Dix incontournables pour 2014/2015

SCENES | Outre les spectacles cités dans notre gros plan et les panoramas lisibles par ailleurs, voici une dizaine de spectacles qui attisent notre curiosité ou réveillent de bons souvenirs. Bien plus, en tout cas, que les deux mastodontes avignonnais un peu fades qui passeront par là, au TNP, "Orlando" d'Olivier Py et "Le Prince de Hombourg" de Giorgio Barberio Corsetti.

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Phèdre

Avec Les Serments indiscrets l'an dernier, Christophe Rauck présentait une version très personnelle, entre suavité et force, de la pièce méconnue de Marivaux. Il s'attaque maintenant au classique de Racine que tous les grands comédiens ont un jour joué dans leur vie, à commencer par Dominique Blanc sous la houlette de Patrice Chéreau. Dans ce casting-ci, on retrouvera la mythique Nada Strancar (dans le rôle de Oenone, nourrice de Phèdre), au milieu d'un décor agrègeant une nouvelle fois les apparats de l'époque Louis XIV à un univers moins propret, aux murs à nu voire lézardés. Rauck se garde de ripoliner les œuvres majeures pour mieux les révéler. Faisons-lui à nouveau confiance. Nadja Pobel

Du 8 au 17 octobre aux Célestins

 


Les Aiguilles et l'opium

Vingt après sa création, Robert Lepage revisite son spectacle hypnotique sur les flirts opiacés et cocaïnés de Jean Cocteau et Miles Davis avec une nouvelle scénographie (un cube en rotation) évoquant de manière limpide les affres de la création et des paradis artificiels. Comme toujours avec le Québécois, le spectacle, littéralement magique, reposera en grande part sur un jeu avec la machinerie théâtrale. À trop faire dans la démesure technique, Lepage a parfois perdu son discours (Jeux de carte – Piques et son plateau à 360°). Il a toutefois bien plus souvent épaté, comme avec Le Projet Andersen ou La Face cachée de la lune. Les Aiguilles et l'opium appartient à la deuxième catégorie. NP

Du 15 au 20 novembre aux Célestins

 


Please, Continue (Hamlet)

Hamlet, ici un jeune homme qui a tué le père de sa petite amie dans une banlieue, est appelé à s'expliquer au tribunal, trois ans après les faits, devant des juges et des psychiatres qui ne sont jamais les mêmes chaque soir. Et pour cause : ce sont de vrais professionnels qui, au gré des villes où le spectacle est présenté, composent avec des "témoins du drame" choisis parmi les spectateurs. Le Catalan Roger Bernat opte une fois de plus pour un travail complètement interactif. Nulle démagogie chez lui en effet, mais un réel questionnement sur la démocratie, déjà formulé l'an passé avec la simulation télécommandée Pediente de Voto et une variation sur le Sacre du Printemps où le public se muait en ballet.

Du 19 au 30 novembre au TNP

 

 

Bigre

Trois cabanons auréolés figurent autant de chambres de bonne, où trois personnages isolés évoluent dans le dénuement ou le fouillis. Leurs situations disent toutes la même chose : ils ne sont ni bien argentés ni vernis par la vie. Chacun s'occupe comme il peut. Jusqu'à ce que le burlesque prenne le dessus. Le concepteur Pierre Guillois attire les doux-dingues. Son texte Le Gros, la vache et le mainate avait ainsi été porté au plateau par l'inénarrable Bernard Menez. Y officiait déjà l'excellent comédien et chanteur lyrique Olivier Martin-Salvan, éblouissant l'an passé en Pantagruel au TNP et en homme-opéra à la Croix-Rousse avec Ô Carmen, et ici à l'affiche d'un spectacle muet qui s'annonce aussi drôle que rêveur. NP

Du 25 au 29 novembre au Théâtre de la Croix-Rousse

 

 

Hôtel Paradiso

C'est peu dire que le terme "poétique" est galvaudé, utilisé à tort et travers jusqu'à être vidé de son sens lorsqu'il est question d'arts vivants. Avec la Familie Flöz, collectif ouest-allemand formé à Essen, il retrouve son éclat, ses comédiens, coiffés d'un masque grotesquement humain, interprétant avec autant de finesse que de loufoquerie la banalité du quotidien comme leurs propres extravagances. L'an dernier, ils nous emmenaient avec Teatro Delusio dans les coulisses d'un théâtre. Cette fois, ils nous convient dans le hall d'un hôtel désuet où, pour ce que l'on a pu en voir, se fomentent rencontres, disputes, ambitions et renoncements. Avec infiniment d'humanité.

Le 1er décembre à l'Espace Albert Camus de Bron et le 6 mars à l'Allegro de Miribel

 

 

Les Nègres

Robert Wilson, pape d'un art visuel transposé à la scène internationalement reconnu depuis qu'il révolutionna le théâtre avec Le Regard du sourd en 1971 (une pièce lente et muette de 7h), est à nouveau de passage chez nous après avoir ouvert les Nuits de Fourvière cet été (avec Zinnias). Avec Les Nègres de Genet, Wilson compte, comme à son habitude, entremêler des genres pour lui indissociables, chorégraphier les déplacements de ses comédiens (tous noirs), jouer avec l'espace, le mouvement et la lumière. Cette version, créée prochainement au Festival d'automne de Paris, s'annonce donc visuellement très forte. De quoi servir un propos qui ne l'est pas moins, évocation fantasque du racisme ordinaire et du pouvoir du simulacre. NP

Du 9 au 18 janvier au TNP

 

 

Et pourquoi pas la Lune ?

Programmé en catimini à Givors en juin dernier, le seul-en-scène-avec-une-doublure de Cédric Marchal sera à l'affiche à deux reprises cette saison. D'abord au TNG (où il rendossera au passage le costume de craie de l'inoubliable Yaël Tautavel de Stéphane Jaubertie et Nino d'Introna), dans le cadre du festival Ré-Génération. Puis un mois plus tard au Polaris de Corbas, où l'attachante et volubile moitié du duo Oskar & Viktor entame une résidence de trois ans. L'occasion de redire tout le bien que l'on pense de cet hommage plein d'affection et d'acidité à l'univers fantasmatique du cabaret, où prouesses visuelles et bons mots s'enchaînent à la vitesse d'un défilé existentiel. Benjamin Mialot

Le 16 janvier au TNG et le 27 février au Polaris

 

 

Répétition

Répétition est un spectacle a priori effrayant : du théâtre qui parle du théâtre, où les acteurs, portant le même prénom qu'à la ville, endossent quasiment leurs propres rôles. Voici donc venir Denis (Podalydès), écrivain, Audrey (Bonnet) et Emmanuelle (Béart), comédiennes, ainsi que Stan (Nordey), metteur en scène, dans un texte écrit pour eux par Pascal Rambert. Le trio Bonet-Nordey-Rambert ayant signé récemment Clôture de l'amour, déchirante rupture conjugale qui ne nous a pas laissé indemnes, l'envie est toutefois grande de les retrouver. D'autant que dans l'intervalle Béart s'est montrée épatante dans la cour d'honneur du palais des Papes d'Avignon 2013, y sauvant même Par les villages, adapté par un certain… Stanislas Nordey. NP

Du 22 janvier au 1er février aux Célestins

 


La Grande et fabuleuse histoire du commerce

C'est une saison "sans". Sans Thomas Ostermeier et sans Joël Pommerat, qui enchantent habituellement nos soirées. Quoique pas tout à fait. Car Pommerat sera à Vienne avec cette pièce créée en 2011 à Béthune et présentée un an plus tard au TNP. Une pièce de commande, mais qui se révèle au final bien plus que cela : à partir d'une enquête sociologique de terrain sur le quotidien des VRP qui parcourent les routes de France, Pommerat a développé, tant formellement (des fondus au noir, un décor minimal mais extrêmement fort) que dans le propos (que reste-t-il de l'humain dans ce processus du commerce à tout crin ?), une de ces fables cruelles dont il a le secret. NP

Les 29 et 30 avril au Théâtre de Vienne

 

 

L'Odeur des planches

C'est un petit projet qui ne paye pas de mine. Un décor modeste, un texte en grande partie lu et une comédienne, star aussi incontestable que précieuse du cinéma français depuis ses débuts sous l'œil du génial Pialat dans À nos amours. Pour ses premiers pas sur une scène de théâtre (avant qu'elle ne foule celle de la Maison de la danse en mars avec Le Miroir de Jade), Sandrine Bonnaire s'est laissée porter par le metteur en scène Richard Brunel (directeur de la Comédie de Valence). Il donne à travers elle la parole à Samira Sedira, camarade de formation qui dit avec simplicité la difficulté  d'un métier d'actrice qui fait grandir les individus autant qu'il les broie. Émouvant et juste. NP

Le 9 mai à l'Atrium de Tassin

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Subvention de l'Opéra de Lyon : Richard Brunel interloqué, Serge Dorny indigné

500 000€ réaffectés vers d'autres structures | Richard Brunel, futur directeur de l'Opéra, et Serge Dorny, l'actuel dirigeant du lieu, ont vivement réagi à l'annonce de la baisse de la subvention de l'Opéra de Lyon.

