Chemins de traverse

Nadja Pobel | Mardi 18 mars 2014

Photo : Philippe Delacroix


Depuis quatre années, le Théâtre Théo Argence de Saint-Priest s'échine à décloisonner sa programmation et s'ouvrir à un public le plus hétéroclite possible. Une mission certes au cœur de son action tout au long de l'année, mais qui atteint un point d'orgue avec le festival Transversales, composé de restitutions publiques de travaux d'écriture menés en collaboration avec des compagnies (Arnica) ou des auteurs (Sébastien Joanniez), de concerts (Carina Salvado, les Barbarins Fourchus en clôture) et bien sûr de théâtre.

Parmi les trois spectacles proposés cette année figure le poignant Invisibles. Cette pièce du Grenoblois Nasser Djemaï, franc succès depuis sa création en 2011, aborde un sujet douloureux : les travailleurs immigrés à la retraite, restés en France loin de leur famille pour pouvoir toucher leur rente. Entre hommes, au foyer Sonacotra du coin, ils préparent leurs obsèques, là-bas, où ils seront sûrs de tenir la main de leurs ancêtres dans l'au-delà. En attendant, ces chibanis jouent aux cartes et veillent les uns sur les autres jusqu'à l'arrivée de Martin, jeune agent immobilier qui déboule après une agression à la recherche de son père.

Mais qu'importe l'intrigue : elle n'est qu'un prétexte à la prise de parole de chacun. Dans une scénographie dépouillée et avec quelques effets visuels en fond de scène - comme des apparitions de femmes plus fantomatiques encore que ces messieurs oubliés -, Djemaï s'efface derrière ses personnages. Si la séquence finale est un peu trop théâtralisée, elle n'atténue qu'à peine la force de ce spectacle, belle réponse à un manque qui ne disait pas son nom.

Nadja Pobel

Les Transversales
Au Théâtre Théo Argence, du vendredi 21 au vendredi 28 mars


Invisibles

France. De Nasser Djemaï, 1h40. Écartelés entre les deux rives de la Méditerranée, des chibanis sont rongés par la solitude
Théâtre Théo Argence Place Ferdinand Buisson Saint-Priest
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Les Barbarins fourchus et la Premiata sound system


Théâtre Théo Argence Place Ferdinand Buisson Saint-Priest
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Carina Salvado

Concert de fado
Théâtre Théo Argence Place Ferdinand Buisson Saint-Priest
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Ces liens invisibles

Documentaire | Tourné en région Auvergne-Rhône-Alpes par une réalisatrice grenobloise, Marine Billet, ce documentaire suit le parcours de trois personnes à la recherche des (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Ces liens invisibles

Tourné en région Auvergne-Rhône-Alpes par une réalisatrice grenobloise, Marine Billet, ce documentaire suit le parcours de trois personnes à la recherche des secrets de leur famille… Comme le laisse sous-entendre le titre, il s’agit ici de psycho-généalogie et comme le monde est bien fait, cette séance est suivie d’une rencontre avec Stéphanie Cuzange, psycho-généalogiste, accompagnante périnatale, soutien à la parentalité. Aux Alizés (Bron) le vendredi 10 janvier à 20h

Continuer à lire

Une étoile pour Noël : bonté pas si divine

Seul-en-scène | Avec Une étoile pour Noël, l’auteur, metteur en scène et comédien Nasser Djemaï livre un seul-en-scène survolté et drôle au sous-texte percutant. Ou comment un gamin prénommé Nabil va accepter de s’appeler Noël pour se conformer aux désirs de certains adultes – et, plus largement, d’une partie de la société. Une recréation (le spectacle a vu le jour dix ans plus tôt) plus que bienvenue.

Aurélien Martinez | Mardi 29 janvier 2019

Une étoile pour Noël : bonté pas si divine

Une étoile pour Noël ou l’ignominie de la bonté : voilà qui est on ne peut plus clair. Nasser Djemaï ne masque pas le propos qui l’anime en l’affichant clairement dans le titre de son spectacle. C’est en partie son histoire : celle d’un gamin que la grand-mère d’un de ses camarades de classe a décidé de prendre sous son aile pour l’élever, « pour en faire une personne modèle. C’est vraiment comment faire en sorte, avec la plus grande bonté et le plus grand amour sincère, que ce petit soit à l’abri de tout. C’est toute l’ambigüité de la bienveillance : comment on projette des choses par rapport à soi. » Une étoile pour Noël, c’est surtout l’histoire de Nabil, gamin sans histoire mais aux hautes ambitions qui croisera sur son chemin divers visages d’une société peu reluisante malgré les sourires et les bons sentiments de ceux-là même qui « pensent avoir la vérité ». Énormément romancé Nabil, c’est joli comme prénom mais bon, comment réussir dans la vie avec ce handicap ? Alors que Noël, c’est tellement plus acceptable. Et ces cheveux, non, vraiment, ce n’est pas possible… « L

