La saison danse en dix événements

SCENES | La saison danse 2014-2015 s'annonce aussi riche et variée que la Biennale qui l'inaugure. Voici, à ce titre, (au moins) dix rendez-vous chorégraphiques à ne pas manquer cette année.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 septembre 2014

Hors-champ

La chorégraphe belge Michèle Noiret (née en 1960) a été formée à l'école Mudra de Maurice Béjart. Ancienne collaboratrice  du compositeur Karlheinz Stockhausen, son écriture fine, graphique, développe une danse aérée et tonique. Elle vient à Lyon avec une pièce singulière pour cinq interprètes et un cameraman, oscillant entre danse et cinéma (les danseurs sont filmés en direct et des images projetées sur différents écrans). Hors-champ joue de passages entre écrans et plateau, corps réels et corps imaginaires, et nous plonge dans une atmosphère anxiogène, tendue à l'extrême, énigmatique. Jean-Emmanuel Denave

Les 16 et 17 octobre à la Maison de la danse

 

 

 

William Forsythe

Après la venue exceptionnelle de la compagnie de William Forsythe pour la Biennale, vous pourrez poursuivre votre immersion dans l'univers du grand chorégraphe avec trois pièces interprétées par le Ballet de l'Opéra de Lyon. Soit un duo tout en ondulation et fusion sur une musique de Berio, Workwithinwork  ; le quatuor virtuose Steptext sur une sonate de Bach  ; et, surtout, le décoiffant One Flat Thing, Reproduced, propulsant quatorze danseurs déchaînés parmi des rangées de tables. Ce programme sera complété par la reprise de Sarabande de Benjamin Millepied, récemment nommé directeur de la danse à l'Opéra de Paris. JED

Du 4 au 7 novembre à l'Opéra

 

 

What the Body Does Not Remember

Ce n'est pas un pavé dans la mare mais littéralement des briques que lance sur scène le chorégraphe belge Wim Vandekeybus à la fin des années 1980. Sa première pièce, What the Body Does Not Remember, créée en 1987, fut un véritable uppercut artistique et rencontra étrangement d'emblée la notoriété avec un Bessie Award à New York. Un prix donné pour «la confrontation de la danse et de la musique dans un contexte dangereux et combatif»  ! Neufs danseuses et danseurs y prennent des risques physiques inédits et tentent de franchir nombre de limites formelles. Une œuvre clef et fracassante que le chorégraphe reprend cette année avec sa compagnie Ultima Vez. JED

Les 12 et 13 novembre à la Maison de la danse

 

 

Showtime

Depuis le début des années 2000 (avec les mémorables Animal ou Song and Dance aux Subsistances), nous n'avions, à Lyon, plus trop de nouvelles du chorégraphe d'origine américaine Mark Tompkins, artiste formé à la danse-contact de Steve Paxton mais refusant les genres et les classifications. L'électron libre revient cette année avec une comédie musicale inspirée des célèbres shows chatoyants et emplumés de Broadway. Mais, précise Mark Tompkins, «mes spectacles traitent des questions d'appartenance. Ces divertissements tragi-comiques et populaires interrogent la complexité du monde, luttent contre le politiquement correct et laissent souvent un arrière goût doux-amer». Vous voilà prévenus. JED

Du 14 au 18 janvier au Théâtre Croix-Rousse

 

 

Sadeh21

Directeur depuis vingt-cinq ans de la Batsheva Dance Company, le chorégraphe israélien Ohad Naharin (né en 1952) a fait du dépassement des limites et de l'exploration des extrêmes ses exigeantes visées artistiques. Créée en 2010 pour dix-huit interprètes, Sadeh21 se veut une nouvelle expérience «irradiante et radioactive, dangereuse et excitante». Sa bande-son signée Autechre, The Hafler Trio, Brian Eno ou encore Angelo Badalamenti annonce à elle seule une odyssée pour le moins inédite. Parvenant à concilier l'énergie brute aux formes les plus dessinées et précises, Ohad Naharin est capable aussi d'immerger le spectateur dans un lyrisme et un univers des plus rares aujourd'hui. JED

Du 14 au 17 janvier à la Maison de la danse

 

Aire de jeu

Pour la 4e édition consécutive, le festival Aire de jeu nous propose de découvrir un compositeur contemporain à travers plusieurs pièces de danse. Cette année, c'est le Finlandais Kalevi Aho qui sera à l'honneur. Son œuvre réunit notamment cinq opéras, une quinzaine de symphonies et une douzaine de concertos pour violons, flûtes mais aussi tubas, bassons et accordéons. Sa musique harmonieuse, ample, influencée par Einojuhani Rautavaara et par Dmitri Chostakovitch, sera la source de trois créations chorégraphiques signées Maud Le Pladec, la Cie Loge 22 et Adam Linder. JED

Du 27 au 31 janvier aux Subsistances

 

Drumming Live

«Anne-Teresa m'avait confié son souhait de transmettre quelques-unes de ses pièces majeures. Elle a finalement choisi notre ballet, et nous inaugurons un rendez-vous régulier pour les années à venir» s'enthousiasme Yorgos Loukos, directeur du Ballet de l'Opéra de Lyon. Un choix qui ravira les amateurs de danse contemporaine. Pièce créée en 1998 sur une partition du compositeur américain de musique répétitive Steve Reich, Drumming Live sera la première oeuvre de Keersmaeker transmise au Ballet. On y retrouvera le vocabulaire abstrait et ultra rigoureux de l'artiste belge, mais aussi une énergie physique plus explosive et contagieuse. JED

Du 7 au 11 avril à 20h30 à l'Opéra

 

 

Denis Plassard

Denis Plassard connaît une forte actualité cette année et l'on s'en réjouit  ! Il reprend notamment sa pièce Rites, réinvention cocasse et humoristique de rites dansés contemporains. Une pièce fraîche et légère qui contrastera quelque peu avec sa mise en scène de Chalet 1, texte d'André Baillon écrit dans le service psychiatrique de l'Hôpital La Salpêtrière... Enfin, le facétieux chorégraphe lyonnais dévoilera sa nouvelle création destinée au jeune public et se déroulant dans l'univers de la radio, Suivez les instructions. JED

Rites le 16 janvier au Toboggan

Suivez les instructions le 4 mars à l'Espace Albert Camus à Bron

Chalet 1 les 24 et 25 mars à la Maison de la danse

 

D'après une histoire vraie

Christian Rizzo a souvent divisé notre rédaction, entre admirateurs de la ligne claire du chorégraphe et pourfendeurs d'un langage hermétique. D'après une histoire vraie, sa dernière création dévoilée au Festival d'Avignon 2013, rebat les cartes, Rizzo lui-même expliquant avoir changé sa façon de travailler. Stop aux corps frêles et au sous-texte cérébral, place à une émotion brute. Soit huit danseurs et deux batteurs, pour une pièce centrée sur les danses folkloriques de groupe. Un jaillissement retranscrit sur scène en 1h15, dans une lente progression ; d'où un spectacle qui prend du corps au fil de la représentation, emportant littéralement le public qui finit par se croire à un concert de rock ou une rave. Magistral. Aurélien Martinez

