Sens interdits 2013, jour 4 : «avec humanité et choeur»

SCENES | "Chœur de femmes" de Marta Górnicka. "Je suis" de Tatiana Frolova.

Nadja Pobel | Dimanche 27 octobre 2013

Photo : 003 © Antonio Ernesto Galdamez Muñoz & Witold Meysztowicz


Il est facile de parodier cette petit phrase perfide et cynique que Jean-Louis Debré, alors ministre de l'Intérieur, avait prononcée lors de l'évacuation musclée de trois-cents sans-papiers de l'église Saint-Bernard en 1996, mais elle résume bien notre quatrième journée passée à Sens interdits, le cœur s'y étant allègrément confondu avec le chœur des Polonaises. Nous les avions ratées lors de leur passage dans ce même festival en 2011, et ce n'est pas en voyant Chœur de femmes que notre curiosité fut rassasiée. Car aussitôt conquis, la frustration de manquer les deux autres volets (Magnificat et Requiemachine) a fait son apparition (on ne pas être partout…).

C'est que ces femmes de tous âges, toutes tailles et toutes corpulences, sont épatantes. Impeccablement dirigées, autant vocalement que dans l'espace du plateau, par Marta Górnicka, elles disent rien moins qu'elles existent, que la vaisselle ne leur est pas exclusivement réservée, que Lara Croft, c'est elles aussi. Elles le martèlent avec conviction mais aussi avec humour, elles le chantent collectivement, et parfois individuellement, une tessiture très aigue ou extrêmement rauque s'échappant alors de la masse. Elles savent que le pouvoir du monde est entre leurs mains. Elles ne le lâcheront pas. Gare à celles, et surtout à ceux, qui ne l'auraient pas compris !

De manière totalement différente, la Russe Tatiana Frolova remet l'individu au centre du jeu et lui rend sa vérité avec Je suis, une locution simple et si difficile à tenir dans sa Russie où le pouvoir, hier communiste et aujourd'hui ultra-libéral, décide pour chacun et nie tout le monde. Compte-rendu critique dans le Petit Bulletin à paraitre mercredi, cette pièce se jouant encore après le festival aux Célestins, jusqu'au 9 novembre.

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Jeanne Moreau ouvre le bal

Théâtre | La rentrée au Théâtre de la Croix-Rousse se fait en musique, avec cette pièce inspirée d'une émission de télévision, "Discorama", qui conviait Jeanne Moreau en 1968.

Nadja Pobel | Lundi 28 septembre 2020

Jeanne Moreau ouvre le bal

Avant qu’il ne file refaire le monde au Teil en terres sismiques, Olivier Rey avait, au Lavoir Public, redonné vie aux Radioscopies de Jacques Chancel. Cet intérêt pour les émissions phares de la radio et de la télévision de l’époque en noir et blanc, se retrouve dans Je suis vous tous (qui m’écoutez) où Jacques Verzier et Patrick Laviosa enfilent les costumes d’un numéro de Discorama : nous sommes en 1968, Denise Glaser reçoit Jeanne Moreau. La rentrée au Théâtre de la Croix-Rousse se fait donc en musique avec cette création prévue initialement au studio en avril dernier. Basculé en grande salle pour une distanciation respectable, ce travail reste centré sur ces deux femmes qui se rencontrent à l’occasion du disque Chansons de Clarisses, écrites par le poète Eugène Guillevic

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Tatiana Frolova : sous la Russie, la glace

Théâtre | Le 16 octobre, le festival de théâtre Sens interdits entamera dix jours dédiés aux résistances avec la dernière création de Tatiana Frolova. De l'art de la fidélité.

