Succédanés

SCENES | Tandis que la plupart des structures dégainent avec allégresse des plaquettes toutes plus travaillées les unes que les autres, deux théâtres sont dans l’incertitude et le flou en cette rentrée : les Ateliers et le Toboggan. Explications. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 5 septembre 2013

Photo : DR


Les courants ne sont pas les mêmes pour tout le monde. En eaux calmes cette saison, le TNP poursuit sa route (Christian Schiaretti a été reconduit pour trois ans), les Célestins perdent leur co-directeur en avril (Patrick Penot prend sa retraite) et le TNG clôt un cycle de dix ans avec Nino d'Introna, en attendant de savoir s'il continuera ou non. À la Renaissance et à la Croix-Rousse, Roland Auzet et Jean Lacornerie forgent des programmations qui leur ressemblent de plus en plus et affirment les identités singulières de leurs lieux.

Et puis il y a les eaux troubles, à commencer par celles dans lesquelles le théâtre des Ateliers patauge depuis plus d'un an. À l'automne dernier, Simon Delétang, son directeur, démissionnait, agacé de ne pouvoir se défaire de la figure tutélaire du lieu, Gilles Chavassieux, qui a en 1975 fondé de toutes pièces ce théâtre dédié aux écritures contemporaines - la municipalité de Louis Pradel n'était pas réceptive à cette initiative. Des textes de Vinaver, Schimmelpfennig et beaucoup d'autres y ont été montés très tôt, bien avant qu'ils ne deviennent incontournables. C'est fort de ce passé honorable que ce metteur en scène de 80 printemps, dont les yeux s'éclairent dès qu'on lui parle d'écriture et de direction d'acteurs, souhaite garder les rênes du théâtre. Pas pour le diriger de nouveau - il souhaite d'ailleurs choisir celui qui succèdera à Délétang, mais pour y poursuivre ses créations.

To be or not to be

Cet hiver, il a proposé un projet allant dans ce sens à Philippe Delaigue (puis à Laurent Fréchuret), qui a retiré sa candidature, faute de réponse des pouvoirs publics. Ceux-ci ont une position très claire, que résume Georges Képénékian, adjoint à la culture à la mairie de Lyon : «il faut dissocier le règlement de la complexe question juridique (aux Ateliers co-existent actuellement une SCOP et une SARL, NdlR) et la nomination du candidat. On ne reconduira pas nos subventions sans cela». En attendant que la situation se débloque, la ville, la DRAC et la Région n'ont versé de subventions au théâtre que du 1er janvier au 30 juin dernier. Avec ces subsides, Gilles Chavassieux a néanmoins monté une saison qu'il présentera au public le 17 septembre. D'ici là, peut-être qu'une solution aura été trouvée, ce dont ne doute pas Georges Képénékian. Joris Mathieu est en tout cas fortement pressenti pour prendre la suite et développer un théâtre du numérique et de l'image, comme il le fait depuis quinze ans avec sa compagnie Haut et Court.

Au Toboggan aussi, la situation est délicate : sa plaquette ne sortira qu'en novembre, pour une saison qui débutera en janvier avec l'Alice du Nouveau Cirque National de Chine, vu aux Célestins l'an dernier à Noël. Jean-Paul Bouvet, directeur historique du lieu - il était dans les murs depuis l'ouverture en 1996 - parti à la retraite en juin, n'a pas encore de successeur. La salle, elle, est pour l'instant en travaux, et l'universitaire lillois Pierre Yana a été missionné par la mairie pour bâtir sur six mois une programmation similaire aux précédentes, autrement dit accordant une importante place à la danse, comme le souhaite la DRAC. Un nouveau directeur sera nommé en janvier.

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Joris Mathieu pour redynamiser les Ateliers

Entretien | En 2015, Joris Mathieu prenait la tête d'un Théâtre des Ateliers moribond ; rapidement après, il obtenait la direction du Théâtre Nouvelle Génération à Vaise et rattachait le premier au deuxième, en en faisant une seule et même entité. Alors que les tutelles lui ont accordé un second mandat qui le mènera jusqu'à fin 2021, il nous explique ses ambitions pour cette (double) salle.

Nadja Pobel | Lundi 30 avril 2018

Joris Mathieu pour redynamiser les Ateliers

Quelle place spécifique avaient les Ateliers dans votre projet de CDN ? Joris Mathieu : Depuis le départ, il y a l'idée de ce qu'on va lancer de manière beaucoup plus franche dès janvier : un vivier, l'association avec des artistes que l'on peut qualifier d’émergents, même si je n'aime pas trop ce terme, associés sur des phases longues avec des temps de recherche en amont suivi d’accompagnement en soutien aux productions. La logique du projet est de se dire qu'on a la chance de vivre dans une métropole culturelle très dense et qu'il faut soutenir de façon plus constructive les équipes artistiques, locales et nationales : nous sommes un Centre Dramatique National. Ce vivier existait déjà avec Catherine Hargreaves... Oui, mais c'était une première expérimentation en accompagnant une artiste pour qu'elle puisse développer son travail en lui donnant de la visibilité. On poursuivra ce processus en mettant en place deux choses : accompagner non pas un seul artiste, mais a priori quat

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Le documentaire de retour au Toboggan !

