Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Photo : © Jean-Louis Fernandez


Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D'autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite.

C'est d'ailleurs dans ce théâtre qu'il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d'Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu'elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s'annonce d'une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l'exceptionnelle venue d'Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de mettre lui-même en scène son texte Innocence (aux Célestins en janvier aussi).

Ne pas rater non plus les très doués membres de l'Unijambiste (Ekaterina Ivanovna au Théâtre de Villefranche, janvier) et de la Nouvelle Fabrique (L'Augmentation de Pérec aux Clochards Célestes, mai), ainsi que les petits prodiges de La Meute, dont la bouleversante adaptation de Belgrade d'Angelica Liddell, texte fort sur une guerre dont les gravas fument encore, sera jouée en février dans la salle polyvalente de Bourgoin-Jallieu (le théâtre, incendié en 2011, n'est toujours pas reconstruit). Ils reprendront aussi Karamazov à Charlie Chaplin en avril.

Les metteurs en scène de bonne foi

Du côté des incontournables figure Christian Schiaretti qui, dès le 10 janvier et pour un mois, s'attaque au Roi Lear avec le fabuleux Serge Merlin dans le rôle titre au TNP. Sa bluffante Saison au Congo l'an dernier laisse augurer du meilleur. Aux Célestins, il ne faudra pas faire l'impasse en février sur l'ambitieuse fresque en niveaux de gris du directeur de la Comédie de Saint-Etienne, Arnaud Meunier, Chapitres de la chute dans laquelle l'Italien Stefano Massini brosse l'histoire du capitalisme et de la financiarisation via celle des Lehman Brothers, de 1844 à aujourd'hui.

Plusieurs grands noms de la mise en scène passeront par ces deux théâtres : aux Célestins Luc Bondy avec Les Fausses confidences, Alain Françon avec Les Gens, Thomas Ostermeier en français dans le texte mais en moins percutant qu'à l'accoutumée avec Les Revenants, et au TNP Michel Raskine pour la création du Triomphe de l'amour, Jean-Louis Martinelli avec Britannicus et Joël Pommerat avec son joyau, Cendrillon.

C'est toutefois à l'opéra qu'il faudra aller acclamer ceux qui ne nous ont jamais déçus : Simon McBurney avec Cœur de chien (janvier) et Laurent Pelly avec Le Comte Ory (février). Enfin, parmi les potentielles bonnes surprises visuelles, on parierait bien quelques kopeks sur Kiss & Cry de Jaco von Dormael (cinéaste de Toto le héros) aux Célestins (février) et sur Un beau matin Aladin par Charles Tordjmann et Agnès Sourdillon (à Villefranche en février et à la Renaissance en mai).


Cendrillon

D'après le mythe de Cendrillon, écrit et ms Joël Pommerat, 1h30. Une petite fille n'a pas bien entendu les derniers mots qu'a prononcé sa mère avant de mourir. Elle croit qu'elle doit penser à elle sans cesse et règle l'alarme sur sa montre pour ne jamais l'oublier
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Les Revenants

D'Ibsen, ms Thomas Ostermeier, 1h40. Drame intime autour d'un fils et de sa mère qui découvre les conséquences des infidélités de son défunt mari
Célestins, théâtre de Lyon 4 rue Charles Dullin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Chapitres de la chute

De Stefano Massini, ms Arnaud Meunier, 3h30. Retour à la source du désastre financier qu'est la chute de la banque Lehman Brothers
Célestins, théâtre de Lyon 4 rue Charles Dullin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Wauquiez et la culture : c'est compliqué (bis)

Covid-19 | Laurent Wauquiez est passé à deux doigts de se remettre l'ensemble du monde culturel à dos. Il est retombé lundi, à peu près, sur ses pattes. Mais comment a-t-il fait pour glisser ainsi sur une peau de banane, après des semaines de mesures concrètes et de com' massive pour s'instaurer en "sauveur" du milieu culturel post-Covid ? On vous raconte.

Sébastien Broquet | Mercredi 9 septembre 2020

Wauquiez et la culture : c'est compliqué (bis)

Dès le début du confinement, la vice-présidente à la Culture Florence Verney-Carron capte l'ampleur de la crise à venir dans son secteur et mobilise ses services. Son président joue le jeu et la com' se met en branle : étonnement dans les milieux culturels, mais c'est bel et bien la Région qui s'affirme comme moteur de l'aide au secteur — avec une communication au cordeau, comme tout au long de la crise. Début mai, Laurent Wauquiez annonce 32 M€ d’aides au secteur culturel. Une élue de gauche nous confie alors : « ça me fait mal de le dire, mais faut avouer qu'ils font le boulot. » C'est d'autant plus flagrant que l'État est alors à la ramasse sur le sujet. Tout n'est pas parfait, certains producteurs pointent la faiblesse du montant maximum de l'aide, mais d'autres lieux non subventionnés apprécient a contrario l'aide exceptionnelle. Sur

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Arnaud Meunier nommé à la MC2

Mercato | C’est Arnaud Meunier qui succédera le 1er janvier 2021 à Jean-Paul Angot à la direction de la MC2 — Maison de la Culture de Grenoble, Scène nationale. Il quittera ainsi la Comédie de Saint-Étienne qu’il dirige depuis 2011 ainsi que l’école supérieure afférente.

Nadja Pobel | Jeudi 16 juillet 2020

Arnaud Meunier nommé à la MC2

Arnaud Meunier est artiste metteur en scène. Ces dernières années, il a notamment dirigé Didier Bezace et Catherine Hiegel dans Retour au désert, Rachida Brakni (Je crois en un seul Dieu), qu’il a associée à Philippe Torreton dans J'ai pris mon père sur mes épaules de Fabrice Melquiot. Son travail sur la saga des Lehman Brothers, Chapitres de la chute (écrit par Stefano Massini) avait reçu, en juin 2014, le Grand prix du syndicat de la critique. Arnaud Meunier avait récemment été candidat malheureux au TNP de Villeurbanne. À Grenoble, il a été préféré à Christophe Floderer (directeur adjoint de la Comédie de Valence sour l'ère de Richard Brunel), Marie-Pia Bureau (directrice de l'Espace Malraux, Scène nationale de Chambéry Savoie), Jean-Fran

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Le Roi Carotte : un potager survitaminé

Opéra | De la joie, des outrances, de la drôlerie et une équipe de haute précision, Le Roi Carotte revient quatre ans après sa création, mis en scène par l'une des stars mondiales de l'Opéra et fidèle de celui de Lyon, Laurent Pelly.

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2019

Le Roi Carotte : un potager survitaminé

Offenbach lui va si bien. Laurent Pelly s'en amuse depuis des décennies ou presque avec notamment cet épatant triptyque Monsieur Chouflerie restera chez lui / L'Île de Tulipatan / Le Petit voyage dans la lune. C'était en 2005 en itinérance dans Lyon. En 1998, il signait un Orphée aux Enfers royal dans des décors à couper le souffle, signés par la fidèle scénographe Chantal Thomas. La Vie Parisienne, La Belle Hélène, la Duchesse de Gérolstein, Les Contes d'Hoffmann suivront. Quand il monte en 2015 Le Roi Carotte, il va encore plus loin dans le plaisir du jeu et ne lésine pas sur les costumes, qu'il dessine comme dans chacun de ses travaux au théâtre ou à l'opéra, et affuble le ténor Christophe Mortagne d'une carotte à taille humaine très phallique. Car tout est poussé à son extrême dans cette adaptation de cet opéra-bouffe en trois actes créé en 1872. Lorsque la fée Rosée du soir est prisonnière dans un grenier, sur scène, elle est enserrée dans un gigant

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La Première de Pommerat au TNP annulée

Théâtre | En raison de la grève nationale du mardi 10 décembre, la première représentation prévue au TNP de Contes et légendes de Joël Pommerat est annulée. La pièce se (...)

Nadja Pobel | Mardi 10 décembre 2019

La Première de Pommerat au TNP annulée

En raison de la grève nationale du mardi 10 décembre, la première représentation prévue au TNP de Contes et légendes de Joël Pommerat est annulée. La pièce se joue néanmoins jusqu'au 21 décembre. Plus de renseignements sur le site https://www.tnp-villeurbanne.com.