Nadja Pobel | Mardi 8 octobre 2019

Tatiana Frolova : sous la Russie, la glace

« Il n'est pas de hasard, il est des rendez-vous » murmure-t-il depuis des décennies. Étienne Daho pourrait apposer sa jolie ritournelle sur ce lien établi entre Sens Interdits et l'autrice et metteuse en scène Tatiana Frolova. Pas de hasard, car pour faire la route de sa Sibérie natale à l'Europe, elle a dû retrousser ses manches pour sortir de sa ville fermée et faire le chemin jusque dans nos contrées où Patrick Penot (voir son portrait page 15) a rencontré son œuvre, après maintes péripéties, en 2010 à Vandœuvre-lès-Nancy. Voici déjà quatre rendez-vous avec le festival, qui la porte à chaque édition depuis 2011 et lui permet désormais de faire sa création sur le grand plateau des Célestins. Une première pour celle qui incarne la résistance, dont le festival a fait sa ligne de conduite avec pertinence. Née en 1961, Tatiana Frolova est diplômée de mise en scène de l'Institut de la Culture de Khabarovsk, dans l'Extrême-Orient russe. Sous ses atours frêles, sa silhouette masque une volonté de fer pour dire la Russie et l'URSS, ce dont elle a hérité et comment elle s'en débrouille. De son parco

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Tatiana Frolova : Back in the U.S.S.R. au Point du Jour

Théâtre | Depuis 1985, de sa Sibérie natale, Tatiana Frolova dit ce qu'est son pays, ses errements et son incapacité à se regarder. Créé l'an dernier à Lyon, Je n'ai pas encore commencé à vivre revient au Point du Jour. Sans concession et ultra sensible.

Nadja Pobel | Mardi 27 novembre 2018

Tatiana Frolova : Back in the U.S.S.R. au Point du Jour

Comment cautérise un pays ? Sur quoi ses habitants peuvent-il s'appuyer pour être un peu meilleurs que leurs aînés ? Tatiana Frolova identifie comme ciment de ses compatriotes russes la peur. Celle héritée d'histoires familiales douloureuses et d'une nation meurtrière. Certains pourtant, « ces gens qui ne lisaient pas de livres, rackettaient de l'argent avec violence, sont devenus députés » constate-t-elle sans détour. « Ils avaient lutté pour notre liberté mais en fait, la majorité n'en avait pas besoin. Ils avaient juste besoin de s'empiffrer ou d'acheter des meubles et dans les années 90, ils ont enfin pu s'empiffrer, et puis ils ont acheté des meubles, des maisons, des usines et tout le pays ». Ce n'est pas la première fois que la metteuse en scène serpente dans des récits intimes (Je suis) ou nationaux (Une guerre personnelle sur la Tchétchénie)

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Des chants au grand jour avec Hymn to Love

Théâtre | Au cri dans la nuit, Marta Gornicka préfère la chorale de ces hommes et femmes debouts, dressés face au monde. Le festival Sens interdits offre en son année off cette première date en France du spectacle de la Polonaise à qui il est fidèle.

Nadja Pobel | Mardi 6 novembre 2018

Des chants au grand jour avec Hymn to Love

Un hymne à l'amour. Voilà comment la Polonaise Marta Gornicka nomme cette création née à Poznan en janvier 2017. Durant une heure, face public, 25 hommes et femmes, de tous âges et même des enfants, forment un chœur, selon le mode d'expression que la metteuse en scène pratique. Nous n'avons pas vu ce spectacle mais Chœur de femmes présenté dans le festival Sens interdits 2013, deux ans après que celui-ci ait accueilli RequieMachine et Magnificat. Que disaient-elles, ces femmes ? Que le pouvoir est entre leurs mains, qu'elles n'ont peur de rien, refusent les diktats et que l'avenir leur appartient. Banal ? Certainement pas. Entre temps, le mouvement #metoo a mis au jour le manque abyssal d'écoute de la parole féminine. La Pologne a sérieusement régressé en la matière avec une loi de plus en plus restrictive concernant l'IVG, les nationalistes prennent le pouvoir jusqu'à la nausée (Italie, Autriche...) ou entrent des les assemblées (l'AfD en Allemagne). Alors, les œuvres de

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7 spectacles pour lesquels vous devriez réserver

La Saison Théâtre | De Joël Pommerat à l'implacable Tatiana Frolova, voici sept pièces aimées ou prometteuses sur lesquelles nous misons cette saison.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

