transformer ou de choses à ajouter mais ce n'est finalement pas le cas. On garde toute la chronologie, toutes les scènes, toutes les chansons et même les transitions musicales. Mais le film est tellement Nouvelle Vague, très éclaté, avec des divagations propres à l'époque et à la manière dont il a été fait...

Comment rendre cette atmosphère au plateau ?
Il y a un seul décor qui bouge. On se base sur l'atelier du personnage masculin principal, qui dans le film travaille dans la publicité et l'image. Ici, il est plus dans la vidéo. En fait, tout pourrait se passer comme si Anna était la muse qui l'incite à produire des images, des vidéos, des chorégraphies, un concert, des chansons... On fait aussi comme si ce lieu était à la fois son domicile, son bureau, l'intérieur de sa tête et sa white box.

Vous jouez vous-même dans de très nombreuses pièces de Laurent Pelly. Cette expérience vous sert-elle dans votre métier de metteur en scène ?
Ca me sert toujours. J'essaye au maximum, quand je mets en scène, de ne jamais oublier que quand on est sur scène, on a tellement de choses à gérer qu'on n'est jamais à 100% de ses capacités en répétition. J'évite donc de trop commenter ou d'être impatient avec les acteurs, car je sais qu'ils n'arrêtent pas de travailler et que c'est petit à petit qu'ils peuvent proposer ce dont ils ont envie. Je crois être un metteur en scène assez doux. Je suis avec eux, pas contre ni en parallèle. J'ai beaucoup joué cette année, je sais qu'avant d'avoir fait un geste cent fois sur le plateau, on n'est pas à l'aise. Ça ne sert à rien de presser les acteurs comme des citrons. Il faut leur faire sentir que quand on les regarde, on voit tout ce qu'ils font, qu'on est curieux d'eux.

Il y a quelque chose de pétillant chez Pelly. Ça joue en permanence. C'est aussi ce que vous cherchez ?
Oui, en plus c'est dans mon tempérament ! C'est pour ça qu'on a tant joué ensemble avec Laurent. Moi j'ai très souvent envie  de faire le con. Le jeu prime, ce qui ne nous empêche pas d'avoir une grande conscience de l'histoire qu'on raconte. C'est toujours très dramaturgique. Le challenge est avant tout de raconter une histoire. Il ne faut surtout pas perdre le spectateur, particulièrement dans Anna. Ce serait dommage, surtout que les chansons s'inscrivent dans cette narration. 

Anna se révèle

Ferme du Buisson, Noisiel, banlieue parisienne au bord de la Marne, lundi 17 juin.

À douze jours de la création aux Nuits de Fourvière, l'équipe d'Anna s'affaire. Et pour cause, le projet est assez technique. Les éléments de décor, des panneaux blancs mouvants figurant un bureau de vidéaste, servent aussi de supports de projection. À jardin est installée une mini estrade pour quatre musiciens qui joueront live. Au moment où on les découvre, ils ont rejoint cinq comédiens, grossissant les rangs d'une chorégraphie dirigée par le brillant touche-à-tout Pierre Rigal. Cécile de France est aussi de la partie, tandis que Grégoire Monsaingeon (dans le rôle interprété à l'époque par Brialy) part à sa recherche sans la voir - il ne connait d'elle qu'une photo rougie (l'affiche du spectacle) et ignore que son icône est une de ses collaboratrices. Si le comédien a gardé des accents "gainsbourgiens" sidérants, côté costumes, Emmanuel Daumas a délaissé cette touche pop typiquement sixties au profit de coupes très actuelles. Après encore quelques répétitions, la troupe retrouvera cette semaine le haut de la colline du cinquième arrondissement de Lyon, où elle s'est formée à l'ENSATT dans les années 90, avant de se côtoyer dans Mademoiselle Julie, pièce de Strindberg mise en scène par Gwenael Morin au Point du Jour en 2000.


Anna

D'après le téléfilm de Pierre Koralnik "Anna", ms Emmanuel Daumas, mus Serge Gainsbourg
Théâtres romains de Fourvière 6 rue de l'Antiquaille Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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CinéFabrique : ça tourne dans le 9e !

Éducation | École Nationale Supérieure à part à qui la Ville de Lyon commence à s’intéresser, la jeune CinéFabrique forme ses élèves aux métiers de l’image et du son. Mais aussi à une approche citoyenne et collective d’une industrie artistique très dynamique. Gros plan sur un concept aussi professionnalisant qu’enthousiasmant où infusent des talents surmotivés.

Vincent Raymond | Vendredi 12 mars 2021

CinéFabrique : ça tourne dans le 9e !

Une cour d’établissement scolaire, en apparence semblable à toutes les autres, à la fin de la pause méridienne. Les élèves (masqués) jouent au foot, au ping pong, discutent sur des bancs avant d’entamer l’après-midi… On surprend des bribes de conversations. Il n’est point question d’exercice de maths ni de bac blanc d’histoire-géo : « non, mais là, je crois que je vais changer la musique de mon documentaire… » Quelque mélomane se met alors à siffler Twisted Nerve, repris en chœur par une bonne demi-douzaine de rossignols, et peu à peu la foule se disperse… Bernard Herrmann ferait-il office de sonnerie autogérée ? On l’a compris, nous ne nous trouvons pas dans un établissement ordinaire, mais à la CinéFabrique, l’École nationale supérieure de cinéma sise dans le 9e arrondissement de Lyon. Deux enseignes discrètes le confirment, rafraîchissant de leur bleu cobalt éclatant des murs d’enceinte à l’ocre fatigué… et détrompant les panneaux indicateurs qui dirigent toujours les visiteurs ver

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Viggo Mortensen passe derrière la caméra, on en a parlé avec lui pendant le Festival Lumière

Falling | Le comédien aux mille talents vient de signer son premier long-métrage en tant que cinéaste, qu’il a présenté en première française durant le Festival Lumière à Lyon. Une histoire de famille où l’attachement et l’oubli se livrent un duel sans ménagement. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 4 novembre 2020

Viggo Mortensen passe derrière la caméra, on en a parlé avec lui pendant le Festival Lumière

Comment se fait-il que ce soit cette histoire en particulier que vous ayez racontée pour votre premier film — car vous avez écrit plusieurs scénarios avant de réaliser Falling ? Viggo Mortensen : Je suppose que je voulais me souvenir de mes parents — de ma mère, pour commencer —, pour le meilleur et pour le pire comme tout le monde. Même si c’est devenu une histoire père/fils, l’inconscient de leur combat repose sur une différence d’opinion autour de leurs souvenir de leur femme et mère. Elle reste, à mon avis, le centre moral de l’histoire. Et c’est très important pour moi le casting de la mère, Gwen. Hannah Gross était parfaite, géniale : même si elle n’est pas là tout le temps, elle est là. Mais la raison pour laquelle j’ai fait mes débuts comme réalisateur et scénariste avec cette histoire, c’est parce que j’ai trouvé l’argent (sourire). J’avais essayé plusieurs fois, il y a 23-24 ans, avec un autre scénario, au Danemark, j’avais 20-30% du budget, mais pas davantage. Au bout du compte, je pense que c’était mieux que j’attende,

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La rouée vers l’Ouest : "Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary" de Rémi Chayé

Animation — dès 6 ans | Une évocation romancée et héroïque de la future Calamity Jane, légende du Far West dont elle constitue l’une des rares icônes féministes.

Vincent Raymond | Mercredi 14 octobre 2020

La rouée vers l’Ouest :

Tolérée dans un convoi de pionniers rigoristes, la famille Cannary fait désordre. Quand le père malchanceux se blesse, sa fille Martha Jane choque en prenant les rênes, puis en s’habillant en garçon. Injustement accusée d’un vol, la pré-ado rebelle quitte cette horrible compagnie et part à l’aventure… Cette évocation romancée et héroïque de la future Calamity Jane, légende du Far West dont elle constitue l’une des rares icônes féministes/féminines, est moins une biographie qu’une chronique de cette époque de toutes les fortunes ou l’occasion d’en revisiter les codes : caravanes, ville-champignon avec saloon, régiment de cavalerie, trappeurs, mine d’or, aiglefins, Indiens… C’est un concentré du mythe fondateur de l’Amérique que Chayé nous offre, avec en sus cet art poétique de la couleur n’appartenant qu’à lui, et dont on avait pu profiter dans Tout en haut du monde. Ses jeux d’aplats et son flat design créent, étonnamment, une grande profondeur à ses images. Plus haute distinction pour un long-métrage au Festival d’Annecy, le Cristal qu’il a décroché est largement mérité.