Continuer à lire

Enfermées dehors : "Les Invisibles"

Comédie | De Louis-Julien Petit (Fr, 1h42) avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Enfermées dehors :

Manu dirige L’Envol, un centre d’accueil de jour pour femmes SDF. La tutelle municipale ayant décidé de sa prochaine fermeture, Manu et ses éducatrices entrent en campagne pour accélérer la réinsertion de leurs habituées. Quitte à outrepasser leur rôle et à tricher avec les règles… Louis-Julien Petit va-t-il devenir le porte-voix des sans-voix, le relai des opprimés et des victimes du déclassement social, avec Corinne Masiero en égérie ? Discount (2015) pointait les aberrations éthiques d’une grande distribution préférant détruire des denrées au seuil de péremption plutôt que de les distribuer aux nécessiteux ; Les Invisibles dénonce dans la foulée les rigidités administratives du secteur social, ainsi que la disparition de l’humain dans la “gestion“ (prenons à dessein des expressions comptables, c’est dans l’air du temps) d’une misère déplacée dans des méga-complexes hors des villes. S’il recourt volontiers à la comédie de caractères réaliste et aigre-douce prisée par Paul Laverty — en manifestant une nette pr

Continuer à lire

Les Invisibles

Avant-Première | Louis-Julien Petit va se faire une spécialité d’évoquer les personnages féminin qui, en situation de précarité, unissent leurs forces pour faire front et (...)

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Les Invisibles

Louis-Julien Petit va se faire une spécialité d’évoquer les personnages féminin qui, en situation de précarité, unissent leurs forces pour faire front et restaurer leur dignité. Après Discount et Carole Mathieu, voici qu’il s’intéresse dans Les Invisibles à un foyer d’accueil de jour pour femmes sans domicile fixe usant de méthodes peu orthodoxes mais efficaces. Le réalisateur viendra les présenter en compagnie de son interprète fétiche Corinne Masiero en avant-première. Les Invisibles À l’UGC Confluence ​le vendredi 29 novembre à 20h30

Continuer à lire

Vertiges : Ma famille va craquer

Théâtre | Avec Vertiges, l’auteur et metteur en scène grenoblois Nasser Djemaï termine sa trilogie autour de la construction identitaire brillamment entamée avec Une étoile pour Noël et Invisibles. Une nouvelle pièce intense et dense centrée sur un réel peu vu sur les plateaux de théâtre : c’est justement ce qui fait sa force.

Aurélien Martinez | Mardi 28 mars 2017

Vertiges : Ma famille va craquer

« L’identité n’est pas un héritage mais une création. Elle nous crée, et nous la créons constamment » : voilà ce que déclarait en 2006 le fameux poète palestinien Mahmoud Darwich (1942 – 2008) au journal Le Monde. Des mots qui résonnent parfaitement avec le projet artistique que Nasser Djemaï développe depuis 2005, à tel point qu’il les utilise pour ouvrir la note d’intention de sa nouvelle création Vertiges. Une pièce créée mi-janvier à la MC2 Grenoble qui clôt ainsi sa trilogie sur l’identité et les racines initiée avec Une étoile pour Noël (dans laquelle un gamin prénommé Nabil va accepter de s’appeler Noël pour se conformer aux désirs d’une partie de la société) et Invisibles (sur les chibanis, ces travailleurs maghrébins restés en France sans leur famille). « C’est comme si, d’une certaine manière, Nabil tue son père sur Une étoile pour Noël ; le même Nabil, qui s’appelle Martin, retourne dans les enfers pour lui parler dans Invisibles ; et, à la sortie des enfers, ramène la lumière auprès de sa famille – c’est Vertiges. Mais

Continuer à lire

Sens Interdits 2013, jour 3 : ArabRévolt

SCENES | "ArabQueen" de Nicole Öder. "Invisibles" de Nasser Djemaï.

Nadja Pobel | Samedi 26 octobre 2013

Sens Interdits 2013, jour 3 : ArabRévolt

Ca va, ça vient sous le chapiteau posé devant les Célestins. Une première pour ce festival qui du coup revêt vraiment un aspect convivial (café, snack, librairie, et un même un bal balkanique survolté !). Mais pas le temps de s’attarder aux débats sur la place publique et de discuter du nouvel espace de liberté conquis par les artistes tunisiens ou égyptiens après les révolutions arabes. Nicole Öder et ses copines allemandes nous attendent au TNG. Filons.   Reines d’elles-mêmes Un cube carré bien tassé et un sol blanc immaculé. Voilà tout. Avec si peu, Tanya Erarstin, Inka Löwendorf et Sasha Ö Soydan vont faire beaucoup dans ArabQueen. À cour et jardin, à peine dans l’ombre, elles opèrent aux yeux de tous leurs transformations pour incarner pléthore de personnes récurrentes, hommes ou femmes, vieux ou ados. Rien n’est caché. Et ça marche ! Seule l’une d’elles interprète, de bout en bout ou presque, Mariam, jeune fille d’aujourd’hui qui vit dans un foyer d’hier, celui de ses parents traditionnalistes immigrés en Al