7 spectacles pour lesquels vous devriez réserver

Départ flip Ils et elles grimpent sur un toit de cordes et rampent. Nous les regardons là-haut comme nous regarderions au zoo une kyrielle de singes se mouvoir avec attention et agilité. Les trapèzes ? Ils sont leurs objets collectifs car c’est bien à la rencontre avec une tribu que nous convie Aurélie La Sala, ancienne boxeuse, circassienne qui a repris seule la compagnie Virevolt fondée avec Aurélien Cuvelier. Sans numéros d’épate, au sol, dans les airs, amassés sur un cube à 80 cm du sol comme si une mer menaçante allait les aspirer, les acrobates signent un spectacle bouleversant sur ce qu’il nous reste de liberté, la capacité et/ou la nécessité d’être seul ou plusieurs, comment on se débat avec les contraintes extérieures et nos urgences intérieures. Superbe. À Villefontaine le 23 novembre À Villefranche le 4 mai Je n’ai pas encore commencé à vivre Ce fut une claque. Tatiana Frolova ne nous est pourtant pas inconnue. Grâce au festival Sens interdits, elle présente même à Lyon son quatr

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Quand la peur monte

Théâtre | Le propos est inattaquable et jamais trop entendu (l'Europe rétrécie et frileuse), les acteurs impeccables, le duo Richter/Nordey parfaitement complémentaire. Mais d'où vient alors cette impression que cela sonne un peu faux ?

Nadja Pobel | Mardi 14 novembre 2017

Quand la peur monte

On ne s'en lasse pas : remettre Fassbinder au centre du jeu. Mort à 37 ans en 1982 en laissant une quarantaine de films, une vingtaine de pièces de théâtre, une série télé au long cours (ah ce Berlin Alexanderplatz !), il est des artistes qui manquent cruellement aujourd'hui. Alors Nordey, qui a trouvé avec Falk Richter un alter ego, joue à le replacer au centre du jeu, la question du genre directement abordée. Il est un Rainer/Stan face à sa mère/Laurent Sauvage reprenant la séquence incluse dans L’Allemagne en automne. Et déjà la question de l'accueil des migrants crée des engueulades : « tu ne peux pas juste les mettre dehors comme ça, ils sont censés aller où ? / Là d’où ils sont venus. / Là-bas il y a la guerre. Il n’y a rien, tout est détruit. / Alors ils doivent reconstruire leur pays. / Mais comment ? En pleine guerre / Je m’en fous ». Cologne est passée par là, la peur de certains Allemands se heurte au généreux « Wir schaffen das » (nous le pouvons) d'une Merkel soudain plus Ossies que CDU. Et Richter convoque l'Europe dans ce spectacle créé en mars 2016 au TNS (S

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Les Super-pouvoirs du Théâtre du Bruit

SCENES | S’immerger dans l’intimité des êtres dotés de super-pouvoirs comme nous y invite l’auteur et metteur en scène Jonathan Lobos, c’est déjà aller à la rencontre de (...)

Nadja Pobel | Mercredi 10 février 2016

Les Super-pouvoirs du Théâtre du Bruit

S’immerger dans l’intimité des êtres dotés de super-pouvoirs comme nous y invite l’auteur et metteur en scène Jonathan Lobos, c’est déjà aller à la rencontre de cette jeune troupe du Théâtre du Bruit qui n’a peur de rien. Surtout pas de monter une pièce (Je suis, jouée la semaine dernière) avec huit comédiens sur un plateau de poche, sans coulisses, et d'y introduire des instruments de musique aussi volumineux qu’une batterie. Non, cette compagnie issue de la formation lyonnaise de l’école Premier Acte ne craint personne. Et ose tout. Dans le premier volet de ce diptyque, durant deux heures, chacun va interpréter maints personnages et inventer une multitude de lieux (salle de classe, cabinet de médecin, salle de concert…). Revêtus de combinaisons en lycra jusqu’au bout des doigts, les personnages de comics tentent de faire en sorte que leurs pouvoirs (tel celui de remonter dans le temps) ne les coupent pas trop du monde qui les entoure. C’est tout le paradoxe de ce spectacle qui met en évidence l’isolement de ses personnages en jouant de l’esprit collectif des comédiens. Bien sûr, à trop vouloir en faire, le metteur en scène entraîne parfois sa créat