Sébastien Broquet | Vendredi 5 mars 2021

Subvention de l'Opéra de Lyon : Richard Brunel interloqué, Serge Dorny indigné

Suite à la confirmation dans nos colonnes par Nathalie Perrin-Gilbert de la baisse prochaine de la subvention de l'Opéra de Lyon de 500 000 euros, qui portera la subvention de fonctionnement à 7M€ annuels au lieu de 7, 5M€ dès cette année si la proposition est votée lors du conseil municipal des 25 et 26 mars prochains, les deux directeurs — l'actuel, Serge Dorny, et le futur, Richard Brunel (actuellement en résidence au sein de l'Opéra pour Mélisande), ont réagi vivement — le premier par un communiqué de presse, le second en sortant de répétition ce jeudi soir. « Des impacts conséquents » pour Richard Brunel Richard Brunel nous a ainsi déclaré : « concernant l'annonce de la Ville sur cette baisse de 500 000€, je laisse Serge Dorny réagir au nom de l’Opéra. Ce que je puis dire c'est que je n’ai, moi-même, pas été directement contacté et informé par l'adjointe à la Culture de cette décision qui semble acqu

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Patricia Petibon : « le récital, espace de liberté »

Musique Classique | Fougueuse soprano colorature, Patricia Petibon a incarné nombre de grands rôles à l'opéra, baroques, classiques ou modernes. Parallèlement, elle fait bouger les lignes de la musique savante dans des récitals très personnels au répertoire osé.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 21 janvier 2020

Patricia Petibon : « le récital, espace de liberté »

Comment est né votre nouveau projet L'amour, la mort, la mer, à la fois récital et album qui sortira en février ? Patricia Petibon : C'est un projet un peu improvisé qui a été enregistré assez vite, avec la complicité de mon amie pianiste Susan Manoff. J'aime ces moments où la vie se déchaîne pour la création, dans l'urgence, d'un tel projet. Sa thématique constitue pour moi une exploration de l'intime, un voyage d'Ulysse parmi les sentiments... Le titre est plutôt axé vers la mélancolie, et la musique affronte ici certains points obscurs de l'existence : la perte, le deuil, la séparation. Comment accueillir la perte ? Le chant par essence est lié à l'accueil de la perte, à l'acceptation de la métamorphose dans le temps, au passage de ce qui a été à ce qui n'est plus. Qu'est-ce qui a guidé votre sélection de morceaux pour ce récital ? Avec une telle thématique vous avez dû avoir l'embarras du choix ? En fait non, pas tant que ça, ce sont des choix qui se sont imposés à moi. Des choix sensibles et pas forcément académiques ni dans la réflexion

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Vers une nouvelle ère ?

Théâtre | Quelques pointures avignonnaises continueront leur tournée en cette deuxième partie de saison et surtout la jeune scène locale (ou pas) revient avec de nouvelles propositions. Coup d’œil très exhaustif de ce qui vous attend.

Nadja Pobel | Mardi 7 janvier 2020

Vers une nouvelle ère ?

Après Noël, voici que le Conte du même nom débarque sur les planches. Parce que le film d’Arnaud Desplechin est une splendeur de finesse, de gravité et d’espièglerie, la pièce qu’en a faite Julie Deliquet est plus qu’une promesse — d’autant qu’elle avait signé une trilogie générationnelle (Derniers remords avant l'oubli / La Noce / Nous sommes seuls maintenant) avec Brecht, Lagarce et un travail collectif de sa compagnie In Vitro. Son adaptation actuellement au festival d’automne à Paris sera au Radiant en février, avec le jeune Thomas Rortais (formé au Conservatoire de Lyon) déjà vu chez Michel Raskine (dont le parfait Blanche-Neige est à la Croix-Rousse en janvier). Une autre Julie sera aux Célestins, Duclos, directrice du CDN de Reims avec son Pelléas et Mélisande (mars) moins bien accueilli à Avignon cet été que son adaptation convaincante de La Maman et la Putain. Peu apprécié aussi dans la Cour d’honneur en juillet dernier, mais qui pourtant se bonifie au fil des heures : Architecture de Pascal Rambert et sa flopée de stars (Emmanuelle Béart, Audrey B

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La Première de Pommerat au TNP annulée

Théâtre | En raison de la grève nationale du mardi 10 décembre, la première représentation prévue au TNP de Contes et légendes de Joël Pommerat est annulée. La pièce se (...)

Nadja Pobel | Mardi 10 décembre 2019

La Première de Pommerat au TNP annulée

En raison de la grève nationale du mardi 10 décembre, la première représentation prévue au TNP de Contes et légendes de Joël Pommerat est annulée. La pièce se joue néanmoins jusqu'au 21 décembre. Plus de renseignements sur le site https://www.tnp-villeurbanne.com.

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Anne Benoît, actrice majuscule

Théâtre | Tout repose sur l'actrice. Anne Benoît est magistrale dans le rôle d'une femme en souffrance au travail imaginée par la romancière Nina Bouraoui dans un livre à paraître en janvier, "Otages". Richard Brunel accompagne à la mise en scène ce cri, cette résistance et ces violences.

Nadja Pobel | Mardi 26 novembre 2019

Anne Benoît, actrice majuscule

« J'ai cherché la joie comme une folle » nous dit Sylvie Meyer, la quinquagénaire, deux enfants et un mari qui vient de partir sans qu'elle s'en émeuve vraiment. Depuis vingt ans, elle travaille dans une usine de caoutchouc, répond à toutes les demandes même lorsqu'il s'agit de surveiller désormais les agissements de ses collègues. Jusqu'à ne plus en pouvoir et se pointer au bureau avec un couteau caché dans le sac, pour une nuit de séquestration. Richard Brunel, pour cette dernière production en tant que directeur du CDN de Valence (et avant de bientôt rejoindre l'Opéra de Lyon) utilise des astuces scénographiques qui lui sont familières : de la vidéo projetée et des cloisons mouvantes faites de rideaux californiens permettant d'ouvrir ou fermer l’espace. Tout est aseptisé comme récemment dans Certaines n'avaient jamais vu la mer ou même dans le pourtant rugueux Roberto Zucco. Trop. Mais au moins rien n'entrave la parole de ce quasi monologue — l'homme n'étant qu'une matière à re

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Richard Brunel est le nouveau directeur de l'Opéra de Lyon

Mercato | C'est Richard Brunel qui va succéder à partir du 1er septembre 2021 à Serge Dorny à la tête de l'Opéra de Lyon. Franck Riester, ministre de la Culture, a validé le choix du jury en fin de journée.

Sébastien Broquet | Mardi 22 octobre 2019

Richard Brunel est le nouveau directeur de l'Opéra de Lyon

La fumée blanche s'est finalement échappée du toit de l'Hôtel de Ville lyonnais ce mardi : le successeur de Serge Dorny (qui s'en va diriger l'Opéra de Bavière) à la tête de l'Opéra de Lyon se nomme bel et bien Richard Brunel. L'information est restée un temps au conditionnel, car on attendait depuis la semaine dernière la validation définitive par Franck Riester et le ministère de la Culture du choix du jury. Approbation souhaitée rapidement avant le conseil d'administration de l'Opéra, prévu en novembre... D'où le lancement par la mairie d'un commmuniqué de presse en milieu d'après-midi, avant la validation finale, pour mettre visiblement un petit "coup de pression" à Paris, qui tardait un peu trop aux yeux de Gérard Collomb à confirmer le choix du jury lyonnais. Frank Riester a finalement validé ce choix de nommer Richard Brunel deux heures plus tard, peu après 18h ce mardi 22. Relancé durant l'été faute de candidats convaincants, mais aussi – même s'il ne faut pa

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Dans la broussaille de la jungle aux Nuits de Fourvière

Théâtre | Comme en 2014, Robert Wilson vient donner le coup d’envoi des Nuits de Fourvière. Avec sa version du "Livre de la Jungle", associé à CocoRosie, il propose un spectacle accessible à tous où sa science des lumières fonctionne, mais il pêche par manque de créativité.

Nadja Pobel | Mardi 28 mai 2019

Dans la broussaille de la jungle aux Nuits de Fourvière

Robert Wilson s’amuse. En 1h15, l’Américain s’aventure sur le terrain de l’enfance et embarque pour la quatrième fois le duo CocoRosie avec qui il avait signé récemment Peter Pan, Pushkin’s fairy tales et Edda. Son savoir-faire en matière de couleurs et de découpage de la lumière s’y exprime à plein lors d’une introduction en forme de présentation des personnages devant un rideau de velours aux lettres du mot "Jungle" clignotantes. Bienvenue dans un univers enchanté, peuplé d’animaux souriants parmi lesquels se glissent un frêle garçon aux cheveux hirsutes et basketteur en herbe : Mowgli. Ce qui appartient aux compétences de Robert Wilson est réglé au cordeau : les aplats de lumières vives, la scénographie qui, au cours des trois parties de cette fable, est une utilisation futée des verticalités et horizontalités du plateau. Mais d’où vient alors que le spectacle semble parfois être en roue libre ? Petit d'homme Dans cet écrin, les neuf acteurs/chanteurs forcent trop la séduction et les sourires figés, les chorégraphies manquent de synchronisation et surtout les fameux knee-plays (interludes), c

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Pascal Rambert se noie dans les bons sentiments avec "Actrice"

Théâtre | L'auteur et metteur en scène Pascal Rambert signe un nouveau spectacle ampoulé où, à trop clamer son amour pour son art, il se noie dans les bons sentiments et de vrais/faux règlements de comptes.

Nadja Pobel | Mardi 27 février 2018

Pascal Rambert se noie dans les bons sentiments avec

C'est ce qui s'appelle un beau spectacle. 2h15. Un décor touffu composé de gerbes de fleurs en vases par dizaines, un lit d'hôpital vagabond et quelques bancs. Une quinzaine de comédiens et comédiennes, dont deux principales qui n'ont plus à démontrer leur talent (Marina Hands et Audrey Bonnet). Et un texte avec de grandes phrases bien cousues, sur le chagrin notamment (« dans les larmes d'Eugénia, nous voyons notre pays » / « les larmes sont des chiens qui nous mordent en silence »...). Pascal Rambert, quinqua multi couronné et traduit, livre une "pièce russe", imaginée pour la troupe du théâtre d'art de Moscou. Si elle ne s'est toujours pas montée là-bas, la voici ici, créée aux Bouffes du Nord en décembre. Une "actrice" va mourir au fait de sa gloire. Pendant qu'au dehors, nous dit-on, patientent des fans inquiets, autour de son lit funeste défilent ses vieux parents, sa sœur de retour d'exil, ses enfants dont elle s'est peu occupée et ses acolytes de travail. À chaque fois, Pascal Rambert décline des sentences sur la liberté que confère l'art et sa déperdition annoncée puisque « les salles so

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L’art de s’accorder et de s’encorder

Shibari | Souvent considérée comme du fétichisme ou du BDSM, cette discipline qui consiste à attacher une personne à l’aide d’une corde avant de la suspendre est en réalité un art ancestral japonais empli de sensualité.