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Quand les plateaux deviennent chaînes d'info

Théâtre | Cette saison, les artistes s'attachent à malaxer (au mieux) ou à commenter (au pire) l'actualité immédiate. Cette lame de fond du théâtre contemporain se vérifiera tout au long des prochains mois dans les salles et sera ponctuée par l'indispensable festival Sens interdits qui accueille l’immense Milo Rau.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Quand les plateaux deviennent chaînes d'info

Dans quelques mois, sur les scènes de théâtre, peut-être sera-t-il question du rapport à sens unique de l'IGPN sur la mort de Steve Maia Caniço et alors ce fait sociétal et politique deviendra œuvre de théâtre. Et si le militant antifa Antonin Bernanos, qui a écopé de quatre mois supplémentaire de détention provisoire au cœur de l'été, avait bientôt un avatar scénique ? Si le théâtre a toujours épongé et transformé les soubresauts du monde, force est de constater qu'il le fait de plus en plus immédiatement et frontalement. Cette saison vont débouler sur les plateaux de Lyon et de la métropole des récits récents ayant fait la Une des médias ces derniers mois. Parfois en les devançant et les fictionnant de façon uchronique : c’est le cas de Olivier Masson doit-il mourir ? (aux Célestins en janvier, et à La Mouche en mars), une variation sur l’affaire Vincent Lambert qui a connu son épilogue cet été. Le jeune auteur et metteur en scène François Hien traite le procès de l’aide-soignant où se confrontent la mère et l’épouse du

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Désertions et convoitises à la tête des théâtres

Rentrée Théâtre | Étrange rentrée que celle-ci dans le domaine du théâtre. Les spectacles sont multiples, mais rien ne semble immanquable a priori, et des directeurs ou directrices quittent la Ville abruptement... Débroussaillage.

Nadja Pobel | Mardi 8 janvier 2019

Désertions et convoitises à la tête des théâtres

« Cette ville est formidable, je l'adore, mais elle n'est pas dynamisante » déclarait Cathy Bouvard à nos confrères de Lyon Capitale en novembre dernier. La directrice des Subsistances quitte précipitamment mais pas tout à fait par hasard ce navire-phare qu'elle a dirigé avec rigueur et curiosité durant quinze ans et rejoint les Ateliers-Médicis à Clichy-sous-Bois. Lyon n'a pas su garder non plus Marc Lesage, qui, à la co-direction des Célestins a fait de ce théâtre le plus audacieux des mastodontes locaux. Il a désormais les rênes du théâtre (privé) de l'Atelier à Paris. Pierre-Yves Lenoir, co-créateur du Rond-Point avec Jean-Michel Ribes administrateur de l’Odéon aux côtés d’Olivier Py, Luc Bondy et Stéphane Braunschweig le remplace. Il arrive tout droit de la toute nouvelle La Scala (ouverte en septembre dernier) où il était directeur exécutif. . Plus problémat

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L'Echange à sec de Christian Schiaretti

Théâtre | Dans une proposition plus aride que jamais, Christian Schiaretti semble avoir trouvé avec L’Échange de Claudel la matière à un ascétisme qui repose entièrement sur le texte et les acteurs.

Nadja Pobel | Mardi 11 décembre 2018

L'Echange à sec de Christian Schiaretti

Il a beaucoup pratiqué les tréteaux avec ses Molière, avait placé Coriolan sur un plateau dénudé en pentes très douces où tout convergeait dans une petite bouche d’égout ; même lors de la réouverture du TNP rénové en 2011, les azuleros bleus de son Ruy Blas ne semblaient guère l'intéresser et faisaient plus figure de décorum que de décor. Désormais, Christian Schiaretti a pu faire, en cette maison qu'il dirige depuis 2002 et jusqu'à fin 2019, de la place au texte, rien qu'au texte et ses transmetteurs que sont les acteurs. De son propre aveu, ce sont là « des vacances scénographiques ! ». Fanny Gamet a simplement posé un sol bleu entaché de larges traces de plus en plus rougeoyantes au fil du spectacle entamé par une chute de sable en p

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Des naufragés sublimés par Emmanuel Meirieu

Nuits de Fourvière | Nouvelle agora et décor à couper le souffle : Emmanuel Meirieu adapte Les Naufragés de Patrick Declerck qui a écouté, soigné, pansé les clochards que la société efface. Spectacle hors normes.

Nadja Pobel | Mardi 5 juin 2018

Des naufragés sublimés par Emmanuel Meirieu

Il y a un mois, Nuits sonores rugissait dans le quartier Debourg. Plus accessible encore que ces anciennes usines Fagor, Julien Poncet, directeur de la Comédie Odéon de Lyon et initiateur-producteur du spectacle, a trouvé un autre local, sur la ligne de tram, à quelques encablures de la Halle Tony Garnier. C'est un ancien entrepôt de fret-triage dont l'histoire est encore un peu un mystère dans lequel Emmanuel Meirieu fait son retour en terres lyonnaises, les siennes, pour créer Les Naufragés d’après l’invraisemblable et déchirant témoignage qu’a publié l’ethnologue-psychanalyste Patrick Declerck. Depuis vingt ans, à quelques exceptions près (ses Chimères amères, Electre, Médée, De beaux lendemains

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Jeanne, retour de flamme au TNP

Théâtre | Ce n'est pas un spectacle neuf, loin de là. Pourtant, dans le flot de ce qui se joue en ce mois de mai, cela reste une proposition majeure. Christian (...)

Nadja Pobel | Lundi 30 avril 2018

Jeanne, retour de flamme au TNP

Ce n'est pas un spectacle neuf, loin de là. Pourtant, dans le flot de ce qui se joue en ce mois de mai, cela reste une proposition majeure. Christian Schiaretti, sur adaptation de son acolyte et directeur artistique au TNP Jean-Pierre Jourdain, fait entendre la langue d'un auteur qui lui est cher : Joseph Delteil. Créé à Reims en 1995, ce spectacle, avec Juliette Rizoud sur scène depuis 2010, perdure. La comédienne, au casting de nombreuses pièces de Schiaretti et metteuse en scène semi-convaincante d'un Roméo et Juliette version forain, est ici à son meilleur. Elle nous confiait au début de sa prise de rôle à quel point c'est « un summum de spectacle vivant ». En effet, le propos est constamment matière à jeu, avec les éléments du bord, à la manière des enfants jouant avec des cailloux. La volonté de raconter cette histoire par une na

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En bus vers Saint-Étienne

Théâtre | Le 2 mars, les Célestins vous offrent le car pour allez chez nos voisins stéphanois, dans la Comédie flambant neuve où le directeur de ce CDN monte Fore (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 février 2018

En bus vers Saint-Étienne

Le 2 mars, les Célestins vous offrent le car pour allez chez nos voisins stéphanois, dans la Comédie flambant neuve où le directeur de ce CDN monte Fore !. Arnaud Meunier a choisi des acteurs inconnus (la moitié de la promo sortante de "son" École et des diplômes de CalArt, école d'art, sorte de Fame californien) et une autrice inconnue (la trentenaire US Aleshea Harris) pour évoquer l'absurdité et la violence du monde actuel. Trump n'est pas loin, les Clytemnestre et Agamemnon du XXIe sont au premier plan de ce plateau à double niveau.

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Marx bouge encore

Colloque | Karl Marx à toutes les sauces. Honni, déifié, ou simplement figure du quotidien comme à Berlin qui lui accorde encore une rue grouillante de vie (à l'Ouest) ou (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 février 2018

Marx bouge encore

Karl Marx à toutes les sauces. Honni, déifié, ou simplement figure du quotidien comme à Berlin qui lui accorde encore une rue grouillante de vie (à l'Ouest) ou une avenue stalinienne (à l'Est). Et "Les théâtres de Marx". C'est ce que vont s'attacher à étudier des universitaires et des artistes durant un colloque international de quatre jours à l'ENS, à l'initiative du professeur et formidable transmetteur qu'est Olivier Neveux. Ouvertes à tous et toutes, entièrement gratuites, ces journées de réflexion sont l'occasion d'entendre le metteur en scène Jean-Pierre Vincent raconter (jeudi 1er à 11h30) ce qu'a été son spectacle Le Karl Marx Théâtre Inédit créé aux Amandiers-Nanterre en 1997 ou encore Bernard Sobel et Maguy Marin réunis ce même jour à 17h pour une table ronde sur ce sujet. Seront aussi présents Guy Alloucherie, et Bruno Meyssat, auteur d'un puissant spectacle pourtant peu diffusé, mais politiquement et poétiquement imparable sur la Grèce moderne :

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Les prédateurs de la nuit : "La Belle et la Meute"

ECRANS | de Kaouther Ben Hania (Tu-Fr-Sue-No-Lib-Qa-Sui, 1h40) avec Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli, Noomane Hamda…

Vincent Raymond | Mardi 17 octobre 2017

Les prédateurs de la nuit :