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Calamity “Cristal” Jane au Comœdia

Avant-Première | C’est une tradition si bien ancrée dans les habitudes qu’elle résiste à tout, même aux imprévus : la projection en avant-première du grand prix du festival du (...)

Vincent Raymond | Vendredi 26 juin 2020

Calamity “Cristal” Jane au Comœdia

C’est une tradition si bien ancrée dans les habitudes qu’elle résiste à tout, même aux imprévus : la projection en avant-première du grand prix du festival du film d’animation d’Annecy, le Cristal du long-métrage. Ledit festival ne se tenant cette année qu’en ligne pour les raisons que nous savons, vous serez incroyablement chanceux en découvrant le film en salle avant même le public savoyard ET le jury. Quant au titre du film, sachez qu’il s’agit de Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary de Rémi Chayé, qui nous avait déjà régalés avec Tout en haut du monde. Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary Au Comœdia le ​dimanche 28 mars à 10h45

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Les mamans et les putains : "Filles de joie"

Drame | Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Les rêves en berne, l’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches…

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Les mamans et les putains :

Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent/Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich ne s’y adonne pas par plaisir. Ce qu’il révèle surtout d’un point de vue sociologique, c’est que le recours au commerce de son corps, jadis réservé aux plus pauvres des plus pauvres, à ce quart-

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Trois hommes à la tête de chou

Danse | Dix ans après sa création, Gallotta reprend à Lyon sa pièce rock et érotique, adaptation de l'album de Gainsbourg chanté par Bashung, L'Homme à tête de chou.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 4 février 2020

Trois hommes à la tête de chou

Formé par Merce Cunningham, oscillant depuis entre abstraction et figuration ou narration, Jean-Claude Gallotta a toujours défendu, coûte que coûte, une « danse d'auteur ». À 70 ans, il a signé d'innombrables pièces, parmi lesquelles, en 2009, L'Homme à tête de chou n'est certes pas la plus follement innovante. Mais elle a pour argument choc de réunir trois monstres de la création française : Serge Gainsbourg, Alain Bashung qui a repris juste avant sa disparition l'album de Gainsbourg, et Gallotta lui-même ! Autre argument : si Gallotta ne s'y réinvente guère, ne s'y pose pas trop de questions éthiques ou artistiques, il y insuffle néanmoins une énergie à la fois sombre et rock, avec des mouvements choraux des douze interprètes souvent ébouriffants et jouissifs. L'Homme à tête de chou se développe en flux continu, avec des corps à la fois virtuoses et déglingués qui se jettent dans la bataille de la vie, de l'érotisme et de la mort. Sans tabou

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Gavalda remix : "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part"

Drame | Jean-Pierre, qui s’est jadis rêvé comédien, a depuis rejoint avec succès le négoce des vins. Aîné d’une fratrie comptant Juliette (une prof démangée par l’écriture et tout juste enceinte), Mathieu, employé timide et Margaux, photographe en galère, il traverse une phase difficile…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Gavalda remix :

En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une seule trame narrative sur le modèle de ce qu’avait accompli Robert Altman à partir de Neuf histoires et un poème de Carver pour bâtir son Short Cuts. Ensuite, de prendre le risque de décevoir les millions (oui oui) de lecteurs — voire adulateurs — de l’autrice qui avaient pu se forger du recueil leurs propres images. On ne contestera pas l’option choisie, évitant le morcellement du film à sketches, ni le choix de la distribution (les comédiennes et comédiens sont globalement bien trouvés, en particulier Rouve et Taglioni, quand la douleur les traverse comme un fantôme puis les habite). Mais quelle plaie de devoir, encore et toujours, subir ces destins de familles parisiennes pseudo normales, c’est-à-dire forcément pourvues d’une gentilhommière en province ou en grande couronne, où l’on se rend pour les anniversaires d’ancêtres et la Noël (et les chamailleries afférentes). Il y a quand même une douce contradic

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Dans de beaux drapés

Musée des Beaux-Arts | L'exposition Drapé nous plonge parmi les plis et les drapés innombrables d'artistes de toutes époques. D'une étude de Michel Ange aux photographies de Francesca Woodman, d'un dessin de Dürer aux sculptures de Rodin, de Delacroix à Man Ray ou Gustave Moreau...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 décembre 2019

Dans de beaux drapés

Le drapé est un délire, le drapé est une folie. Folie technique sur le plan artistique, folie érotique sur le plan du désir (le drapé cache pour mieux suggérer), folie tout court si l'on suit le psychiatre Gaëtan Gatian de Clérambault (1872-1934). Celui qui s'est suicidé en se tirant une balle dans la bouche devant un miroir (!), qui s'intéressait autant aux images et à l'art qu'à l'automatisme mental, s'est beaucoup penché sur la passion féminine érotique, voire délirante, des étoffes, et des soies qui provoquent l'orgasme. Affecté, pendant la Guerre en 1917 au Maroc, il entreprend un projet encyclopédique fou ayant pour but d'établir une typologie du drapé, couvrant toutes les civilisations de l'Antiquité à l'Orient contemporain ! Mais il ne réalisera concrètement qu'un corpus de photographies sur le haïk et le burnous marocains, dont l'exposition du Musée des Beaux-Arts présente un large extrait dans l'une de

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Au plus balte : "Oleg"

Drame | Travailleur letton émigré en Belgique, Oleg tombe dans l’illégalité et, pour son malheur, dans les rets d’une mafia polonaise dont il devient le larbin. Piégé, il doit accepter des tâches de plus en plus risquées et dégradantes…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Au plus balte :

Europe, face B. Celle des travailleurs détachés et de la main-d’œuvre ligotée, d’un sous-prolétariat livré à une servitude grandissante par la “vertu“ d’accords inter-états mal fagotés ; cela parce que l'Union repose moins sur un projet politique ou humain qu’économique, et que le libre-échange est sa doxa. Une manne pour tous les circuits parallèles, pour qui fausser l’équité théorique des transactions relève de la promenade de santé et constitue une source d’enrichissement inépuisable. On pense énormément au Skolimowski de Travail au noir face à cette histoire d’exploitation et d’isolement : ne parlant qu’un peu d’anglais, privé de papiers, figé par la honte de rentrer bredouille au pays, Oleg est une proie vulnérable que tout renvoie à sa situation de précaire. La séquence la plus cruelle est précisément celle où, à la suite d’un quiproquo (qu’il entretient), une snobinarde le met dans son lit croyant avoir à faire à un comédien, avant de le chasser, révulsée, lorsqu’elle découvre qu’il est “seulement“ boucher au chômage. Tellement révélateur…

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Esprit, es-tu là ? : "Un monde plus grand"

Drame | Après la mort de son compagnon, Corine part au fin fond de la Mongolie pour se changer les idées. Alors qu’elle enregistre le son d’une cérémonie chamanique, elle entre dans une transe violente, révélant des dons de chamans insoupçonnés. Une lente initiation va alors commencer…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Esprit, es-tu là ? :

Il faut attendre le générique de fin pour apprendre qu’il s’agit d’un biopic. En soi, le détail n’a pas ou peu d’importance et ne change rien dans le parcours de Corine. Indirectement, il résonne avec le sous-thème du film : la sérendipité (ou fortuité). En l’occurrence, le spectateur constate la véracité de l’histoire en étant entré dans une fiction comme Corine a découvert son “don“ alors qu’exilée dans le travail à mille lieues du lieu de sa douleur, elle entamait son deuil. S’il laisse une grande part au mystère et à l’inconnu, Un monde plus grand ne verse pas pour autant dans l’ésotérisme : il inscrit a contrario le processus chamanique dans le cartésianisme occidental, Corine étant le trait d’union lui permettant d’être scientifiquement étudié. Dommage cependant que Fabienne Berthaud ait été un peu timorée dans sa tentative “d’illustration“ de la transe, c’est-à-dire dans la restitution de ce que perçoit la chamane lorsqu’elle accède à son niveau de vision supérieur — ou, pour reprendre l’image très parlante du film, lorsq

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Souffre-douleur : "L'Insensible"

Drame | Placé à l’orphelinat, Denis, 16 ans, est soudain récupéré par sa mère qui veut profiter de son “talent“. Insensible à la douleur, Denis est en effet contraint de se précipiter contre des voitures afin de faire condamner comme chauffards les conducteurs au terme d’un procès truqué.