Les 27 et 28 mars à la Maison de la danse

 

Hallo

On parle beaucoup aujourd'hui de nouveau cirque ou de fusion entre danse et cirque... Rendons hommage aux pionniers de cette nouvelle aventure artistique, tel le duo suisse Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot dont les nombreuses pièces, kafkaïennes et burlesques à souhait, nous ont toujours enchantés. Avant de se lancer dans une nouvelle création en 2016, les deux complices présentent chacun cette année des projets en solo. A Lyon on pourra découvrir celui de Zimmerman, clown et acrobate qui composera une sorte d'autoportrait intimiste. JED

Du 8 au 10 avril à la Maison de la danse

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William Forsythe, carte blanche à l'Opéra

Danse Contemporaine | Le grand chorégraphe William Forsythe connaît une double actualité à Lyon ce mois-ci : une carte blanche proposée par l’Opéra et, fin novembre, la représentation de sa dernière pièce à la Maison de la Danse.

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 4 novembre 2021

William Forsythe, carte blanche à l'Opéra

Avec Jiří Kylián et Mats Ek, William Forsythe est l’un des chorégraphes fétiches du Ballet de l’Opéra, ballet qui compte nombre de ses pièces à son répertoire. L’exigence technique alliée à la profondeur artistique de l’univers de l’artiste américain (né en 1949 aux États-Unis, avant d’émigrer en Allemagne et de diriger longtemps le Ballet de Francfort) en est sans doute la raison principale. Pour sa carte blanche proposée par l’Opéra, Forsythe a choisi parmi le répertoire du Ballet deux pièces emblématiques de son univers : Quintett créée en 1993 et One Flat Thing Reproduced datant de 2000 (la soirée s’ouvrant avec une pièce de Fabrice Mazliah, ancien interprète et collaborateur de Forsythe). L'émotion et la virtuosité Pièce-lettre d’adieu à son épouse mourante, Quintett est l’une des plus poignantes de Forsythe, égrenant en boucles (« Jesus’blood never failed me yet ») la voix de Tom Waits sur une compos

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Lyon : William Forsythe, trois fois !

Danse | Entre la Maison de la Danse et l'Opéra de Lyon, trois rendez-vous aguicheurs sont proposés cet automne en compagnie du maître néoclassique qu'est William Forsythe.

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 9 septembre 2021

Lyon : William Forsythe, trois fois !

Difficile de résumer l’univers du chorégraphe William Forsythe, tant son œuvre, débutée dans les années 1970, est riche, débordant même parfois les frontières de la danse pour des installations ou des performances dans les musées… Né en 1949 à New York, féru au départ de rock et de comédie musicale, Forsythe émigre en Allemagne où il dirigera bientôt le Ballet de Francfort de 1984 à 2004. Une formation de culture classique avec laquelle il invente son propre style fait à la fois de déconstruction des codes classiques, mais aussi d’une extrême virtuosité technique (vitesse d’exécution ébouriffante, membres sous forte tension…). En 2005, il crée une compagnie indépendante, toujours basée en Allemagne, multipliant les collaborations (dernièrement avec le Ballet de l’Opéra de Paris en 2015). Plusieurs de ses pièces ont été transmises au Ballet de l’Opéra de Lyon, qui se montre souvent brillant dans leur exécution (leur difficulté faisant sans doute aussi partie du plaisir du danseur). L’incroyable One Flat Thing, reproduced Dès la semain

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Un trio inattendu à la Maison de la Danse

Danse | Magma (les jeudi 19 et vendredi 20 décembre à la Maison de la Danse) est une création qui réunit, de manière inattendue, trois grandes et très disparates (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 décembre 2019

Un trio inattendu à la Maison de la Danse

Magma (les jeudi 19 et vendredi 20 décembre à la Maison de la Danse) est une création qui réunit, de manière inattendue, trois grandes et très disparates personnalités de la danse : le danseur et chorégraphe de flamenco Andrés Marín (qui s'est rapproché récemment du hip-hop), la danseuse classique Étoile (depuis 2014) du Ballet de l'Opéra de Paris Marie-Agnès Gillot, et l'inclassable chorégraphe Christian Rizzo qui avait débuté sa carrière avec des pièces de "non danse" très inspirées des arts plastiques et qui a soudain basculé vers des œuvres beaucoup plus mouvementées et rock ! De ce duo interprété par Andrés Marín et Marie-Agnès Gillot, accompagnés par deux musiciens sur scène, nous ne savons quasiment rien si ce n'est qu'il s'annonce comme un temps fort de la saison. Et que sa composition s'

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Maison de la Danse : quarante balais et du panache !

Danse | La Maison de la Danse fêtera en 2020 ses quarante ans d'existence. Et propose dès cet automne une saison pour le moins alléchante.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 mai 2019

Maison de la Danse : quarante balais et du panache !

La quarantième saison de la Maison de la Danse a du panache : toujours ouverte aux divers courants de la création chorégraphique (nouveau cirque, hip-hop, classique, contemporain...), et riche en grandes figures de la danse contemporaine (Anne Teresa de Keersmaeker, Sidi Larbi Cherkaoui, Akram Kahn, Jean-Claude Gallotta...). On y décèle, aussi, avec joie, une certaine veine lyrique avec la chorégraphie de l'album mythique de John Coltrane, A Love Supreme, signée par Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis (du 1er au 3 octobre). Une pièce d'une grande précision et qui laisse aussi à ses quatre interprètes une part d'improvisation, en écho au free jazz de Coltrane. Le Ballet de Montréal et trois chorégraphes s'emparent quant à eux du répertoire de Leonard Cohen à travers la danse virtuose de quinze interprètes (du 5 au 13 novembre). Enfin, cerise ou légume sur le gâteau lyrique : Gallotta reprend, dix ans après sa création, L'Homme à tête de ch

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Le moi et son double

Danse | Débuté la semaine passée, le festival Moi de la Danse se poursuit aux Subsistances avec les spectacles de Thomas Hauert et de Jan Fabre, puis avec le nouveau solo prometteur de Mark Tompkins, Stayin Alive.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 29 janvier 2019

