Danses folklo

SCENES | Chaque société a les danses rituelles qu'elle mérite. Dans sa dernière création, le chorégraphe Denis Plassard invente les nôtres avec légèreté et cocasserie. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 janvier 2015

«Depuis une vingtaine d'années, je voue une grande passion pour les danses folkloriques contemporaines. J'ai effectué beaucoup de recherches, voyagé à travers le monde à ce sujet, et la pièce que vous allez découvrir en est un résumé. Pour l'anecdote, cette passion est née lorsque, jeune danseur, j'étais en tournée en Normandie. Réveillé à deux heures du matin à mon hôtel, j'ai découvert dans la salle des petits-déjeuners un groupe de VRP dansant la Vrpe...» En anthropologue aussi décontracté que farfelu, le chorégraphe Denis Plassard ouvre ainsi, en bord de scène, une série de conférences dansées sur de singuliers rituels dansés qu'il aurait, soi-disant, observés ici et là : auprès d'une population indigène de VRP donc, mais aussi dans un cabinet de psychologue pour thérapie de couple, sur Internet, parmi des activistes intervenant dans les espaces publics, au sein d'un cénacle de femmes haut placées s'exerçant à prendre la parole avant une réunion comme les All Blacks se motivent avec le haka avant de se saisir d'un ballon de rugby... Chaque speech "scientifique" du chorégraphe-conférencier est suivi d'une courte démonstration par six très bons danseurs de sa compagnie Propos.

Un travail de faussaire

«La structure des danses s'appuie essentiellement sur des constructions inspirées des danses traditionnelles réelles, précise Denis Plassard. Mais le propos n‘est pas de les plagier ou de les caricaturer. Le travail d‘écriture chorégraphique est résolument contemporain... La construction d'un rituel est un travail de faussaire, tous les aspects de l'écriture chorégraphique sont questionnés au regard de la réalité dans laquelle la danse est censée prendre place». Pour un peu, durant ce spectacle léger et fort drôle, on pourrait croire que ces rites contemporains existent ! Il faut dire que Denis Plassard a eu la bonne idée de s'immiscer parmi des pratiques ou des problématiques très actuelles : l'attente des pères anxieux dans les couloirs d'une maternité, le phénomène du coaching pour cadres survitaminés, les interactions en chaîne sur Internet, les saluts complexes des bandes urbaines, les sectes et leur goût de l'apocalypse...

Avec Rites, le chorégraphe lyonnais poursuit un cheminement singulier, débuté en 1990, tramant sur scène texte, danse, humour. Et continue à croquer (après le camping, le roman-photo, la critique d'art...) les travers de notre société contemporaine.

Rites
Au Toboggan vendredi 16 janvier


Rites

Chor Denis Plassard, Cie Propos, 1h30. Conférence pour six danseurs
Le Toboggan 14 avenue Jean Macé Décines
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Black Moon, un rare Louis Malle projeté au Bellecombe

Météorites | Tourné dans la foulée de Lacombe Lucien, Black Moon (1975) est l’ultime long-métrage que Louis Malle va signer en France avant de s’exiler aux États-Unis (...)

Vincent Raymond | Jeudi 8 octobre 2020

Black Moon, un rare Louis Malle projeté au Bellecombe

Tourné dans la foulée de Lacombe Lucien, Black Moon (1975) est l’ultime long-métrage que Louis Malle va signer en France avant de s’exiler aux États-Unis pour quelques années — au reste, on n’y cause plus français, ni plus beaucoup d’ailleurs dans cette variation sur Alice au pays des merveilles automnale qui rappelle par son ambiance onirique semi-cauchemardesque La Dernière fugue que signera Chabrol deux ans plus tard. Superbement photographiée par le génial Sven Nykvist, cette rêverie située à la campagne et pendant une campagne militaire (de guerre entre hommes et femmes) envoûte par son charme abstrait et ses échos psychanalytiques. Météorites le sort de l’éclipse où il se cachait pour le proposer en une conjonction spéciale au cinéma Bellecombe (Lyon 6e) le vendredi 9 octobre à 19h. À voir !