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Souffre-douleur :

Les noms de ses représentants les plus indociles se trouvent souvent à la page des faits divers par volonté du pouvoir — tels Kirill Serebrennikov ou Oleh Stensov — pourtant, le cinéma russe continue de produire des réalisateurs d’importance, à l’image d'Andrey Zvyagintsev ou d’Ivan I. Tverdovsky. Auteur du déjà stupéfiant (et réussi) Zoologie, dont l’héroïne se voyait gratifiée d’un appendice caudal, le cinéaste emprunte à nouveau ici les chemins d’un proto-fantastique ultra réaliste pour saisir les aberrations de son pays. De même convoque-t-il un personnage principal atypique dont une particularité lui vaut d’être traité

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Le crime conserve : "Rebelles"

Comédie | De Allan Mauduit (Fr, avec avertissement, 1h27) avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Le crime conserve :

Une ex-reine de beauté passée du pole-danse à Pôle Emploi, tout juste embauchée dans une conserverie, tue par accident le contremaître qui tentait de l’agresser. Avec l’aide de deux collègues, elle fait disparaître le corps et découvre que le vilain cachait un sacré magot… Cette comédie sociale aux allures de de western made in Hauts-de-France possède de bons atouts dans son jeu, à commencer par son trio d’actrices, rompues à tous les registres, et souvent engagées dans des rôles où l’humanisme affleure sous l’humour. Leur alliance tient de surcroît de la synergie de caractères, rappelant ces buddy movies tels que Comment se débarrasser de son patron (1980) de Colin Higgins, usant de la blague parfois lourdingue pour promouvoir la libération féminine d’une masculinité aussi dominatrice que débile — il y a d’ailleurs ici quelques furieux spécimens d’abrutis. Allan Mauduit aurait toutefois gagné à creuser davantage vers Petits meurtres entre amis (1994), son humour noir restant encore un peu pâle, surtou

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Lapone éducation : "Sami, une jeunesse en Laponie"

Drame | de Amanda Kernell (Sue-Dan-Nor, 1h53) avec Lene Cecilia Sparrok, Hanna Alström, Mia Erika Sparrok…

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Lapone éducation :

Suède, années trente. La jeune Elle-Marja n’en peut plus de l’ostracisme réservé aux membres de son peuple, les Samis. Aspirant à une vie suédoise “normale”, elle rêve de quitter ses rennes et ses montagnes pour faire des études à Uppsala. Mais les vents sont tous contraires… Où l’on découvre que les Lapons furent traités comme une ethnie arriérée par les Suédois ; que leur culture (notamment la pratique du joik, un chant traditionnel) et l’usage de leur langue furent asphyxiés avec une intransigeance n’ayant rien à envier aux écoles de la IIIe République, qui bannissaient en classe les patois régionaux. En suivant au plus près son héroïne, Amanda Kernell nous fait ressentir la gêne qu’elle éprouve face aux moqueries, sévices et humiliations qui sont son quotidien. L’injustice également, qui la prive d’avenir, au nom d’une prétendue “inégalité raciale“ défendue avec une candide condescendance par l’institutrice — cette “évangéliste de l’État“ accomplit, au passage, la besogne d’acculturation par la contrainte que Anders se refusait à effectuer sur les Inuits dans l’excellent

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Le Petit Bulletin Festival pour ceux qui n'y étaient pas

Après-Coup | Un an après sa première édition, le retour du Petit Bulletin festival à la Chapelle de la Trinité a donné une fois encore lieu à quelques moments de magie, fruits de l'atmosphère unique du lieu et de la générosité musicale de L, Stuart A. Staples et Yael Naim, les artistes invités trois soirs durant. Retour sur un week-end riche en émotions.

Stéphane Duchêne | Mercredi 31 octobre 2018

Le Petit Bulletin Festival pour ceux qui n'y étaient pas

L (Raphaële Lannadère), ovni Pour la première incursion du Petit Bulletin Festival aux frontières de la chanson française, c'est peu de dire que L livra une prestation étonnante. Aux "frontières de la chanson française" car avec ses arrangements, élancés, pour deux violoncelles et un percussionniste, la chanteuse livra aussi un ovni musical qui ne mit pas longtemps à décoller entre les murs de la Chapelle de la Trinité. Musiciens tout de noirs vêtus, L d'une grande élégance dans sa robe sombre évoquaient en effet davantage les codes du classique et parfois du cabaret mais brisaient tous les autres, pour des versions bouleversantes, tantôt mélancoliques, tantôt dansantes, dans un mélange d'intensité et de légèreté, de gravité et d'espièglerie parfois, de titres de Chansons son dernier album – tels La Meuse, Laisser Passer, Tempête, La Micheline ou Orlando, au splendide final gospel emprunté au Gentle Angry People de Holly Near, mais aussi Sur mon îl

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Aux yeux du monde : "Sans jamais le dire"

#MeToo | de Tereza Nvotová (Slo-Tch, 1h28) avec Dominika Zeleníková, Anna Rakovska, Anna Sisková…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Aux yeux du monde :

Ado radieuse, Léna a l’avenir devant elle et pour seuls soucis des chamailleries avec son frère ou ses difficultés en maths. Par chance, son prof — qui fait craquer toutes ses copines — lui donne des cours particuliers à domicile. Un jour, ce dernier abuse d’elle. Traumatisée, Lena se tait… Le cinéma va-t-il permettre de libérer la parole sur le sujet du viol commis par un proche ? Quelques semaines avant la sortie des Chatouilles, dont la rumeur n’est plus à faire, ce film suit une ligne voisine : casser un tabou. Sauf qu’ici, le traitement est ultra réaliste et que la victime est plus âgée. Le prédateur, quant à lui, conserve la même emprise orbitale en demeurant à faible distance : une menace fantôme, comble de l’horreur, perçue comme bienveillante par tous les autres membres de la famille. Avec ce film sobre, il ne s’agit pas de faire le procès, bien commode, d’un entourage aveugle aux abominations commises sur ses enfants par un “tiers de confiance“, ni de le rendre paranoïaque. Mais de lui faire prendre conscience d’une réalité visqueuse tout en i

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Rideau de fer et voix de velours : "Cold War"

Jazzy | de Paweł Pawlikowski (Pol-G-B-Fr, 1h27) avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Rideau de fer et voix de velours :

Années 1950. Compositeur, Wictor sillonne la Pologne rurale pour glaner des mélodies populaires et trouver des voix. Bouleversé par celle de Zula, il fait de cette jeune interprète sa muse et sa compagne. Leur romance connaîtra des hauts des bas, d’un côté puis de l’autre du rideau de fer. Pawlikowski, ou la marque des origines. Est-ce un hasard si Cold War, ayant pour décor la Pologne d’après-guerre et d’avant sa naissance comme son film précédant Ida (2013), présente également la même radicalité formelle, la même rigueur quadrangulaire, le même noir et blanc ? Consciemment ou non, Pawlikowski renvoie ce faisant de ce pays au système intransigeant un visage âpre, et reproduit dans le même temps les procédés du cinéma des origines — en lui donnant toutefois la parole, même s’il l’économise. Son “année zéro“ intime devient un peu celle de la Pologne, voire celle du cinéma. Encore davantage ici, où l’histoire de Wictor et Zula s’inspire (on ne sait à quel degré) de celle de ses parents. Mais la rigueur formelle

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L : « la chanson est une affaire de sensation »

Petit Bulletin Festival | Estampillée "futur de la chanson française" en 2011 avec son album "Initiale", L a su négocier les changements de direction, et même d'identité, sans jamais se trahir. Revenant avec son troisième album, "Chansons", à une forme de simplicité dont le charme néo-classique viendra hanter la Chapelle de la Trinité le temps d'un concert.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2018

L : « la chanson est une affaire de sensation »