Festival | Sans bouger du Toboggan, les Écrans du Doc vont vous faire voir du pays, de l’Afrique à l’Amérique. Une projection de Sugarland (dénonçant (...)

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 mars 2018

Le documentaire de retour au Toboggan !

Sans bouger du Toboggan, les Écrans du Doc vont vous faire voir du pays, de l’Afrique à l’Amérique. Une projection de Sugarland (dénonçant l’omniprésence du sucre à travers l’expérience-limite du réalisateur Damon Gameau), sera suivie par une rencontre avec Perrine d’Orazio, diététicienne et nutritionniste. On notera aussi l’avant-première du film tunisien multiprimé, Au-delà de l’ombre, en présence d’une ancienne Femen tunisienne. Aucun dressing doc… code n’est exigé à l’entrée. Les Écrans du Doc Au Ciné Toboggan du 13 au 18 mars

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Quoi de neuf, en doc ?

ECRANS | Dans le documentaire comme dans les autres genres, certains arbres au feuillage outrageusement vert et au tronc gentiment creux captent (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Quoi de neuf, en doc ?

Dans le documentaire comme dans les autres genres, certains arbres au feuillage outrageusement vert et au tronc gentiment creux captent indument une lumière méritant de se répandre sur d’autres pousses de la forêt. Heureusement, il existe des manifestations telles que Les Écrans du Doc pour aller au-delà de cette canopée et faire état d’une diversité parfois insoupçonnée. En une petite semaine, quatorze films vont se succéder au Toboggan décinois, pour la plupart accompagnés par des animations. Si la moitié de la programmation est constituée d’avant-premières — dont Il m’a appelé Malala de Davis Guggenheim et No Land’s Song de Ayat Najafi à l’occasion de la soirée d’ouverture, coïncidant avec la Journée internationale des Droits des Femmes —, on se réjouit des coups de projecteurs braqués sur des œuvres nécessaires telles que les récents Merci patron ! de François Ruffin, astucieuses représailles à l’avidité des milliardaires, ou

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«Imaginer demain, c’est être dans l’actualité» - Interview de Joris Mathieu

SCENES | Nommé à la tête du TNG en janvier 2015, Joris Mathieu lance cette semaine sa première saison d’un théâtre destiné à la fois aux très petits et aux bien plus grands. Saison qui se déploie désormais aussi en centre-ville, au Théâtre des Ateliers. Rencontre.

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

«Imaginer demain, c’est être dans l’actualité» - Interview de Joris Mathieu

Grand changement cette saison, la multiplications des lieux : le TNG est aussi dans les murs des Ateliers... Joris Mathieu : C’est une façon d’ouvrir le théâtre jeune public sur la ville, dans le centre, en poursuivant le travail sur les écritures contemporaines. Ce sont deux espaces pour construire et accueillir plus d’artistes en création. Car il y a tous ceux qui sont programmés et ceux que l’on ne voit pas, qui sont en répétition, en écriture… On a toujours besoin de plus de lieux pour développer cela comme le font les Subsistances, avec qui on commence à dialoguer pour imaginer ensemble un pôle de création pour les artistes. Votre projet s’appelle "Imaginer demain". Expliquez-nous… Il y a trois axes importants dans ce projet. Tout d’abord la place accordée à la jeunesse. Une génération c’est environ dix ans ; celle des 6–16 ans va pouvoir s’exprimer. On met pour cela en place des petits rendez-vous publics où des jeunes peuvent passer du temps dans le théâtre avec des artistes et moi-même, pour simplement voir ce qui nous nourrit mutuellement et peut en émerger. C’est important de les accompagner da

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La saison 2015/2016 du TNG

SCENES | Après dix ans de très bons et loyaux services de Nino d’Introna, le TNG, désormais fusionné avec le théâtre des Ateliers, fera en septembre sa première rentrée sous la direction de Joris Mathieu, assisté de Céline Le Roux. Détail de leur programmation, audacieuse et sensible. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 24 juin 2015

La saison 2015/2016 du TNG

Ils ne sont plus nombreux les Centres Dramatiques Nationaux à se consacrer au jeune public. Restent Strasbourg (entièrement dédié aux marionnettes) et Lyon, qui englobe désormais le théâtre des Ateliers après une transition flottante entre Gilles Chavassieux et Joris Mathieu. Conséquence de cette multiplication de plateaux, les jeunes spectateurs pourront aussi bien être conviés sur la Presqu’île que dans le 9e arrondissement, en fonction de la configuration des spectacles. Le projet de Joris Mathieu, lorsqu’il postula au TNG, était d’«imaginer demain», place à la pratique avec un axe fort sur l’écriture numérique. «C’est la jeunesse qui va construire le monde de demain, à nous de faire en sortir qu’elle ne le subisse pas et qu’elle ne fasse pas que le traverser» annonce-t-il en viatique de cette saison qu’il a souhaitée à la découverte de nouveaux mondes et de nouveaux langages. Il a dans cette idée convié les artistes Chiara Guidi (qui nous avait fait forte impression avec le conte en immersion Buchettino, où les spectateurs, allongés dans un grand dortoir en bois, se voyaient raconter l’histoire du