Le moi et son double

Chorégraphes reconnus, le Flamand Jan Fabre et l'Américain Mark Tompkins (qui vit en France) partagent sans doute peu de choses artistiquement, si ce n'est un certain goût pour la théâtralité et la transgression des codes esthétiques. Ils présenteront tous deux un solo sous forme de dialogue entre un "moi" et son double. Attends, attends, attends... de Jan Fabre suit notamment le fil d'un échange imaginaire entre un fils et son père, dans une traversée des générations, de temporalités différentes et... de la mort. De la mort et du vieillissement, il sera question aussi dans Stayin Alive de Mark Tompkins, dialogue métaphysique et ironique avec lui-même. Rester vivant, rester debout Découvert aux Subsistances il y a plusieurs années avec Animal ou Song and dance, Mark Tompkins est un chorégraphe atypique, inclassable, travaillant aux confins des musiques disco et pop (dont il compose certains morceaux lui-même), de la danse-contact de Steve Pa

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Les modernes et les contemporains

Panorama Danse | Deux festivals et quelques grandes figures de la danse contemporaine (Cunningham, Trisha Brown, Jiří Kylián, Hofesh Shechter) donneront le tempo d'un premier semestre chorégraphique alléchant.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 janvier 2019

Les modernes et les contemporains

Deux festivals... Depuis quatre ans, deux festivals de danse structurent les débuts d'année chorégraphique à Lyon. Le Moi de la Danse aux Subsistances (du 23 janvier au 10 février) invite plusieurs artistes à explorer et à rouvrir la notion d'identité à travers leurs spectacles. Pour cette quatrième édition, nous aurons la joie de retrouver Mark Tompkins avec son solo intimiste auto-fictionnel sur des tubes disco et pop, Stayin Alive ; Jan Fabre chorégraphiant le dialogue imaginaire d'un fils et de son père dans Attends, attends, attends... (pour mon père) ; et le fabuleux (fabuleux pour ses recherches de mouvements des plus singuliers et décalés, expérimentateur en diable) chorégraphe suisse Thomas Hauert qui fêtera les vingt ans de sa compagnie ZOO avec How to proceed, une pièce pour huit danseurs. À la Maison de la Danse, le festival Sens Dessus Dessous (du 4 mars au 9 avril) sondera les nouvelles tendances chorégraphiques (le gr

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Rizzo, nouveau coup de jeune

Danse | Même ceux qui ne l'apprécient guère ne pourront reprocher au chorégraphe Christian Rizzo de ne pas se renouveler... Musicien rock, styliste et plasticien né à (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 4 décembre 2018

Rizzo, nouveau coup de jeune

Même ceux qui ne l'apprécient guère ne pourront reprocher au chorégraphe Christian Rizzo de ne pas se renouveler... Musicien rock, styliste et plasticien né à Cannes en 1965, il se tourne vers la danse dans les années 1990, signant plusieurs pièces controversées, entre performances et installations plastiques, où la danse se ralentit jusqu'à un quasi immobilisme et quelques gestes très ritualisés. À partir de 2010, le chorégraphe revient soudain au rock et au mouvement, se débarrassant de tout décorum esthétique, pour ne travailler que sur l'énergie physique et des corps libérés. En 2017, nouveau coup d'éclat et bain de jouvence : Rizzo se risque à une première pièce pour jeune public, à partir de six ans ! Spectacle pour trois interprètes, D'à côté tricote ensemble les deux grandes veines chorégraphiques de Rizzo : un travail à partir d'éléments épurés (le corps, le son et la lumière) qui, mis en relations, s'ouvrent peu à peu à la fiction, l'imaginaire, voire la science-fiction. L'immersion, au départ très perceptive, du public parmi une musique rythmique, un bain de

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Ohad Naharin, la danse en continu

Danse | À la seule évocation du nom d’Ohad Naharin, les superlatifs déferlent à grands jets : figure majeure de la danse contemporaine, directeur (jusqu’en 2018 et (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 novembre 2018

Ohad Naharin, la danse en continu

À la seule évocation du nom d’Ohad Naharin, les superlatifs déferlent à grands jets : figure majeure de la danse contemporaine, directeur (jusqu’en 2018 et ancien danseur) de la Batsheva, l’une des plus grandes compagnies de danse au monde, immense chorégraphe… De quoi évidemment se méfier, d’autant plus que lors de son passage aux Nuits de Fourvière, ce grandissime bonhomme avait présenté à Lyon un pot pourri de son œuvre, d’un intérêt très très relatif. Toutes choses dithyrambiques remises à leur place donc, il faut cependant reconnaître à Ohad Naharin un travail patient, continu, passionnant sur la matière chorégraphique elle-même, débarrassée de ses scories narratives et démonstratives : le corps, le mouvement, le rythme. Et lui reconnaître aussi un peu d’humour avec sa technique dite "gaga" qui explore les émotions et les sensations des danseurs pour en tirer un langage et une confiance en eux, essentiellement physiques. Ce flux chorégraphique quasi pur est sans cesse remis sur le métier, de pièce en pièce, à travers des mouvements parfois contradictoires dan

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Biennale de la danse 2016 : Ce qu'il faut voir

Biennale de la Danse | La 17e Biennale de la Danse garde la tête haute et le tour de bras généreux, malgré un budget au rabais, embrassant une fois encore tous les styles de danse contemporaine actuels. Parmi les trente-sept spectacles proposés, en voici huit à ne pas manquer.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 septembre 2016

Biennale de la danse 2016 : Ce qu'il faut voir

Israel Galvan, Flacomen Le « danseur des solitudes » comme l'appelle le critique et historien d'art Georges Didi-Huberman fait son retour sur les scènes lyonnaises, avec un solo datant de 2014, accompagné de musiciens free jazz et flamenco. On sait, et on n'arrête pas d'admirer, la capacité du chorégraphe-danseur à tordre en tous sens les codes du flamenco et à en extraire la pulpe fondamentalement tragique. Galvan hisse ce tragique à la condition de tout individu, montrant, avec humour ou pas, ces forces qui nous traversent et se heurtent à l'intérieur de soi. Ces forces antagonistes qui sont aussi au cœur dialectique de tout geste, de tout mouvement dansé. À la Maison de la Danse du 14 au 16 septembre Yuval Pick, Are Friends Electric ? À l'instar de Galvan, le Lyonnais

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Babel heureuse

SCENES | Á l'initiative de la Maison de la Danse, Babel 8.3 invite des habitants des 8e et 3e arrondissements à se familiariser avec les univers d'une dizaine de chorégraphes. Coup de projecteur sur un projet innovant qui cultive à la fois proximité et excellence. Valentine Martin

Valentine Martin | Mardi 26 mai 2015

Babel heureuse

Dans la mythologie biblique, la tour de Babel était une construction des hommes dont le sommet devait atteindre les cieux. Un projet jugé trop vaniteux par Dieu, qui décida alors de les punir en attribuant à chacun d'entre eux des langages différents. Ainsi les hommes se brouillèrent, avant de se disperser dans le monde. Aujourd'hui, la Maison de la danse tente une réunification, sous la forme d'un grand spectacle orchestré par sa directrice Dominique Hervieu, Babel 8.3, qui a vu 17 groupes d'habitants des 8e et 3e arrondissements apprendre un nouveau langage commun : celui du corps. Cet événement est né d'un désir : celui de mener un travail de proximité avec les habitants de quartiers dit sensibles. Des gens qui, pour certains, n'ont jamais mis les pieds dans cette institution du geste et sont en grande partie des amateurs. En tout, ce sont près de 250 volontaires qui se sont lancés dans cette aventure de longue haleine – débutée en septembre 2014, elle débouche cette semaine sur trois représentations – qui entend concilier haut niveau technique et respect de la diversité des cultures et individualités de chacun.