Vous dites avoir toujours chanté, que c'était chez vous un genre de cérémonie familiale ? Pouvez-vous nous parler de votre premier contact avec la musique ? L : Ça remonte à loin. Mes parents ne sont pas musiciens à proprement parler mais il y a toujours eu beaucoup de musique à la maison, ils adoraient ça l'un et l'autre. À la maison on écoutait les Beatles, Otis Redding, Barbara, Mozart, c'était très éclectique. Je me suis mise à chanter toute petite, je n'ai pas de souvenir de moi sans chanter. À l'époque, je faisais déjà des spectacles devant tout le monde à longueur de temps. Entre chanter pour sa famille et monter sur scène, il y a un pas, comment vous êtes-vous retrouvée à en faire non seulement une activité sérieuse mais surtout un métier ? À vingt ans je pensais encore que j'allais faire des études et j'ai commencé à faire de plus en plus de musique, à rencontrer des musiciens qui sont devenus des compagnons de route comme Babx que j'ai rencontré quand j'avais 19 ans. Là j'ai su assez vite que je voulais pas faire autre chose. Après, il y a eu dix ans pendant lesquels j'ai commencé à écrire, à faire des petits co

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Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

Mademoiselle de Joncquières | La rencontre entre Emmanuel Mouret et Diderot provoque celle de Cécile de France avec Édouard Baer. Conversation avec trois d’entre eux — Diderot étant naturellement excusé…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

On savoure dans le dialogue de Mademoiselle de Joncquières chaque détail de sentiment, chaque atome de langue. C’est habituel chez vous, mais n’y avait-t-il pas ici pour vous une gourmandise supplémentaire ? Emmanuel Mouret : Dans un film en costumes qui se rapporte à une époque assez éloignée dans le temps, et d’autant plus un film XVIIIe, on est d’emblée porté sur ce plaisir des mots choisis et des personnages qui peuvent faire l’examen de soi en maniant avec dextérité la langue. C’est mon producteur qui avait très envie que je fasse un film d’époque : il pensait que, justement, on entendrait mieux mes dialogues avec cette distance du temps qui permet finalement de connecter plus directement. C’est comme les films de science-fiction ou les dessins animés, on n’a pas d’idée arrêtée sur ce que ça doit être. C’est donc un film où j’ai pu faire parler les personnages beaucoup plus librement que dans un film contemporain. Cette époque porte à incandescence la langue et les sentiments… Emmanuel Mouret : Toutes les ép

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Mensonges et trahisons (et plus si affinités) : "Mademoiselle de Joncquières"

Romance | de Emmanuel Mouret (Fr, 1h33) avec Cécile de France, Édouard Baer, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Mensonges et trahisons (et plus si affinités) :

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré sa funeste réputation de libertin, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre ce lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une, que le XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne Emmanuel Mouret. L’autre, concomitante : que ne l’a-t-il exploré plus tôt ! Or rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant comme Bresson d’un extrait de Jacques le Fataliste, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne se contentait d’une cynique mécanique de vengeance, M

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Soirée Anti-foot au Ciné-Rillieux

ECRANS | Si vous n’aimez pas la Coupe du monde, allez vous faire foot. C’est en substance ce que vous propose le Ciné-Rillieux en termes plus fleuris — ou gazonnés (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Soirée Anti-foot au Ciné-Rillieux

Si vous n’aimez pas la Coupe du monde, allez vous faire foot. C’est en substance ce que vous propose le Ciné-Rillieux en termes plus fleuris — ou gazonnés —, histoire de vous changer des matches monopolisant le petit écran. Sa suggestion ? Une soirée bière-pizza à 20h en compagnie de la projection de la version restaurée du brûlot de Jean-Jacques Annaud Coup de tête (1976), portrait vitriolé d’une bourgade de province à travers ses notables aussi moralement crasseux dans leurs affaires que dans leur club de foot. Patrick Dewaere y joue les trublions façon libertaire avec une jubilation libératrice pour le public. Le stade ultime du plaisir. Coup de tête Au Ciné-Rillieux le mercredi 27 juin à 20h

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Stuart A. Staples à la Chapelle de la Trinité

Petit Bulletin Festival | Le Petit Bulletin Festival revient les 26, 27 et 28 octobre en la Chapelle de la Trinité. Au programme, trois concerts uniques en compagnie d'L, Stuart A. Staples et Yael Naim.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 juin 2018

Stuart A. Staples à la Chapelle de la Trinité

À peine refermé son volet printanier aux Subsistances, voici déjà que s'annonce les 26, 27 et 28 octobre la nouvelle version automnale du Petit Bulletin Festival. Toujours sis à la Chapelle de la Trinité, le programme propose trois spectacles uniques, tant qualitativement que quantitativement (autrement dit, vous n'aurez pas la possibilité de les voir ailleurs), au croisement de la pop, de la chanson et du classique. Cela débutera le vendredi 26 octobre avec L (alias Raphaèle Lannadère) dont le premier album, Initiale, armé d'un sens inouï de la poésie, avait charmé la critique en 2011 au point d'en faire un grand espoir de la chanson française. Accompagnée de deux violoncelles et de percussions, elle viendra présenter son troisième long format, Chansons, lui-même uniquement et subtilement habillé d'un quatuor à cordes et d'une harpe. Le samedi 27, c'est une petite légende de l'indie rock que les spécialistes reconnaîtront en la personne de Stuart A. Staples, ci-devant voix vibrante des Tindersticks, formation rock flirtant depuis 25 ans ave

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Blub blub et bla bla : "Blue"

Documentaire | de Keith Scholey & Alastair Fothergill (É-U, 1h18) avec la voix de Cécile de France

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Blub blub et bla bla :

Dans le sillage des grands dauphins, à travers les mers et les océans… Un environnement liquide d’une valeur incommensurable, peuplé d’une faune extraordinaire de diversité et de menaces ; où la beauté le dispute à la fragilité. Jadis lancé par Cousteau (et repris depuis, notamment par Jacques Perrin), le message de Blue est clair comme de l’eau de roche : la faune marine mérite d’être protégée, c’est une question de survie pour l’écosystème planétaire. Et cette nouvelle production Disneynature — la division documentaire et environnement du studio californien — se dote pour le faire passer des “armes” conventionnelles : trouver d’attachants protagonistes pour susciter l’empathie et offrir les plus spectaculaires prises de vues possibles. Si grâce aux progrès de la technique, les images sont en effet d’un piqué et d’une richesse chromatique saisissants, les personnages choisis comme fil rouge, les dauphins, restent prisonniers d’un anthropomorphisme un peu dépassé, appuyé par une narration un peu invasive — désolé Cécile de France. L’image nue se suffit

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Seule avec le silence : "Hannah"

Portrait | de Andrea Pallaoro (Fr-Bel-It, 1h35) avec Charlotte Rampling, André Wilms, Jean-Michel Balthazar…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Seule avec le silence :

L’histoire d’Hannah n’a que peu à voir avec celle de 45 ans sorti en 2016 ; et la forme des deux films diffère. Pourtant, les deux semblent indissolublement liés par la présence de leur interprète féminine commune, Charlotte Rampling. Comme si la comédienne s’appliquait à réunir, dans sa maturité, une galerie de portraits de femmes éprouvées portant haut leur dignité. Des portraits tels qu'elle avait pu esquisser chez Ozon, où elle offre sans fard la dignité de son délitement et qui lui valent aujourd’hui une razzia de prix : après l’Ours d’argent, elle a ici conquis la Coupe Volpi à Venise. Hannah voit ses repères basculer lorsque son époux est incarcéré pour une histoire dont on comprend peu à peu la sombre nature. Mais cette femme droite tente de faire bonne figure, et de ne rien laisser paraître aux yeux du monde… Peu de dialogue et un

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Le diable se déshabille en bla-bla : "Que le diable nous emporte"

ECRANS | Le puritanisme de précaution étant le parfum de saison, il est à redouter que ce Brisseau suscite une volée d’anathèmes venant d’apôtres du boycott moral n’ayant, (...)

