Avignon - Jour 4 - Course de fond

SCENES | "Je hais les gosses", "End/Igné" et le mouvement H/F

Nadja Pobel | Samedi 13 juillet 2013

L'éclectisme à Avignon n'est pas un vain mot. On y retrouve les trois quarts des spectacles programmés tout au long de la saison dans les café-théâtres lyonnais, dont celui d'un certain Monsieur Fraize qui, comme le dit son affiche, se relâche du 4 au 24 juillet. Nul lieu indiqué. Il n'est tout simplement pas là mais sur la photo, son polo et son pantalon de velours côtelé sèchent sur un fil. Joli coin d'œil par l'un des comiques qui nous aura fait pleurer de rire cette année.

Mais revenons aux présents, éclectiques donc, avec les chansons d'Entre deux caisses, quatuor de musiciens inspirés par Allain Leprest, auquel ils rendent hommage dans une mise en scène de la chanteuse Juliette. Joli spectacle que ce Je hais les gosses, recommandé pour les enfants dès huit ans, en dépit de son ton un peu assassin envers eux et, surtout, de son caractère politique et utopiste - l'action se situe dans une décennie future et le groupe jette un regard amusé sur nos années deux mille, où l'on travaillait et allait à l'école pour apprendre un métier (folle hérésie !).

Très différent encore le poignant solo de Azedine Benamara, End/Igné. Ou comment traiter avec justesse de l'enfer de vivre dans un pays gouverné par la religion et qui annihile toute perspective pour la jeunesse, en l'occurrence l'Algérie.

Enfin, une journée à Avignon est l'occasion de rencontrer les acteurs rhône-alpins du théâtre, par exemple ceux de H/F qu, i partant du constat qu'en France seuls 35% des chorégraphes, 20 % des auteurs, 25 % des metteurs en scène, 15% des solistes instrumentistes et 3% des chefs d'orchestres sont de sexe féminin, militent pour l'égalité entre hommes et femmes dans les arts vivants. Diverses manifestations sont prévues à l'automne à Pont de Claix, Lyon, Saint-Priest et dans la toute la région pour sensibiliser le public à cette question qui, pour une fois, est aussi défendue mordicus au niveau national par la ministre Aurélie Filippetti - elle a récemment privilégie les femmes aux plus hauts postes des CDN; quitte à faire grincer des dents.

Nadja Pobel

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Algérie chérie

SCENES | On voit parfois au théâtre des solos fades et misérabilistes qui, ne serait-ce que par la forme, desservent leur propos ou leur intention. Loin de nous (...)

Nadja Pobel | Mardi 18 février 2014

Algérie chérie

On voit parfois au théâtre des solos fades et misérabilistes qui, ne serait-ce que par la forme, desservent leur propos ou leur intention. Loin de nous l’idée de juger une pièce aux moyens mis sur le plateau, mais force est de constater qu'il suffit souvent de quelques éléments pertinents placés sur la scène et d'une lumière correctement orientée pour que se dessine d'emblée un univers. Dans End/Igné, un simple mur ingénieusement lardé de traits figure une morgue. Le metteur en scène Kheireddine Lardjam a imaginé ce dispositif douloureusement évocateur pour un comédien qui, dans un premier temps, interprète un gardien voyant arriver un jour le corps de son camarade Aziz, suicidé, immolé par le feu, avant d'endosser le rôle de cet ami libertaire qui a choisi d’en finir plutôt que de subir. Dramaturge, romancier et grand reporter pour le quotidien El Watan, Mustapha Benfodil, signe un texte sensible, drôle et tragique à la fois, sur la difficulté de la jeunesse algérienne de s’inventer un avenir dans un pays coincé entre la puissance de la religion, l’économie en crise et la censure étatique. End/Igné ne verse cependant jamais dans le man

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Hier déjà

SCENES | Le moins que l’on puisse dire, c'est qu’ils connaissent leur métier. Depuis seize ans, le quatuor de musiciens et de «chantistes» (comme ils se (...)