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Le collectif selon Christian Rizzo

SCENES | Alors que le chorégraphe français Christian Rizzo a souvent divisé le public et la critique, sa dernière pièce dévoilée en 2013 au Festival d’Avignon a mis tout le monde d’accord. Bonne nouvelle : "D’après une histoire vraie" est programmée cette semaine à la Maison de la danse, dans le cadre du festival Sens dessus dessous. Un événement immanquable pour les amateurs comme pour les néophytes. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 24 mars 2015

Le collectif selon Christian Rizzo

Il n'existe pas que des tubes musicaux. C'est le cas aussi en danse contemporaine. Bien sûr, ces succès touchent moins de monde que la chanson d’une popstar anglo-saxonne aux millions de vues sur Youtube, mais tout de même, dans le milieu du spectacle vivant, ils arrivent à engendrer une dynamique pas si courante. En 2012, le hit, c’était Tragédie d’Olivier Dubois et ses dix-huit danseurs nus, vu la saison passée à la Maison de la danse. En 2013, c’était D’après une histoire vraie de Christian Rizzo, qui arrive cette semaine à Lyon. La comparaison entre les deux pièces prend son sens tant au niveau du rendu (l’une comme l’autre sont de véritables déclarations d’amour au corps) qu’au vu du parcours des deux chorégraphes qui, s’ils ont pu parfois violemment partager le public et les professionnels avec leur précédentes propositions, font cette fois-ci l’unanimité. Ainsi, presque deux ans après sa première représentation à Avignon et l’impressionnant bouche à oreille qui l’a entourée, la pièce de Christian Rizzo bénéficie toujours d’une immense tournée, qui rend du coup l’homme moins disponible pour les interviews – on a pu l’avoir seu

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Un sacré printemps de danse

SCENES | C'est pour le moins un sacré début de printemps qui s'annonce à Lyon dans le domaine de la danse avec, notamment, la reprise de May B, chef-d’œuvre de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 mars 2015

Un sacré printemps de danse

C'est pour le moins un sacré début de printemps qui s'annonce à Lyon dans le domaine de la danse avec, notamment, la reprise de May B, chef-d’œuvre de Maguy Marin, au Ramdam (du 7 au 11 avril) et la transmission de Drumming Live, pièce majeure d'Anne Teresa de Keersmaeker, au Ballet de l'opéra (du 7 au 11 avril). Auparavant, deux festivals regroupés sous l'intitulé "Printemps de la création" permettront aux amateurs de découvrir une multitude de chorégraphes émergents ou d'artistes proches de la danse. Á la Maison de la danse et hors ses murs, Sens dessus dessous nous fera voyager de l’œuvre choc de Christian Rizzo inspirée du folklore turc à la mémoire de l'Afrique du Sud chorégraphiée par Gregory Maqoma en passant par le plus local mais toujours drôle et truculent Denis Plassard. Le Lyonnais reprend Chalet d'après un texte d'André Baillon, œuvre dépeignant avec humour le quotidien d'un hôpital. Aux confins de la danse, le duo Your Majesties met lui en mouvements le discours de Barack Obama pour la réception du Prix Nobel de la paix en 2009, tandis que le trublion Antoine Defoort se lancera dans une désopilante conférence

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Rejoignez les Brigades du Ballet

MUSIQUES | Les Candidatures pour la prochaine Brigade du ballet (mercredi 18 février pour le programme Forsythe) sont ouvertes ! Au fil de la saison, l’Opéra de (...)

Benjamin Mialot | Mardi 13 janvier 2015

Rejoignez les Brigades du Ballet

Les Candidatures pour la prochaine Brigade du ballet (mercredi 18 février pour le programme Forsythe) sont ouvertes ! Au fil de la saison, l’Opéra de Lyon et Le Petit Bulletin vous invitent à découvrir le Ballet de l’Opéra dans l’intimité des coulisses. Vous êtes apprenti blogger, photographe, vidéaste ou dessinateur ? Rejoignez notre brigade de chroniqueurs-amateurs et racontez le fruit de cette rencontre sur les sites du Petit Bulletin et de l’Opéra de Lyon ! Adressez-nous votre candidature motivée à : brigadeduballet@petit-bulletin.fr   Plus d'informations : http://www.opera-lyon.com/page/la-brigade-du-ballet Sessions précédentes : http://www.petit-bulletin.fr/lyon/membre-27829.html

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Danses folklo

SCENES | Chaque société a les danses rituelles qu'elle mérite. Dans sa dernière création, le chorégraphe Denis Plassard invente les nôtres avec légèreté et cocasserie. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 janvier 2015

Danses folklo

«Depuis une vingtaine d'années, je voue une grande passion pour les danses folkloriques contemporaines. J'ai effectué beaucoup de recherches, voyagé à travers le monde à ce sujet, et la pièce que vous allez découvrir en est un résumé. Pour l'anecdote, cette passion est née lorsque, jeune danseur, j'étais en tournée en Normandie. Réveillé à deux heures du matin à mon hôtel, j'ai découvert dans la salle des petits-déjeuners un groupe de VRP dansant la Vrpe...» En anthropologue aussi décontracté que farfelu, le chorégraphe Denis Plassard ouvre ainsi, en bord de scène, une série de conférences dansées sur de singuliers rituels dansés qu'il aurait, soi-disant, observés ici et là : auprès d'une population indigène de VRP donc, mais aussi dans un cabinet de psychologue pour thérapie de couple, sur Internet, parmi des activistes intervenant dans les espaces publics, au sein d'un cénacle de femmes haut placées s'exerçant à prendre la parole avant une réunion comme les All Blacks se motivent avec le haka avant de se saisir d'un ballon de rugby... Chaque speech "scientifique" du chorégraphe-conférencier est suivi d'une courte démonstration par six très bons danseurs de sa compagni

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La danse à contre-pied

SCENES | Avant que la danseuse étoile Sylvie Guillem ne vienne faire ses adieux scéniques aux Nuits de Fourvière (du 29 juin eu 2 juillet), l'année 2015 sera riche en (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 janvier 2015