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Le diable se déshabille en bla-bla :

Le puritanisme de précaution étant le parfum de saison, il est à redouter que ce Brisseau suscite une volée d’anathèmes venant d’apôtres du boycott moral n’ayant, pour certain·e·s jamais vu une traîtresse image de ses longs-métrages. Depuis sa condamnation devant les tribunaux pour harcèlement et agression sexuelle dans le cadre de son activité de cinéaste, ses opus anciens et récents sont tous entachés de suspicion — d’autant que l’homme n’a pas renoncé à filmer des femmes se dévêtant et s’aimant dans de vastes appartements : Que le diable nous emporte en témoigne. Et sa confidentialité, comme sa fragilité économique, en font une bien commode cible expiatoire : lorsque l’affaire Weinstein a enfin éclaté (et qu’il fallut faire choir des têtes), quelques heures suffirent pour que sa rétrospective prévue pour janvier à la Cinémathèque soit reportée sin

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Anna Karina : sous la Lumière, exactement

Festival Lumière | « Tellement fière d’être invitée à Lyon », l’icône danoise est à l’honneur au Festival Lumière où elle présentera sa première réalisation Vivre ensemble (1973), Une femme est une femme de Godard et un documentaire de Dennis Berry qui lui est consacré, Anna Karina, souviens-toi…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Anna Karina : sous la Lumière, exactement

Votre première réalisation Vivre ensemble vient d’être restaurée (et resortira au printemps 2018 dans les salles). Comment avez-vous vécu cette renaissance ? Anna Karina : Mon vieux film, c’est magnifique ! La pellicule avait déjà été restaurée une première fois par la Cinémathèque il y a 20-25 ans. Là, je l’ai revu. Les garçons ont bien travaillé : le son est parfait, l’image identique. J’étais un peu émue… Je n’ai pas pleuré quand même (rires) ou alors de joie, peut-être. Ce film est empreint d’une terrible insouciance, mais aussi d’une terrible gravité… Oui, j’ai voulu faire un portrait de cette époque, qui était comme cela, insouciante. Mon personnage y effectue un transfert avec celui de son amant. Au départ, elle vit sa vie au jour le jour, un peu je-m’en-foutiste… Et puis une fois qu’elle est enceinte, elle devient responsable, alors que lui, qui était professeur et petit-bourgeois, devient comme elle. C’était une sacrée intuition de choisir le journaliste Michel Lancelot pour vous donner la réplique…

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Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Entretien avec la réalisatrice de Ôtez-moi d'un doute | Avant d’aller à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs, Carine Tardieu était passée aux Rencontres du Sud pour présenter son film tourné en Bretagne. Rencontre avec une voyageuse.

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Vous abordez ici le thème du secret de famille, très fécond au cinéma… Carine Tardieu : Au fur et à mesure de l’écriture de cette histoire, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de familles dans lesquelles il y avait des secrets — beaucoup autour de la paternité, car on sait qui est la mère d’un enfant. On en entend davantage parler depuis que les tests ADN existent. Des gens m’ont raconté leur histoire : certains ont eu envie de chercher leur père biologique, d’autres n’ont jamais voulu savoir… Paradoxalement, découvrir que son père n’est pas son père biologique permet à votre héros de mieux le connaître le premier… Absolument. J’ai eu moi-même la sensation de rencontrer mon père assez tard, alors que mon père je le connais depuis toujours. Parfois, la rencontre se fait à un moment précis de la vie : quand on devient soi-même père ou mère, on se demande quel homme et quelle femme nos parents ont été. On projette des choses sur eux, qui sont juste une petite partie de leur réalité : ils sont bien davantage que nos parents.

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Paire de pères et pères aperts : "Ôtez-moi d’un doute" de Carine Tardieu

Le Film de la Semaine | Un démineur breton se trouve confronté à de multiples “bombes” intimes, susceptibles de dynamiter (ou ressouder) sa famille déjà bien fragmentée. Autour de François Damiens, Carine Tardieu convoque une parentèle soufflante. Quinzaine des Réalisateurs 2017.

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

Paire de pères et pères aperts :

Démineur de métier, Erwan a fort à faire dans sa vie privée : il vient d’apprendre que son père l’a adopté et que sa fille (qu’il a élevée seul) est enceinte. Alors qu’il enquête en cachette sur Joseph, son père biologique, Erwan rencontre Anna dont il s’éprend. Las ! C’est la fille de Joseph. Carine Tardieu a de la suite familiale dans les idées. Depuis ses débuts avec La Tête de Maman (2007) et Du vent dans mes mollets (2012), elle s’intéresse à cette sacro-sainte famille. Un microcosme à part, connu de chacun et cependant toujours singulier, ayant surtout la particularité d’être facilement chamboulé. Tant mieux pour qui veut raconter des histoires. Plateau de fruits de père(s) Pour Ôtez-moi d’un doute, la cinéaste conserve son approche favorite consistant à observer une petite tribu de l’inté

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Le Lyon Street Food festival revient

Street Food | Le Lyon Street Food festival #2 revient début septembre aux Subsistances

Lisa Dumoulin | Jeudi 6 juillet 2017

Le Lyon Street Food festival revient

Le Lyon Street Food festival revient les 8, 9 et 10 septembre aux Subsistances après le succès de la première édition. Cette année les invités sont Hong Kong, la Colombie dans le cadre de l’année France-Colombie mais aussi Puebla au Mexique, dont la gastronomie est classée au patrimoine de l’Unesco (c’est le seul pays avec la France). Des chefs et cuisiniers de tous horizons viennent donc préparer des plats “de rue”, aux côtés de nos chefs lyonnais tels Les Apothicaires, Mathieu Viannay, Christian Têtedoie, Mamasan, Joseph Viola ou encore le grand Régis Marcon. Nouveauté cette année, le “sugar hangar” dédié aux pâtisseries et mets sucrés, la “cocktail factory” avec des spécialistes de la mixologie (L’Antiquaire, le Black Forest Society, le Groom, la Vermuteria) et aussi un BBQ corner et des food trucks. Mai

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"Anna" de Jacques Toulemonde : Maman a tort

Drame | de Jacques Toulemonde Vidal (Fr-Col, 1h36) avec Juana Acosta, Kolia Abiteboul, Bruno Clairefond…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Bipolaire, Anna a peur de perdre son fils Nathan. Alors, elle l’enlève et l’emmène dans son pays d’origine, la Colombie, où elle veut tout recommencer avec son nouveau compagnon… Comment ne pas éprouver de la sympathie pour Anna ; comment ne pas être effrayé par son inconséquence, son exubérance, sa mise en danger perpétuelle ? Absolue en tout, raisonnable en rien, l’amour qu’elle porte à son enfant ne l’empêche pas de commettre les pires négligences. Juana Acosta s’investit avec une entière sincérité dans le yoyo émotionnel de son personnage. La fragilité touchante qu’elle dégage fait écho aux fragilités propres du film… et le renforce, paradoxalement. À noter l’esquisse transversale d’une Colombie spectaculairement tranquille ; une vision plutôt rare d’un pays habitué à la représentation de ses soubresauts.

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"Django" : Étienne Comar donne corps au grand guitariste manouche

ECRANS | Pour sa première réalisation, le producteur et scénariste Étienne Comar s’offre rien moins qu’un portrait du plus fameux des guitaristes jazz manouche, Django Reinhardt. De belles intentions lourdes comme un pavé…

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Producteur inspiré de Timbuktu ou Des Hommes et des dieux, Étienne Comar passe ici à la réalisation pour un bien étrange biopic inspiré par sa fascination pour l’œuvre, la musique et la personnalité de Django Reinhardt — campé par un Reda Kateb appliqué, impeccable aux six-cordes durant le premier quart d’heure (le meilleur du film). Ce portrait au classicisme suranné se focalise en effet sur la période de l’Occupation et donne l’impression de chercher à exonérer le guitariste jazz de son insouciance d’alors en le transformant en proto-résistant, voire en héros de survival. C’est se livrer à de sérieuses extrapolations au nom de la fiction et/ou de l’admiration. Étienne Comar a beau jeu de justifier sa démarche par les béances de l’histoire officielle, une question éternelle se pose : jusqu’où un cinéaste peut-il laisser voguer son imagination sans travestir la vérité, fût-ce en invoquant une licence artistique ? Sur l’écran d’argent, une légende dor

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Jacotte Brazier : l’héritière

Portrait | Sa grand-mère Eugénie – la fameuse Mère Brazier – fut l’une des plus célèbres cuisinières de la gastronomie française, couronnée de trois étoiles dans ses deux restaurants, en 1933. Jacqueline Brazier, Jacotte pour ses amis, entend préserver son patrimoine culinaire et sa mémoire à travers l’association qu’elle a créée, Les Amis d’Eugénie Brazier, qui fête ses dix ans.