Julie Hainaut | Mardi 29 novembre 2016

L’art de s’accorder et de s’encorder

« C’est une discipline, mais également un art. Il n’y a rien de mystique ni de sale dans le shibari. Il n’y a que des gens mystiques ou sales. C’est l’individu qui fait la corde, pas l’inverse » explique Hwajae Yong, alias Dragon, qui a créé Lyon Shibari en 2013 : la première structure associative en France entièrement consacrée à cet art. FloZif, performeuse et organisatrice d’ateliers autour des cordes, complète : « La pratique des cordes se démocratise depuis quelques années, elle devient moins taboue, mais les préjugés persistent car cette discipline est souvent assimilée au sexe, à la soumission et à la douleur. » Historiquement, quatre pôles ont influencé la pratique du shibari : la torture pendant l’époque Sengoku (la corde servait notamment à écarteler les individus), la justice lors de la période Edo (la corde était un moyen de punir), les arts martiaux (la technique hojõjutsu permettait d’immobiliser un prisonnier) et la sexualité (la corde servait aux viols conjugaux). « L’unique point commun entre ces quatre pôles est le fait que la corde n’était pas du tout consensuel

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Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

SCENES | Cinq mois après la version magistrale de Godot par Jean-Pierre Vincent, Lyon reçoit celle du stéphanois Laurent Fréchuret : si le casting est plus inégal, la vivacité et la férocité de l’époustouflant texte de Beckett sont bien là. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 26 janvier 2016

Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

Pour ceux dont les souvenirs remonteraient aux vieilles années du lycée, il y a urgence à réentendre ce texte. Plus puissant que Fin de partie ou Premier amour qui tournent partout, En attendant Godot est un chef d’œuvre, parfaite alchimie entre une désespérance profonde et un espoir ultime, celui d’être ensemble, toujours, même - et surtout - face à l’inéluctable. Laurent Fréchuret n’a pas souhaité faire le malin face à ce texte-monstre, bien lui en a pris : il suit les très précises indications que Beckett a livré en didascalies et c’est dans ces contraintes qu’il trouve la liberté de rire. Pour cela, le Stéphanois a convoqué un acteur immense, Jean-Claude Bolle-Reddat. Parfait Estragon qui, entre mille autres choses, a été membre de la troupe du TNS époque Martinelli, est passé dans le décapant Prix Martin de Labiche mis en scène par Boëglin, ou a joué au cinéma sous l’œil du surdoué en surchauffe François Ozon (Une nouvelle amie). En une fraction de seconde, Bolle-Reddat est juste et il tiendra cette tension deux heu

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Révolutionnaire Pommerat

SCENES | Quand, en avril 2005, le TNG accueille Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, le metteur en scène débarque à Lyon comme la mère de la petite fille : (...)

Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

Révolutionnaire Pommerat

Quand, en avril 2005, le TNG accueille Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, le metteur en scène débarque à Lyon comme la mère de la petite fille : marchant sur la pointe des pieds, mais faisant résonner le bruit de talons invisibles. Entendez par là : il arrive le plus discrètement possible, mais fait son effet. Cette pièce est la première qu’il consacre aux enfants (suivront les sombres et néanmoins féériques Pinocchio et Cendrillon), mais il fait alors du théâtre depuis plus de dix ans et s’apprête à être invité du Festival d’Avignon l’année suivante. Acteur, il a rapidement cessé de l’être, à 23 ans, pour se lancer dans «l’écriture de spectacles» selon ses mots. Du monologue Le Chemin de Dakar en 1990 à la création des Marchands en 2006, il fait ses armes, avant de rencontrer un succès qui ne s’est plus démenti. Associé aux Bouffes du Nord puis à l’Odéon, et désormais aux Amandiers-Nanterre, il crée à un rythme effréné des pièces d’une qualité constante, qui toutes creusent les paradoxes de l’Homme et la manière dont la mécanisation du travail le broie (Les Marchands, Ma Chambre froide

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Au TNP, Joël Pommerat fait sa Révolution

SCENES | À force d’ausculter le travail, les rapports de hiérarchie et les questions de libre arbitre, il fallait bien qu’un jour Joël Pommerat ose affronter les prémices de la liberté et de l’égalité des droits. En 4h30, il revient aux origines de la Révolution française avec "Ça ira". Et c’est un exceptionnel moment de théâtre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

Au TNP, Joël Pommerat fait sa Révolution

«Il n’y a pas de point de vue» reprochent à Ça ira les rares qui osent critiquer aujourd’hui Joël Pommerat, devenu en quinze ans une figure absolument singulière et, pour tout dire, monumentale du théâtre français actuel, de surcroît plébiscitée par les spectateurs partout sur le territoire. À Nanterre, où il est artiste associé, il a affiché complet durant tout novembre et les malchanceux dont la représentation tombait sur les deux jours d’annulation post-attentats ont dû jouer sévèrement des coudes pour rattraper au vol des billets sur Le Bon Coin. Cette supposée absence de point de vue – aucun personnage n’étant désigné comme bon ou mauvais – est en fait la preuve qu’il y en a une multitude. Tout le monde s’exprime au cours de cet épisode de l’Histoire dont le choix constitue en lui-même un acte politique fort, comme Pommerat en signe depuis ses débuts. Comme il le précise souvent, «il ne s’agit pas d’une pièce politique mais dont le sujet est la politique», soit la vie de la cité, selon l’étymologie du mot. Plutôt que de proposer un manifeste, Pommerat amène à mieux comprendre la naissance de la Révolution et même, puisqu’il n’es

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Joël Pommerat fait sa révolution

SCENES | La pièce débute ce vendredi 8 janvier et elle se tiendra jusqu’au 28 au TNP, qui pour assurer une si longue série a uni ses forces à celles des Célestins. (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 janvier 2016

Joël Pommerat fait sa révolution

La pièce débute ce vendredi 8 janvier et elle se tiendra jusqu’au 28 au TNP, qui pour assurer une si longue série a uni ses forces à celles des Célestins. Grand bien leur en a pris, car Ça ira (1) Fin de Louis est un spectacle hors norme – que nous ne traiterons ici qu'en surface pour mieux lui accorder notre Une la semaine prochaine. Aux Amandiers à Nanterre, où il fut créé, il nous a plongé de prime abord dans une certaine incrédulité avant de nous convaincre totalement. Car pour raconter la Révolution française (jusqu'à 1792), Joël Pommerat a tout misé sur la parole et atténué ses effets scéniques, qui reposaient essentiellement sur un usage sidérant des lumières. Par ailleurs, lui qui a toujours eu un discours si grinçant sur l’aliénation au travail laisse ici s’exprimer toutes les contradictions des puissants et des faibles, ne prenant pas position. Tiède ? Au contraire. En 4h30, il montre avec brio comment, aux cours de débats passionnés, des hommes et des femmes ont tenté de rendre la société plus égale – et y sont parvenus. Sans égréner de dates-clés ni nommer de protagonistes (à l’exception de Louis), mais avec ses comédiens fidèles et son a

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Rentrée théâtre 2016 : n’ayons peur de rien

SCENES | Lancée par la venue de Joël Pommerat et Romeo Castellucci, la seconde partie de saison s’annonce dense et exigeante. Tour d’horizon de ce qui vous attend au théâtre sur les six prochains mois.

Nadja Pobel | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée théâtre 2016 : n’ayons peur de rien

D'un côté la Révolution française revue et corrigée en costard-cravate par Pommerat en 4h30 dans Ça ira (1). Fin de Louis (au TNP, co-accueil avec les Célestins dès cette semaine), de l'autre de vrais singes et des instruments SM pour reconstituer le destin tragique des Atrides dans L’Orestie (aux Célestins, co-accueil avec le TNG plus tard en janvier) du remuant et très rare Romeo Castellucci : le premier mois de l’année ne devrait pas vous laisser indemne. D’autant que s’ajoutent la nouvelle création de Michel Raskine, Quartett d’après Les Liaisons dangereuses (Célestins), pour laquelle il rappelle son duo fétiche Marief Guittier / Thomas Rortais et celle, écouteurs aux oreilles, de Joris Mathieu, l’intriguant Hikikomori (TNG) qui murmurera trois histoires différentes aux spectateurs. Aussi intranquille sera Phia Ménard, artiste transgenre associée au TNG avec son classique Vortex

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"887", la belle boîte à souvenirs de Robert Lepage

SCENES | En se racontant à la première personne, Robert Lepage livre avec "887" un spectacle d’une humilité et d’une sincérité désarmantes qui allie sa maitrise de la technologie du plateau à un discours engagé. Critique et parole à l'artiste.