La danse à contre-pied

Avant que la danseuse étoile Sylvie Guillem ne vienne faire ses adieux scéniques aux Nuits de Fourvière (du 29 juin eu 2 juillet), l'année 2015 sera riche en événements chorégraphiques. C'est d'abord Anne Teresa de Keersmaeker qui viendra transmettre, pour la première fois, l'une de ses pièces à une autre compagnie que la sienne, celle du Ballet de l'Opéra de Lyon en l'occurrence (du 7 au 11 avril à l'Opéra). Il s'emparera de Drumming Live, créée en 1998 sur une partition de Steve Reich et qui entrecroise le vocabulaire abstrait et rigoureux de l'artiste belge et une énergie physique explosive. Dans le cadre de la deuxième édition du festival Sens dessus dessous (du 24 au 29 mars à la Maison de la danse), le chantre de la "non danse" Christian Rizzo présentera quant à lui D'après une histoire vraie... Soit un retour à la "danse dansée" propulsant huit danseurs sur les rythmes effrénés de deux batteurs, passant de folklores méditerranéens à de véritables transes rock et tribales. Après ses grandes frasques collectives, le chorégraphe québécois Dave St-Pierre change lui au

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Trois Forsythe pour le prix d'un

SCENES | Depuis trente ans qu'elles sont inscrites à son répertoire, le Ballet de l'Opéra de Lyon est sans doute le meilleur véhicule des recherches cinétiques de (...)

Benjamin Mialot | Mardi 28 octobre 2014

Trois Forsythe pour le prix d'un

Depuis trente ans qu'elles sont inscrites à son répertoire, le Ballet de l'Opéra de Lyon est sans doute le meilleur véhicule des recherches cinétiques de William Forsythe – nonobstant sa propre compagnie, même si sa première incursion en terres lyonnaises, lors de la dernière Biennale de la danse, a fait l'effet d'une douche froide. On peut le vérifier depuis la rentrée à Paris, où il assure le gros de l'hommage rendu par le Festival d'Automne au maître américain du néo-classicisme. On pourra surtout le constater du mardi 4 au vendredi 7 novembre, dates auxquelles le Ballet présentera, à domicile, trois de ses œuvres les plus emblématiques. L'occasion de redécouvrir Steptext, déconstruction pleine de danger et de maîtrise des codes du ballet classique qui posa en 1985 les bases du style Forsythe (corps en déséquilibre, mouvements explosifs, enchaînements fragmentés), mais aussi et surtout One Flat Thing, Reproduced (2000), sorte de contrepoint tout en tension et en articulations aux comédies musicales en m

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Chronique d'une Biennale 3/3

SCENES | Cette troisième et dernière semaine de Biennale, deux grands chorégraphes n'ont été que l'ombre d'eux-mêmes. Si Maguy Marin, avec "Bit", parvient encore à surprendre, William Forsythe, lui, se regarde danser lors d'une aussi virtuose qu'ennuyeuse "répétition". Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 28 septembre 2014

Chronique d'une Biennale 3/3

Pour résister aux cadences infernales imposées par la société, les artistes de cirque de Mathurin Bolze prenaient la "tangente", traçaient des lignes de fuite inédites. La chorégraphe Maguy Marin, elle, oppose aux scansions techno très entraînantes de Charlie Aubry (qui signe une impressionnante bande son) une farandole volontairement un peu gauche et désuète exécutée, bon an mal an, par six danseurs. Presque une sorte de frise, qui craque parfois, est reprise ailleurs, s'immisce parmi les interstices d'un décor constitué de six grands modules en pente. Plongés dans la pénombre, secoués d'électro ou bien baignés de nappes musicales inquiétantes, les danseurs suivent un fil, celui de leur rythme propre, jusqu'à l'hébétude, la chute, le raté, le choc avec l'autre... Dans Bit (le plus mauvais titre de la carrière de Maguy Marin, qui compte aujourd'hui 49 pièces), danse et musique sont en constant déphasage, mais surtout les danseurs déçoivent les attentes du public, résistent à l'unisson souhaitée. Il y a discordance, disjonction : «Car le réflexe c'est toujours de se mettre au diapason des autres : être discordant demande du courage... La t

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Biennale : faire le point, reprendre le pas

SCENES | En se donnant comme fil rouge la notion de performance, la 16e Biennale de la danse revisite le passé et interroge l'avenir. Un questionnement qui ne réduit pas la danse à son histoire, mais lui redonne son caractère toujours renaissant et intempestif. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 septembre 2014

Biennale : faire le point, reprendre le pas

Qu'est-ce qui, davantage qu'au théâtre bavard et au cirque virtuose, émeut donc toujours avec la danse ? Sa fragilité, sa fulgurance sans doute. Et, surtout, sa façon d'évoluer, d'éclore dans le pré-symbolique, le pré-verbal, sa façon de renaître toujours à nouveau, de recommencer comme si rien n'avait été réellement fait ni gagné... Chaque danse est, potentiellement, une naissance. « La danse n'entre pas dans le passé. Elle appartient toute entière au jadis. Elle sort. Elle est sortie de jadis n'arrivant nulle part. Elle ne veut ni passé ni visage ni mère ni langue ni société. Elle reste dans l'effroi, elle persiste dans le pur changement d'état. Elle n'avance pas : elle sort» écrit Pascal Quignard dans L'Origine de la danse. Son spectateur idéal ne doit donc s'attendre ni à ce qu'elle lui raconte une "histoire", ni à ce qu'elle ressemble à une autre danse. Ni même, parfois, à de la danse ! Pour renaître de ses propres cendres empesées, la danse, à plusieurs reprises, s'est rapprochée des arts plastiques et de son esprit performatif (c'est-à-dire contestataire, proche de l'improvisation, libéré des contraintes techniques et

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Une Biennale sous perfs

SCENES | La seizième Biennale de la danse, toujours aussi prolifique et hétéroclite, se place cette année sous le signe de la performance et de ses avatars contemporains. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 juin 2014

Une Biennale sous perfs

Pour sa deuxième Biennale, Dominique Hervieu enfonce le clou de ses convictions et de sa sensibilité. Si sa programmation, comme celle de son prédécesseur Guy Darmet, s'ouvre à tous les styles de danse contemporaine (du hip hop avec l'incontournable Mourad Merzouki au néoclassique en passant par le flamenco avec Rocío Molina et quelques chorégraphes inclassables), elle s'enrichit d'un nombre de créations plus important (comme cette Carmen selon Dada Masilo) et, surtout, se teinte de deux ensembles thématiques : le cirque contemporain et la performance. Si le premier, notamment représenté par James Thierée et la Compagnie XY, est aujourd'hui une quasi porte enfoncée, la réflexion annoncée sur l'actualité de la seconde promet d'être beaucoup plus stimulante ! Le fil rouge tissé par Dominique Hervieu

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Les moments forts de la saison danse 2013/2014

SCENES | Un Toboggan dont on ne connaît pas encore la programmation, un Ballet de l'Opéra qui reprend un génial mais énième opus de William Forsythe, une Maison de la Danse qui ouvre sa saison avec Benjamin Millepied... Le début de l'année chorégraphique n'est pas des plus fous. Les choses devraient toutefois s'arranger par la suite. La preuve en dix rendez-vous. Jean-Emmanuel Denave et Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 10 septembre 2013