Julie Hainaut | Mardi 28 février 2017

Jacotte Brazier : l’héritière

Elle nous reçoit chez elle, à la Croix-Rousse, rouge aux lèvres, yeux rieurs et sourire jusqu’aux oreilles. Elle nous sert un thé dans sa cuisine où elle ne cuisine jamais – ce qu’elle aime avant tout, « c’est goûter » –, nous enjoint de jeter un œil aux photos de chasse de son père Gaston – « il adorait chasser avec son ami Paul Bocuse » – et se désole que la statuette d’Eugénie Brazier que l’écrivain Frédéric Dard lui a offert, vienne tout juste de se casser : « ce n’est pas grave, je la recollerai, elle a le cuir dur, ma grand-mère. » Jacotte, 73 ans, a mille idées à la minute, des bons plans improbables – la bière est bien plus saine et économe qu’un spray coiffant classique pour faire tenir des boucles –, un débit kalachnikov à faire pâlir un acteur de la Comédie française et s’amuse de tout. L’accoucheur, lors de sa naissance le 23 novembre 1943 un mois avant terme avec « une jaunisse du diable », avait prévenu : « si elle vit, elle aura une santé de fer ». Et une énergie d’enfer. L’école de la vie Dans les années 20, sa grand-mère Eugénie Brazier tient deux restaurants : un au co

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La Mère Brazier débarque aux Docks de Vaise

Épicerie-comptoir | Entre le néo-quartier de l’industrie et le pôle multimodal de la gare de Vaise, le chef étoilé de la Mère Brazier installe sa boulangerie et offre à voir et à acheter sa cargaison d'épicerie fine.

Adrien Simon | Mardi 10 janvier 2017

La Mère Brazier débarque aux Docks de Vaise

L’installation d’un chef de renom est désormais un argument (ou un "produit d'appel") dans le déploiement de nouveaux projets urbains. C'était l'objectif de l'installation à la Confluence de l'étoilé Le Bec (échec...). Le néoquartier de l’Industrie à Vaise a de son côté accueilli, dans sa première phase de développement, le groupe Bocuse (L’Ouest puis Ouest express). On n’y attendait pas forcément une autre star de la cuisine lyonnaise. C’est pourtant à quelques rues de là que le col tricolore Mathieu Viannay vient d’installer son nouveau et ambitieux projet. Il arrive avec sous le bras l’image de marque et le poids historique de la Mère Brazier (il dirige le restaurant de la rue Royale depuis 2008) : la photo de la mythique cheffe lyonnaise s'affiche en grand, en noir et blanc, sur l'un des murs extérieurs. Cette épicerie-comptoir a, de loin, de faux-airs de mini-corner "gourmet" de grand magasin : des rayonnages de boîtes, bocaux et bouteilles rares, un stand de boulangerie, un étal de fromages, un autre de charcuterie. Une bonne pa

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Costa-Gavras ou la preuve par 9

ECRANS | La première partie de l’indispensable œuvre de Costa-Gavras est à redécouvrir en DVD. Et l’homme, prodigieux d’humanité comme d’humilité, à rencontrer.

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

Costa-Gavras ou la preuve par 9

Comme Roman Polanski, Costa-Gavras est de ces auteurs multiculturels dont le cinéma français peut s’enorgueillir. Et qui a pu accomplir une carrière aussi diverse grâce à l’ouverture d’esprit et l’accueil bienveillant de la profession hexagonale à son égard dans ses jeunes années — c’est, en tout cas, le constat que le cinéaste opère aujourd’hui dans le passionnant entretien réalisé par Edwy Plenel, bonus de L’Intégrale Volume 1 (1965 – 1983) (Arte Cinéma). Un coffret réunissant ses neuf premiers longs-métrages, dont la parution vaut la visite lyonnaise de cet indispensable géant. Gavras, de Costa à Z À la fois conteur et conscience de son époque, Costa-Gavras n’a cessé de secouer des mentalités assoupies par des œuvres lucides sur l’état du monde. Son cinéma, qui ne se réduit pas au champ du seul “cinéma politique”, est davantage celui de plusieurs interrogations : peut-on s’affranchir des carcans et des idéologies barbares — voir la “trilogie Montand” avec Z

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"Tanna" : île, elle, lui et les autres

ECRANS | de Bentley Dean & Martin Butler (Van-Aus, 1h44) avec Mungau Dain, Marie Wawa, Marceline Rofit…

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Le vent de la colère souffle dans les tribus de Tanna, sur deux d’entre elles notamment, en guerre depuis des lustres. Pour sceller la paix, les chefs décident d’unir la nubile Wawa à un guerrier adverse. Mais Dain, épris de Wawa, ne l’entend pas ainsi… Ce premier film issu des Vanuatu a beau avoir été écrit et tourné avec de parfaits débutants ignorant tout du cinéma, il n’a rien d’une curiosité exotique ni d’un document ethnographique déguisé en fiction : malicieux, épique et tragique, il captive de bout en bout. Inspiré d’un fait divers survenu sur l’île voilà une trentaine d’années ayant chamboulé de séculaires coutumes tribales, il rappelle à bien des égards l’éternelle (et universelle) malédiction de Roméo et Juliette. À ceux qui s’étonneront de la rigidité des codes encadrant la vie sur Tanna ou de leur caractère rétrograde, on opposera la représentation de la secte ayant élu domicile sur les côtes de l’île : ces charmants illuminés brindezingues sont censés être des chrétiens. Alors la paille, la poutre, hein…

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Aux Subsistances, la street cred' sauce Hong Kong

Lyon Street Food Festival | Au premier Lyon Street Food Festival ce week-end, l'on croisera la route des meilleurs food trucks du coin mais pas seulement : des Apothicaires à la Mère Brazier, les top chefs de la ville se la jouent street credibility. Fameux.

Adrien Simon | Mardi 20 septembre 2016

Aux Subsistances, la street cred' sauce Hong Kong

Les food trucks lyonnais se radinent ce week-end aux Subsistances, pour un festival de trois jours autour de la "gastronomie nomade". Les habitués des marchés lyonnais seront ravis de retrouver le bar à jus l’Estanco, le triporteur de Trop Chou ou encore The Rolling Cantine (photo). Ce dernier transformé pour l’occasion en jonque flottante, afin de coller au thème de cette première édition : Hong Kong. Les camions-cuisines assureront le ravitaillement des visiteurs dans la cour, et l'on retrouvera sous la grande verrière des cuisiniers sédentaires s’essayant eux aussi à la bouffe en barquette : les cuistots très en vue du Café Sillon (le dépotant-déroutant resto du 7e), de La Bijouterie (qui joue déjà avec les dim sums dans le 1er), et des Apothicaires (le nouveau spot à ne pas manquer du 6e) y officieront. Tous promettent de se mettre au diapason hongkongais, avec du côté de Tabata et Ludovic Mey (les Apo

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Voilà l'été : un jour, une sortie #2

Saison Estivale | Durant toutes les vacances, c'est un bon plan par jour : concert ou toile, plan canapé ou expo où déambuler.

La rédaction | Vendredi 15 juillet 2016

Voilà l'été : un jour, une sortie #2

8 / Mercredi 13 juillet : cinéma Juillet-Août Chaque été, au milieu du lot de films de vacances, il en est toujours un qui prend la tangente en allant au-delà du périmètre étriqué des premiers émois d’adolescent(e)s. L’an dernier, c’était Microbe et Gasoil de Gondry ; Juillet-Août assure peut-être la relève. La saison chaude semble favorable à Diastème. (lire la suite de l'article) 9 / Jeudi 14 Juillet : fête nationale Le Bal « Allez donc le trouver leur pompier dans la fin d'un bal » aurait dit Céline, dont on est à peu près sûr qu'il n'a pas dû beaucoup fréquenter le bal des pompiers. Marre de courir après du pompier pour votre crush de mid-summer ? Marre de danser pour la 7e année consécutive sur du Gérard Blanc ? L'alternative est au Bal du Transbo. Du beau monde dans l'assemblée (ça ne fait aucun doute) et sur scène, avec l'ancien folkeux Gaspard Royant opérant désormais en mode crooner 60's/nort

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Sérénades : La louve Mouglalis

Théâtre | Magnétique, la comédienne Anna Mouglalis, habituée des plateaux de cinéma pour des films plus (Mammuth, Gainsbourg (vie héroïque)) ou moins réussis (J’ai toujours (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 avril 2016