Nadja Pobel | Mardi 17 novembre 2015

Comment se souvient-on et de quoi ? La technologie nous laisse-t-elle encore le choix ? En prenant pour prétexte, véridique, de devoir apprendre par cœur un texte, Speak White de Michèle Lalonde, pour le quarantième anniversaire de la Nuit de la poésie et son inquiétude de ne pas y arriver, Robert Lepage a décidé de questionner sa mémoire et donc son histoire. Ayant compris que le «le théâtre c’est magique quand il n’y a pas de théâtre au début» (dans un entretien avec Stéphane Bureau paru aux éditions Amerik-média en 2008), il commence par faire, toutes lumières éclairées, les recommandations habituelles (éteindre son téléphone, etc.) puis enchaîne, l’air de rien, en nous racontant comment il s’aide d’un moyen mnémotechnique, le "palais de la mémoire". Le sien est le 887 rue Murray, l’immeuble où il a grandi à Québec, à peine plus haut que lui-même. En décrivant toutes les cases de cette maison de poupée – y compris les appartements de ses voisins – il dresse un portrait sensible autant que sociologique de sa ville et, surtout, met à nu sa famille, son père notamment, chauffeur de taxi qui ne sait quasiment ni lire ni écrire mais parle angla

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Robert Lepage : «Le théâtre est là pour changer les choses»

SCENES | La première lyonnaise de "887" avait lieu vendredi 13 novembre à 20h. Au sortir du spectacle, au traditionnel pot de première, la rumeur parcourait les Célestins : il y aurait des fusillades Paris. Très vite, chacun ne parle plus que de cela, se connecte comme il peut au web, appelle ses proches vivant à Paris et file rejoindre un téléviseur. Le lendemain à 13h, Robert Lepage nous accorde une interview prévue de longue date. Il a lui-même passé la nuit à zapper sur des chaînes anglophones. En début d'entretien, il ne pouvait qu'être question de ce carnage.

Nadja Pobel | Dimanche 15 novembre 2015

Robert Lepage : «Le théâtre est là pour changer les choses»

Quelle réaction avez-vous à l’issue de cette nuit ? Robert Lepage : Je suis complètement atterré, surtout que j’étais à Paris il y a deux soirs. Mon équipe et moi avons des amis qui jouent en ce moment à la Villette. On était à la première. Et tout à coup cette chose arrive. Ils avaient toute une série jusqu’au 28… Chez nous, on est toujours doublement choqué. Ce n’est pas que vous êtes habitués en Europe, mais on est moins la cible de genre d’événements. En Amérique, quand il y avait eu le 11-Septembre, le continent était vierge de ce genre de choses, ça avait été vraiment comme un viol. Mais c’est fou, on était dans le Marais il y a deux jours, on a déjà joué au Bataclan, on y a fait des ligues d’impro, on connait bien la salle. Aujourd’hui, c’est plus une salle de concert, mais à l’époque il y avait toutes sortes d’événements. Ça me bouleverse. J’ai retrouvé une interview dans laquelle vous parliez du terrorisme (entretien paru sur Amerik-média en 2008). Vous disiez que la peur était due à l’ignorance, qu’il fallait t

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Les reprises de 2015/2016

SCENES | Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Les reprises de 2015/2016

Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans paroles sur l’ultra moderne solitude. Au même endroit Jean Lacornerie reprend ce qui est (avec Roméo et Juliette) sa comédie musicale la plus aboutie, Mesdames de la Halle (11 au 28 décembre). De son côté, au milieu d’une saison presque entièrement dédiée au langage, le TNP fait place aux délicats balbutiements de En courant, dormez par Olivier Maurin (6 au 15 avril), alors que la Renaissance reprend la foutraque Visite de la vieille dame (23 au 2

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Les locaux de la saison 2015/2016

SCENES | La crème des artistes internationaux (Lepage, Stein, Jarzyna pour une variation sur "Opening Night"...) a beau fouler nos planches cette saison, on aurait tort d'en oublier les pointures rhônalpines. Zoom sur les prochains spectacles de Richard Brunel, Michel Raskine et cie.

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Les locaux de la saison 2015/2016

Une fois n’est pas coutume, c’est à l’Élysée (quand bien même l’Espace 44 a rattaqué dès le 1er septembre) que débute en fanfare la saison théâtrale : Michel Raskine y adapte Au cœur des ténèbres de Conrad avec l’éternelle Marief Guittier et l’excellent Thomas Rortais qu’il avait déjà mis à l’épreuve dans son (forcément) triomphal Triomphe de l’amour en 2014. Plus tard, il prendra les mêmes et recommencera, cette fois aux Célestins, pour une adaptation de Quartett d’Heiner Müller (6 au 24 janvier) qui lui-même écrivait là sa version des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos – «une comédie» selon les mots du sulfureux écrivain. Le travestissement ne devrait jamais être loin, l’amusement non plus. La nouvelle création de Gilles Pastor s'annonce elle plus caustique que ludique puisque, après avoir brillamment mis en scène l’Affabulazione

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Une saison théâtrale sous le signe du politique

SCENES | Souvent taxé d’art vieillissant, le théâtre ne cesse pourtant, à l’instar des sociologues ou historiens, d’ausculter le monde contemporain. Cette saison, plusieurs auteurs décryptant la trivialité des rapports sociaux seront portés au plateau. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Une saison théâtrale sous le signe du politique

Christine Angot le déclarait fin août au Monde : «il n’y a pas de vérité hors de la littérature». Théâtre inclus. Le festival international Sens Interdits, en prise directe avec les maux du Rwanda, des réfugiés ou de la Russie, en sera une déflagrante preuve en octobre. Plus près de nous, avec la vivacité d’un jeune homme, Michel Vinaver (88 ans) a repris la plume pour signer Bettencourt boulevard ou une histoire de France, une pièce en trente épisodes mettant au jour les rouages de la fameuse affaire. Ne surtout pas chercher dans ce texte monté par Christian Schiaretti au TNP (du 19 novembre au 19 décembre) des règlements de comptes entre un chef d’État, une milliardaire et un photographe-abuseur, des comptes-rendus judicaires ou de grands discours. Vinaver fait de ses célèbres protagonistes les personnages d’une tragédie grecque contemporaine, remontant à leurs origines et évoquant leur rapport à la judéité, montrant ainsi, loin des polémiques, comment une vieille dame absolument sénile se laisse courtiser par un bellâtre peu scrupuleux. Ce simple jeu d’influence

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La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

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La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

ACTUS | Ludique et politique est le visuel de la nouvelle plaquette (une croix faite de craies fragilisées) du Théâtre de la Croix-Rousse. Ludique et politique (et du coup franchement excitante) sera sa saison 2015/2016. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 31 mai 2015

La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

Des Fourberies de Scapin décapées au karcher par Laurent Brethome, le crépusculaire Mon traître d'Emmanuel Meirieu, David Bobée et son Lucrèce Borgia à (trop) grand spectacle... L'entame de la saison 2014/2015 du Théâtre de la Croix-Rousse fut l'une des plus fulgurantes qu'on ait connue depuis l'arrivée à sa direction de Jean Lacornerie. La rentrée 2015/2016 est bien partie pour soutenir la comparaison, ne serait-ce que parce qu'elle s'ouvrira sur la reprise du Bigre de Pierre Guillois, comédie muette «à voir et à revoir» (du 29 septembre au 3 octobre) selon la formule consacrée car aussi hilarante qu'ingénieuse. Suivront : une prometteuse transposition des conseils pour accéder à un trône et le conserver de Machiavel dans l'univers férocement contemporain du stage de formation par Laurent Guttmann (Le Prince, du 6 au 16 octobre) ; le retour, sous bannière Nimis Groupe, d'une partie des singuliers Belges du Raoul collectif (Le Signal du promeneur) avec Ceux que j'ai rencontrés ne

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La saison 2015/2016 du TNP

ACTUS | 22 spectacles dont 9 émanant de sa direction ou de ses acteurs permanents : la saison prochaine, le Théâtre National Populaire fera la part belle aux talents maison, à commencer par la création très attendue de "Bettencourt Boulevard" par Christian Schiaretti. Autre temps fort : "Ça ira", fable plus que jamais politique du maître Joël Pommerat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 20 mai 2015

La saison 2015/2016 du TNP

L’an dernier à la même époque, Christian Schiaretti pouvait encore rêver de devenir patron de la Comédie Française, tandis que l’État et le Département supprimaient respectivement 100 000€ et 150 000€ de dotation à ce Centre National Dramatique majeur (sur un budget de presque 10M€). Depuis, le Ministère comme le Rhône ont rendu ce qu’ils avaient pris, le TNP peut rouler sur des rails paisibles. Quoique : la troupe permanente de 12 comédiens a été réduite à 6. Le coût de la vie augmentant, il faut bien faire des économies et puisqu’il n’est pas possible de baisser les frais de fonctionnement de cet énorme paquebot, ce sont les artistes qui trinquent. Mais de cette contrainte nait de l’inventivité. Le TNP proposera ainsi neuf spectacles dans lesquels des comédiens de la mini-troupe se feront metteur en scène, tout le monde travaillant de fait à flux constant. Julien Tiphaine portera à la scène La Chanson de Roland, Clément Carabédian et Clément Morinière s’attèleront au Roman de Renart, Damien Gouy au Franc-Archer de Bagnolet d’un anonyme du XVe siècle et Juliette Rizoud

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Sandrine Bonnaire s'enivre de "L'Odeur des planches"

SCENES | D'abord, il y a ce plaisir de voir une comédienne parmi les plus familières et attachantes de son époque fouler un grand plateau de théâtre, seule, pour nous (...)

Nadja Pobel | Mardi 28 avril 2015

Sandrine Bonnaire s'enivre de

D'abord, il y a ce plaisir de voir une comédienne parmi les plus familières et attachantes de son époque fouler un grand plateau de théâtre, seule, pour nous raconter une histoire qui la met dans le même état de rage que le personnage qu'elle incarnait à 15 ans, tenant tête à son Pialat de mentor. Sandrine Bonnaire résiste. Elle donne du cœur à un cri, celui de Samira Sedira, auteur de ce texte, L'Odeur des planches, «le plus autobiographique» dit-elle, publié en 2012 aux éditions du Rouergue. Alternant souvenirs historiques – ceux de ses parents débarqués d'Algérie dans les années 60 – et un vécu contemporain qui débute par la fin de ses droits Assedic et l'obligation pour elle de trouver un travail alimentaire, elle donne du rythme et de la force à son récit. Devenue femme de ménage, elle voit dans ce déclassement social une occasion de se rapprocher de sa mère qui, elle aussi, à dû combattre la solitude et se résoudre à ce métier. Finie la litanie des théâtres visités qu'elle récite comme un pensum, la voilà seulement définie par son corps, éreintée par cette tâche aride et dépourvue de toute pensée. Une «dépossession» de soi décrite ave

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La Comédie de Valence, un CDN incontournable

ACTUS | Pour qu'un spectacle se fasse, il ne suffit pas d'un bon casting, d'un bon texte et d'un bon metteur en scène. Encore faut-il que lui préside un (...)