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Je suis un soldat

ECRANS | De Laurent Larivière (Fr-Be, 1h37) avec Louise Bourgoin, Jean-Hugues Anglade, Anne Benoît…

Vincent Raymond | Mardi 17 novembre 2015

Je suis un soldat

Depuis son interprétation de mère supérieure âpre dans La Religieuse de Guillaume Nicloux, Louise Bourgoin se serait-elle transfigurée ? Sans doute est-elle aujourd’hui plus mûre pour des rôles et un jeu plus consistants, tel celui qu’elle campe dans Je suis un soldat. Victime de la crise, cette trentenaire redevient petite fille en étant hébergée par sa mère et devant travailler dans le chenil de son trafiquant d’oncle — Anglade, surprenant d’ambiguïté malfaisante et de dangerosité. Mais on assiste à son émancipation progressive ; comme si son individualité, en veilleuse, reprenait le flambeau. Cette reconstruction, Laurent Larivière la filme avec une grande justesse, dans un cadre socialement ravagé : la région de Roubaix. Ajoutons que Laurent Capelutto refait, après Je suis à vous tout de suite, une apparition nu comme un ver (rares sont les acteurs à avoir ce courage et cette constance), et que le final est beau comme du Marcel Duchamp.

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Sens Interdits 2015 : 4 spectacles à ne pas manquer

SCENES | Le Songe de Sonia (Russie) Pour la troisième fois, Tatiana Frolova expose sa Russie au festival. Elle qui, en 1985, fonda le KnAM, un des tout (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2015

Sens Interdits 2015 : 4 spectacles à ne pas manquer

Le Songe de Sonia (Russie) Pour la troisième fois, Tatiana Frolova expose sa Russie au festival. Elle qui, en 1985, fonda le KnAM, un des tout premiers théâtres libres de Russie, tente aujourd'hui de survivre sous Poutine et met en avant ce que le régime tait, ici le mystère qui plane sur le nombre élevé de suicides dans son pays. Elle s’appuie pour cela sur un travail vidéo une fois de plus remarquable et sur Le Songe d’un homme ridicule de Dostoïevski, où un homme sur le point de se supprimer est rattrapé par le souvenir d’une enfant. Du 15 au 23 octobre et du 3 au 7 novembre aux Célestins Dreamspell (Lituanie) Encore étudiante en troisième année à l’académie lituanienne de musique et de théâtre, Kamilé Gudmonaité s’est elle aussi inspirée d’un Songe, celui, plus onirique, de Strinberg cette fois-ci. Elle y emmène six comédiens très expressifs, en exploration de questions existentielles tenant, par exemple, au rôle de l’individu dans le système sociétal. Ce spectacle inédit en France a déjà été salué dans plusieurs festivals européens, notamment celui de Brno où a il reçu, en 2015, le prix de la meilleure mise en sc

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Je suis à vous tout de suite

ECRANS | Après la déculottée "Télé Gaucho", le duo Baya Kasmi-Michel Leclerc reprend une partie des ingrédients qui avaient fait du "Nom des gens" une recette gagnante. Bien que réchauffée, leur cuisine demeure assez savoureuse ; il faudra quand même veiller à changer la carte !