Nadja Pobel | Jeudi 12 décembre 2013

Hier déjà

Le moins que l’on puisse dire, c'est qu’ils connaissent leur métier. Depuis seize ans, le quatuor de musiciens et de «chantistes» (comme ils se définissent eux-mêmes) Entre 2 caisses promène des spectacles vocaux parfaitement maîtrisés, à l’image de Je hais les gosses où, reprenant des chansons d’Allain Leprest, ils construisent un univers qui leur est propre, s’imaginant vivre dans un futur lointain et venant visiter les ruines du début du XXIe siècle, cette drôle d’époque où l’on travaillait (encore) un peu et où les enfants allaient à l’école (folle hérésie !). Le récital s’adresse d’ailleurs au jeune public, qui en prend pourtant pour son grade, comme le laisse entendre l'ironie du titre. Tant pis s'il entend des gros mots, après tout, il adore ça. Et tant pis s’il ne saisit pas toutes les connotations de ce spectacle résolument utopiste et même politiquement assez engagé, l’air de rien (on vous laisse deviner de quel côté penchent ses auteurs). Pour éviter une disposition scénique trop frontale et statique à base de micro-pieds, les quatre compères ont fait appel à la chanteuse Juliette, qui signe une mise en scène en constant mo

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Avignon - Jout 6 - Gloire au spectacle vivant !

SCENES | "Cour d’honneur" et "Place du marché 76"

Benjamin Mialot | Vendredi 19 juillet 2013

Avignon - Jout 6 - Gloire au spectacle vivant !

On écrit souvent tout le bien que l’on pense du travail de Jérôme Bel, chorégraphe atypique de la scène française, adepte notamment d’une forme proche du spectacle-documentaire. Au fil des ans, l'instigateur du hit The Show Must Go On a ainsi construit diverses créations pensées autour de la figure d’un danseur – Véronique Doisneau du Ballet de l’Opéra de Paris, Cédric Andrieux de la compagnie Merce Cunningham... Un danseur qui donne son nom au spectacle et qui, sur scène, évoque sa vie tant personnelle que professionnelle, notamment en rejouant des extraits des pièces auxquelles il a participé – ce qui permet à Jérôme Bel d’affirmer crânement n’avoir jamais écrit un seul pas de danse.Suivant toujours cette logique et désirant imaginer un spectacle sur «la mémoire d’un lieu, d’un théâtre», Jérôme Bel a conçu Cour d’honneur : oui, car quel plus beau théâtre que la Cour d’honneur du Palais des papes, place centrale et majestueuse de l’incontournable Festival d’Avignon ? Pour évoquer cette mémoire, après plusieurs pistes de réflexion (il voulait d’abord interroger tous ceux qui travaillent dans le lieu), Bel a fait appel au

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Avignon - Jour 5 - Tout et son contraire

SCENES | "D'après une histoire vraie", "Drums and Digging"

Benjamin Mialot | Mardi 16 juillet 2013

Avignon - Jour 5 - Tout et son contraire

Christian Rizzo a souvent divisé notre rédaction, entre admirateurs de la ligne claire du chorégraphe et pourfendeurs d’un langage hermétique – pour rester poli. D’après une histoire vraie, sa dernière création dévoilée au Festival d’Avignon, rebat les cartes, Rizzo lui-même expliquant avoir changé sa façon de travailler. Stop aux corps frêles et au sous-texte cérébral, place à une émotion brute. Soit huit danseurs et deux batteurs, pour une pièce centrée sur les danses folkloriques de groupe, imaginée à partir d’un souvenir fort – un spectacle vu par Rizzo à Istanbul « dans lequel jaillissait un groupe d’hommes se livrant à une danse traditionnelle, complètement effrénée, avant de disparaître aussitôt ».Un jaillissement retranscrit sur scène en 1h15, dans une lente progression. D’où un spectacle qui prend du corps au fil de la représentation, emportant littéralement l’audience qui finit par se croire à un concert de rock – même si, le jour où nous y étions, personne n’a osé se lever. On ne savait pas Christian Rizzo capable d’une telle intensité, et l’on espère revoir ce spectacle en 2014/2015 dans la région – une autre pièce de Christia

