Du coeur au ventre

Nadja Pobel | Mardi 4 novembre 2014

Photo : © Michel Cavalca


C'est une histoire qui semble presque remonter à la préhistoire tant elle est rude, tant elle nie la femme, sa maternité et son intégrité ; «Arrange-toi !» répond-on seulement à sa douleur. C'est pourtant une histoire du XXe siècle, celle de Vittoria, une jeune femme calabraise de 28 ans qui décide d'avorter – fatalement dans la clandestinité – de  son huitième enfant. Et qui, plus tard, se saignera pour payer à sa petite-fille un vrai médecin à Milan, loin (croit-elle) des faiseuses d'anges qui portent bien mal leur nom.

Ce récit oral, véridique, est devenu littérature sous la plume d'un homme, Saverio la Ruina, dramaturge contemporain parmi les plus célèbres de son pays. Celle qui le porte à la scène (la pièce a été créée au TNP en octobre dernier), Antonella Amirante, avait signé l'an dernier une étrange et intriguante quoique parfois désincarnée Variations sur le modèle de Kraepelin. Avec ce texte, autrement plus direct et d'une certaine manière plus chaleureux que le précédent, elle s'autorise à créer une vraie scénographie, attention rare pour un monologue. Un sol de gravillons, un pourtour de chaises vides, abîmées parfois mais lestées de fantômes masculins (une manche, une chaussure…) servent d'écrin hostile à la comédienne Federica Martucci qui habite pleinement son personnage déchiré. Avec elle, sur le plateau, une chanteuse a cappella fait entendre en italien (langue aussi très souvent utilisée par la comédienne) une complainte qui, si elle ne nous permet pas forcément de nous sentir plus encore en adéquation avec le spectacle, est là aussi subtilement dirigée.

Nadja Pobel

Arrange-toi !
Au Théâtre de Vienne jeudi 6 et vendredi 7 novembre


Arrange-toi

De Saverio La Ruina, ms Antonella Amirante, 1h15. Après avoir eu sept enfants, une jeune femme tente de mettre clandestinement fin à sa huitième grossesse
Théâtre François Ponsard 4 rue Chantelouve Vienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Arrange-toi

De Saverio La Ruina, ms Antonella Amirante, 1h15. Après avoir eu sept enfants, une jeune femme tente de mettre clandestinement fin à sa huitième grossesse
Espace Albert Camus 1 rue Maryse Bastié Bron
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Perte de mémoire de nos pères

SCENES | Sur un beau texte de Davide Carnevali, Antonella Amirante signe une pièce malheureusement trop clinique pour préserver la force de son sujet : la déchéance mémorielle d'un homme atteint de la maladie d'Alzheimer. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 20 mai 2014

Perte de mémoire de nos pères

Ça commence par des amnésies lacunaires, qui jaillissent en des torrents de questions dont les réponses rentrent par une oreille et ressortent par l'autre. Ça se poursuit par des sautes d'humeur si insensées que l'amertume d'un café peut devenir prétexte à un saccage. Viennent ensuite la confusion temporelle et l'oubli : d'un même mouvement, un époux ressuscite et un petit fils devient un visiteur anonyme. La perte complète de l'autonomie n'est alors plus qu'une question de semaines. La mort, elle, aussi silencieuse et diffuse que celle d'une plante trop longtemps privée d'eau, pourra se faire attendre des années. Ces symptômes, ce sont ceux de la maladie d'Alzheimer, et ils rythment Variations sur le modèle de Kraepelin. Au sens propre : la pièce de l'Italien Davide Carnevali est à l'image de la mémoire de son personnage principal, un vieillard en plein formatage de disque dur, fragmentée, parfois incomplète, souvent redondante, globalement incohérente et, en cela, d'une grande justesse, y compris dans sa manière de raconter comment cette saleté neurodégénérative déteint sur l'entourage – en l'occurrence un fils, dont l'impuissance s'exprime tour à tour par de

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