Les moments forts de la saison danse 2013/2014

Limb's Theorem Créé en 1990, transmis au Ballet de l'Opéra en 2005, «le théorème des limbes» (limb pouvant aussi désigner le bord ou le membre, polysémie dont joue le chorégraphe) est l'une des pièces phares du grand William Forsythe. Inspiré par l'architecte Daniel Libeskind et les écrits du philosophe Wittgenstein, il y plonge ses interprètes dans des jeux de pénombre et de clair-obscur parmi un dispositif spatial et "machinique" complexe et parfois infernal. Le tout baigné de la bande sonore de son complice Thom Willems, oscillant entre musique et drones assourdissants. Une pièce aussi folle que réglée au cordeau, qui se tisse d'oppositions entre l'humain et la technique, la forme et le chaos, la danse et l'enfer mécanique.A l'Opéra, du 13 au 19 septembre  

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Avignon - Jour 5 - Tout et son contraire

SCENES | "D'après une histoire vraie", "Drums and Digging"

Benjamin Mialot | Mardi 16 juillet 2013

Avignon - Jour 5 - Tout et son contraire

Christian Rizzo a souvent divisé notre rédaction, entre admirateurs de la ligne claire du chorégraphe et pourfendeurs d’un langage hermétique – pour rester poli. D’après une histoire vraie, sa dernière création dévoilée au Festival d’Avignon, rebat les cartes, Rizzo lui-même expliquant avoir changé sa façon de travailler. Stop aux corps frêles et au sous-texte cérébral, place à une émotion brute. Soit huit danseurs et deux batteurs, pour une pièce centrée sur les danses folkloriques de groupe, imaginée à partir d’un souvenir fort – un spectacle vu par Rizzo à Istanbul « dans lequel jaillissait un groupe d’hommes se livrant à une danse traditionnelle, complètement effrénée, avant de disparaître aussitôt ».Un jaillissement retranscrit sur scène en 1h15, dans une lente progression. D’où un spectacle qui prend du corps au fil de la représentation, emportant littéralement l’audience qui finit par se croire à un concert de rock – même si, le jour où nous y étions, personne n’a osé se lever. On ne savait pas Christian Rizzo capable d’une telle intensité, et l’on espère revoir ce spectacle en 2014/2015 dans la région – une autre pièce de Christia

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Sylvie Guillem, deux pas sur trois

SCENES | La danseuse étoile, Sylvie Guillem (née en 1965), est l’une des rares interprètes à pouvoir organiser un spectacle en son nom, tout en attirant dans son sillage les meilleurs chorégraphes actuels.

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 7 juin 2012

Sylvie Guillem, deux pas sur trois

Après Russell Maliphant et Akram Khan, c’est William Forsyhte, Jirí Kylián et Mats Ek (la crème de la danse néo/classique) qui ont collaboré avec la star pour 6000 Miles Away. Le résultat est discutable, voire un peu paradoxal puisque la pièce la plus forte, signée Jirí Kylián, n’est pas dansée par Sylvie Guillem. Soit en l’occurrence une transposition de 27’52’’, pièce ancienne de Kylián, pour un duo sous très haute tension, formé par Aurélie Cayla et Lukas Timulak. Le chorégraphe tchèque y explore l’une de ses obsessions, le rapport homme-femme, et étonne toujours avec ses rythmes syncopés, ses accélérations, ses figures précipitées. Le tout se déliant peu à peu vers la sensualité, la rencontre, l’érotisme. L’autre duo du programme, signé William Forstyhe et interprété par Guillem, s’avère lui aussi de bonne tenue, sorte d’exercice de style où le chorégraphe manie avec brio sens de l’espace (semblant continuellement «respirer» entre dilatation et contraction), superbes jeux de lumières et virtuosité sèche et tranchante des gestes. Mais ces bonnes impressions se voient «gâchées» par le solo final de Sylvie Guillem créé par Mats Ek. L’ha

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Chaos toujours debout

SCENES | Pour la dixième année consécutive, sous la houlette de Françoise Maimone, le Festival Chaos danse (du 13 au 30 mars au Théâtre Astrée à l'Université Lyon 1) propose (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 8 mars 2012

Chaos toujours debout

Pour la dixième année consécutive, sous la houlette de Françoise Maimone, le Festival Chaos danse (du 13 au 30 mars au Théâtre Astrée à l'Université Lyon 1) propose de nous faire découvrir de jeunes compagnies ou des compagnies déjà confirmées, de Lyon ou d'ailleurs. Cette édition anniversaire rendra notamment hommage au chorégraphe Dominique Bagouet (1951-1992), artiste de la fragilité et des frontières incertaines entre l'émotion et l'humour des mouvements d'automates, à travers des lectures, des témoignages d'un danseur ayant travaillé avec Bagouet, et des projections vidéo de spectacles... On pourra y découvrir aussi la création récente et pluridisciplinaire de Denis Plassard (Encore quelques illusions) autour du monde de la magie et de ses codes, une pièce de Trisha Brown par le ballet du Conservatoire national supérieur de musique et de danse (CNSMD), une création de la compagnie stéphanoise PARC à partir d'une matière corporelle la plus «brute» possible, et plusieurs pièces du jeune et talentueux Yann Rabaland à la gestuelle si délicate et attentive à la composition musicale... Au total, huit soirées seront proposées par ce festival to

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La danse, de Lyon à Cuba

SCENES | Commençons notre tour d'horizon dansé par un chorégraphe lyonnais, Denis Plassard dont nous avions redécouvert il y a deux ans la superbe adaptation du (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 21 décembre 2011

La danse, de Lyon à Cuba

Commençons notre tour d'horizon dansé par un chorégraphe lyonnais, Denis Plassard dont nous avions redécouvert il y a deux ans la superbe adaptation du Terrier de Kafka. Sa prochaine création, Encore quelques illusions (les 26 et 27 janvier au Théâtre de Vénissieux, le 15 mars au Théâtre Astrée dans le cadre du festival Chaos Danse), jouera avec les codes, les techniques et l'esthétique des spectacles de magie. Autre Lyonnais à suivre : le tout nouveau directeur du CCN de Rillieux-la-Pape, Yuval Pick, s'essaiera (ainsi que les chorégraphes Maud Le Pladec et Andros Zins-Browne) à une création sur l'une des œuvres du compositeur américain contemporain David Lang (Aire de jeu aux Subsistances du 2 au 7 février). Maguy Marin quant à elle reprend sa pièce fulgurante et plongée quasi continuellement dans l'obscurité, Salves, du 3 au 5 avril au Toboggan. Du côté de la Maison de la danse, on notera la première venue à Lyon de deux grandes compagnies contemporaines d'outre Atlantique : le Cedar Lake Contemporary Ballet de New York (du 31 janvier au 5 février) avec une pièce du turbulent Hofesh Schechter et une autre de Crystal Pite, et le Danza Contemp

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Regardez-les !