Étudiante à Tunis, Mariam participe à une soirée de bienfaisance durant laquelle elle rencontre Youssef. Leur idylle naissante est dramatiquement interrompue par une patrouille de police et Mariam violée par ces prétendus “représentants de l’ordre”. Son enfer ne fait que débuter… Révélée par le documenteur incisif Le Challat de Tunis (2015), Kaouther Ben Hania poursuit dans la même veine tranchante, dénonçant encore et toujours le sort réservé aux femmes en Tunisie — un Printemps arabe, pas plus qu’un Prix Nobel de la Paix ne suffisent hélas à balayer des années de machisme ni de patriarcat. La cinéaste use ici d’une forme de narration radicale, mais appropriée : de longs plans-séquences montrent la victime en proie à une cascade de violences psychologiques, ajoutant à son traumatisme. Chacun figure l’une des insoutenables étapes de son interminable calvaire intime, aggravé par des mentalités étriquées et une barbarie administrative (à l’hôpital, au commissariat) rappelant par instants l’excellent I am not Madame Bovary de Feng Xiaogan

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Emmanuel Meirieu : « Donner des émotions fortes c'est mon boulot »

Théâtre | Il trace un sillon de plus en plus fin dans le théâtre contemporain. Emmanuel Meirieu revient là où il y a presque vingt ans il dézinguait les contes avec Les Chimères amères. Des hommes en devenir lui ressemble. Les fêlures de ses personnages se sont accrues mais en émergent une humanité proportionnelle. Avec ce spectacle, il atteint l'acmé d'une émotion déjà largement contenue dans Mon traître qui repasse cette semaine aussi. Conversation

Nadja Pobel | Mardi 10 octobre 2017

Emmanuel Meirieu : « Donner des émotions fortes c'est mon boulot »

Vous souvenez-vous de la raison pour laquelle vous avez voulu faire du théâtre au lycée alors que depuis que vous êtes metteur en scène, vous ne montez quasiment pas de textes de théâtre (mais des contes, des romans) ? Vous vouliez casser le théâtre ? Je n'en ai pas eu l'intention. Même au tout début, je n'ai jamais eu la volonté d'être original, ou décalé, de casser les codes. Je n'ai pas poursuivi une recherche formelle ou de langage du théâtre. J'ai pas cherché ça. Quelle langue vous alors donné envie de faire du théâtre ? C'est le vivant et l'humain. C'est ma passion. Ce sont les voix humaines. Le théâtre n'est que ça. Il n'y a pas ça au cinéma. Pour autant, vos références sont souvent cinématographiques. Quand vous montez À tombeau ouvert, c'est parce que vous avez vu le film de Scorsese. Pas parce que vous avez lu le texte. Oui c'est vrai pour A tombeau ouvert,

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La Belle et la Meute

Avant-Première | Le souffle du Printemps arabe n’a pas débarrassé les Tunisiens des oppressions, ni purgé certaines mentalités de ses réflexes archaïques. Réalisatrice du (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

La Belle et la Meute

Le souffle du Printemps arabe n’a pas débarrassé les Tunisiens des oppressions, ni purgé certaines mentalités de ses réflexes archaïques. Réalisatrice du documenteur Challat de Tunis (2013), Kaouter Ben Hania signe avec La Belle et la Meute une glaçante fiction montrant le sort peu enviable d’une jeune femme violée par des policiers. Un film en quasi temps réel, à découvrir en avant-première. La Belle et la Meute Au Lumière Terreaux ​le lundi 9 octobre à 20h30

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6 pièces de théâtre à réserver sans tergiverser

Sélection | Les cadors on les retrouve aux belles places, nickel comme disait le chanteur. La preuve par six.

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

6 pièces de théâtre à réserver sans tergiverser

Vincent Dedienne Bien sûr, ce spectacle n’est pas neuf. Il date même de 2013. Mais voilà, c’est la fin d’une tournée triomphale méritée et largement médiatisée par l’aura de ce chroniqueur passé par Inter et Canal +, avant de livrer des revues de presse redoutables chez Yann Barthès. Au commencement, Vincent Dedienne est un comédien brillant qui, contrairement à la plupart des ses confrères solistes et humoristes, sait occuper un plateau. Et qui, à la place de blagues politico-foireuses se met à nu avec une délicatesse tout simplement bouleversante. Il signe là l’un des grands spectacles de théâtre de ces dernières années. Au Radiant les 19, 20, 25 et 26 septembre, les 20 et 21 octobre, et au Toboggan le 27 septembre Bovary par Tiago Rodrigues Il l'avait créé dans le Théâtre National de Lisbonne qu'il dirige. Devenu coqueluche de l'Hexagone (malgré l'ennuyeux Sopro présenté à Avignon cet été), le très doué Tiago Rodrigues présente sa version du roman de Flaubert, avec notamment Jacques Bonnaffé et Grégoire Monsaingeon (vu chez Gw

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Les films de la rentrée : comme une faim de 2017

14 pépites pour appétits cinéphiles | Bien sûr, on en oublie. Mais il y a fort à parier que ces quatorze films constituent des pierres de touche de la fin 2017. En attendant (entre autres), Joachim Trier, Depardon et Kathryn Bigelow, bon appétit !  

Vincent Raymond | Mercredi 30 août 2017

Les films de la rentrée : comme une faim de 2017

Mother! de Darren Aronofsky Initialement programmée pour novembre, la sortie du nouveau Aronofsky a été avancée pour cause de sélection vénitienne et c’est, à bien des égards, une excellente nouvelle. Déjà victorieux sur la Lagune avec The Wrestler en 2008, l’auteur de Requiem for a dream et de Black Swan convoque ici du lourd — Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle - toujours active - Pfeiffer, Ed Harris — pour ce qui s’annonce comme un bon vieux thriller des familles, mâtiné de fantastique dérangeant. La double affiche préventive, offrande de style sulpicien revisité grand-guignol, tient de la promesse merveilleuse ; il faudra cependant patienter jusqu’à la clôture d’une très alléchante Mostra — le festival qui, désormais, donne avec Toronto le tempo des Oscar — pour savoir si ce mystérieux flacon recèle l’ivresse escomptée. Le 13 septembre

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Viva la Mamma ! Le bagou de la Castafiore

Opéra | Montrer sur scène les vicissitudes et les vices des divas de l'opéra. Voilà une mise en abyme ludique de Gaetano Donizetti qu'on dirait écrite pour Laurent Pelly. Le metteur en scène s'en empare avec son éternelle gourmandise.

Nadja Pobel | Mardi 27 juin 2017

Viva la Mamma ! Le bagou de la Castafiore

Même le vieux théâtre a été envahi par un parking. Quelques petites voitures de ville rutilantes sont garées entre les poteaux soutenant les balcons et corbeilles... Le décor est symbolique d'un univers qui part à vau-l'eau. Rien ne va plus. C'est ici que se répète Romulus et Ersilia, jusqu'à ce que débarque la Mamma exigeant que sa chanteuse de fille ait un duo avec la prima donna. Laquelle s'insurge et part, faisant du même coup déguerpir le contre-ténor que la Mamma Agata se propose de remplacer au pied levé, provoquant des départs à la chaîne. Et une distribution de branquignoles. Dans cette Italie du mitan du XIXe siècle, le nom des chanteurs est plus important encore que l’œuvre jouée, la gestion des desiderata de chacun est la clé de voûte d'un spectacle réussi. Et la perspicacité de Donizetti, chef de troupe et directeur de théâtre, est de montrer toutes les strates de cette production avec le directeur du lieu, l'impresario, le poète, qui se désespèrent de cette situation délétère exposant les chanteurs à leur égotisme. « Où va aller cet opéra ? » Sans que cette pièce, dont Do

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Alain Françon, en grande forme

Théâtre | Il sera au TNP cette semaine avec Qui a peur de Virginia Woolf ?, il était la semaine dernière l'invité d'honneur du festival Théâtre en Mai à Dijon. Le metteur en scène Alain Françon, 72 ans, y évoquait les auteurs très divers qu'il a monté et le théâtre d'aujourd'hui. Écoutons-le.