Nadja Pobel | Mardi 28 avril 2015

La Comédie de Valence, un CDN incontournable

Pour qu'un spectacle se fasse, il ne suffit pas d'un bon casting, d'un bon texte et d'un bon metteur en scène. Encore faut-il que lui préside un vrai sens de l'initiative, comme cela fut le cas pour L'Odeur des planches. Il se trouve que le Centre Dramatique National de Valence n'en manque pas, courtoisie de son directeur Richard Brunel, arrivé en 2010 et reconduit pour trois années en janvier dernier. Si au Petit Bulletin nous n'en parlons que rarement, faute d'une édition couvrant l'actualité artistique en Drôme, la Comédie de Valence n'en est pas moins incontournable. Dans la région, elle est même parfois la seule à accueillir certaines productions internationales, à l'image de You are my destiny d'Angelica Liddell et du Trauernacht mis en scène par Katie Mitchell – c'est aussi là-bas que fut donnée la première du Carmen de Dada Masilo lors de la dernière Biennale de la danse. Pour autant, ce théâtre ne prêche pas qu'aux convertis : il s'exporte dans tous genres de lieux (école, chapelle, musée...), emmenant à la rencontre d'un public nouveau des artistes de haut vol comme François Cervantès ou Simon Delétang, partis en «

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Sandrine Bonnaire : «Ce métier est une offrande»

SCENES | Renouant avec le théâtre, Sandrine Bonnaire dit avec simplicité l'histoire d'une comédienne déchue et réduite à faire des ménages via le texte autobiographique de Samira Sedira, "L'Odeur des planches". Dialogue avec la plus radieuse des actrices françaises, née sous le haut-patronage de l'immense Maurice Pialat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 28 avril 2015

Sandrine Bonnaire : «Ce métier est une offrande»

En 1989, vous jouiez pour la première fois au théâtre dans La Bonne âme du Se-Tchouan sous la direction de Bernard Sobel. Vous vous êtes ensuite absentée jusqu’à L’Odeur des planches. Qu’est-ce qui vous a menée au théâtre, vous en a éloignée puis vous y a ramenée ? Sandrine Bonnaire : J’ai effectivement arrêté le théâtre durant plusieurs années pour diverses raisons, notamment parce que j’ai eu un enfant et que j’avais peu envie de sortir chez moi le soir. Le désir n’était plus là, mais il est revenu il y a deux ans. En fait, j'avais sollicité Jean-Michel Ribes pour le projet du Miroir de Jade [pièce chorégraphiée créée dans la foulée de L'Odeur des planches, NdlR], pour lui demander s’il pouvait financer ce spectacle, et il m’a présenté Richard Brunel qui m’a proposé de faire cette lecture. On a fait trois jours de lecture à Valence et on avait envie de le reprendre avec le texte appris. On s’est rendu compte que ce texte devait être interprété, qu’une simple lecture ne convenait pas car on ne peut pas vraiment rester en retrait de ce récit. Qu’est-ce qui vous a attirée dans ce texte peu an

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Bis repetita

SCENES | Dans une extension du grandiose "Clôture de l'amour", l'auteur et metteur en scène Pascal Rambert disserte sur les rapports humains et le théâtre. Mais ses quatre stars, pourtant au meilleur de leur forme, ne parviennent à empêcher ce spectacle, pertinent autant qu’abscons, de patiner dans la prétention. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 27 janvier 2015

Bis repetita

Elle attaque, elle mord. Audrey balance ses sentences brute de décoffrage contre Denis, qui a regardé un peu trop tendrement Emmanuelle. Presque terroriste, la déflagration dure pas moins de 45 minutes. Scandant sa colère d'adverbes («oui parfaitement, très clairement»), elle demande si l'on peut «décrire ce qui a eu lieu.» Puis extrapole : «est-ce qu'on peut décrire le monde ? Est-ce que le langage est la description du monde ?». Car s'entremêlent ici, dans un gymnase dédié à une répétition de théâtre, le travail sur une pièce (sur la vie de Staline) et les rapports intimes des quatres personnes, amis, amants ou ex, qui la montent. Avec Clôture de l'amour, où déjà Aurdey Bonnet et Stanislas Nordey s'entredéchiraient,  Pascal Rambert avait produit un chef-d'oeuvre. Il reprend avec Répétition le même dispositif d'un théâtre où le dialogue est une addition de longs monologues et où les personnages fictionnels se confon

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Ciao Ré-génération

SCENES | Initié par Nino D’Introna lorsqu’il fut nommé à la tête du TNG, le festival Ré-génération vivra sa neuvième et dernière édition du 10 au 16 janvier. Avec lui s'évanouit (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 janvier 2015

Ciao Ré-génération

Initié par Nino D’Introna lorsqu’il fut nommé à la tête du TNG, le festival Ré-génération vivra sa neuvième et dernière édition du 10 au 16 janvier. Avec lui s'évanouit une belle idée : celle de réunir, au moment où l’actualité culturelle redémarre tout juste, des spectacles jeune public produits par nos voisins européens (et québécois), à l'instar du Maduixa Teatro de Valencia, de retour avec Dot, où se croisent danse, vidéo et arts plastiques. La France ne sera pas en reste avec les circassiens de l’école de Ménival, les Zonzons pour une version guignolesque de Cyrano (créée en 1904 !) ou le très attendu Garçonne d'Elsa Imbert, fable sur l’identité et le genre dans laquelle la huitième fille d’un couple accepte de se faire appeler Simon pour contenter son père. Enfin, Nino d’Introna profitera de ce chant du cygne pour faire découvrir les "siens", notamment les Merendoni, deux vieux frères marionnettistes qui livre

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Please, continue (Hamlet), ou quand le théâtre fait sa loi

SCENES | «La justice n'est pas un jeu même si les apparences peuvent le laisser penser, comme si nos habits étaient des costumes» lance jeudi 20 novembre Me Ronald (...)

Nadja Pobel | Mardi 25 novembre 2014

Please, continue (Hamlet), ou quand le théâtre fait sa loi

«La justice n'est pas un jeu même si les apparences peuvent le laisser penser, comme si nos habits étaient des costumes» lance jeudi 20 novembre Me Ronald Gallo, avocat d'Hamlet, lors de son réquisitoire. Nous sommes pourtant au TNP, pas dans une cour d'assises. Mais en amenant la justice sur une scène, Yan Duyvendak et Roger Bernat ont rendu palpables les similitudes de ces deux arts oratoires, non sans prendre soin de les re-situer le plus clairement possible. Les acteurs ont ainsi enfilé un t-shirt sur lequel est mentionné leur rôle, tandis que les autres personnes présentes (des avocats, un huissier, un juge et un expert psychiatre)ont reçu pour consigne d'incarner leur propre rôle sans en dévier. Un fait divers simple, hybride d'un vrai cas et du scénario shakespearien (un homme a tué le père de son ex-petite amie) sert alors d'appui à une forme inédite de pédagogie de la justice, domaine par essence public mais bien mal connu de ceux qui n'y ont pas affaire. Please, continue (Hamlet) est aussi une loupe sur le caractère aléatoire que revêt un tel cérémonial. Tous les avocats et/ou présidents, souvent des pointures (quel bonheur

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Yan Duyvendak : «Un magnifique exercice de lâcher prise»

SCENES | Après "Pendiente de Voto" et "Le Sacre du printemps", le metteur en scène catalan Roger Bernat est à l'affiche avec un nouvel OVNI participatif, "Please, continue (Hamlet)". Soit le procès pour meurtre d'un faux Hamlet par de vrais magistrats, devant un public mué en jury populaire. Sera-t-il condamné ou acquitté ? Pour le savoir, nous appelons à la barre le co-créateur de ce passionnant spectacle, l'artiste néerlandais Yan Duyvendak.

Nadja Pobel | Mardi 25 novembre 2014

Yan Duyvendak : «Un magnifique exercice de lâcher prise»

Diplômé des Beaux-Arts de Sion et de l’école des arts visuels de Genève, comment en êtes-vous venu à concevoir des performances ? Yan Duyvendak : En même temps que les Beaux-Arts, j’ai suivi une formation de danse amateur, puis participé à une espèce de revue de très mauvais goût. J’étais ado et j’aimais beaucoup l’humour utilisé comme une force corrosive. Comme j’étais trop grand pour faire de la danse professionnelle – c’était avant Alain Platel et la possibilité d'avoir des corps spécifiques dans la danse – je me suis ensuite tourné vers l’art visuel, dans lequel j’ai fait une petite carrière. Mais je m’y suis très vite ennuyé, je m’y suis senti très seul et c'était mortifère. J’avais envie de réinjecter de l'humour dans le travail. J’ai alors fait des vidéos, chanté a cappella des chansons existantes qui parlent de l’art (comme J’aurais voulu être un artiste), et c'est devenu une réflexion sur l’art aujourd’hui. J’ai pu faire ça très vite à la fondation Cartier, en 1995. En 2011, vous créez avec Roger Bernat Please, continue (Hamlet), qui relate le procès d'un fa

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Très chers voisins

SCENES | Dans "Bigre", pièce sans paroles qui se fait pourtant bien entendre, un trio de comédiens emmené par l’épatant Olivier Martin-Salvan cherche quelques grammes de bonheur dans une marrée de petites misères. Et c'est hilarant. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 18 novembre 2014