SCENES | Toutes les paillettes se sont évaporées dans les feux d’artifices (somptueux) du 8 décembre. Les théâtres doivent donc trouver d’autres moyens pour vous séduire. Et à l’Iris comme aux Célestins, on ne lésine pas sur un travail appliqué. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 9 décembre 2011

Regardez-les !

Avant même que les spectateurs n’aient pris place dans la salle, les Célestins sont devenus un gymnase. Voire une salle de concours athlétique. Échauffement, musique électro façon quart-temps de basket. Ne manque plus que les pom pom girls pour accompagner les pyramides humaines des acrobates de Tanger. En dix minutes ils font étalage de leur indéniable talent athlétique. Fort heureusement, assez vite, Martin Zimmermann rattrape par le col son spectacle Chouf Ouchouf ("Regarde, regarde encore") créé avec son éternel acolyte Dimiti de Perrot. De magnifiques scènes de précision et d’équilibre trouvent un peu de la grâce qui caractérise ce duo et dont manquent indéniablement les Marocains pour qui tout geste se déploie en force. La suite de cette heure est à l’avenant : des numéros contrôlés par les Suisses avec parfois des parenthèses que l’on sent insufflées par les acrobates comme ces scènes assez déstabilisantes car d’une totale véracité : un souk ou un pas de danse esquissée par une femme voilée avec un partenaire masculin à califourchon sur ses épaules. Une sacrée audace et même une transgression qui, le temps d’un instant, rappelle que

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Christian Rizzo, bio express

SCENES | 1965 : naissance à CannesFin des années 1980 : monte un groupe de rock à Toulouse, crée une marque de vêtements, puis formation à la Villa Arson à NiceAnnées 1990 : (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 28 octobre 2010

Christian Rizzo, bio express

1965 : naissance à CannesFin des années 1980 : monte un groupe de rock à Toulouse, crée une marque de vêtements, puis formation à la Villa Arson à NiceAnnées 1990 : interprète chez Mathilde Monnier, Hervé Robbe, Mark Tompkins...1996 : fonde sa compagnie L'Association fragile et présente ses premières performances, objets dansants et solos...2004 : création de «Autant vouloir le bleu du ciel et m'en aller sur un âne» ; et avec le ballet de l'Opéra de Lyon de «Ni fleurs ni Ford mustang»2006 : «Jusqu'à la dernière minute, on a espéré que certains n'iraient pas»2009 : «Ni cap ni grand canyon» avec le Ballet de l'Opéra de Lyon2010 : création à Lille de «L'Oubli, toucher du bois», et mise en scène de trois opéras à Toulouse, «Erwartung» et «Pierrot Lunaire» de Schönberg, «La Voix humaine» de Poulenc

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Corps fragiles

SCENES | Danse / Dans «L'Oubli, toucher du bois», Christian Rizzo épure son univers plastique, mise davantage sur les corps et les mouvements des danseurs, tout en explorant toujours les mêmes questions : la fragilité, la disparition, la finitude. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 28 octobre 2010

Corps fragiles

Jérôme Bel, Alain Buffard et Christian Rizzo forment un trio emblématique de ces chorégraphes français, nés dans les années 1960, qui ont été fortement marqués par les arts plastiques, par les «performeurs» des années 1970 en particulier (Vito Accounci, Bruce Nauman dont on peut voir actuellement des œuvres au Musée d'art contemporain et beaucoup d'autres). Eux-mêmes ont beaucoup utilisé la forme de la performance, parfois aussi celle de l'installation, préférant fouiller les possibilités du corps et sa présence «brute», plutôt que sa virtuosité et ses mouvements «dansés». Aujourd'hui, Jérôme Bel continue à déconstruire avec humour l'espace scénique et à briser les barrières artistiques, collaborant par exemple avec Anne Teresa de Keersmaeker dans «3Abschied», en s'attelant à la musique de Mahler et à la question de la mort. Buffard, dans sa dernière création ironiquement intitulée «Tout va bien», se dirige de plus en plus vers le texte et le théâtre, avec des pièces toujours déclenchées par ses colères devant l'état du monde. Christian Rizzo tente quant à lui de se détacher de l'image de «chorégraphe plasticien» qui lui colle à la peau, notamment depuis 2009 et sa deuxième créatio

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Chronique d'une biennale 4/4

SCENES | Danse / William Forsythe et les sœurs Sagna ont conclu avec force la Biennale 2010. Mêlée aux techniques néoclassiques ou au théâtre, la danse poursuit ici son œuvre de trouble, d'inquiétude, de dérèglement du sens et des figures du corps... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 3 octobre 2010

Chronique d'une biennale 4/4

Après la grande débauche de spectacles bien ficelés et aseptisés de la semaine passée, William Forsythe est arrivé à point nommé. Pour remettre les pendules à l'heure, débarrasser la danse de son clinquant et lui rendre sa puissance d'émotion et de représentation des fragilités humaines. Le chorégraphe a transmis deux de ses pièces au talentueux ballet de l'Opéra de Lyon, qui en comptait déjà huit à son répertoire. Sur des duos pour violons de Luciano Berio, souvent secs et râpeux, "Workwithinwork" (1998) enchaîne des variations de mouvements et de configurations (duos, trios, etc.) sur une base technique néoclassique. Avec ces grands «cassés» à la Forsythe, cette façon aussi de fendre l'air comme avec des membres de métal, et cette énergie qui explose soudain du centre des corps comme des décharges électriques. L'écriture chorégraphique est complexe, abstraite, saisissante. Beaucoup plus expressive et mélancolique, "Quintett" (1993) est une pièce-lettre d'adieu de Forsythe à son épouse mourante. La voix éraillée de Tom Waits répète en boucle «Jesus'blood never failed me yet», cinq danseurs sortent et rentrent dans une fosse, leurs mouvements urgents butant toujours contre quelque

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Kafka sur scène

SCENES | Avec peu de moyens, le chorégraphe Denis Plassard et la comédienne Natalie Boyer parviennent à donner vie au "Terrier" de Kafka à travers un mélange de théâtre et de danse saisissant et d'une grande intelligence. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 9 janvier 2010