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2015

Je suis à vous tout de suite

Trop sympa, Hanna Belkacem : elle se plie en quatre (au sens propre) pour les autres. Comme son père Omar, un épicier vendant à perte sa marchandise, à la grande joie de sa clientèle. Il n’y a qu’avec son frère que le courant passe mal : depuis que Donnadieu se fait appeler Hakim et qu’il pratique l’Islam avec le zèle intransigeant des convertis, leurs relations sont houleuses. Mais Hakim a besoin d’une greffe de rein ; Hanna étant compatible, la réconciliation s’impose… Cette "névrose de la gentillesse" affectant une jeune femme introvertie, semblant préférer satisfaire à l’horizontale (voire à la verticale) son interlocuteur plutôt que d’avoir à lui opposer un refus ou à lui causer de l’embarras, n’est pas en soi une nouveauté : Luc Pagès en avait fait le sujet central d’un fameux court métrage, Ada sait pas dire non (1995). Baya Kasmi ne s’arrête pas à cet argument léger et gaudriolesque ; comme pour Le Nom des gens – où l’héroïne "convertissait" les hommes de droite à la pensée progressiste en couchant avec eux –, il s’agit ici d’un point de départ. Au pieu ou au pieux ? Sans renoncer à la comédie, en usant de nombreux quipro

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Sens interdits 2013, jours 7 & 8 : L’Adieu aux larmes

SCENES | "Regards de femmes" de Chrystèle Khodr et Chirine El Ansary. "Pendiente de voto" de Roger Bernat. "L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge" de Georges Bigot et Delphine Cottu.

Nadja Pobel | Jeudi 31 octobre 2013

Sens interdits 2013, jours 7 & 8 : L’Adieu aux larmes

Sens Interdits s’est achevé pour nous avec deux pièces déjà vues en amont du festival et dont vous avions parlé dans la version papier du Petit Bulletin. Si Pendiente de voto s’avère être un spectacle très dépendant de la participation du public et de sa capacité à débattre intelligemment ou pas (ce qui fut loin d’être le cas lors de notre séance), L’Histoire terrible… est lui d’une solidité constante. La troupe de jeunes Cambodgiens a fait se lever spontanément toute la grande salle des Célestins après 3h30 en khmer exigeantes et néanmoins passionnantes. Et nous voilà à nous demander depuis quand nous n'avions pas vu pareil enthousiasme du public dans cette ville de Lyon réputée (et souvent à juste titre) froide. En effet peu nombreuses sont les pièces à pouvoir déclencher une vraie ferveur au cours d’une saison. Sur le festival, elles furent pourtant plus d'une, qui plus est dans des salles bien remplies, quand elles n’étaient pas

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Sens interdits, jours 5 & 6 : aux noms des pères

SCENES | "El año en que nací" de Lola Arias.

Nadja Pobel | Mardi 29 octobre 2013

Sens interdits, jours 5 & 6 : aux noms des pères

Appliquant à la lettre une mesure de gauche existante (oui ça existe encore parfois), nous nous sommes accordés une pause dominicale.Retour au théâtre ce lundi avec la première déception du festival : El año en que nací, présenté au Radiant. Onze jeunes Chiliens nés entre 1971 et 1989 racontent la dictature de Pinochet et le sort de ses opposants via l'histoire vraie de leurs pères. Au plateau, le dispositif scénique est réjouissant : une table en verre avec caméra à jardin (qui, exactement, comme dans Je suis de Tatiana Frolova, va servir à faire défiler des documents liés à l'histoire de chacun), une série de casiers de lycées américains en fond de scène et des comédiens à vue côté cour... Et puis des micros et une guitare, qui semblent garantir que la pièce ne se vautrera pas dans la naphtaline passéiste. Problème, les onze racontent leur histoire sur le même mode opératoire : des documents réels ayant appartenus à leurs paternels (photos, pièces d'identité...) sont systématiquement filmés, projetés sur écran et sourlignés au feutre au fur et à mesure qu'ils sont commentés.C'est là que le

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La mémoire de l'oubli

SCENES | Venus du fin fond de la Russie, en Sibérie, où ils s'obstinent à faire du théâtre envers et contre tout, Tatiana Frolova et ses comédiens nous livrent "Je suis", un spectacle d'images d'une précision de dentellière et d’une acrimonie légitime vis-à-vis de Poutine. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Dimanche 27 octobre 2013