Nadja Pobel | Mardi 30 mai 2017

Alain Françon, en grande forme

L'aventure d'Alain Françon au théâtre commence vraiment au début des années 70 à Annecy avec le Théâtre Eclaté. Un collectif d'une autre époque, moins institutionnalisée qu'aujourd'hui, faite d'agit-prop et de distribution de tracts pour une révolution marxiste-leniniste, se souvient-il en riant le 21 mai dernier, en répondant aux questions de l’universitaire Olivier Neveux à Dijon. Françon travaille alors avec les acteurs Christiane Cohendy, André Marcon, Évelyne Didi : « il n'y avait pas de hiérarchie entre nous et je suis devenu naturellement metteur en scène », alors qu'il a une formation d'historien de l’art. Ce théâtre éclaté l'était par rapport à la forme (la pièce sans texte de La Farce de Burgos, d'après le récit de Gisèle Halimi du procès de Franco fait aux militants basques), par rapport aux lieux où ils jouaient (partout sauf dans les théâtres, ou presque). Puis Françon enchaîne les directions de lieux : le théâtre du 8e à Lyon, où il succède à Jérôme Savary en 1989 et où il entre en conflit avec le maire Michel Noir, qui veut utiliser la salle pour de

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Rachida Brakni : jouer juste

Théâtre des Célestins | Une mise en scène tout en dentelle d'Arnaud Meunier, au service d'une Rachida Brakni d'une grande justesse : c'est aux Célestins jusqu'au 17 février.

Nadja Pobel | Mardi 7 février 2017

Rachida Brakni : jouer juste

À quoi ça ressemble, 1h40 de monologue ? À tout, sauf à la performance injustement présupposée... Rachida Brakni incarne trois femmes : une professeur juive, une soldat US et une kamikaze palestinienne qui veut comettre un attentat à Tel Aviv, « dans un an, dix jours et huit heures », le 29 mars 2002, elle l'annonce d'emblée. Aucun accessoire ne vient seconder la comédienne (ancienne pensionnaire de la Comédie Française) pour l'aider à incarner ces trois destins mêlés au cours du conflit israélo-palestinien, refrain ensanglanté des décennies passées, plus que jamais d'actualité. Dans un décor d'un gris dégradé, inversement semblable à celui de ses vêtements, encadré par trois portes qui n'ouvrent sur rien, elle avance, sur la moquette, à pas de loup presque comptés sans jamais flirter avec l'illustration ou même la démonstration. Ses cris de détresse sont silencieux, terriblement expressifs. Les explosions donnent lieu à une lumière crue et aveuglante. Arnaud Meunier, qui adapte ici (après Anna Politovskaïa et Chapitres de la chute) sa troisième œuvre de l'écrivain italien

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Arnaud Meunier reconduit

Comédie de Saint-Étienne | Alors que la nouvelle Comédie de Saint-Étienne, ce Centre dramatique national historique qui célèbre ses 70 ans, ouvrira au public sur le quartier de la (...)

Nadja Pobel | Lundi 30 janvier 2017

Arnaud Meunier reconduit

Alors que la nouvelle Comédie de Saint-Étienne, ce Centre dramatique national historique qui célèbre ses 70 ans, ouvrira au public sur le quartier de la Plain Achille en septembre prochain, son directeur Arnaud Meunier (nommé en 2011) vient tout juste d'être reconduit dans sa fonction pour un 3e mandat qui le mènera jusqu'au 31 décembre 2020. Le metteur en scène va pouvoir poursuivre son travail notamment tourné vers l'écriture contemporaine comme en témoigne Je crois en un seul Dieu de Stefano Massini, justement programmé aux Célestins jusqu'au 17 février.

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En route vers la mégalomanie et le despotisme

TNP | Poursuivant son exploration de la langue d'Aimé Césaire, Christian Schiaretti livre avec La Tragédie du roi Christophe un spectacle choral instructif mais étonnement figé.

Nadja Pobel | Mardi 31 janvier 2017

En route vers la mégalomanie et le despotisme

Comment se traduit au quotidien un régime démocratique ? Au travers des écrits de Césaire, Christian Schiaretti visite avec appétence cette question fondamentale qui agite continuellement le monde, notre riche Occident de plus en plus fragilisé par l'accroissement des inégalités n'étant pas en reste. Avec Une saison au Congo, il parvenait à matérialiser l'injuste chute de Lumumba et à rendre perceptibles les manigances hors-sols de l'ex-colonisateur belge. Le metteur en scène poursuit ce travail consistant à expliquer l’immense difficulté de rendre le peuple libre. En Haïti, sur les cendres de Saint-Domingue, Césaire saisit la première démocratie noire au monde, proclamée en 1804, avec en entame un combat symbolique de coqs entre Pétion qui règne sur le Sud de l'île et Henri-Christophe sur le Nord. Ce dernier l'emporte et va peu à peu faire marcher ses administrés aux pas militaires de son ambition, déviant vers la mégalomanie comme en témoigne la construction de la pharaonique citadelle pour laquelle même femmes et

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La Famille royale : les loups de Wall Street

Théâtre des Célestins | Il y a parfois des événements qui tiennent leurs promesses. La création de La Famille royale par La Meute est de ceux-ci. Un auteur vivant (!) et américain, les bas-fonds d'une société moisie — la nôtre —, du rock en live... sous les décombres, le metteur en scène Thierry Jolivet trouve même une once de lumière : celle du théâtre.

Nadja Pobel | Mardi 10 janvier 2017

La Famille royale : les loups de Wall Street

« Qui connaît la plus belle mort ? Le soldat qui tombe pour sa patrie ? Ou la mouche dans mon verre de whisky ? » Voix paisible, micro en main prononcé par une sorte de MC décati, c'est avec ces mots que commencent quatre heures d'une plongée dans les bas-fonds de San Francisco, l'envers d'une american way of life si fantasmée, si peu avérée. Et s'il manque à la distribution un métissage culturel (quoique cette remarque ne soit peut-être qu'un délit de faciès inversé et très en vogue dans le théâtre actuel... David Bobée, suivez mon regard) et au plateau un supplément de poussière (difficile de restituer le crad'), le reste est là. Viscéralement là. Tyler Brady, détective privé, renonce à suivre un énième mari infidèle, car à quoi sert de payer pour souffrir plus encore, dit-il à l'épouse inquiète et demandeuse. Non ! Il va répondre à la commande de son frère, un homme d'affaire sans limite, John Brady. Objectif : débusquer la Reine des putes pour ouvrir un bordel virtuel. Mais Tyler va s'enfoncer corps et âme dans les rues sombres et puantes, aimer cette Majestée retrouvée et tenter de pans

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Beaucoup de promesses sur les scènes

Théâtre & danse | Quelques grands noms du panthéon théâtral et de nombreux trentenaires au talent cru : voilà de quoi remplir la deuxième moitié de saison qui, espérons-le, sera plus nourrissante que la première.

Nadja Pobel | Mardi 3 janvier 2017

Beaucoup de promesses sur les scènes

Étrange début de saison où les seules vraies émotions ont émané du solo de Vincent Dedienne, de deux des trois Fugues par le Ballet de l'Opéra, de la petite forme Udo de La Cordonnerie, du best of des Subs ou de La Cuisine d'Elvis à la Comédie de Saint-Étienne ; justement, son directeur Arnaud Meunier viendra bientôt avec son spectacle pour enfants Truckstop au TNG puis Je crois en un seul Dieu aux Célestins, où il retrouvera Stefano Massini après Chapitres de la chute. La Meute est de retour L'attaque en trombe de 2017, confiée à La Meute, devrait faire mentir cet automne morose : avec La Famille royale dès le 4 janvier au Toboggan (dont la directrice Sandrine Mini est poussée vers la sortie par sa municipalité) déjà, et dans la foulée aux Célestins qui ont l'intelligence de leur faire de nouveau confiance. Après Belgrade, la jeune troupe adapte le roman sulfureux et vigoureusement

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Un oiseau vert encadré

TNP | Créateur infatigable de grands spectacles jouissifs et épatants, Laurent Pelly trouve avec cet Oiseau vert de Gozzi une fable à sa mesure sans toutefois éviter quelques lourdeurs.

Nadja Pobel | Mardi 20 décembre 2016

Un oiseau vert encadré

Depuis 1994 qu'on le voit s'amuser du théâtre et le rendre divertissant sans le bêtifier, Laurent Pelly est un phare dans cet art des planches qui parfois se prend au sérieux (c'est heureux) immodestement (ça l'est moins). L'opéra lui permet d'avoir la folie des grandeurs (Pour son Orphée aux enfers ou son Hansel et Gretel, il a notre gratitude éternelle) corrélée à son goût insatiable du divertissement. Pelly aime Offenbach, Shakespeare, Copi et Levin. Et tout fonctionne. Voilà que dans ce Théâtre national de Toulouse qu'il dirige pour un an encore, il a monté, en février 2015, cet Oiseau vert de Gozzi. Moins passé à la postérité — sinon pour L'Amour des trois oranges — que son rival Goldoni (dont Pelly avait adapté Le Menteur sur un plateau transformé en lagune), Gozzi est le réac' qui doute des Lumières, de la philosophie et de la

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Aimé Césaire dans l’œil du cyclone

Théâtre National Populaire | Début ce 2 décembre d'une période de deux mois consacrée à Aimé Césaire au TNP. Avant la création de La Tragédie du roi Christophe mi-janvier, place à deux reprises de haut vol.

