Please, continue (Hamlet), ou quand le théâtre fait sa loi

Nadja Pobel | Mardi 25 novembre 2014

«La justice n'est pas un jeu même si les apparences peuvent le laisser penser, comme si nos habits étaient des costumes» lance jeudi 20 novembre Me Ronald Gallo, avocat d'Hamlet, lors de son réquisitoire. Nous sommes pourtant au TNP, pas dans une cour d'assises. Mais en amenant la justice sur une scène, Yan Duyvendak et Roger Bernat ont rendu palpables les similitudes de ces deux arts oratoires, non sans prendre soin de les re-situer le plus clairement possible.

Les acteurs ont ainsi enfilé un t-shirt sur lequel est mentionné leur rôle, tandis que les autres personnes présentes (des avocats, un huissier, un juge et un expert psychiatre)ont reçu pour consigne d'incarner leur propre rôle sans en dévier. Un fait divers simple, hybride d'un vrai cas et du scénario shakespearien (un homme a tué le père de son ex-petite amie) sert alors d'appui à une forme inédite de pédagogie de la justice, domaine par essence public mais bien mal connu de ceux qui n'y ont pas affaire.

Please, continue (Hamlet) est aussi une loupe sur le caractère aléatoire que revêt un tel cérémonial. Tous les avocats et/ou présidents, souvent des pointures (quel bonheur de voir surgir Me Etienne Rigal, protagoniste de D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère !), n'ont pas travaillé leurs dossiers avec le même sérieux, toutes les facettes de l'accusé, de la victime (Polonius donc) et de la partie civile (Ophélie) ne sont pas abordées chaque soir, bref, toutes les représentations ne se valent pas.

Reste-t-il encore du théâtre ? Oui, il n'y a même que cela. Le procès est ici traversé par des comédiens incroyablement crédibles, habités par leur rôle ; ils sont la colonne vertébrale d'un drame ambigü dont il ressort que si la justice n'est pas une machine, ceux qui maîtrisent le verbe et la diction ont une longueur d'avance sur les balbutiements et l'air emprunté des appelés à la barre.

Please, continue (Hamlet) a enfin le mérite de faire sortir des murs des palais de justice ce constat implacable que rien n'est jamais acquis, puisque c'est l'intime conviction de huit jurés tirés au sort dans la salle qui fera la décision finale. Au cours des 99 représentions, Hamlet aura ainsi été acquitté 43 fois (en Allemagne notamment) et condamné 54 fois (surtout en Pologne, en Italie ou dans le sud de la France) pour des peines allant de 18 mois à 12 ans. Eloquant.

Please, continue (Hamlet)
Au TNP jusqu'au dimanche 30 novembre


Please, continue (Hamlet)

De Yan Duyvendak et Roger Bernat, 3h. Dans une banlieue défavorisée, lors d'un mariage, un jeune homme tue le père de sa petite amie
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Yan Duyvendak : « Virus, désormais, c’est la réalité »

Théâtre | Il nous avait conquis, au TNP, avec le procès d’Hamlet joué avec des professionnels de la justice et un jury populaire renouvelé chaque soir (Please, continue). Revoici, aux Subs, le Suisso-Hollandais Yan Duyvendak pour Virus, un spectacle imaginé en 2017 et incroyablement d’actualité : comment réagir au surgissement d’une pandémie ? À vous de le jouer !

Nadja Pobel | Jeudi 22 octobre 2020

Yan Duyvendak : « Virus, désormais, c’est la réalité »

Qu’est-ce qui vous pousse à toujours aller vers ce processus de travail participatif ? Yan Duyvendak : Je ne sais pas très bien en fait. J’ai bien lu mon Jacques Rancière, qui dit que le spectateur s’émancipe même s’il n’est pas impliqué physiquement ; néanmoins, j’ai l’impression qu’en s’activant, on comprend autrement les choses. En général, ce qui m’intéresse — et c’est pour ça que j’ai glissé des arts visuels vers les arts vivants — c’est l’idée d’être plusieurs dans un même endroit en train de vivre des choses ensemble et de réfléchir à une question de société. Comment est venue l’idée de ce spectacle, Virus ? Une conversation en 2017, avec un ami médecin marseillais (ce n’est pas le Dr Raoult !) qui faisait des simulations pour un projet de la Communauté européenne pour entraîner les autorités à réagir à une pandémie. C’était destiné surtout à des pays d’Afrique occidentale, après la crise Ebola. Il appelait déjà ça un "jeu". Les membres

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5 pièces de théâtre à ne pas rater en cette rentrée

À réserver | Au théâtre, c'est ouvert. Et l'on peut réserver pour la saison : voici cinq pièces sur lesquelles vous pouvez miser en toute confiance.