Continuer à lire

À ton image : "Le Photographe"

Drame | Modeste photographe des rues de Bombay, Raphi tombe sous le charme de Miloni, appartenant à une classe supérieure. Pourtant, la jeune étudiante accepte de jouer le rôle de sa fiancée dans le but de persuader la grand-mère de Raphi de continuer à prendre ses médicaments…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

À ton image :

Ritesh Batra a une cote pas possible depuis le succès de The Lunchbox (2013). Tant mieux pour lui : cette aura lui a déverrouillé les portes trop hermétiques du cinéma occidental, et permis de tourner avec des pointures (Redford, Fonda, Dern, Rampling, Broadbent, etc.), pour des résultats hélas mitigés — en témoigne À l’heure des souvenirs (2018). De retour au bercail avec une comédie oscillant entre portrait social et conte romantique, Batra semble fort soucieux de respecter le cahier des charges d’un film “concernant“ portant sur la survivance d’un système violemment hiérarchisé en Inde, où chacun a intégré dès la naissance l’étanchéité des castes et l’impossibilité de lutter contre ce déterminisme. Au tableau de la vie misérable chez les plus pauvres répond ainsi celui des “petits-bourgeois“ urbains jouant aux colons méprisants vis-à-vis de leurs concitoyens issus des villages. Plus transversale est la figure de l’auto

Continuer à lire

Maison de la Danse : quarante balais et du panache !

Danse | La Maison de la Danse fêtera en 2020 ses quarante ans d'existence. Et propose dès cet automne une saison pour le moins alléchante.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 mai 2019

Maison de la Danse : quarante balais et du panache !

La quarantième saison de la Maison de la Danse a du panache : toujours ouverte aux divers courants de la création chorégraphique (nouveau cirque, hip-hop, classique, contemporain...), et riche en grandes figures de la danse contemporaine (Anne Teresa de Keersmaeker, Sidi Larbi Cherkaoui, Akram Kahn, Jean-Claude Gallotta...). On y décèle, aussi, avec joie, une certaine veine lyrique avec la chorégraphie de l'album mythique de John Coltrane, A Love Supreme, signée par Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis (du 1er au 3 octobre). Une pièce d'une grande précision et qui laisse aussi à ses quatre interprètes une part d'improvisation, en écho au free jazz de Coltrane. Le Ballet de Montréal et trois chorégraphes s'emparent quant à eux du répertoire de Leonard Cohen à travers la danse virtuose de quinze interprètes (du 5 au 13 novembre). Enfin, cerise ou légume sur le gâteau lyrique : Gallotta reprend, dix ans après sa création, L'Homme à tête de ch

Continuer à lire

Des étoiles dans les yeux : "Les Météorites"

Drame | De Romain Laguna (Fr, 1h25) avec Zéa Duprez, Billal Agab, Oumaima Lyamouri…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Des étoiles dans les yeux :

Nina, 16 ans, a lâché le lycée et bosse pour l’été dans un parc d’attraction. Seule à voir une météorite zébrer le ciel, elle y lit un signe du destin et se sent invincible. Alors Nina ose, agit selon son cœur et ses envies, quitte à essuyer de cosmiques déconvenues. Elle grandit… Bonne nouvelle : une génération de comédiennes est en train d’éclore et en plus, on leur écrit des rôles à la hauteur de leur talent naissant, donnant au passage de la jeunesse d’aujourd’hui une image plutôt féminine et volontaire. Après la révélation Noée Abita dans Ava de Léa Mysius (2017), voici Zéa Duprez en Nina — la prévalence des prénoms mono ou di-syllabiques riches en voyelles étant fortuite. Mais le volontarisme de Nina n’exclut pas une dose d’ingénuité lorsqu’il s’agit d’affaires de cœur : on n’est pas sérieux quand on a 16 ans, on croit en l’éternité de l’amour et l’on déchante avec d’autant plus de cruauté. Romain Laguna fixe des instantanés d’un été à part, ainsi que les mille et unes facettes d’une héroïne tantôt farouche et rugueuse quand elle r

Continuer à lire

La mémoire dans le faux : "À l’heure des souvenirs"

Drame | de Ritesh Batra (G-B, 1h48) avec Jim Broadbent, Charlotte Rampling, Harriet Walter…

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

La mémoire dans le faux :