Très chers voisins

En prenant le parti de se passer de texte, Pierre Guillois, également présent sur scène, a dû inventer une autre forme d’échange entre ses trois personnages. Un pari d'autant plus risqué que ce qu’il a à nous dire n’est pas très réjouissant. Voyez ces trois individus, cloitrés dans leurs studios grands comme des mouchoirs de poche. Ils pourraient être des étudiants rongeant leur frein en attendant des jours meilleurs. Mais ce sont des adultes, comme un nombre croissant des locataires des appartements minuscules et branlants dont s'enorgueillit notre belle société. Des adultes anonymes dont les caractéristiques font non seulement de parfaits ressorts comiques pour ce spectacle burlesque, mais expriment également comment l’homme, esseulé, s’est mis à parler aux murs. C’est là que le théâtre reprend ses droits, via un travail méticuleux sur le décor constitué par leurs trois cabanes. L’un des protagonistes loge ainsi dans une piaule high tech et d’un blanc immaculé, ne commandant ses objets que par des artifices (claquement de main, télécommande). Un autre vit dans un capharnaüm digne d’un psychopathe (ou d’un pauvre qui n’aurait pas de placards). La trois

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Mots et merveilles

SCENES | A travers le portrait croisé d'un maître de cérémonie aussi candide que zinzin, le metteur en scène et comédien Cédric Marchal signe avec Et pourquoi pas la Lune ? l'un des spectacles les plus réussis de la saison. Et synthétise deux décennies d'une carrière sous le signe de l'émerveillement collectif. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 20 mai 2014

Mots et merveilles

«Le spectacle vivant l'est parce que vous êtes là pour le lui rappeler». C'est par ce bon mot que Cédric Marchal conclue les représentations d'Oskar & Viktor, le pittoresque duo de juke-boxes de chair et de sang qu'il compose avec François Thollet depuis bientôt quinze ans. C'est sur elle que semble avoir été construit Et pourquoi pas la Lune ?, un seul-en-scène et demi – le marionnettiste Aïtor Sanz Juanes lui "donne la réplique" – qui voit cet artiste à tout faire embrasser d'un geste plein de fantaisie et de virtuosité les obsessions qui le travaillent depuis le début des années 90. A l'époque, Cédric Marchal, né à Strasbourg et aujourd'hui installé à Lyon, est un jeune produit du conservatoire de Chambéry, au sein duquel il trompait l'ennui que lui inspirait l'enseignement. De sa scolarité, il garde toutefois deux souvenirs : celui de ses premiers pas sur une scène, à l'âge de onze ans, dans une adaptation de L'Enfant sauvage de Truffaut ; et celui d'un prof d'arts plastiques autodidacte, qui lui tint un jour ce discours : «tant que tu n'as pas essayé, personne n'a le droit de te dire que tu n'es pas capable». Bonjour chez vous

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Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

CONNAITRE | 65 spectacles, 170 levers de rideau, des rendez-vous au TNG, à Gadagne ou à la Maison de la danse : les Nuits de Fourvière s'annoncent plus foisonnantes que jamais. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 13 mars 2014

Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

L'an passé, nous saluions le starpower de la soixante-huitième édition des Nuits de Fourvière. Maintenant que nous connaissons la teneur de la soixante-neuvième, nous voilà contraints de revoir notre jugement à la baisse : en termes d'éclat et de densité, la programmation de 2014 est à celle de 2013 ce que la Grande Nébuleuse d’Andromède est à la Voie Lactée. Le principal artisan de ce saut hyperspatial qualitatif n'est autre que Richard Robert, transfuge des Inrockuptibles qui semble avoir avoir définitivement trouvé ses marques de conseiller artistique. Impeccablement équilibré entre reconnaissance de phénomènes franco-belges (Phoenix,  Fauve et Stromae), concerts événementiels (un hommage à Robert Wyatt, Benjamin Biolay qui dirigera un orchestre pour sa nouvelle muse, Vanessa Paradis), rappels de la suprématie de la pop d'outre-Manche (le collectif multimédia Breton, Damon Albarn pour son premier album solo, Franz Ferdinand, Miles Kane), passages ob

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Pommerat refait les contes

SCENES | Plus de deux ans après sa création, "Cendrillon", enfin, passe par la région lyonnaise. Pièce maîtresse de l’œuvre de Joël Pommerat, ce conte, ici plus fantastique que merveilleux, décline ce qui intéresse tant l’incontournable metteur en scène : tenter d’être soi dans un monde hostile. Une réussite totale et inoubliable. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 11 mars 2014

Pommerat refait les contes

«Ta mère est morte. Ta mère est morte. Comme ça maintenant tu sais et tu vas pouvoir passer à autre chose. Et puis ce soir par exemple rester avec moi. Je suis pas ta mère mais je suis pas mal comme personne. J’ai des trucs de différent d’une mère qui sont intéressants aussi». Voilà ce que se racontent Cendrillon et le jeune prince lorsqu’ils se rencontrent. Pour le glamour, la tendresse et les étoiles dans les yeux, Joël Pommerat passe son tour. Tant mieux : en ôtant toute mièvrerie au conte originel, en le cognant au réel, il le transforme en un objet totalement bouleversant qui, lors de sa création, a laissé les yeux humides à plus de la moitié de salle. Du jamais vu pour ce qui nous concerne. «Ecrivain de spectacles», comme il aime se définir, Pommerat connaît depuis plus de dix ans un succès inédit dans le théâtre français, jouant à guichet fermé partout où il passe. Et il passe partout. Le seul cap qu’il s’était d'ailleurs fixé en renonçant à faire du cinéma, constatant qu’il ne pourrait jamais faire comme son héros David Lynch, était de créer une pièce

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Une autre paire de manches

SCENES | Un nouvel instrumentarium, un nouveau répertoire, de nouvelles chemises, mais toujours cette extravagance communicative et ce souci du revivre ensemble : Oskar & Viktor, les Superdupont de la chanson française, sont de retour. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 18 février 2014

Une autre paire de manches

On avait laissé l'impassible Oskar Aoko et l'agité Viktor Lekrépu, cet étonnant duo qui, au seul moyen d'un accordéon et d'une paire de voix complémentaires (limpide comme celle d'un barde pour celui avec des cheveux, auguste telle celle d'un chanteur de charme pour celui qui n'en a plus), transforme les standards de Johnny Hallyday en poèmes courtois du XVIIIe siècle et met au jour les racines jamaïcaines et tyroliennes de ceux d'Hugues Aufray, dans l'embarras. On le retrouve dans le même état, encore une fois contraint d'improviser un tour de chant dans l'attente du tourbus des Chœurs de l'Armée Rouge, du Philharmonique de Berlin et du Ballet du Bolchoï.  Pour autant, ce n'est pas sur le Je n'ai pas changé de Julio Iglesias que s'ouvre ce deuxième opus, mais sur une relecture façon cri de ralliement soviétique du Rouge de Jean-Jacques Goldman. Signe que Cédric Marchal et François Thollet, le metteur en scène et le musicien qui se cachent sous les chemises bariolées de ces faux ratés, n'ont rien perdu de leur loufoque

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Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

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Sur Stravinski ou New Order

SCENES | Jusqu'au 5 décembre, le Centre Chorégraphique National de Rilleux-la-Pape propose son deuxième temps fort, "Play Time", ouvert à tous les publics (dès 3 ans (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 20 novembre 2013

Sur Stravinski ou New Order

Jusqu'au 5 décembre, le Centre Chorégraphique National de Rilleux-la-Pape propose son deuxième temps fort, "Play Time", ouvert à tous les publics (dès 3 ans pour Têtes à têtes de Maria Clara Villa-Lobos) et rassemblant les propositions les plus diverses. Les "grands" pourront ainsi s'immerger dans le Sacre du printemps de Roger Bernat (également au programme du festival Micro Mondes) pour une expérience scènique inédite en hommage à Pina Bausch, et les "petits" dans Partituur de la très renommée performeuse croate Ivana Müller, pièce dans laquelle trente enfants sont invités à imaginer une histoire et une chorégraphie dans un pays fictif - et qui sera reprise à la Maison de la danse du 11 au 18 décembre.  Il y aura aussi du hip hop féminin avec le duo Yonder Woman d'Anne Nguyen et un spectacle promettant son pesant de cold rock : The Him de Yuval Pick (directeur du CCN). Cette pièce inspirée de la musique de New Order (et tout particulièrement de leur premier album, le bien no

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Micro Mondes ou l’art en cinq dimensions

CONNAITRE | Des spectacles sensoriels dans de petites jauges : voici venir le festival Micro Mondes qui, pour sa deuxième édition, promet au spectateur d’être un peu plus acteur qu’à l’accoutumée. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 20 novembre 2013

Micro Mondes ou l’art en cinq dimensions

Elle avait déjà travaillé dans de grandes structures culturelles, de belles salles avec de beaux et impeccables spectacles. Puis un jour elle a vu Bucchetino. Céline Le Roux, directrice et fondatrice du festival Micro Mondes, dont la première édition s’est tenue il y a tout juste deux ans, se souvient encore de cette expérience incroyable. Romeo Castellucci, loin de la subversion de ses créations habituelles, avait reconstitué la maison du Petit Poucet et invitait les spectateurs à se coucher dans un des cinquante lits présents. Une fois la couverture repliée sur soi, on écoutait la conteuse nous dire cette histoire en respirant de véritables effluves d’eucalyptus et en entendant grincer l’escalier sous les pas du père montant voir ses enfants dans la pièce d’à-côté. Ce spectacle autant sensationnel que sensoriel nous a laissé comme à elle des souvenirs indélébiles. «Laisser des traces», c’est précisément ce que Céline Le Roux cherche dans ce festival des arts dits "immersifs" où le rapport au public est bouleversé, notamment du fait de jauges réduites (de une à cent personnes maximum). Toucher, jouer

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Sens interdits 2013, jours 7 & 8 : L’Adieu aux larmes

SCENES | "Regards de femmes" de Chrystèle Khodr et Chirine El Ansary. "Pendiente de voto" de Roger Bernat. "L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge" de Georges Bigot et Delphine Cottu.