Nadja Pobel | Mardi 29 novembre 2016

Aimé Césaire dans l’œil du cyclone

C'est peut-être sa plus belle réalisation ici dans ce TNP qu'il pilote depuis 2002. Christian Schiaretti qui a tant travaillé sur un mode choral (Opéra de quat'sous, Par-dessus bord, Coriolan, Mai juin juillet et encore récemment un Bettencourt boulevard trop morcellé) a trouvé en Aimé Césaire un auteur dont la portée politique essentielle, alliée à une langue précise, littéraire sans être fantasmagorique, lui a permis de livrer un spectacle fort et homogène, donné sur un plateau recentré où l'action s'en trouve intensifiée. Une saison au Congo (1966), créée en mai 2013, sera donc reprise après être passé cet automne par l'Afrique. Le collectif burkinabé Béneeré est au cœur de ce travail associé

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Claudia Stavisky, d'une bataille à l'autre

Théâtre des Célestins | Retrouvant sobriété et singularité au service d'un thème qui lui est cher (le pouvoir et l'art), Claudia Stavisky signe son meilleur spectacle depuis Lorenzaccio.

Nadja Pobel | Mardi 22 novembre 2016

Claudia Stavisky, d'une bataille à l'autre

« Je ne suis pas en paix avec la vie. Ça n'existe pas. » Galactia, lucide et torturée, gravite autour d'un homme engagé par ailleurs, qui la malmène, et du pouvoir politique venant de lui confier une grande mission : peindre la bataille de Lépante que les Vénitiens viennent en 1571 de gagner, face aux Ottomans. Là où le doge ne voit qu'un triomphe, elle est hantée par le carnage et les milliers de victimes. Elle fera le Tableau d'une exécution. Howard Barker, historien de formation, aime à puiser dans le réel un support à sa réflexion qu'il déploie depuis plus de quarante ans dans ce qu'il a lui-même nommé "le théâtre de la catastrophe", sorte de retour à l'essence humaine dans le grand maelström du monde. Christiane Cohendy porte durant plus de deux heures cette femme aux convictions affirmées mais qui ne s'exonère pas de ses fêlures et fragilités. Claudia Stavisky parvient à l'orienter vers cette dualité, comme elle l'avait fait avec Marie Bunel

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Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

De Stavisky à Lacornerie | Inchangés depuis des lustres pour la plupart, les directeurs des grandes scènes de Lyon creusent scrupuleusement leur sillon, en montant des textes attendus.

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

Incroyable ! Christian Schiaretti aura l'honneur d'imaginer le centenaire du TNP en 2020 : en poste depuis 2002, il a été reconduit à la tête de l'établissement jusqu'à fin 2019 ; son contrat arrivait à échéance en décembre. En cette rentrée, il revient, après un Bettencourt Boulevard bancal, à l'auteur qu'il a le mieux transposé à la scène depuis son arrivée : Aimé Césaire. Il reprend Une saison au Congo (du 2 au 10 décembre), créé en 2013 puis signera La Tragédie du roi Christophe (du 19 janvier au 12 février). Dans la première, il avait su organiser clairement la conquête de l'indépendance de ce pays et la chute de son héros pacifiste Lumumba grâce à une alchimie entre sa troupe habituelle du TNP et des comédiens du collectif burkinab

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Christian Schiaretti : objectif 2019

SCENES | Le directeur du TNP, en place depuis 2002, a vu sa demande de prolongation acceptée par le ministère de la Culture. Le 9 mai dernier, Audrey Azoulay a (...)

Nadja Pobel | Vendredi 13 mai 2016

Christian Schiaretti : objectif 2019

Le directeur du TNP, en place depuis 2002, a vu sa demande de prolongation acceptée par le ministère de la Culture. Le 9 mai dernier, Audrey Azoulay a stipulé par courrier que Christian Schiaretti dirigerait le TNP jusqu’au 31 décembre 2019 alors que son mandat arrivait à échéance à la fin de cette année. Ce sera son dernier contrat. Il aura en charge d’organiser la célébration, en 2020, du centenaire de ce théâtre. Metteur en scène de Bettencourt Boulevard et Ubu (presque ) roi cette saison, il créera prochainement La Tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire.

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Ubu déchaîné

Théâtre | Et pourquoi pas remonter encore Ubu, ce despote plus attachant que bien d’autres plus réels ? Problème : la mise en scène est aussi fourre-tout que la scénographie. Et Stéphane Bernard s’expose bien seul aux vents contraires.

Nadja Pobel | Mardi 19 avril 2016

Ubu déchaîné

Gigantesque dépotoir, le décor de cet Ubu est très loin de la sobriété presque classieuse de la mise en scène d’Antoine Vitez (1985) mais elle a le mérite, même si elle pique les yeux, de faire évoluer les personnages dans cette merdre clamée d’entrée de jeu. De la terre, des détritus en tous genres, une flaque de facto boueuse jonchent le plateau au loin surmonté d’une colline qui semble faite de papier mâché. C’est ici que le Père Ubu se fait harponner par la Mère Ubu, véritable poissonnière qui porte la culotte et le pousse à attraper le pouvoir avant de s’offusquer que cette ambition n’ait plus de limites. Mêlant diverses versions de la pièce-étendard de Jarry (Ubu roi donc, Ubu sur la butte, Ubu cocu), Christian Schiaretti qui étrangement ne signe pas ici la mise en scène mais assure la "direction" du spectacle choisit l’option potacherie, ou plus exactement fatrasie (pièces satiriques du Moyen-Âge) comme annoncé. Mais à quoi cela rime-t-il sur scène ? À une course échevelée sans queue ni tête avec des clins d’œil lourds à l’époque actuelle : le trésor est « offshore », les Polonais miment des migrants fraîchement débar

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Un retour au désert trop surligné

SCENES | L’élaboration d’un casting de prestige (Catherine Hiegel, Didier Bezace, Isabelle Sadoyan) ne suffit pas à donner de l’entrain à la dernière création d’Arnaud Meunier. Statique et ankylosée, sa mise en scène du Retour au désert de Koltès ne convainc pas.

Nadja Pobel | Mardi 2 février 2016

Un retour au désert trop surligné

Un an avant sa mort prématurée, juste avant le Zucco qui fera polémique, Bernard-Marie Koltès veut s’essayer à la comédie avec Le Retour au désert, publié en 1988. La trame de fond est pourtant grave : la guerre d’Algérie. Mathilde, mère célibataire, revient du bled au terme de quinze ans d’exil et trouve sa maison occupée par son frère Adrien. Elle vient « récupérer ce qu’elle possède ». Lui a hérité de l’usine familiale. À travers ce duo, la confrontation de la France à son histoire brûlante s’incarne ici, ses fantômes et ses démons, sa nostalgie crasse et son incapacité à regarder ses exactions en face. Le texte ne fait pas dans les nuances pour opposer ces deux univers qui s’affrontent comme sur un ring : féminin et masculin, progressiste et conservateur, voyageur et rivé à sa terre : « la province française est le seul endroit du monde où l’on est bien, le monde entier envie (…) son calme, ses clochers, sa douceur, son vin, sa prospérité » clame Adrien. « Recommençons notre bonjour » Mais de ce monde en mouvement permanent, il ne subsiste sur le plateau qu’une déroutante atonie. Les acteu

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Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

SCENES | Cinq mois après la version magistrale de Godot par Jean-Pierre Vincent, Lyon reçoit celle du stéphanois Laurent Fréchuret : si le casting est plus inégal, la vivacité et la férocité de l’époustouflant texte de Beckett sont bien là. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 26 janvier 2016

Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

Pour ceux dont les souvenirs remonteraient aux vieilles années du lycée, il y a urgence à réentendre ce texte. Plus puissant que Fin de partie ou Premier amour qui tournent partout, En attendant Godot est un chef d’œuvre, parfaite alchimie entre une désespérance profonde et un espoir ultime, celui d’être ensemble, toujours, même - et surtout - face à l’inéluctable. Laurent Fréchuret n’a pas souhaité faire le malin face à ce texte-monstre, bien lui en a pris : il suit les très précises indications que Beckett a livré en didascalies et c’est dans ces contraintes qu’il trouve la liberté de rire. Pour cela, le Stéphanois a convoqué un acteur immense, Jean-Claude Bolle-Reddat. Parfait Estragon qui, entre mille autres choses, a été membre de la troupe du TNS époque Martinelli, est passé dans le décapant Prix Martin de Labiche mis en scène par Boëglin, ou a joué au cinéma sous l’œil du surdoué en surchauffe François Ozon (Une nouvelle amie). En une fraction de seconde, Bolle-Reddat est juste et il tiendra cette tension deux heu

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Révolutionnaire Pommerat

SCENES | Quand, en avril 2005, le TNG accueille Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, le metteur en scène débarque à Lyon comme la mère de la petite fille : (...)

Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

Révolutionnaire Pommerat

Quand, en avril 2005, le TNG accueille Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, le metteur en scène débarque à Lyon comme la mère de la petite fille : marchant sur la pointe des pieds, mais faisant résonner le bruit de talons invisibles. Entendez par là : il arrive le plus discrètement possible, mais fait son effet. Cette pièce est la première qu’il consacre aux enfants (suivront les sombres et néanmoins féériques Pinocchio et Cendrillon), mais il fait alors du théâtre depuis plus de dix ans et s’apprête à être invité du Festival d’Avignon l’année suivante. Acteur, il a rapidement cessé de l’être, à 23 ans, pour se lancer dans «l’écriture de spectacles» selon ses mots. Du monologue Le Chemin de Dakar en 1990 à la création des Marchands en 2006, il fait ses armes, avant de rencontrer un succès qui ne s’est plus démenti. Associé aux Bouffes du Nord puis à l’Odéon, et désormais aux Amandiers-Nanterre, il crée à un rythme effréné des pièces d’une qualité constante, qui toutes creusent les paradoxes de l’Homme et la manière dont la mécanisation du travail le broie (Les Marchands, Ma Chambre froide

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Au TNP, Joël Pommerat fait sa Révolution

SCENES | À force d’ausculter le travail, les rapports de hiérarchie et les questions de libre arbitre, il fallait bien qu’un jour Joël Pommerat ose affronter les prémices de la liberté et de l’égalité des droits. En 4h30, il revient aux origines de la Révolution française avec "Ça ira". Et c’est un exceptionnel moment de théâtre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

Au TNP, Joël Pommerat fait sa Révolution

«Il n’y a pas de point de vue» reprochent à Ça ira les rares qui osent critiquer aujourd’hui Joël Pommerat, devenu en quinze ans une figure absolument singulière et, pour tout dire, monumentale du théâtre français actuel, de surcroît plébiscitée par les spectateurs partout sur le territoire. À Nanterre, où il est artiste associé, il a affiché complet durant tout novembre et les malchanceux dont la représentation tombait sur les deux jours d’annulation post-attentats ont dû jouer sévèrement des coudes pour rattraper au vol des billets sur Le Bon Coin. Cette supposée absence de point de vue – aucun personnage n’étant désigné comme bon ou mauvais – est en fait la preuve qu’il y en a une multitude. Tout le monde s’exprime au cours de cet épisode de l’Histoire dont le choix constitue en lui-même un acte politique fort, comme Pommerat en signe depuis ses débuts. Comme il le précise souvent, «il ne s’agit pas d’une pièce politique mais dont le sujet est la politique», soit la vie de la cité, selon l’étymologie du mot. Plutôt que de proposer un manifeste, Pommerat amène à mieux comprendre la naissance de la Révolution et même, puisqu’il n’es

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Joël Pommerat fait sa révolution

SCENES | La pièce débute ce vendredi 8 janvier et elle se tiendra jusqu’au 28 au TNP, qui pour assurer une si longue série a uni ses forces à celles des Célestins. (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 janvier 2016

Joël Pommerat fait sa révolution

La pièce débute ce vendredi 8 janvier et elle se tiendra jusqu’au 28 au TNP, qui pour assurer une si longue série a uni ses forces à celles des Célestins. Grand bien leur en a pris, car Ça ira (1) Fin de Louis est un spectacle hors norme – que nous ne traiterons ici qu'en surface pour mieux lui accorder notre Une la semaine prochaine. Aux Amandiers à Nanterre, où il fut créé, il nous a plongé de prime abord dans une certaine incrédulité avant de nous convaincre totalement. Car pour raconter la Révolution française (jusqu'à 1792), Joël Pommerat a tout misé sur la parole et atténué ses effets scéniques, qui reposaient essentiellement sur un usage sidérant des lumières. Par ailleurs, lui qui a toujours eu un discours si grinçant sur l’aliénation au travail laisse ici s’exprimer toutes les contradictions des puissants et des faibles, ne prenant pas position. Tiède ? Au contraire. En 4h30, il montre avec brio comment, aux cours de débats passionnés, des hommes et des femmes ont tenté de rendre la société plus égale – et y sont parvenus. Sans égréner de dates-clés ni nommer de protagonistes (à l’exception de Louis), mais avec ses comédiens fidèles et son a

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Rentrée théâtre 2016 : n’ayons peur de rien

SCENES | Lancée par la venue de Joël Pommerat et Romeo Castellucci, la seconde partie de saison s’annonce dense et exigeante. Tour d’horizon de ce qui vous attend au théâtre sur les six prochains mois.

Nadja Pobel | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée théâtre 2016 : n’ayons peur de rien

D'un côté la Révolution française revue et corrigée en costard-cravate par Pommerat en 4h30 dans Ça ira (1). Fin de Louis (au TNP, co-accueil avec les Célestins dès cette semaine), de l'autre de vrais singes et des instruments SM pour reconstituer le destin tragique des Atrides dans L’Orestie (aux Célestins, co-accueil avec le TNG plus tard en janvier) du remuant et très rare Romeo Castellucci : le premier mois de l’année ne devrait pas vous laisser indemne. D’autant que s’ajoutent la nouvelle création de Michel Raskine, Quartett d’après Les Liaisons dangereuses (Célestins), pour laquelle il rappelle son duo fétiche Marief Guittier / Thomas Rortais et celle, écouteurs aux oreilles, de Joris Mathieu, l’intriguant Hikikomori (TNG) qui murmurera trois histoires différentes aux spectateurs. Aussi intranquille sera Phia Ménard, artiste transgenre associée au TNG avec son classique Vortex

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Un "Roi Carotte" abracadabrantesque

MUSIQUES | Un roi un peu trop sûr de lui et bien peu soucieux de ses administrés se fait évincer du pouvoir par un légume humain, le roi Carotte, rendu aimable (...)

Nadja Pobel | Mardi 15 décembre 2015

Un

Un roi un peu trop sûr de lui et bien peu soucieux de ses administrés se fait évincer du pouvoir par un légume humain, le roi Carotte, rendu aimable par l’entourloupe d’une sorcière. Sur cette histoire délirante, Laurent Pelly signe des costumes aux petits oignons (à commencer par celui du rôle titre, très phallique et ludique) et une mise en scène en constant mouvement, s’autorisant toutes les folies des grandeurs. La princesse Rosée du Soir est prisonnière dans un grenier ? Voilà que la fidèle scénographe Chantal Thomas invente un gigantesque égouttoir. Fridolin doit passer par Pompei récupérer l’anneau de Salomon qui lui permettra de mettre fin aux pouvoirs de la sorcière ? Tout le chœur revêt des vêtements de l’Antiquité. Des fantaisies que relie l’adaptation de l’éternelle complice de Laurent Pelly, Agathe Mélinand, qui a même osé placer un train Intercité et un TGV dans le livret écrit par Victorien Sardou à la fin du XIXe. En faisant de ses personnages dépravés et inconséquents des gens de notre époque, Mélinand moque une classe dirigeante qui, ayant pour principe de «tourner avec le vent», pourrait bien être celle d’aujourd’hui. Si

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Laurent Pelly : «Mettre en images des rêves»

MUSIQUES | Depuis plus de trente ans, Laurent Pelly invente des spectacles d’une parfaite maîtrise formelle et visuelle en racontant Hugo, Levin, Copi ou Ionesco. A l’opéra, il retrouve, en ce moment, Offenbach pour la onzième fois et livre, avec Le Roi Carotte, sa création la plus déjantée.