La mémoire de l'oubli

Sous le déluge d'images que nous propose Tatiana Frolova avec Je suis ne se cache pas une pièce high tech, mais bien un travail de laborantin ultra-concentré sur son objet. Frolova soulève les couches d’histoires que son pays refuse de regarder (hier la guerre de Tchétchénie dans Une guerre personnelle, aujourd'hui la répression des années 30 et les mensonges de Poutine). Elle gratte sans les outils d'un archéologue ou la science d’un historien, mais avec les armes d'une metteur en scène avide de nouvelles formes. Alors elle essaye. Elle a planqué ses trois comédiens derrière un rideau de tulle, écran de projection de photos, mais aussi de sous-titres pensés comme autant d'éléments graphiques de son tableau. Des caméras filment en gros plan les visages, une table en verre devient un astucieux réceptacle de la vie de chacun, des dessins représentant des ancêtres apparaissent puis, pour ceux qui ont connu une fin plus tragique que les autres,  disparaissent noyés

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Sens Interdits 2013, jour 3 : ArabRévolt

SCENES | "ArabQueen" de Nicole Öder. "Invisibles" de Nasser Djemaï.

Nadja Pobel | Samedi 26 octobre 2013

Sens Interdits 2013, jour 3 : ArabRévolt

Ca va, ça vient sous le chapiteau posé devant les Célestins. Une première pour ce festival qui du coup revêt vraiment un aspect convivial (café, snack, librairie, et un même un bal balkanique survolté !). Mais pas le temps de s’attarder aux débats sur la place publique et de discuter du nouvel espace de liberté conquis par les artistes tunisiens ou égyptiens après les révolutions arabes. Nicole Öder et ses copines allemandes nous attendent au TNG. Filons.   Reines d’elles-mêmes Un cube carré bien tassé et un sol blanc immaculé. Voilà tout. Avec si peu, Tanya Erarstin, Inka Löwendorf et Sasha Ö Soydan vont faire beaucoup dans ArabQueen. À cour et jardin, à peine dans l’ombre, elles opèrent aux yeux de tous leurs transformations pour incarner pléthore de personnes récurrentes, hommes ou femmes, vieux ou ados. Rien n’est caché. Et ça marche ! Seule l’une d’elles interprète, de bout en bout ou presque, Mariam, jeune fille d’aujourd’hui qui vit dans un foyer d’hier, celui de ses parents traditionnalistes immigrés en Al

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Sens interdits 2013, jours 1 et 2 : Les femmes au pouvoir

SCENES | Maudit soit le traître à sa patrie. Bussy monologues. Villa + Discurso.

Nadja Pobel | Vendredi 25 octobre 2013

Sens interdits 2013, jours 1 et 2 : Les femmes au pouvoir

Après une ouverture coup de poing, passablement énervée et sacrément accusatrice envers les spectateurs (qui tous n'ont pas souhaité la nomination de Manuel Valls au ministère de l'Intérieur, quoi qu'en disent les véhéments comédiens) par les Croates et Slovènes de Maudit soit le traître à sa patrie, le programme de jeudi fut plus posé mais pas moins calme et tranchant.   Un héros ? Des égyptiennes ! À peine débarquées d'Egypte, Mona El Shili et Sondos Shabayek ont posé leurs petites affaires en fond de scène du Théâtre de l'Elysée : des foulards, une brosse à cheveux, une poupée d'enfant... Et pendant une heure, dans Bussy Monologues, elles ont incarné leurs compatriotes féminines qui, depuis plusieurs années, leur laissent des témoignages à l'Université américaine du Caire, là où les deux jeunes filles se sont rencontrées et ont eu l'idée de ce spectacle - dont une partie seulement est présentée ici. Il y est question du corps de la femme, de l'apparition des règles aux premiers désirs, des tentatives d

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Mon vieux

SCENES | Pour sa troisième pièce en tant qu’auteur, le Grenoblois Nasser Djemaï s’intéresse aux travailleurs immigrés restés en France sans leur famille. Et offre un spectacle d’une justesse de ton remarquable. Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 22 octobre 2013