Nadja Pobel | Jeudi 31 octobre 2013

Sens interdits 2013, jours 7 & 8 : L’Adieu aux larmes

Sens Interdits s’est achevé pour nous avec deux pièces déjà vues en amont du festival et dont vous avions parlé dans la version papier du Petit Bulletin. Si Pendiente de voto s’avère être un spectacle très dépendant de la participation du public et de sa capacité à débattre intelligemment ou pas (ce qui fut loin d’être le cas lors de notre séance), L’Histoire terrible… est lui d’une solidité constante. La troupe de jeunes Cambodgiens a fait se lever spontanément toute la grande salle des Célestins après 3h30 en khmer exigeantes et néanmoins passionnantes. Et nous voilà à nous demander depuis quand nous n'avions pas vu pareil enthousiasme du public dans cette ville de Lyon réputée (et souvent à juste titre) froide. En effet peu nombreuses sont les pièces à pouvoir déclencher une vraie ferveur au cours d’une saison. Sur le festival, elles furent pourtant plus d'une, qui plus est dans des salles bien remplies, quand elles n’étaient pas

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L'opium des référendums

SCENES | Imaginez un théâtre sans acteur et sans scène, qui ferait de chaque spectateur l’élément d’une production plus interrogative que narrative. C’est l’idée farfelue du catalan Roger Bernat, qui dans "Pendiente de voto" confie à son public une télécommande pour répondre à une série de questions sur la démocratie, l’individu ou la communauté. Jubilatoire et troublant. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 17 octobre 2013

L'opium des référendums

Comme souvent au théâtre, le siège sur lequel le spectateur va "voir" Pendiente de voto (vote en suspens) est numéroté. Ici, ce n’est toutefois pas le ticket qui indique ce chiffre, c’est à vous de le choisir. Anodin ? Pas tant que cela, car toute la suite du spectacle dépendra de votre place. Du moins tentera-t-on de vous le faire croire. Car Pendiente de voto est une suite de questions projetées au mur auxquelles il faut répondre par oui ou non via une télécommande, et ce qui semble être un jeu s’avère rapidement plus retors. «Te sens-tu capable de prendre une décision et de la mettre en pratique ce soir ?», «si ton vote ne compte pas, continue à voter, le système t’écoute», lit-on ainsi, comme si Big Brother nous soufflait dans le dos. Devons-nous laisser entrer ceux qui sont arrivés en retard et attendent derrière la porte, «les ETRANGERS» ? Ceux-ci n’auront – temporairement ou pas - de toute façon pas le droit de vote. Et «au cas où la salle serait pleine, doit-on laisser entrer d’autres étrangers ?». En somme, la masse doit-elle décider pour quelques individus laisséssur le bas-côté

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Un fauteuil d'orchestre pour deux

SCENES | "Voici venir les hommes en orange, défenseurs de la francophonie. Voici venir les hommes en orange, ils vous aideront à vous souvenir" (sur l'air de Men in Black). Voici venir, en fait, Oskar & Viktor, improbable duo qui d'un même élan baise les pieds et tire les cheveux de la chanson dite française. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Lundi 8 avril 2013

Un fauteuil d'orchestre pour deux

Le petit brun a la coiffure amidonnée et à la mine marmoréenne s'appelle Oskar Aoko. Le grand chauve à l'irrésistible diastème et à la gestuelle impulsive s'appelle lui Viktor Lekrépu. Mais leurs interprètes auraient très bien pu conserver leurs noms civils tant ces personnages, moitiés d'un «demi quatuor accord'vocaléon toujours de mèche et rebelle» d'apparence aussi naze que condescendant, ressemblent à des auto-portraits caricaturaux. Le premier, François Thollet, accordéoniste à la voix d'une sidérante pureté, est le meneur de Bleu, trio folk-rock francophone qui, de digressions instrumentales à la mode Constellation en proses sereines à la Dominique A, s'est fait une place aux Inouïs du Printemps de Bourges l'an passé. Le second, Cédric Marchal, dans le spectacle vivant depuis une vingtaine de piges, s'est fait connaître en tant que comédien élastique chez Nino d'Introna - il tenait le rôle titre du poétique et bouleversant Yaël Tautavel et a sauvé presque à lui seul le plus convenu Everest en février dernier – et via ses propres mis

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Le point sur Rambert

SCENES | Cinquante ans et presque autant de spectacles montés, une quinzaine de textes publiés : Pascal Rambert est depuis longtemps un auteur et metteur en scène (...)

Nadja Pobel | Jeudi 28 mars 2013

Le point sur Rambert

Cinquante ans et presque autant de spectacles montés, une quinzaine de textes publiés : Pascal Rambert est depuis longtemps un auteur et metteur en scène incontournable dans le paysage du théâtre contemporain français. Ce Niçois d’origine est un précoce qui n’a pas froid aux yeux. À 17 ans, encore lycéen, il monte Marivaux, puis à 20 le Léonce et Léna de Büchner au Théâtre de la Bastille. Excusez du peu. Globe-trotter, il est persuadé que les expériences à l’étranger enrichissent. Amoureux du Japon («le pays du soin, écrit-il dans Genevilliers roman 0708. Les gens prennent soin de toute chose. Chaque matin est une épiphanie pour l’œil»), il s’y rend régulièrement et collabore, entre autres, avec son conscrit, Oriza Hirata. En 2007, celui qui dit n’avoir jamais candidaté à rien reçoit un appel de Renaud Donnedieu de Vabres, alors ministre de la Culture. «Vous venez d’être nommé directeur du Théâtre de Gennevilliers. À l’unanimité». Là-bas de l’autre côté du périph’, il est bien conscient que c’est "loin" et "sinistre" da

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Vestiges de l’amour

SCENES | Dans un face-à-face étourdissant et éreintant, un couple se déchire avec la violence d’un combat de tranchées : c’est une "Clôture de l’amour", du nom d'une pièce atypique signée Pascal Rambert, prolixe metteur en scène et auteur contemporain. Critique, rencontre avec Stanislas Nordey, partenaire d’Audrey Bonnet au plateau, et tentative de rémission des blessures causées par ce Scud tiré des Célestins. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 29 mars 2013

Vestiges de l’amour

Comment ça va avec la douleur ? Jusqu’à quel point peut-on plier sous les coups de boutoir de celui ou celle qu’on a aimé ? Combien de temps peut-on supporter d’être anéanti ? Si après ces quelques interrogations, Clôture de l’amour ne vous inspire ni rire ni sympathie, c’est normal : cette pièce n’est pas légère, encore moins aimable. Elle est âpre. Elle est aussi et surtout un coup de poing ahurissant dans le théâtre contemporain qu’il est urgent de recevoir. Créé à Avignon en 2011, ce spectacle ne cesse depuis de tourner et de déverser sur les scènes de France et de Navarre une guerre. Celle des sentiments qui foutent le camp et dévastent tout sur leur passage. Sur un plateau nimbé d'une lumière blanche tombée de néons, nous voilà dans un lieu neutre, une salle de répétition. Car les deux protagonistes sont comédiens apprend-on. D’ailleurs Stanislas Nordey joue Stan et Audrey Bonnet joue Audrey. Pascal Rambert, l’auteur et metteur en scène, a souhaité gardé les prénoms des comédiens, avec leur autorisation pour, selon lui, qu'ils soient plus à l'écoute l'un de

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Moyenne montagne

SCENES | Nino d’Introna et l’auteur Stéphane Jaubertie, déjà complices sur les brillants Jojo au bord du monde et (surtout) Yaël Tautavel, devaient se retrouver au (...)

Nadja Pobel | Vendredi 8 février 2013

Moyenne montagne

Nino d’Introna et l’auteur Stéphane Jaubertie, déjà complices sur les brillants Jojo au bord du monde et (surtout) Yaël Tautavel, devaient se retrouver au sommet de l’Everest, à 8848 mètres d’altitude, pour sceller leurs retrouvailles artistiques. Le résultat, qui porte précisément le nom du plus haut pic du monde, n’atteint malheureusement pas ces hauteurs fulgurantes. Pourtant, toutes les conditions semblaient réunies, à commencer par un comédien central épatant : Cédric Marchal, déjà vu dans Yaël, qui occupe tout l’espace. Il incarne un enfant qui vient de manger par inadvertance son père devenu aussi petit qu’une cerise. Une fois recraché, celui-ci aspire à grandir en dévorant les principaux ouvrages de la littérature car, dit-il, «la réalité est dans les livres». Le même sort sera ensuite réservé à la mère, entre temps partie avec le voisin antiquaire. En explorant de façon surréaliste voire dadaïste l’enfance livrée à elle-même, la déresponsabilis

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Lepage et la page blanche

SCENES | On attendait beaucoup de "Jeux de cartes 1 : Pique". C'est peu dire qu'on a été déçu par ce premier volet d'une tétralogie consacrée aux rapports entre Orient et Occident, qui voit se gripper la machinerie théâtrale que maîtrise habituellement si bien le génial metteur en scène Robert Lepage. Compte-rendu. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 10 janvier 2013

Lepage et la page blanche

Qui trop embrasse mal étreint. Le tant attendu spectacle de Robert Lepage, Jeux de cartes 1 : pique, a été la cinglante et triste démonstration de cette maxime lors de sa première représentation à Lyon ce 9 janvier. Installée au Studio 24 plutôt que dans les Célestins qui le programment, cette pièce à "360°" avec plateau central circulaire et public sur quatre côtés est certes une preuve de la maîtrise de la machinerie théâtrale de Robert Lepage. Mais qui a eu la chance de voir les sublimes Face cachée de la lune ou Projet Andersen le savait déjà. Problème ici : cet outil ne sert aucun propos. Car à vouloir traiter trop de sujets, Lepage n’en approfondit aucun, la très faible écriture de l'ensemble (pourtant raccourci de 40 minutes depuis sa création à Madrid) ne constituant par ailleurs pas un socle assez solide pour que la troupe puisse y trouver matière à progresser. Désert Le premier volet de cette tétralogie entend en effet traiter de la deuxième guerre d'Irak en mettant en vis-à-vis Las Vegas et Bagdad, la liberté des femmes américaine