Sérénades : La louve Mouglalis

Magnétique, la comédienne Anna Mouglalis, habituée des plateaux de cinéma pour des films plus (Mammuth, Gainsbourg (vie héroïque)) ou moins réussis (J’ai toujours rêvé d’être un gangster, La Jalousie) retrouve le théâtre avec, pour nous spectateurs, une appréhension : va-t-elle vampiriser la scène comme sait le faire son ainée qui lui ressemble tant, Fanny Ardant ? Eh bien, non. Elle sait imposer sa présence avec un mélange de timidité et d’assurance qui sert ce texte d’Arnaud Cathrine, Sérénades (au théâtre de la Renaissance du 6 au 8 avril). Elle incarne une femme désespérée par un mal d’amour (un "despecho" qui, en Colombie, peut justifier un arrêt de travail

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Heidi

ECRANS | De Alain Gsponer (Sui, 1h50) avec Anuk Steffen, Bruno Ganz, Quirin Agrippi…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

Heidi

Déjà cuisiné à toutes les sauces visuelles, le roman montagnard de Johanna Spyri fait l’objet d’une nouvelle adaptation au bon lait de l’alpage. Classique et plutôt respectueuse du texte original, elle vise clairement à devenir la nouvelle référence en la matière, remplaçant les versions Technicolor poussiéreuses et/ou non-helvétiques. Passé la surprise de découvrir Bruno Ganz en grand-père bougon, on est vite attendri par les cavalcades pastorales de la gamine, l’absence de mièvrerie et la reconstitution soignée. L’œil se régale donc ; l’oreille moins. On envierait presque les Suisses-Allemands, qui apprécieront ce conte dans leur… euh… mélodieux idiome, et non dans son doublage français grotesque, lequel a de quoi nous rendre chèvre. VR

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My Skinny Sister

ECRANS | Très loin de se limiter à une chronique de l’anorexie — trouble qu’il décrit par ailleurs avec une admirable pudeur — le premier long métrage de Sanna Lenken capte de l’enfance une infinité de nuances. Sensible, et sans sensiblerie.

Vincent Raymond | Mardi 15 décembre 2015

My Skinny Sister

Comment évoquer l’anorexie au cinéma sans tomber dans le tire-larmes ni le documentaire clinique et mortifère ; sans donner l’impression non plus que l’auteur s’est servi de son scénario pour évacuer un trauma personnel, en maquillant une période douloureuse mais surmontée en fiction ? La réponse qu’apporte Sanna Lenken avec My Skinny Sister est aussi simple que réconfortante : en rejetant la question de l’anorexie au second plan. Parce qu’un film n’est en rien unidimensionnel : son intrigue gagne même en épaisseur dramatique lorsqu’elle s’inscrit dans une perspective plus complexe, emboîtée. En donnant à voir l’évolution de la maladie d’une jeune fille à travers les yeux de sa petite sœur, non seulement la réalisatrice oppose à une frontalité brute et voyeuriste un traitement divergé plus délicat (et plus adapté, lorsqu’il s’agit de filmer des enfants), mais surtout elle "donne vie" à ces deux immenses personnages que sont Katja, la grande sœur et Stella, la petite. Aucune n’est le faire-valoir de l’autre ; chacune dispose d’une vraie densité. Et la ligne sinueuse de leur relation suit un fil subtil, à partir duquel se tisse un récit sobre. Et elle

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Costa-Gavras, une conscience en action

ECRANS | ​Avec Costa-Gavras, plus d’un demi-siècle d’images et d’histoire nous saisissent. L’institut Lumière lui rend hommage par une rétrospective, une exposition et deux soirées en son indispensable présence.

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2015

Costa-Gavras, une conscience en action

Si durant les cinquante dernières années, moult intellectuels se sont laissé berner par les miroirs aux alouettes tendus à droite comme à gauche, il en est un qui a su résister aux aveuglements idéologiques : Costa-Gavras. Usant du cinéma pour dessiller les yeux de ses contemporains, le réalisateur a consacré l’essentiel de son œuvre à mettre au jour les atteintes aux libertés fondamentales et à l’humanité. À cartographier les impasses sociales et politiques sous les régimes dictatoriaux autoritaires (L’Aveu) comme sous les démocraties (Le Couperet) ; en temps de guerre (Section spéciale, le mésestimé Amen.) comme en temps de paix (Mad City). Malgré de rares accidents (Le Capital), son parcours artistique demeure l’un des plus éblouissants du cinéma mondial ; et son style nerveux — non dénué de causticité ni d’élégance — a su rendre visibles puis sublimes des causes honnêtes. Ce que l’on pourra constater mardi 15 avec Z, explosive critique du régime des Colonels, Oscar du montage et du film étranger. Costa

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La Belle Saison

ECRANS | De Catherine Corsini (Fr, 1h45) avec Cécile De France, Izïa Higelin, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Samedi 18 juillet 2015

La Belle Saison

En 1971, les échos de mai 68 se font sentir dans les revendications des femmes au sein d’un MLF en pleine dynamique contestataire. C’est là que se rencontrent Delphine (Izïa Higelin), fille de paysans, et Carole (Cécile De France), parisienne et prof d’espagnol. C’est le coup de foudre, franc et direct — on n’est pas chez Diane Kurys ; Carole abandonne son mec, puis la capitale pour suivre Delphine dans sa ferme familiale, dont elle s’occupe après l’AVC de son père. Alors que l’introduction parisienne avait une certaine vigueur, que ce soit pour filmer les réunions politiques furieuses ou la naissance du désir chez les deux femmes, cette très longue partie campagnarde relève du scénario platement illustré. Corsini enchaîne les conflits dramatiques — se cacher ou ne pas se cacher ? Partir ou rester ? Les champs ou la ville ? — et les situations crypto-boulevardières — le pauvre personnage de Kevin Azaïs en amoureux transi en fait méchamment les frais — sans parvenir à élever le débat. Une jolie photo aux teintes chaudes, une représentation très frontale de l’homosexualité féminine et une musique ouvertement mélodramatique ne suffisent pas à sortir le film de s

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Une seconde mère

ECRANS | Val est femme de ménage pour une famille bourgeoise de Sao Paulo, avec qui elle habite vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; elle est même devenue (...)

Christophe Chabert | Mardi 23 juin 2015

Une seconde mère

Val est femme de ménage pour une famille bourgeoise de Sao Paulo, avec qui elle habite vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; elle est même devenue une deuxième mère pour Fabinho, le fils un peu glandeur qui prépare des études d’architecture. Sauf que Val a aussi une fille, Jessica, qu’elle a abandonnée et dont elle se contente de payer les études à distance, mais qui va débarquer dans sa vie — et dans la maison de ses employeurs — chamboulant les règles strictes imposées à sa mère. Qu’on ne s’y trompe pas, Anna Muylaert n’a pas choisi la voie du drame social pour évoquer ce qui est le thème principal du nouveau cinéma brésilien, au diapason de la réalité du pays : la lutte des classes persistante malgré le boom de son économie. Une seconde mère oscille entre le rire et les larmes, tirant vers une forme de marivaudage où les valets et les maîtres s’observent, se défient, se mélangent parfois, s’écartent souvent. C’est l’idée principale de la mise en scène : le cadre est souvent découpé en deux, posant une frontière entre chaque partie puis les faisant dialoguer par une théâtralité assumée — Val qui commente cachée dans la cuisine les agissements de la famille

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The Duke of Burgundy

ECRANS | Peter Strickland met en scène une fable sado-masochiste au féminin comme un rituel répétitif et fétichiste, faisant écho à sa propre cinéphilie mais aussi à son goût pour les récits clos à tous les sens du terme : un exercice fascinant et, presque par nature, lassant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

The Duke of Burgundy

À une époque indéfinissable et dans un monde où les hommes semblent avoir été bannis, une servante vient quotidiennement rendre visite à sa maîtresse dans une grande bâtisse restée dans son jus des temps victoriens. Le rituel social vire au jeu d’humiliation, mais tout cela n’est qu’un faux-semblant : le vrai rapport qui unit les deux femmes est avant tout érotique et cette mise en scène est celle, longuement préparée, de deux êtres unis par un goût commun pour le sado-masochisme. Quoique, le "commun" est fragile : tandis qu’Evelyn se plaît dans son rôle de dominée, Cynthia désire au contraire que cet amour-là prenne une forme moins extrême et plus conventionnelle. Peter Strickland articule ainsi son récit, comme une spirale discrète où les différences entre chaque scène sont moins flagrantes que leur répétition. Ce n’est pas le cas seulement pour les séquences entre Evelyn et Cynthia, mais aussi pour ses passages très mystérieux où Cynthia donne des conférences sur les papillons devant un parterre exclusivement féminin — ça et là, le cinéaste dispose quelques mannequins de cire, renforçant l’étrangeté de la situation. En cela, il donne sans doute la meilleure représen