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Avignon - Jour 3 - Ultra moderne solitude

SCENES | "Les Particules élémentaires" et "Exhibit B"

Nadja Pobel | Samedi 13 juillet 2013

Avignon - Jour 3 - Ultra moderne solitude

Le buzz du festival n'est pas dans la cour d'honneur mais à quelques encablures d'Avignon, à Vedène, avec une adaptation improbable et inespérée du deuxième roman de Michel Houellebecq, qui contient tous les autres, Les Particules élémentaires. Aux manettes, un gamin de 26 ans, Julien Gosselin, pêche parfois par excès de jeunisme, comme si un micro et une séquence de coït à poil étaient les ingrédients indispensables d'un spectacle moderne. Passées ces quelques réserves, force est de constater que ce travail ne manque pas d'énergie. C'est toutefois quand on oublie le collectif (onze au plateau) et que le jeu comme le texte se resserrent sur un ou deux personnages, dans la deuxième partie de la pièce (sur près de quatre heures au total),  que ce travail trouve son point culminant. Par exemple dans cette magistrale et déchirante scène où Michel s'aperçoit, à quarante ans, qu'il est passé à côté de l'amour de sa vie, sa triste et désenchantée amie de collège. Gosselin parvient, sur un plateau nu, sans coulisses, avec des acteurs-musiciens en permanence en scène et une utilisation enfin judicieuse de la vidéo, à rendre l'abyssal individualisme q

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Avignon - Jour 2 - Tous azimuts

SCENES | "Ping Pang Qiu", "Orphelins" et "Concerto pour deux clowns".

Nadja Pobel | Vendredi 12 juillet 2013

Avignon - Jour 2 - Tous azimuts

Il nous a fallu laisser Angelica Liddell sur le côté pour enfin attaquer le Off du festival. Mais l'Espagnole n'est pas du genre qu'on oublie : récemment, son texte Belgrade avait résonné d'une manière absolument bouleversante au Théâtre des Ateliers,  grâce au collectif La Meute, et nous attendons depuis que cette création soit diffusée pour vous en parler plus longuement. À Avignon, elle met en scène ses propres textes, dont Ping Pang Qiu, dont le nom fait référence à la "diplomatie du ping-pong" - un échange de joueurs entre la Chine et les États-Unis dans les années 70, grâce auxquels les deux pays entretiennent depuis de bons rapports économiques, tant qu'il n'est pas question de droits de l'homme. Un travail documentaire à quatre voix, parfois trop délirant (le final où tout le monde se jette des nouilles chinoises à la figure) mais bien souvent instructif et intransigeant avec une Chine plus aimée que dénoncée.  De son côté, la comédienne Valérie Marinese, déjà aperçue au Théâtre de l'Elysée à Lyon joue dans Oprhelins, une très bonne pièce d'un dramaturge anglais contemporain, Den

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Avignon - Jour 1 - Static or not static

SCENES | "Par les villages" et "Remote Avignon"

Nadja Pobel | Jeudi 11 juillet 2013

Avignon - Jour 1 - Static or not static

En sortant de la cour d'honneur du Palais des Papes, 4h30 apres y être entré, un soulagement a envahi l'ensemble des spectateurs restés jusqu'au bout du solo de Jeanne Balibar, crispant quand il était audible. Car en adaptant Par les villages, long poème dramatique de Peter Handke, Stanislas Nordey, artiste associé de l'édition 2013 du Festival d'Avignon, a aussi fait le choix de l'anti spectacle. Autant l'enchaînement de deux monologues dans Clôture de l'amour ne manquait pas de puissance, autant l'exercice produit ici une ambiance mortifère, les émotions restant enfouies sous des gravas de logorrhée. La faute à une absence de réelle mise en scène - les acteurs, ultra-statiques, se parlent à dix mètres les uns des autres sur un plateau dont l'immensité offrait pourtant des conditions de jeu inouïes. Balibar n'est jamais dans son rôle, hautaine et absente à la fois. À cour, Olivier Mellano assure lui un splendide début de spectacle, avant que sa partition se fasse de plus en plus menue - et c'est d'a

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