Un air de famille

Benjamin Mialot | Mardi 20 mai 2014

Photo : Philippe Stisi


On appelle ça un succès phénoménal : plus de 600 représentations depuis sa création en 2009, un bouche à oreille dithyrambique, un Molière du meilleur spectacle jeune public en 2010… Et une tournée qui continue, encore et encore... Avec Oh Boy !, le metteur en scène Olivier Letellier a frappé juste et fort.


Au départ, il s'agit d'un roman multiprimé de Marie-Aude Murail, auteur qui a beaucoup écrit pour le jeune public. Le texte évoque le destin de trois jeunes orphelins (dont un gravement malade) confiés par le juge des tutelles à leur demi-frère, issu d'une première union de leur père. Olivier Letellier : «Quand le roman est sorti en 2000, ça a fait l'effet d'une petite bombe, puisque c'était l'une des premières fois qu'un personnage de littérature jeunesse était homosexuel, et l'une des première fois que l'on abordait la maladie, le cancer, mais aussi la séparation, l'abandon…». Ce matériau riche et très actuel, le metteur en scène a décidé de le porter sur le plateau en racontant l'histoire du point de vue de Barthélemy, le nouveau grand frère insouciant qui n'a «pas une tête de père de famille». D'une finesse remarquable, le spectacle arrive à convoquer des émotions profondes avec un minimum d'artifices. Lionel Erdogan, le comédien qui campe Barthélemy, est l'un d'eux, s'adressant au public comme on apprivoise un animal – les spectateurs les plus jeunes sont d'abord interloqués par le personnage et sa sexualité, avant qu'une complicité implicte ne se crée avec lui.


A l'arrivée, Oh Boy ! est un véritable coup de cœur qui confirme, si besoin était, que le théâtre en direction du jeune public peut être intelligent et audacieux.


Aurélien Martinez


Oh Boy !

Au TNG, du vendredi 23 au mardi 27 mai


Oh boy !

De Marie-Aude Murail, ms Olivier Letellier, 1h, dès 9 ans. Molière jeune public 2010. Bart, 26 ans, se complait dans une vie frivole et légère jusqu'au jour où il se voit confier la tutelle de ses trois jeunes frères
TNG-VAISE 23 rue de Bourgogne Lyon 9e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Laurent Brethome donne le ton de la saison jeune public

SCENES | Des spectacles à venir, "Riquet" (délesté de sa houppe) est sans conteste le plus émouvant et le plus abouti. Retour sur ce travail de Laurent Brethome qui passera par le Toboggan et tour d’horizon des propositions jeune public de la saison. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 9 septembre 2015

Laurent Brethome donne le ton de la saison jeune public

C’est quoi être différent ? Comment faire avec ce qui manque ? La beauté pour cette fille laide mais intelligente, la jugeote pour sa ravissante sœur, que leur père fatigué de porter la couronne veut marier à un prince repoussant ? De toutes ces aspérités handicapantes, il émane une humanité qu’Antoine Herniotte a su magnifiquement retranscrire dans son adaptation de Riquet et que Laurent Brethome a transposé sur le plateau en éléments très concrets. Les robes de princesse sont en papier froissé, le château se dessine en direct, les baguettes magiques sont des brosses à WC... À cette apparente économie de moyens correspond une débauche de créativité et, surtout, un goût pour une forme artisanale de théâtre qui ramène à des émotions très enfantines. Invité à ouvrir rien moins que le In d’Avignon cet été, Brethome a une nouvelle fois livré un spectacle très organique (la peinture dans Les Souffrances de Job, l'eau dans

Continuer à lire

Oh boy

ECRANS | De Jan Ole Gerster (All, 1h28) avec Tom Schilling, Friederike Kempter…

Christophe Chabert | Vendredi 31 mai 2013

Oh boy

Mirage d’une certaine jeunesse européenne actuelle, la coolitude berlinoise trouve dans Oh boy une étonnante dialectisation. Son protagoniste, Niko, pourrait en fournir un exemple stéréotypé : trentenaire à la belle gueule fier de son oisiveté, il promène son ennui vingt-quatre heures durant du lit de sa copine lassée de son indécision à un théâtre arty un peu ridicule en passant par un appartement où la came est en open bar. Quelque chose cloche pourtant dans le quotidien de ce glandeur sans but et sans aspiration : sa source financière se tarit — son père lui coupe les vivres — et la jolie fille qu’il rencontre dans un bar est en fait la copine de classe qu’il avait harcelée à l’époque à cause de ses kilos en trop. Jan Ole Gerster pointe même à deux reprises une racine plus profonde à ce mal-être : le nazisme, évoqué sur un mode ironique durant ce tournage de film où un de ses amis comédiens incarne un officier SS amoureux d’une juive (ce qui donne un dialogue hilarant : «— C’est tiré d’une histoire vraie ? — Oui. La Seconde Guerre mondiale…»), puis sur un mode plus tragique lors d’une

Continuer à lire