Mon vieux

Les invisibles, ce sont ces « travailleurs immigrés, écartelés entre les deux rives de la Méditerranée, qui ont vieilli ici, en France » explique en note d’intention l’auteur et metteur en scène Grenoblois Nasser Djemaï. « Ils sont restés seuls, pour des raisons diverses. La France est devenue leur pays, mais ils sont devenus des fantômes. » Un constat cruel et désabusé sur une société française qui a longtemps fait appel à une immigration de travail, mais qui a ensuite refusé de considérer ces travailleurs comme des citoyens à part entière. Nasser Djemaï s’est ainsi servi d’une histoire à la Wajdi Mouawad centrée sur la quête des origines (à la mort de sa mère, un jeune homme apprend qu’il a un père, et part à sa recherche) pour dresser le portrait de ces Chibanis (cheveux blancs en arabe) aujourd’hui à la retraite et vivant en groupe dans des foyers, loin de la collectivité et – surtout – de leur famille restée au bled. Je t’aime, moi non plus En suivant les énigmatiques derniers mots prononcés par sa mère sur son lit de mort, Martin, agent immobilier à la

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Sens interdits : obligatoire !

SCENES | Quand ils étaient venus lors de la précédente édition du festival Sens interdits, en 2011, de tous jeunes acteurs cambodgiens nous racontaient l’histoire de (...)

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2013

Sens interdits : obligatoire !

Quand ils étaient venus lors de la précédente édition du festival Sens interdits, en 2011, de tous jeunes acteurs cambodgiens nous racontaient l’histoire de Norodom Sihanouk, leur prince, déchu et trahit par le dictateur Pol Pot. Ils reviendront cette année nous narrer la deuxième partie de cette pièce fleuve d’Hélène Cixous mais depuis le vieux Sihanouk est mort. Ainsi va la vie Sens interdits (du 23 au 30 octobre dans les salles de Lyon et l’agglomération) dont la programmation théâtrale est bousculée autant qu’elle est inspirée par l’actualité d’ici mais surtout d’ailleurs. Patrick Penot, co-directeur des Célestins, n’a pas eu besoin de changer le sous-titre de l’événement qu’il a lancé en 2009 : interroger les «mémoires, identités» et surtout «résistances». Si le propos politique sous-tend chaque spectacle, aucune des troupes n’oublie de faire du théâtre avant tout. Ce sera le cas avec des artistes du monde arabe (Bussy monologies, ArabQueen, Regards de femmes) mais aussi de l’Europe vieillissante et quoique colérique (les slovènes de Maudit soit le traître à sa

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Je suis heureux que ma mère soit vivante

ECRANS | Après le fastidieux 'Un secret', Claude Miller cosigne avec son fils Nathan un film inattendu, sec et noir, qui emmène le fait-divers initial vers des abîmes d’ambiguïté. Et révèle un très grand acteur, Vincent Rottiers. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 septembre 2009

Je suis heureux que ma mère soit vivante

Le début du nouveau film de Claude (et Nathan) Miller provoque une certaine confusion. On y voit un gamin et un adolescent qui sont peut-être le même personnage, deux mères, un père qui a l’air de souffrir d’un mal inconnu… Deux environnements aussi : les vacances ensoleillées à la mer et l’atmosphère étouffante d’un appartement plongé dans le noir. La suite du film remettra les pièces de ce puzzle dans l’ordre, mais cette introduction éclatée aura semé le germe de l’inquiétude dans l’esprit du spectateur : quelque chose cloche dans la vie de Thomas, quelque chose lié à sa petite enfance, quand on l’appelait encore Tommy. Enlevé par l’assistance publique à une mère négligente, placé dans une famille idéale de petits-bourgeois accueillants, sur la voie d’une certaine stabilité sociale, il n’a pourtant jamais fait le deuil de ses origines. Révolté à l’adolescence, il profite de sa majorité pour partir à la recherche de sa «vraie» mère. Et la découvre dans une cité HLM, avec nouveau mec et nouvel enfant, encore jeune, encore désirable, toujours aussi peu responsable. Thomas ne sait pas quelle place prendre auprès de cette mère si peu maternelle, et elle ne sait pas vraiment quoi fa

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