Kafka sur scène

À nos yeux, Kafka est un grand chorégraphe. Non pas parce qu'il ferait danser les mots : l'écrivain n'est pas un grand styliste à la Proust (longue valse de la phrase) ou à la Céline (pogo exclamatif), et développe plutôt une littérature dite «mineure». Mais parce que ça danse dans sa tête et que ses textes ne cessent de faire «danser» le sens, de le mettre en mouvement, nous entraînant par petits gestes répétitifs et bifurcations inattendues dans des mondes aux significations inouïes et ambiguës. Dans sa préface aux "Cahiers in-octavo" récemment parus, Pierre Deshusses écrit : «de petits déplacements en petits déplacements, on quitte un monde connu et bien délimité pour arriver insensiblement dans un autre univers qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau mais qui est pourtant totalement différent». Le chorégraphe et le danseur créent pareillement des lignes de fuite, un mouvement des formes, ouvrant au vent des postures et des intensités corporelles les pages figées du signifiant. Dans un texte magnifique (intitulé simplement "Franz Kafka"), dix ans après la mort de Kafka, Walter Benjamin constate déjà que «l'œuvre entière de Kafka est un catalogue de gestes qui, pour l'auteur,

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«Ne pas séparer le texte de la danse»

SCENES | Entretien / Denis Plassard, chorégraphe et metteur en scène du "Terrier", créé en 1998 et repris au théâtre Le Point du Jour. Propos recueillis par JED

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 9 janvier 2010

«Ne pas séparer le texte de la danse»

Petit Bulletin : D'où est né ce désir d'adapter le Terrier de Kafka ?Denis Plassard : Ce texte m'a intéressé pour son côté monologue obsessionnel, métaphore d'un enfermement intérieur, et son mélange de quelque chose de très concret et de très abstrait. Les réflexions du narrateur relèvent même parfois de la stratégie militaire. De plus, le Terrier ne relève pas de la représentation : on ne sait jamais de quel animal il s'agit ni de quelle taille il est, d'où une ouverture de ce texte mental assez fascinante. Dès le départ, je ne voulais pas représenter d'animal, mais rester dans une certaine abstraction et liberté de représentation. C'est un texte traversé par la peur...La peur ici se rapporte à quelque chose qu'on ne connaît pas, qui ne peut être nommé, c'est une peur irrationnelle. Et cette peur-là me fait penser à quelque chose de très contemporain : les gens qui s'angoissent de ce qui se passe dans les banlieues alors qu'ils n'y ont jamais mis les pieds, les peurs un peu théoriques de l'après 11 septembre... On vit dans un monde qui se nourrit de ce type de peur. Vous avez dédoublé l'animal narrateur...Oui, c'est un parti

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Danse sur le feu

SCENES | Danse / Trois soirs durant, la Maison de la Danse va trembler à s’en décrocher les cintres sous les coups de butoir et la danse à la dynamite du plus dingue (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 20 mars 2008

Danse sur le feu

Danse / Trois soirs durant, la Maison de la Danse va trembler à s’en décrocher les cintres sous les coups de butoir et la danse à la dynamite du plus dingue des chorégraphes belges (la Belgique en compte pourtant beaucoup), Wim Vandekeybus. Vous n’avez jamais vu des danseurs dialoguer à coups de briques, planter des javelots à quelques centimètres de leurs partenaires, des filles porter des garçons de 200 kilos comme si c’était du duvet d’oie, des duos dont la violence pulsionnelle réduirait comparativement celle des films de Sam Peckinpah à du cinéma pour fillettes romantiques ? Alors précipitez-vous sur Spiegel, pièce-patchwork et condensé viscéral de tout l’œuvre de Vandekeybus et de sa compagnie déjantée, Ultima Vez («la dernière fois» en espagnol). Spiegel n’est seulement un bout à bout d’extraits de pièces anciennes, mais un retour à l’essentiel et une traversée fulgurante de vingt années de travail visant à transformer la danse en nitroglycérine, à pousser le corps au-delà de ses propres limites, jusqu’à des prises de risques très réelles et des chutes non feintes.Vandekeybus explore l’inconnu du corps humain (ses instincts, ses réactions, ses épuisements),

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La perfection est de son monde

SCENES | Danse / Christian Rizzo présente au Toboggan un solo, composé pour la danseuse Julie Guibert fascinant et quasi parfait sur le plan plastique. Jean-Emmanuel Denave

| Mercredi 19 décembre 2007

La perfection est de son monde

Plasticien de formation, ancien rockeur, créateur d'une marque de vêtements, cheminant aussi bien dans les salles de spectacle que dans le milieu de la mode, Christian Rizzo est pour le moins un chorégraphe atypique. Chantre des durées étirées, des métamorphoses Ovidiennes, et de la pureté formaliste, il aime à citer cette phrase d'Oscar Wilde : «Donnez-moi un masque et je vous dirai qui je suis». Philosophie qui vaut pour l'artiste comme pour l'ensemble de ses pièces : partant du principe que tout n'est qu'artifice et masque (derrière un masque il y a un autre masque, et ce à l'infini), ses spectacles explorent et inventent des formes nouvelles, closes sur elles-mêmes, relativement indifférentes au réel qui chez lui existe peu, si ce n'est aux confins des masques... En 2004, il crée Ni fleurs, ni Ford Mustang pour le Ballet de l'Opéra de Lyon, rencontre à cette occasion la danseuse virtuose Julie Guibert et décide quelques années plus tard de composer pour elle un solo, B.C., Janvier 1545, Fontainebleau. Explication de texte : en 1545, à Fontainebleau, Benvenutto Cellini doit livrer deux sculptures à François Ier mais n'a le temps d'en réaliser qu'une ; il évite la colère du monar

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Corps et têtes brûlés

SCENES | À lier / La danse c'est aussi quelques chorégraphes barrés qui tordent et remuent le corps en tous sens pour mieux dégoupiller l'âme. Passage en revue de nos têtes brûlées de prédilection. Jean-Emmanuel Denave

| Mercredi 12 septembre 2007

Corps et têtes brûlés

Le chorégraphe le plus cinglé et casse-cou de la scène contemporaine est belge et se nomme Wim Vandekeybus. Courses effrénées de danseurs-amoks, lancers de javelots sur le plateau, constructions de briques pulvérisées en poudres fiévreuses, portés à l'arrache (où les filles soulèvent les mecs comme des poids plumes), prises de risques inconsidérés, percussions des interprètes comme des crash-tests : c'est peu dire de la danse de Vandekeybus qu'elle est physique, énergique, sulfureuse, indispensable. Elle vous claque au visage comme une explosion de muscles, et secouera la Maison de la Danse à l'occasion de la présentation de Spiegel (du 25 au 27 mars), une sorte de compilation de vingt années de créations signées Vandekeybus... Autre enfant terrible de la danse, au tempo plus apaisé mais aux créations tout aussi iconoclastes : Jérôme Bel. L'ancien assistant de Decoufflé pour la cérémonie des Jeux Olympiques de 1992 et l'ex-danseur de Preljocaj ou Daniel Larrieu, prend un malin plaisir à déboulonner les us et coutumes de la danse contemporaine pour en renouveler de fond en comble les formes. Danse en tubes, chimie d'émotionsÀ la poubelle donc virtuosité, technique, hiér

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