Continuer à lire

Mon vieux

SCENES | Pour sa troisième pièce en tant qu’auteur, le Grenoblois Nasser Djemaï s’intéresse aux travailleurs immigrés restés en France sans leur famille. Et offre un spectacle d’une justesse de ton remarquable. Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 22 octobre 2013

Mon vieux

Les invisibles, ce sont ces « travailleurs immigrés, écartelés entre les deux rives de la Méditerranée, qui ont vieilli ici, en France » explique en note d’intention l’auteur et metteur en scène Grenoblois Nasser Djemaï. « Ils sont restés seuls, pour des raisons diverses. La France est devenue leur pays, mais ils sont devenus des fantômes. » Un constat cruel et désabusé sur une société française qui a longtemps fait appel à une immigration de travail, mais qui a ensuite refusé de considérer ces travailleurs comme des citoyens à part entière. Nasser Djemaï s’est ainsi servi d’une histoire à la Wajdi Mouawad centrée sur la quête des origines (à la mort de sa mère, un jeune homme apprend qu’il a un père, et part à sa recherche) pour dresser le portrait de ces Chibanis (cheveux blancs en arabe) aujourd’hui à la retraite et vivant en groupe dans des foyers, loin de la collectivité et – surtout – de leur famille restée au bled. Je t’aime, moi non plus En suivant les énigmatiques derniers mots prononcés par sa mère sur son lit de mort, Martin, agent immobilier à la

Continuer à lire

Les Invisibles

ECRANS | Avec ce splendide documentaire sur les homosexuels nés dans l’entre-deux guerres, Sébastien Lifshitz signe une ode à la liberté, au combat et à l’amour, en même temps qu’une belle galerie de portraits de «héros de la vie ordinaire». Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 novembre 2012

Les Invisibles

Dans la dernière séquence des Invisibles, une petite embarcation quitte le Vieux Port de Marseille : la caméra est braquée sur Bernard et Pierre, tous deux septuagénaires ; l’un commente les différents forts qui entourent la ville, l’autre a un peu froid et veut remettre sa veste. Pierre se lève et, dans un geste qui en dit long sur la tendresse qui les unit, Bernard l’aide à s’habiller. Impossible de ne pas penser alors à un autre geste, si puissant, vu sur les écrans récemment : celui de Trintignant caressant la main d’Emmanuelle Riva pour la soulager de sa douleur dans Amour. Du documentaire de Sébastien Lifshitz à la fiction d’Haneke circule une même question : qu’est-ce qui reste de l’amour quand celui-ci ne peut plus être charnel ? Ce n’est pas exactement le sujet des Invisibles, mais c’est une bonne façon de comprendre à quel point le projet du cinéaste déborde de multiples pistes aussi inattendues que passionnantes. «L’individu est plus fort que les carcans sociaux» Au départ donc, l’envie de parler de ces h

Continuer à lire

Quoi de neuf, docs ?

ECRANS | Alors que le mois du film documentaire bat son plein, deux festivals complémentaires y seront exclusivement consacrés durant les quinze jours à venir. (...)

Christophe Chabert | Lundi 12 novembre 2012

Quoi de neuf, docs ?

Alors que le mois du film documentaire bat son plein, deux festivals complémentaires y seront exclusivement consacrés durant les quinze jours à venir. Histoires vraies.doc au Ciné Duchère tire le premier, avec parmi les reprises proposées De mémoires d’ouvriers de Gilles Perret, sur la naissance de la classe ouvrière dans les Alpes ou encore le beau film de Safinez Bousbia sur El Gusto, ce groupe de papys du chaâbi algérois façon Buena Vista Social Club. La musique sera au cœur de cette édition avec Les Fils du vent, sur les héritiers de Django Reinhardt, Traviata et nous, ou comment Nathalie Dessay et Jean-François Sivadier se sont confrontés au monument de Verdi et enfin, en avant-première, un documentaire sur la rencontre entre les Pockemon Crew, troupe de danseurs hip-hop lyonnais et Emelthée, un chœur spécialisé dans la musique baroque et contemporaine. Du côté de Décines, Les Écrans du doc ouvrira sa troisième édition avec l’avant-première des Invisibles de Sébastien Lifschitz, témoignage d’une

Continuer à lire