Atvakhabar Rhapsodies, l'écrin de Système Castafiore

SCENES | Imprégné d'univers aussi éloignés de la danse contemporaine que le jeu vidéo et le cinéma d'animation, Atvakhabar Rhapsodies est une superproduction d'une rare inventivité. Et d'une dommageable vacuité. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Lundi 18 novembre 2013

Aussitôt le rideau levé, Atvakhabar Rhapsodies, la nouvelle création de Système Castafiore, compagnie transdisciplinaire fondée en 1990 par le vidéaste et musicien Karl Biscuit et la chorégraphe Marcia Barcellos, adresse un clin d'œil – littéralement, grâce à un astucieux trucage – au platformer Limbo qui, avec son noir et blanc vaporeux et ses silhouettes aux yeux luisants, symbolisa le renouveau du jeu vidéo indépendant. Le premier d'une longue série. Le hit du studio Playdead est en effet loin d'être la seule œuvre dont ce spectacle à mi-chemin du divertissement à grand spectacle et de l'œuvre d'auteur renvoie l'écho.

Pour donner forme à l'Atvakhabar, contrée chimérique qu'aurait découvert au début du vingtième siècle un réalisateur du nom d'Emil Prokop (personnage croisé dans Protokol : Prokop, un ballet déjà foisonnant mais qui apparaît rétrospectivement comme un prototype de celui-ci), Biscuit et Barcellos semblent ainsi s'être inspirés du rétro-futurisme tel que Jules Verne le préfigura, des fantaisies animistes d'Hayao Miyazaki, des mutations bestiales de James Thierrée, du gothique facétieux selon Tim Burton, des bricolages visionnaires de Georges Méliès... Autant de maîtres à imaginer sous le poids desquels bien des spectacles se seraient écroulés dès la première répétition. Pas Atvakhabar Rhapsodies, qui de ces sources composites fait jaillir une esthétique n'appartenant qu'à ses inventeurs.

L'histoire sans fin ni début

L'invention, c'est justement ce qui sous-tend l'ensemble du spectacle. Invention technique d'abord, qui s'exprime autant dans la fluidité avec laquelle s'enchaînent les trente-cinq (!) tableaux composant le spectacle que dans la poésie dont certains débordent (notamment une saisissante séquence de chute libre), sans autres ressources que des éléments de décors mobiles, des vidéos en images de synthèse et des filins apparents. Invention visuelle ensuite, personnalisée par le costumier Christian Burle, dont les tenues à base de mousses et fourrures synthétiques et de prothèses animalières sont parmi les plus stupéfiantes qu'on ait vus sur une scène (voir la parade des élans). Invention gestuelle enfin, matérialisée par une chorégraphie mêlant sur fond de scores cinématographiques routines d'arts martiaux, danses tribales, mime burlesque (le temps de deux amusants interludes ethnographiques), démarches d'automate et pas classiques, que les interprètes du Ballet de l'Opéra retranscrivent avec une belle aisance malgré les contraintes vestimentaires.

Que demander de plus ? Un substrat narratif et une charge émotionnelle qui, une fois la lumière rallumée, donneraient le sentiment d'avoir assisté à autre chose qu'à la projection d'une démo technologique pour console nouvelle génération. En l'état, Atvakhabar Rhapsodies a beau être l'un des spectacles les plus ludiques et élégants de ce trimestre, il est aussi, paradoxalement, l'un des plus désincarnés.

Atvakhabar Rhapsodies
A l'Opéra, jusqu'au samedi 23 novembre


Un ballet sous les étoiles sur grand écran: Atvakhabar Rhapsodies

Chor Karl Biscuit et Marcia Barcellos, par le Ballet de l'Opéra de Lyon, 1h15, dès 6 ans
Opéra de Lyon Place de la Comédie Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Brigade du Ballet de l'Opéra - Rejoignez la session de juin

SCENES | Au fil de la saison 2014/2015, l’Opéra de Lyon et le Petit Bulletin vous invitent à découvrir le Ballet de l’Opéra dans l’intimité des coulisses et à raconter le (...)

Benjamin Mialot | Mardi 9 juin 2015

Brigade du Ballet de l'Opéra - Rejoignez la session de juin

Au fil de la saison 2014/2015, l’Opéra de Lyon et le Petit Bulletin vous invitent à découvrir le Ballet de l’Opéra dans l’intimité des coulisses et à raconter le fruit de cette rencontre. Vous êtes apprenti blogger, rédacteur, photographe, vidéaste ou dessinateur ? Adressez-nous votre candidature motivée par email (brigadeduballet@petit-bulletin.fr) et rejoignez notre brigade de chroniqueurs-amateurs. Vos mini-reportages (écrits, filmés, dessinés…) sont publiés sur les sites du Petit Bulletin et de l’Opéra de Lyon. La prochaine session se tiendra le mercredi 24 juin, autour du spectacle Atvakhabar Rhapsodies. Vous avez jusqu'au 17 pour vous manifester (y compris si vous avez déjà candidaté sans succès auparavant !). Bonne chance !

Continuer à lire

Rencontre avec la compagnie Système Castafiore à l'Opéra

SCENES | Ce soir, pour le Ballet de l'Opéra de Lyon, c'est la première d'Atvakhabar Rhapsodies, la nouvelle création de Marcia Barcellos et Karl Biscuit, grand trip (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 15 novembre 2013

Rencontre avec la compagnie Système Castafiore à l'Opéra

Ce soir, pour le Ballet de l'Opéra de Lyon, c'est la première d'Atvakhabar Rhapsodies, la nouvelle création de Marcia Barcellos et Karl Biscuit, grand trip imaginaire puisant son inspiration dans le cinéma de Méliès comme dans les jeux vidéo et la bande dessinée. Elle sera précédée à 19h, à l'Amphi Opéra, d'une rencontre gratuite animée par Nadja Pobel, notre journaliste théâtre.  Plus d'informations sur http://www.opera-lyon.com/spectacles/danse/fiche-danse/fichespectacle/atvakhabar-rhapsodies/

Continuer à lire

Les moments forts de la saison danse 2013/2014

SCENES | Un Toboggan dont on ne connaît pas encore la programmation, un Ballet de l'Opéra qui reprend un génial mais énième opus de William Forsythe, une Maison de la Danse qui ouvre sa saison avec Benjamin Millepied... Le début de l'année chorégraphique n'est pas des plus fous. Les choses devraient toutefois s'arranger par la suite. La preuve en dix rendez-vous. Jean-Emmanuel Denave et Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 10 septembre 2013

Les moments forts de la saison danse 2013/2014

Limb's Theorem Créé en 1990, transmis au Ballet de l'Opéra en 2005, «le théorème des limbes» (limb pouvant aussi désigner le bord ou le membre, polysémie dont joue le chorégraphe) est l'une des pièces phares du grand William Forsythe. Inspiré par l'architecte Daniel Libeskind et les écrits du philosophe Wittgenstein, il y plonge ses interprètes dans des jeux de pénombre et de clair-obscur parmi un dispositif spatial et "machinique" complexe et parfois infernal. Le tout baigné de la bande sonore de son complice Thom Willems, oscillant entre musique et drones assourdissants. Une pièce aussi folle que réglée au cordeau, qui se tisse d'oppositions entre l'humain et la technique, la forme et le chaos, la danse et l'enfer mécanique.A l'Opéra, du 13 au 19 septembre  

Continuer à lire