Nadja Pobel | Mardi 15 décembre 2015

Laurent Pelly : «Mettre en images des rêves»

Vous souvenez-vous, quand en 1980, à 18 ans, vous avez fondé la compagnie Le Pelican, de l’idée que vous aviez du théâtre ? De pourquoi vous vouliez en faire ? Laurent Pelly : Je serais bien incapable de dire pourquoi, car les raisons sont sûrement profondes et psychanalytiques, mais c’est une vocation, c’est par amour du théâtre, tout bêtement, et par amour des œuvres. Et c’est ce que je continue à défendre aujourd’hui. Je me considère avant tout comme un artisan au service des œuvres. Ce que je préfère dans la vie, ce sont la littérature et la musique. C’est venu de là. Aviez-vous déjà cette idée de travailler particulièrement l’esthétique, le beau ? Ce sont des choses qui se sont affinées avec le temps. D’abord, il y a eu la rencontre avec Chantal Thomas qui date de la création de Tartuffe dans le Nord de la France, quand j’étais assistant dans un Centre Dramatique National, il y a 30 ans. Et je conçois toujours la mise en scène à la fois comme un travail très intime avec les acteurs mais aussi comme un objet visuel. Pour moi, c’est mettre en images des rêves. On a fait beaucoup de choses ensemble

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Au TNP, l'affaire Bettencourt n'est pas dans le sac pour Christian Schiaretti

SCENES | Si rares dans le théâtre français, les affaires politiques émaillent le nouveau texte de Michel Vinaver, "Bettencourt Boulevard". Malgré une scénographie d’une beauté plastique irréprochable, la pièce qu'en a tiré Christian Schiaretti manque malheureusement de rythme, entravée par une écriture qui se révèle, in fine, difficilement adaptable à la scène.

Nadja Pobel | Mardi 24 novembre 2015

Au TNP, l'affaire Bettencourt n'est pas dans le sac pour Christian Schiaretti

Construite en trente morceaux comme autant de portions d’une saga familiale se mêlant vertigineusement aux affaires publiques, Bettencourt Boulevard a été imaginée par Michel Vinaver avec ce qui lui est resté de tout ce qu’il a lu dans la presse de cette affaire mise au jour par Médiapart en 2010. Pour ne pas trop se disperser, il a supprimé les personnages liés aux milieux judiciaire, policier ou médical et y a ajouté le fantôme du père de Liliane, militant de la droite extrême et fondateur de L’Oréal, en dialogue avec le rabbin Robert Meyers, le père du mari de Françoise, la fille de Liliane, qui fut déporté à Auschwitz – soit deux visions de l’humanité glacialement opposées qui, en fin de partie, donnent du volume à la pièce. Au cœur du sujet, la milliardaire et François-Marie Banier papillonnent d’un interlocuteur à l’autre et cristallisent les ressentiments de leur entourage mais, avec sa forme éclatée, sans véritable scène où les personnages ont le temps d’instaurer une communication, la pièce s’avère très compliquée à tenir au plateau alors qu’à la lecture, cette choralité se digérait assez aisément. Bord cadre Dans un dé

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La rentrée musique côté classique

MUSIQUES | Cette saison, tous les lieux lyonnais consacrés aux musiques dites savantes affichent un programme qui ose, qui revendique, qui dénonce une époque contemporaine en plein repli. De belles expériences en perspective.

Pascale Clavel | Mardi 22 septembre 2015

La rentrée musique côté classique

Peter Pan, Jean-Sébastien Bach et Matrix sont dans un bateau. Rien d’halluciné dans ces propos, juste une lecture aiguë de la nouvelle saison de l’Auditorium. Depuis l’arrivée du très décomplexé Jean-Marc Bador à la tête de la maison, la programmation s’affole, s’emballe et le choix semble si vaste qu’on pourrait s’y perdre. Il faudrait tout tester, devenir un mélomane glouton. Certains diront qu’il y en a pour tous les goûts, d’autres que, franchement, c’est trop. Partons de l’idée que la proposition est alléchante. Les portes se sont ouvertes sur l’inoxydable Symphonie n°9 de Beethoven dirigée par Léonard Slatkin. Cerise sur le gros gâteau, le public s'est vu investi d’une belle mission : chanter l’Hymne à la joie à tue-tête, avec ses tripes et ses convictions, acte quasi politique en ces temps où la fraternité entre les peuples est plutôt mise à mal – Jean-Marc Bador et Léonard Slatkin martèlent d'ailleurs d’une seule voix leur volonté d'«effacer les distances et gommer le temps» ; vaste ambition, utopie régalante. L’énigmatique pianiste Hélène Grimaud et l’indémodable Ton Koopman seront tous deux artist

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Les reprises de 2015/2016

SCENES | Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Les reprises de 2015/2016

Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans paroles sur l’ultra moderne solitude. Au même endroit Jean Lacornerie reprend ce qui est (avec Roméo et Juliette) sa comédie musicale la plus aboutie, Mesdames de la Halle (11 au 28 décembre). De son côté, au milieu d’une saison presque entièrement dédiée au langage, le TNP fait place aux délicats balbutiements de En courant, dormez par Olivier Maurin (6 au 15 avril), alors que la Renaissance reprend la foutraque Visite de la vieille dame (23 au 2

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Les locaux de la saison 2015/2016

SCENES | La crème des artistes internationaux (Lepage, Stein, Jarzyna pour une variation sur "Opening Night"...) a beau fouler nos planches cette saison, on aurait tort d'en oublier les pointures rhônalpines. Zoom sur les prochains spectacles de Richard Brunel, Michel Raskine et cie.

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Les locaux de la saison 2015/2016

Une fois n’est pas coutume, c’est à l’Élysée (quand bien même l’Espace 44 a rattaqué dès le 1er septembre) que débute en fanfare la saison théâtrale : Michel Raskine y adapte Au cœur des ténèbres de Conrad avec l’éternelle Marief Guittier et l’excellent Thomas Rortais qu’il avait déjà mis à l’épreuve dans son (forcément) triomphal Triomphe de l’amour en 2014. Plus tard, il prendra les mêmes et recommencera, cette fois aux Célestins, pour une adaptation de Quartett d’Heiner Müller (6 au 24 janvier) qui lui-même écrivait là sa version des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos – «une comédie» selon les mots du sulfureux écrivain. Le travestissement ne devrait jamais être loin, l’amusement non plus. La nouvelle création de Gilles Pastor s'annonce elle plus caustique que ludique puisque, après avoir brillamment mis en scène l’Affabulazione

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Une saison théâtrale sous le signe du politique

SCENES | Souvent taxé d’art vieillissant, le théâtre ne cesse pourtant, à l’instar des sociologues ou historiens, d’ausculter le monde contemporain. Cette saison, plusieurs auteurs décryptant la trivialité des rapports sociaux seront portés au plateau. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Une saison théâtrale sous le signe du politique

Christine Angot le déclarait fin août au Monde : «il n’y a pas de vérité hors de la littérature». Théâtre inclus. Le festival international Sens Interdits, en prise directe avec les maux du Rwanda, des réfugiés ou de la Russie, en sera une déflagrante preuve en octobre. Plus près de nous, avec la vivacité d’un jeune homme, Michel Vinaver (88 ans) a repris la plume pour signer Bettencourt boulevard ou une histoire de France, une pièce en trente épisodes mettant au jour les rouages de la fameuse affaire. Ne surtout pas chercher dans ce texte monté par Christian Schiaretti au TNP (du 19 novembre au 19 décembre) des règlements de comptes entre un chef d’État, une milliardaire et un photographe-abuseur, des comptes-rendus judicaires ou de grands discours. Vinaver fait de ses célèbres protagonistes les personnages d’une tragédie grecque contemporaine, remontant à leurs origines et évoquant leur rapport à la judéité, montrant ainsi, loin des polémiques, comment une vieille dame absolument sénile se laisse courtiser par un bellâtre peu scrupuleux. Ce simple jeu d’influence

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La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

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Le Conservatoire, tanière de la Meute

SCENES | Si La Meute existe, c'est grâce au Conservatoire régional de Lyon, où les membres du collectif se sont trouvés. Le responsable et initiateur de cette formation, Philippe Sire, revient pour nous sur ce projet pédagogique peu commun.

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

Le Conservatoire, tanière de la Meute

Auréolée de son prix du public au festival du théâtre émergent Impatience en 2014, voici donc La Meute lâchée sous les lambris dorés des Célestins (qui, nous murmure-t-on, n’en sont qu’au début de leur histoire avec elle). Avant cela elle a, à l'instar du collectif Bis – aujourd’hui intégré au théâtre permanent de Gwenael Morin – ou des comédiens Thomas Rortais, Antoine Besson et Charly Marty, fait ses armes au Conservatoire "à rayonnement régional" de Lyon selon un parcours bien particulier : le cycle d’orientation professionnelle. Situé à mi-chemin entre la pratique amateur et l’enseignement supérieur, ce COP a été initié il y a neuf ans par Philippe Sire après qu'il ait fait le constat que l’agglomération lyonnaise, et à plus forte raison la région Rhône-Alpes, recelait un fort potentiel de jeunes désireux de se former afin d’intégrer des écoles telles que l’ENSATT ou la Comédie de Saint-Étienne. Surtout, Philippe Sire a imaginé un projet pédagogique suffisamment complet pour que les élèves échouant à ces concours puissent devenir professionnels malgré tout, accordant une place importante à la dramaturgie et au fait de savoir «pourquoi on fait du théâtre, à que

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Thierry Jolivet a faim de théâtre

SCENES | Avant d'être le metteur en scène de "Belgrade" et quelques autres pièces du collectif de La Meute, Thierry Jolivet, pas acquis au départ à la cause théâtrale, s'est formé à l'acteur. Portrait.