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Robert le magnifique

SCENES | Robert Lepage dit s’être toujours senti différent. Pour devenir un metteur en scène, acteur, auteur singulier et mondialement reconnu, il a fait de ses douleurs d'enfance une force lui permettant de développer un univers onirique stupéfiant et perpétuellement inventif. Avant de découvrir le premier volet de "Jeux de cartes" au Studio 24, portrait de cet artiste majeur. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 7 janvier 2013

Robert le magnifique

À chacun son temple. Celui d’un amateur de théâtre pourrait être l’antre de Robert Lepage, la Caserne, son lieu de repli et de création depuis qu’en 1997, avec sa compagnie Ex Machina fondée trois ans plus tôt, il y a élu domicile. Il y dispose de tout le nécessaire pour créer avec sérénité, dont des plateaux techniquement très bien dotés et capables, en ouvrant sur le parking, d’accueillir du public pour ses habituels work in progress. C'est ici qu'il accueille aussi les acteurs et collaborateurs du monde entier avec lesquels il travaille désormais, au sommet de sa gloire, à 53 ans. Le centre névralgique de sa vie reste ainsi bien ancré à Québec, cette ville qui l'a vu naître et grandir et qui, via son maire, a permis à ce vagabond d'avoir un pied à terre, donnant du même coup à la ville la plus française du Canada un rayonnement artistique aussi fort que Montréal - qui tenait le haut du pavé grâce notamment au Cirque du Soleil. Né dans un milieu modeste avec un père chauffeur de taxi, Robert Lepage n'a pourtant jamais rêvé de théâtre. Il essaye d'abord de vivre avec une alopécie qui, dès l'âge de cinq ans, lui fait perdre son système pileux. S

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Amis du peuple

SCENES | La rentrée théâtrale 2013 démarre sous des auspices dont aucun curieux (amateur ou – et surtout - réfractaire) n’osait rêver : Robert Lepage puis Thomas Ostermeier sont parmi nous en janvier. S’ensuivront de bons restes d’Avignon, des argentins bluffants et des retrouvailles. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 4 janvier 2013

Amis du peuple

Joël Pommerat n'est pas le seul incontournable de la planète théâtre ; pour trouver aussi talentueux et singulier, il faut pousser les frontières. Coup de chance, les Célestins et le TNP ont convié dans leurs salles le Canadien Robert Lepage et l’Allemand Thomas Ostermeier. Le premier vient avec une pièce créée en mai dernier à Madrid,  Jeux de cartes : Pique, début d’une tétralogie explorant les rapports entre le monde occidental et le monde arabe. Puisque la pièce ne peut se jouer que dans un lieu circulaire, elle le sera au Studio 24 à Villeurbanne (voir portrait de Robert Lepage en page 12). Ostermeier arrive lui avec un spectacle phare du dernier festival d’Avignon : Un ennemi du peuple, où il dynamite une fois de plus l’œuvre d’Ibsen, déjà infiniment moderne pour son époque. Ça suinte, ça gicle, ça crie, ça vit avec une force scénique qui n’a d’égale que sa maîtrise. Autre pépite du festival qui déboule sur "nos" planches bientôt : Plage ultime (Renaissance, mars) d’après Crash de J.C. Ballard, surprenante pièce de la jeune Séverine Chavrier qui prend son temps et nous renvoie à notre va

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Prime Pommerat

SCENES | Quoi qu’il fasse, Joël Pommerat le réussit avec une virtuosité inouïe. Dans son spectacle le plus dépouillé et peut-être le moins complexe techniquement, il livre à nouveau une cinglante fable sur le monde moderne. "La Grande et fabuleuse histoire du commerce" est un chef-d’œuvre de plus dans sa singulière carrière. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 9 novembre 2012

Prime Pommerat

Ainsi donc, ils se retrouvent en fin de journée, dans un basique hôtel de province après une journée de travail. Quatre hommes, représentants de commerce, accueillent un petit nouveau dans leur équipe. Comme dans le préambule d’Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin, les personnages nous sont sommairement présentés : «voilà c’est Franck, le fils de ma sœur, lui, c’est René le plus intelligent…». Et comme chez le cinéaste, Pommerat va ensuite observer ce qui grince dans la vie de ses personnages simples qu’il ne regarde jamais de haut. Ils doivent vendre, vendent et vendront. Sous le sceau de cette sainte-trinité moderne, ils ne sont plus que des machines oubliant pourquoi ils s’exécutent, trouvant même qu’en vendant à leurs clients des choses dont ils n’ont nul besoin, ils leur font une faveur ! Quand l’un d’eux est pris d’un accès de conscience, il est insulté : «communiste !» lui crient ses collègues, vieux loups rodés aux combines du métier. Puis la pièce, jusque-là baignée dans les années 60 (où Mai 68 se résume à une baisse des ventes !), bascule à

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Fable moderne

SCENES | Le cadeau d’un patron est-il vraiment un cadeau ? Travailler pour soi est-il vraiment plus épanouissant que travailler pour les autres ? Ces questions (...)

Nadja Pobel | Jeudi 22 décembre 2011

Fable moderne

Le cadeau d’un patron est-il vraiment un cadeau ? Travailler pour soi est-il vraiment plus épanouissant que travailler pour les autres ? Ces questions sont d’emblée posées dans Ma chambre froide par le boss, Blocq, qui considère ses sociétés comme ses créations. Il fait le ménage dans ses troupes et demande à deux d’entre eux de choisir qui doit garder son poste. «Un travail aujourd’hui, c’est un privilège, et un privilège, faut que ça se mérite ; c’est ça la démocratie». Sans faire de leçon partisane, Pommerat, en auscultant à quel point le travail pousse chacun dans ses derniers retranchements, livre une grande fable sociale acerbe et donc forcément politique, dans son acceptation la plus large. Quand Blocq annonce son décès imminent (une tumeur) et la cession de ses entreprises à ses employés (car il hait sa famille), il bouscule la sacro-sainte répartition simpliste des rôles dans lesquels chacun trouvaient bon an mal an son compte : patron-profiteur et employé-exploité. Il n’y a plus ni supérieur ni hiérarchie et tout se déglingue. La bonhomie d’Estelle, sur qui tout le monde se reposait avant,

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La science des rêves

SCENES | L’homme par qui la magie fait sens : l’indispensable metteur en scène Joël Pommerat ne lésine avec les artifices du théâtre pour passer à la loupe ses contemporains sans oublier de montrer leurs rêves et cauchemars. La preuve par l’exemple avec "Ma chambre froide" accueilli au TNP pendant dix jours. Portrait et critique.

Nadja Pobel | Mercredi 21 décembre 2011

La science des rêves

Joël Pommerat a cessé d’être acteur à 23 ans en 1986. Pas encore très vieux mais une évidence est là : il ne veut pas être une marionnette sur laquelle un metteur en scène tout puissant dépose un rôle préconçu. Car pour lui, l’acteur est au cœur du dispositif théâtral, le metteur en scène doit composer avec son être entier et le dépouiller de ses automatismes et de son savoir-faire. Pommerat se met alors à «écrire des spectacles». Ni metteur en scène, ni écrivain, mais bien auteur de spectacle. Ses pièces sont pourtant publiées, mais deux mois après le début des représentations car elles sont écrites au plateau, fignolées en jeu. Avec sa troupe fidèle, il fonde la compagnie Louis Brouillard au début des années 90. Ce nom, pas tout à fait anodin, donne une idée du bonhomme : «Je me dis parfois que Louis Brouillard a vraiment existé comme Louis Lumière, qu’il a inventé le théâtre et que je suis le seul à le savoir» disait-il en plaisantant récemment au micro de France Culture. Plus sérieusement, il fige ce nom à une époque où le théâtre du Soleil est omniprésent, où les jeunes compagnies prennent un nom de météo (embellie, vent…). Lui opte pour le brouil

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Le Cas Pommerat

SCENES | Après "Les Marchands" en novembre, le TNP accueille "Je tremble, 1 et 2", autres pièces immanquables de l'auteur et metteur en scène Joël Pommerat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 23 avril 2010

Le Cas Pommerat

Joël Pommerat est un grand auteur de spectacles. Certes ce n'est pas nouveau (son premier grand succès date de 2004 avec "Au monde", ses premières créations remontent à 1990), mais cela ne cesse de se confirmer. En janvier, il proposait "Cercles/fictions", son dernier spectacle dans les murs décrépis du théâtre parisien des Bouffes du Nord où il est en résidence pour encore quelques mois. Cette pièce sombre et grinçante était une succession de fragments des maux du monde (la solitude, le pouvoir de l'argent, la déréliction de l'homme) affublée d'une bonne dose de fantasmagorie (l'apparition burlesque d'un cheval entre autres). C'est avec «Je tremble», en 2007, que Pommerat avait amorcé cette déconstruction du récit et projeté sur scène un Monsieur loyal que l'on retrouve dans chacun de ses spectacles. Micro en main, ce speaker accompagne le déroulé du spectacle et se moque d'un éventuel suspens qu'il annihile en annonçant sa mort au terme de la pièce. Ce qu'il y a à entendre compte autant que qu'il y a à voir. Avec «Je tremble», Pommerat s'affranchit de la narration classique et se débarrasse du décor. En fond de scène, seul un rideau rouge à paillettes habille l'espace. Ce pour

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