Nadja Pobel | Mercredi 23 septembre 2020

5 pièces de théâtre à ne pas rater en cette rentrée

Ivres Parmi les 42 spectacles à l’affiche des Célestins cette saison, ne pas rater Ivres ! La jeune metteuse en scène Ambre Kahan n’a pas manqué d’ambition en choisissant Ivan Viripev. Quatorze personnages ivres morts (l’ivresse du pouvoir, de la religion, de l’amour…), autant d’acteurs (et un musicien, Jean-Baptiste Cognet) au plateau et ce désir d’aller au plus près de la langue (qu’elle a retraduit pour l’occasion avec une acolyte), de jouer du déséquilibre avec un sol désaxé. La comédienne, formée au Théâtre National de Bretagne, porte ce projet depuis des années avec ses camarades d’école à qui elle fait vivre de véritables trainings sportifs pour mieux toucher à ce texte qu’elle définit comme « un réveil au sein de la bienveillance ». Au Théâtre des Célestins du mardi 3 au samedi 7 novembre Virus C’était prévu bien avant. Et ça tombe à pic. Yan Duyvendak nous avait déjà convié au procès d’Hamlet (Please, continue), voici

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Yan Duyvendak : «Un magnifique exercice de lâcher prise»

SCENES | Après "Pendiente de Voto" et "Le Sacre du printemps", le metteur en scène catalan Roger Bernat est à l'affiche avec un nouvel OVNI participatif, "Please, continue (Hamlet)". Soit le procès pour meurtre d'un faux Hamlet par de vrais magistrats, devant un public mué en jury populaire. Sera-t-il condamné ou acquitté ? Pour le savoir, nous appelons à la barre le co-créateur de ce passionnant spectacle, l'artiste néerlandais Yan Duyvendak.

Nadja Pobel | Mardi 25 novembre 2014

Yan Duyvendak : «Un magnifique exercice de lâcher prise»

Diplômé des Beaux-Arts de Sion et de l’école des arts visuels de Genève, comment en êtes-vous venu à concevoir des performances ? Yan Duyvendak : En même temps que les Beaux-Arts, j’ai suivi une formation de danse amateur, puis participé à une espèce de revue de très mauvais goût. J’étais ado et j’aimais beaucoup l’humour utilisé comme une force corrosive. Comme j’étais trop grand pour faire de la danse professionnelle – c’était avant Alain Platel et la possibilité d'avoir des corps spécifiques dans la danse – je me suis ensuite tourné vers l’art visuel, dans lequel j’ai fait une petite carrière. Mais je m’y suis très vite ennuyé, je m’y suis senti très seul et c'était mortifère. J’avais envie de réinjecter de l'humour dans le travail. J’ai alors fait des vidéos, chanté a cappella des chansons existantes qui parlent de l’art (comme J’aurais voulu être un artiste), et c'est devenu une réflexion sur l’art aujourd’hui. J’ai pu faire ça très vite à la fondation Cartier, en 1995. En 2011, vous créez avec Roger Bernat Please, continue (Hamlet), qui relate le procès d'un fa

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Dix incontournables pour 2014/2015

SCENES | Outre les spectacles cités dans notre gros plan et les panoramas lisibles par ailleurs, voici une dizaine de spectacles qui attisent notre curiosité ou réveillent de bons souvenirs. Bien plus, en tout cas, que les deux mastodontes avignonnais un peu fades qui passeront par là, au TNP, "Orlando" d'Olivier Py et "Le Prince de Hombourg" de Giorgio Barberio Corsetti.

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Dix incontournables pour 2014/2015

Phèdre Avec Les Serments indiscrets l’an dernier, Christophe Rauck présentait une version très personnelle, entre suavité et force, de la pièce méconnue de Marivaux. Il s’attaque maintenant au classique de Racine que tous les grands comédiens ont un jour joué dans leur vie, à commencer par Dominique Blanc sous la houlette de Patrice Chéreau. Dans ce casting-ci, on retrouvera la mythique Nada Strancar (dans le rôle de Oenone, nourrice de Phèdre), au milieu d'un décor agrègeant une nouvelle fois les apparats de l’époque Louis XIV à un univers moins propret, aux murs à nu voire lézardés. Rauck se garde de ripoliner les œuvres majeures pour mieux les révéler. Faisons-lui à nouveau confiance. Nadja Pobel Du 8 au 17 octobre aux Célestins  

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Sur Stravinski ou New Order

SCENES | Jusqu'au 5 décembre, le Centre Chorégraphique National de Rilleux-la-Pape propose son deuxième temps fort, "Play Time", ouvert à tous les publics (dès 3 ans (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 20 novembre 2013

Sur Stravinski ou New Order

Jusqu'au 5 décembre, le Centre Chorégraphique National de Rilleux-la-Pape propose son deuxième temps fort, "Play Time", ouvert à tous les publics (dès 3 ans pour Têtes à têtes de Maria Clara Villa-Lobos) et rassemblant les propositions les plus diverses. Les "grands" pourront ainsi s'immerger dans le Sacre du printemps de Roger Bernat (également au programme du festival Micro Mondes) pour une expérience scènique inédite en hommage à Pina Bausch, et les "petits" dans Partituur de la très renommée performeuse croate Ivana Müller, pièce dans laquelle trente enfants sont invités à imaginer une histoire et une chorégraphie dans un pays fictif - et qui sera reprise à la Maison de la danse du 11 au 18 décembre.  Il y aura aussi du hip hop féminin avec le duo Yonder Woman d'Anne Nguyen et un spectacle promettant son pesant de cold rock : The Him de Yuval Pick (directeur du CCN). Cette pièce inspirée de la musique de New Order (et tout particulièrement de leur premier album, le bien no