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Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai

ECRANS | De Nina et Denis Robert (Fr, 1h30) documentaire

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai

Ce film sur (François) Cavanna commence par la toute fin : les funérailles de l’écrivain, début février 2014, où des lecteurs anonymes et des camarades célèbres viennent lui rendre hommage. Drôle de sensation pour le spectateur : celui d’assister à une répétition générale de ce qui se produira onze mois plus tard avec l’enterrement des dessinateurs de Charlie Hebdo. Cavanna en fut le fondateur avec le Professeur Choron, en prolongement de l’aventure Hara Kiri qui défia les bonnes mœurs et la censure dans les années 60 et 70. Si ce documentaire à deux têtes (le journaliste Denis Robert et sa fille Nina), il a aussi deux faces : d’un côté, un hommage au Cavanna écrivain insatiable, auteur de 50 romans dont quelques best-sellers (Les Ritals, Les Ruskoffs, Bête et méchant) ; de l’autre, l’évocation de cet âge d’or où tout semblait permis car rien n’était autorisé. Denis Robert va à la rencontre d’un Cavanna affaibli et fatigué, tandis que Nina tisse un montage où se télescopent archives, citations et témoignages (Willem, Delfeil de Ton, Siné…) souvent passionnants qui convergent vers un même sentiment de crépuscule.

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Un Moi(s) de cinéma #6

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo.

Christophe Chabert | Mercredi 3 juin 2015

Un Moi(s) de cinéma #6

Au sommaire de ce sixième numéro : • Cannes 2015 : bilan rapide • Loin de la foule déchaînée de Thomas Vinterberg • Vice Versa de Pete Docter • Une seconde mère d'Anna Muylaert

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Les soirées du 6 au 12 mai

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : la release party du numéro 100 du magazine "Hétéroclite" au Lavoir, Tolouse Low Trax au Terminal et la label night Moonrise Hill Material au Sucre. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 5 mai 2015

Les soirées du 6 au 12 mai

07. 05 Hétéroclite fête son n° 100 Pour une fois, débutons cette sélection par un peu de copinage. Nos amis d'Hétéroclite, «mensuel gay et lesbien mais pas que» qui depuis bientôt dix ans réussit le pari de décrypter et défendre la culture LGBT tout en s'affranchissant de ses clichés, fête leur centième numéro. En ces temps de désaveu du papier et de la pensée, ce n'est pas un mince exploit. Ils le fêteront dignement au Lavoir Public avec une résurrection de Pressing, le talk-show théâtral itinérant qui précéda le lieu et, surtout, un mix de la plantureuse et érudite Rihanna Foutre, l'égérie du magazine. On y sera.

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En équilibre

ECRANS | De Denis Dercourt (Fr, 1h30) avec Albert Dupontel, Cécile De France…

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

En équilibre

Cascadeur équestre, Marc est victime d’un accident qui le laisse dans un fauteuil roulant. C’est alors qu’il rencontre Florence, agent d’assurance chargée de l’indemniser, envers qui il éprouve d’abord méfiance et hostilité, avant de découvrir qu’elle possède une sensibilité et un cœur derrière sa carapace de bourgeoise froide. En équilibre prouve que, dans la carrière de Denis Dercourt, La Tourneuse de pages faisait office d’accident heureux. Et encore, c’est bien par son scénario et par ses acteurs que le film s’avérait un tant soit peu marquant, la mise en scène étant déjà très standard. Ici, tout est proche de l’encéphalogramme plat : l’évolution des personnages et de leur relation se fait selon un schéma incroyablement prévisible, et les deux comédiens empoignent cette partition sans conviction, comme s’ils avaient conscience de la banalité de ce qu’on leur demandait de jouer. On a même le sentiment que le handicap, depuis Intouchables, est une garantie d’émotions faciles, un sujet bankable qui autoriserait la mise en chantier du moi

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The Voices

ECRANS | Marjane Satrapi s’exile aux États-Unis pour s’approprier une commande de film d’horreur à petit budget qu’elle transforme en comédie sanglante et cinglante à l’esprit très 80’s. Sympathique même si l’affaire peine à tenir la longueur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

The Voices

Il faut imaginer ce que The Voices aurait pu être si Marjane Satrapi ne s’en était emparé pour lui faire subir une torsion toute personnelle : un de ces films d’horreur pour ados comme il s’en produit à la pelle, où l’esprit de sérieux n’est qu’une façade pour masquer le cynisme mercantile. Le film raconte comment un schizophrène tout juste sorti de l’asile, suivi de près par sa psychiatre et tenu en laisse par une puissante camisole chimique, finit par craquer son vernis de ravi de la crèche et retomber dans ses pulsions homicides. D’entrée, Satrapi repeint son univers aux couleurs irréelles d’un arc-en-ciel de bonheur, quand bien même celui-ci napperait un paysage d’usines et de banlieues branlantes ; l’effet Prozac contamine une mise en scène qui choisit l’option humour noir et transforme le minet Ryan Reynolds en une parodie de lui-même, sourire extatique figé perpétuellement sur son visage de puceau imberbe. Lorsqu’il rentre chez lui après une journée à bosser et à tenter de séduire la belle secrétaire de son entreprise — Gemma Arterton, parfaite incarnation du charme canaille de la girl next door british — plutôt que de nourrir son cha

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Le Dernier loup

ECRANS | De Jean-Jacques Annaud (Chine-Fr, 2h) avec Feng Shaofeng, Shawn Dou…

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Le Dernier loup

Jean-Jacques Annaud est-il devenu une sorte d’ambassadeur français auprès des territoires en plein boom économique, un ministre du cinéma non officiel allant refourguer son expérience (les gens de droite disent son "expertise", c’est un bon moyen de les reconnaître) ? Après le Qatar pour Or Noir, c’est la Chine qui coproduit ce Dernier loup où plane l’ombre d’un autre animal jadis magnifié par Annaud : l’ours. Car les mécanismes sont à peu près les mêmes : de beaux paysages — ceux de la steppe mongole — des grands sentiments et une bête d’abord sauvage, puis apprivoisée par un maître aimant, curieux et compréhensif. Il est dommage, alors que la critique a été souvent injuste avec l’auteur de La Guerre du feu et du Nom de la Rose, modèles d’un certain cinéma populaire à grand spectacle, qu'il soit aujourd'hui congelé dans sa créativité, au point de ressortir en moins bien des recettes désormais datées. Par moments, il arrive toutefois à capter quelques visions puissantes, comme ces chevaux pris dans un lac de glace ; mais Le Dernier loup manque d’ampleur, et encore plus de courage. Car au moment où des cinéastes

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De l’amour et de la pellicule

ECRANS | Dans l’excellent magazine SoFilm, Maroussia Dubreuil se pose chaque mois cette question : «Doit-on tourner avec son ex ?». L’Institut Lumière la (...)

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

De l’amour et de la pellicule

Dans l’excellent magazine SoFilm, Maroussia Dubreuil se pose chaque mois cette question : «Doit-on tourner avec son ex ?». L’Institut Lumière la retourne dans sa programmation printanière en "Que se passe-t-il quand un cinéaste filme la femme / l’homme qu’il aime ?". Ce cycle "Je t’aime, je te filme" sera donc l’occasion de passer en revue des couples célèbres, comme celui formé par le regretté Alain Resnais et sa muse Sabine Azéma — Mélo — ou celui, tumultueux, qui unit le temps du tournage interminable des Amants du Pont-Neuf Leos Carax et Juliette Binoche. Restons en France, mais quelques années auparavant, où Jean-Luc Godard magnifia Anna Karina du Petit Soldat à Pierrot le fou, avec au milieu un film qui semble n’exister que pour elle, Vivre sa vie, travail d’iconisation amoureuse à la croisée de la fétichisation cinéphile — Karina filmée comme Falconetti dans La Passion de Jeanne d’Arc — et de la contemplation subjuguée… C’est un rapport du même ordre que l’on trouve dans La Belle et la bête ; Cocteau est tellement fasciné par la Bête-Jean Marais qu’il en oublie complètement d

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