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La faim et les moyens

SCENES | Théâtre / Gilles Chavassieux met en scène À la tombée de la nuit de Peter Turrini. Satire sociale, comédie déjantée où mécènes et artistes cohabitent, cette pièce est présentée pour la première fois en France, au Théâtre Les Ateliers. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Vendredi 19 mars 2010

La faim et les moyens

Nous sommes en Autriche, au sud de la Carinthie, dans la demeure d’une comtesse. La vieille dame fortunée se pique de se faire appeler madame Schwartz mais ce n’est pas son unique lubie. Sous sa houlette, sa fille et son époux offrent le gîte et le couvert à des artistes sans le sou, en échange de leur docilité et de leur capacité à animer les repas de leur conversation. Les mécènes, mélanges de doux dingues désespérés et de manipulateurs sordides occupent leurs interminables journées en s’amusant avec des artistes oisifs, sous l’œil attentif de l’avocat de la famille, qui espère bien tirer son épingle du jeu de massacre. L’auteur de cette pièce, Peter Turrini, qui fut lui-même introduit dans ce milieu, apparaît dans la pièce sous les traits d’un jeune garçon obèse, qui ne réussit pas à fuir la fourmilière pendant qu’il en est encore temps. Chacun se sert de l’autre, l’utilise, le presse, à la recherche d’argent, de pouvoir, d’amour, d’inspiration ou d’activités ludiques pour occuper le temps qui le sépare de la mort. Du beau mondeMonter À la tombée de la nuit sans tomber dans la caricature n’est pas chose aisée. L’ancien nazi, le (ou les) pédophile(s), l’hystérique, le

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Halte-là !

SCENES | Théâtre / Des stries, un Tetris, une pluie de lettres façon Matrix projetées comme contours de décor, des marques au sol pour délimiter le terrain jamais (...)

Nadja Pobel | Jeudi 15 janvier 2009

Halte-là !

Théâtre / Des stries, un Tetris, une pluie de lettres façon Matrix projetées comme contours de décor, des marques au sol pour délimiter le terrain jamais respecté de chacun façon Dogville et trois hommes qui se cherchent, se marchent sur les pieds, tentent de cohabiter. Ils sont policiers. L'un débute, abrupt et fougueux ; le deuxième est désenchanté et dépressif, moquant la naissance de l'enfant de ses amis pour mieux circonscrire son malaise abyssal de n'avoir rien construit ; le dernier, retraité, a passé l'âge de la déprime léthargique et s'agite autour de bombes sexuelles en ne parvenant pas à masquer sa solitude. Loin d'un commissariat nerveux comme celui des Experts, Gilles Chavassieux a choisi de placer ces trois hommes dans un terrain vide, tout juste modulé par un bar, un canapé et un frigo transformé en fontaine à bière. Dans cet espace, les comédiens se donnent les répliques comme on attrape un ballon au vol, pour ne pas casser le filin qui les maintient en vie alors que tout les incite à arrêter les frais. Ils luttent contre la pauvreté qui les entoure et dont il sont victimes, se débattent avec eux-mêmes. Notamment Alban, jeune raciste ordinaire qui ne voit pas le mal

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Plus on est de fous...

SCENES | Table ronde / Il fallait y penser, le théâtre des Ateliers l'a fait. Ce n'est plus un, mais quatre metteurs en scène qui prennent leurs quartiers au théâtre : Gilles Chavassieux, Simon Delétang, Catherine Hargreaves et Olivier Rey. Qu'est-ce que cela va changer ? Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 10 octobre 2007

Plus on est de fous...

Petit Bulletin : Vous parlez d'un «collège de metteurs en scène». En quelques mots, présentez-nous ce collège et expliquez-nous ce qui va changer aux Ateliers.Gilles Chavassieux : C'est le résultat de plusieurs années d'expérience. L'idée centrale est de produire les projets artistiques de jeunes metteurs en scène, en assurant une longue série de représentations et une reprise des créations la saison suivante. L'objectif est que les metteurs en scène n'aient pas besoin de créer une compagnie, avec toutes les responsabilités que cela implique. Il s'agit également de leur assurer un nombre de représentations raisonnable, de manière à ce que la profession puisse venir voir leur travail. L'autre chose, c'était de se demander si c'était intéressant de continuer comme on le faisait depuis trente ans. J'ai pensé que ce n'était pas drôle. C'est là qu'est venue l'idée de mettre en place un théâtre de metteurs en scène ; un collège artistique. Les metteurs en scène proposent des projets artistiques aux Ateliers qui sont discutés et qui, une fois retenus, sont pris en charge comme de véritables productions. Quels sont les engagements de la structure à l'égard du collège

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