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Micro Mondes ou l’art en cinq dimensions

CONNAITRE | Des spectacles sensoriels dans de petites jauges : voici venir le festival Micro Mondes qui, pour sa deuxième édition, promet au spectateur d’être un peu plus acteur qu’à l’accoutumée. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 20 novembre 2013

Micro Mondes ou l’art en cinq dimensions

Elle avait déjà travaillé dans de grandes structures culturelles, de belles salles avec de beaux et impeccables spectacles. Puis un jour elle a vu Bucchetino. Céline Le Roux, directrice et fondatrice du festival Micro Mondes, dont la première édition s’est tenue il y a tout juste deux ans, se souvient encore de cette expérience incroyable. Romeo Castellucci, loin de la subversion de ses créations habituelles, avait reconstitué la maison du Petit Poucet et invitait les spectateurs à se coucher dans un des cinquante lits présents. Une fois la couverture repliée sur soi, on écoutait la conteuse nous dire cette histoire en respirant de véritables effluves d’eucalyptus et en entendant grincer l’escalier sous les pas du père montant voir ses enfants dans la pièce d’à-côté. Ce spectacle autant sensationnel que sensoriel nous a laissé comme à elle des souvenirs indélébiles. «Laisser des traces», c’est précisément ce que Céline Le Roux cherche dans ce festival des arts dits "immersifs" où le rapport au public est bouleversé, notamment du fait de jauges réduites (de une à cent personnes maximum). Toucher, jouer

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Sens interdits 2013, jours 7 & 8 : L’Adieu aux larmes

SCENES | "Regards de femmes" de Chrystèle Khodr et Chirine El Ansary. "Pendiente de voto" de Roger Bernat. "L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge" de Georges Bigot et Delphine Cottu.

Nadja Pobel | Jeudi 31 octobre 2013

Sens interdits 2013, jours 7 & 8 : L’Adieu aux larmes

Sens Interdits s’est achevé pour nous avec deux pièces déjà vues en amont du festival et dont vous avions parlé dans la version papier du Petit Bulletin. Si Pendiente de voto s’avère être un spectacle très dépendant de la participation du public et de sa capacité à débattre intelligemment ou pas (ce qui fut loin d’être le cas lors de notre séance), L’Histoire terrible… est lui d’une solidité constante. La troupe de jeunes Cambodgiens a fait se lever spontanément toute la grande salle des Célestins après 3h30 en khmer exigeantes et néanmoins passionnantes. Et nous voilà à nous demander depuis quand nous n'avions pas vu pareil enthousiasme du public dans cette ville de Lyon réputée (et souvent à juste titre) froide. En effet peu nombreuses sont les pièces à pouvoir déclencher une vraie ferveur au cours d’une saison. Sur le festival, elles furent pourtant plus d'une, qui plus est dans des salles bien remplies, quand elles n’étaient pas

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L'opium des référendums

SCENES | Imaginez un théâtre sans acteur et sans scène, qui ferait de chaque spectateur l’élément d’une production plus interrogative que narrative. C’est l’idée farfelue du catalan Roger Bernat, qui dans "Pendiente de voto" confie à son public une télécommande pour répondre à une série de questions sur la démocratie, l’individu ou la communauté. Jubilatoire et troublant. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 17 octobre 2013

L'opium des référendums

Comme souvent au théâtre, le siège sur lequel le spectateur va "voir" Pendiente de voto (vote en suspens) est numéroté. Ici, ce n’est toutefois pas le ticket qui indique ce chiffre, c’est à vous de le choisir. Anodin ? Pas tant que cela, car toute la suite du spectacle dépendra de votre place. Du moins tentera-t-on de vous le faire croire. Car Pendiente de voto est une suite de questions projetées au mur auxquelles il faut répondre par oui ou non via une télécommande, et ce qui semble être un jeu s’avère rapidement plus retors. «Te sens-tu capable de prendre une décision et de la mettre en pratique ce soir ?», «si ton vote ne compte pas, continue à voter, le système t’écoute», lit-on ainsi, comme si Big Brother nous soufflait dans le dos. Devons-nous laisser entrer ceux qui sont arrivés en retard et attendent derrière la porte, «les ETRANGERS» ? Ceux-ci n’auront – temporairement ou pas - de toute façon pas le droit de vote. Et «au cas où la salle serait pleine, doit-on laisser entrer d’autres étrangers ?». En somme, la masse doit-elle décider pour quelques individus laisséssur le bas-côté

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