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

Thierry Jolivet a faim de théâtre

Thierry Jolivet voulait faire des films. Il a d’ailleurs suivi des études de lettres et de cinéma. Des désirs d'une jeunesse pas si lointaine (il est né en 1987) dont il ne s'est pas tant éloigné en devenant metteur en scène de théâtre. Parce qu’il ne «connaissait rien à l’acteur», il s’est confronté et collé lui-même au plateau en frappant à la porte du Conservatoire de Lyon. C’est là que se forme La Meute, collectif qui réfute ce terme employé à tout-va dans le théâtre contemporain, bien qu'il dise parfaitement l'envie de ses membres de travailler ensemble. Thierry Jolivet n’est ainsi pas le seul à diriger leurs spectacles, les rôles tournent. Quand il pilote (Les Foudroyés, Le grand Inquisiteur, Les Carnets du sous-sol, Italienne, Belgrade depuis 2010), il ne joue pas. Mais il fait le comédien dans leurs autres productions. Et exclusivement chez Laurent Brethome (qui enseigne l'art dramatique au dit Conservatoire), notamment dans sa version décapante et délocalisée dans des docks des Fourberies de Scapin

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Belgrade, entre chiens et loups

SCENES | Depuis la présentation, voilà deux ans, d'une maquette de "Belgrade" d’après Angelica Liddell, nous n’avons plus que le nom de La Meute en bouche. Son théâtre viscéral et férocement contemporain arrive enfin dans une grande salle, celle des Célestins. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

Belgrade, entre chiens et loups

Le 15 mars 2013, le Théâtre des Ateliers offre son plateau à un jeune collectif venu montrer son travail en cours aux professionnels de la profession. Il s’appelle La Meute. Ensemble, ses membres ont jusque là monté de brillantes mais parfois trop touffues adaptations de Dostoïevski, où l’incandescence du maître russe les guide, notamment dans le fascinant Les Carnets du sous-sol, mais aussi le plus nébuleux Le Grand Inquisiteur. En sortant de la représentation de Belgrade, il est indéniable qu’un moment fort a eu lieu. De ceux qui laissent sonnés et interdits. Á cette époque-là, Vincent Macaigne a déjà déposé un beau cadavre dans le cloître des Carmes à Avignon, Julien Gosselin (metteur en scène des Particules élémentaires) est encore inconnu au bataillon, sauf dans ce Nord qui l’a formé, et les collectifs ont eux le vente en

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La saison 2015/2016 du TNP

ACTUS | 22 spectacles dont 9 émanant de sa direction ou de ses acteurs permanents : la saison prochaine, le Théâtre National Populaire fera la part belle aux talents maison, à commencer par la création très attendue de "Bettencourt Boulevard" par Christian Schiaretti. Autre temps fort : "Ça ira", fable plus que jamais politique du maître Joël Pommerat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 20 mai 2015

La saison 2015/2016 du TNP

L’an dernier à la même époque, Christian Schiaretti pouvait encore rêver de devenir patron de la Comédie Française, tandis que l’État et le Département supprimaient respectivement 100 000€ et 150 000€ de dotation à ce Centre National Dramatique majeur (sur un budget de presque 10M€). Depuis, le Ministère comme le Rhône ont rendu ce qu’ils avaient pris, le TNP peut rouler sur des rails paisibles. Quoique : la troupe permanente de 12 comédiens a été réduite à 6. Le coût de la vie augmentant, il faut bien faire des économies et puisqu’il n’est pas possible de baisser les frais de fonctionnement de cet énorme paquebot, ce sont les artistes qui trinquent. Mais de cette contrainte nait de l’inventivité. Le TNP proposera ainsi neuf spectacles dans lesquels des comédiens de la mini-troupe se feront metteur en scène, tout le monde travaillant de fait à flux constant. Julien Tiphaine portera à la scène La Chanson de Roland, Clément Carabédian et Clément Morinière s’attèleront au Roman de Renart, Damien Gouy au Franc-Archer de Bagnolet d’un anonyme du XVe siècle et Juliette Rizoud

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Emmanuel Meirieu fait voler Birdy

SCENES | Il rêvait de voler. Mais loin de lui donner des ailes, ce désir a mené Birdy dans un hôpital psychiatrique où son ami lui raconte leurs souvenirs d'enfance pour le ramener à lui. A partir du roman de William Wharton, Emmanuel Meirieu produit à nouveau un théâtre coupant. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 31 mars 2015

Emmanuel Meirieu fait voler Birdy

Comme dans De beaux lendemains et Mon traître, il fait sombre dans Birdy. Mais la pénombre est teintée d’un rouge qui distingue d’emblée ce spectacle des deux précédents. Et puis nous ne sommes pas dehors, par un froid glacial et en plein deuil, mais dans un hôpital psychiatrique dont la hauteur irréelle des murs dit à quel point il tient prisonniers ses patients. Dans ce décor inspiré de l’expressionnisme allemand et signé du sculpteur Victor Caniato, Al parle sans discontinuer à son ami Birdy, homme-oiseau recroquevillé sur un semblant de branche, une tige métallique qui lui sert de refuge. Il lui raconte leur enfance, pour lui redonner un peu de lueur et lui faire croire que la vie, fut-elle sur terre, sur cette basse terre, vaut la peine du moment qu'ils sont ensemble. Emmanuel Meirieu dit avoir voulu faire son «film américain», en hommage aux idoles qui ont agrandi le domaine de ses rêves (de Rob Reiner à Steven Spielberg). Il y a glissé quelques chansons a cappella et fait appel à des comédiens qu’il connait bien, avec lesquels il dessine depuis le début des années 2000 sa cartographie théâtrale : Thibaut Ro

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Deuxième départ

SCENES | Après un premier tiers de saison assez calme, l’activité théâtrale s’intensifie nettement cette rentrée. Entre stars de la scène locale et internationale, créations maison et découvertes à foison, revue de détails. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 6 janvier 2015

Deuxième départ

Une Biennale de la danse enchaînée avec les vacances de la Toussaint auront bien grévé la dynamique théâtrale de ce début de saison, sauf à la Croix-Rousse qui a, en apnée, aligné Laurent Brethome, Emmanuel Meirieu, David Bobée et Pierre Guillois. Le rythme n'y faiblira pas en 2015 avec notamment les très attendus Elle brûle (mars) du duo féminin Mariette Navarro / Caroline Guiela Nguyen et Discours à la nation (avril), manifeste d'Ascanio Celestini dont s’est emparé David Murgia du Raoul Collectif. Claudia Stavisky se confrontera elle à nouveau à un texte britannique après le très réussi Blackbird, en montant pour la première fois en France En roue libre (j

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Ressusciter le mort

SCENES | Emmanuel Meirieu revient dans le théâtre de ses débuts, la Croix-Rousse, présenter sa dernière création en date, "Mon traître". Un travail court, ciselé et percutant, adapté de deux livres de Sorj Chalandon. Critique et propos – émerveillés - de l’auteur.

Nadja Pobel | Mardi 14 octobre 2014

Ressusciter le mort

De la vie ordinaire des héros et anti-héros, Emmanuel Meirieu aime depuis longtemps faire des spectacles sans esbroufe, dans lesquels tout converge vers l’émotion. Mais c’est, paradoxalement, cette simplicité, ces plateaux dénudés, qui permettent de draper ses personnages d’une sorte d’éternité pas si banale. Il en avait déjà fait l’expérience avec De beaux lendemains, adapté de Russell Banks en 2011 ; il poursuit son travail dans ce sens avec Mon traître, créé au printemps 2013 à Vidy-Lausanne, non sans y adjoindre une entame de conte sur un mode inquiétant et noir, celui d’un château qui s’écroule au fur et à mesure de la naissance des enfants de ses princiers occupants. Car chez lui, même les histoires les plus enfantines déraillent. Qu’en est-il alors de celles des grands ? Ils se trahissent. En adaptant au cordeau les romans miroirs de Sorj Chalandon (Mon traître et Retour à Killybegs), Emmanuel Meirieu, associé à Loïc Varraut, plonge dans la guerre fratricide irlandaise qui culmina dans les années 80. A l'époque l’auteur, lui-même gr

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