Vieux divorcé bougon, Tony occupe sa retraite en tenant une échoppe de photo. Il est confronté à son passé quand la mère de Veronica, sa première petite amie, lui lègue le journal intime de son meilleur camarade de lycée, Adrian. Seulement, Veronica refuse de le lui remettre. À raison… À mi-chemin entre le drame sentimental à l’anglaise pour baby-boomers grisonnants (conduite à gauche, tasses de thé, humour à froid et scènes de pub) et l’enquête alzheimerisante (oh, la vilaine mémoire, qui nous joue des tours !), ce film qui n’en finit plus d’hésiter se perd dans un entre-deux confortable, en nous plongeant dans les arcanes abyssales de souvenirs s’interpénétrant (et se contredisant) les uns les autres. Une construction tout en méandres un peu téléphonée qui fait surgir ici un rebondissement, là Charlotte Rampling et permet à Jim Broadbent d’endosser à nouveau un ces rôles de gentils râleurs-qu’on-aimerait-bien-avoir-pour-grand-père/père/tonton/compagnon qu’il endosse comme une veste en tweed. À siroter entre un haggis et un scone.

Continuer à lire

« Le cinéma expérimental, c’est de la peinture »

Collectif Météorites | Météorites, c’est ce nouveau collectif qui organise des projections de films un peu spéciales. La Mort du Dieu serpent au Zola, c’était eux. The Swimmer au Vinatier aussi. La soirée John Fahey au Périscope, toujours eux. Mais qui sont-ils ?

Lisa Dumoulin | Mardi 14 février 2017

« Le cinéma expérimental, c’est de la peinture »

Sébastien Escande, comète à l'initiative de la nébuleuse Météorites, nous éclaire : « Nous sommes une quinzaine de personnes, des réalisateurs, des producteurs, des programmateurs mais aussi des cinéphiles, et j’aime parce que c’est bien mixte, garçons et filles. C’est un collectif informel et mouvant, et c’est une force puisque ça nous oblige à réinterroger notre désir à chaque fois. Le moteur c’est la programmation : chacun arrive avec des idées. Ce qui est intéressant, c’est qu’on n’est pas enfermés dans un genre. L’idée c’est avant tout de montrer des films qui ne seraient pas diffusés si on ne les accompagnait pas, parce qu’ils représentent une prise de risque importante, qu’ils sont peu connus ou formellement singuliers… donc ils nécessitent d’être accompagnés par un réalisateur, une soirée, un échange. » La programmation se construit autour de trois axes : des documentaires contemporains (« on rapporte nos coups de cœurs des festivals où l’on se rend, comme ceux de Lussas ou de Clermont-Ferrand »), des films expérimentaux (« car il n’y en a pas à Lyon ») et des films méconnus

Continuer à lire

Pourquoi tombe la pluie dès lors que l'on enlève sa capuche

Théâtre Jean Marais | Au premier abord, l'on imagine une récréation. Après s'être attaqué à la finance mondiale via T.I.N.A. puis aux prémices de la Grande Guerre avec Quatorze, (...)

Nadja Pobel | Mardi 7 février 2017

Pourquoi tombe la pluie dès lors que l'on enlève sa capuche

Au premier abord, l'on imagine une récréation. Après s'être attaqué à la finance mondiale via T.I.N.A. puis aux prémices de la Grande Guerre avec Quatorze, Sébastien Valignat plonge dans cette drôlerie signée Fred Vargas. Un Petit traité sur les vérités de l'existence dispensé à l'ère où il faudrait aussi bien savoir de quoi est composé chimiquement le hachis parmentier de la cantine que la fibre textile du pyjama des enfants. Secondé par un graphique alambiqué que son acolyte dessine à coups de mots et images aimantés au tableau, Sébastien Valignat digresse. Il commence par son village en Normandie et les vers de terre qui « bouffent les morts », faisant un détour par l'amour (« mais comment le garder ? »), passant par le mystère du blouson à capuche. Et de la pluie qui s'arrête dès lors que l'on se couvre la tête, et inversement. Théoriser sur le ridicule, c'est une façon pour Vargas et Valignat de moquer toutes les supposées études inutiles. Parfaitement à l'aise, le comédien metteur en scène déroule cet am

Continuer à lire

Babel heureuse

SCENES | Á l'initiative de la Maison de la Danse, Babel 8.3 invite des habitants des 8e et 3e arrondissements à se familiariser avec les univers d'une dizaine de chorégraphes. Coup de projecteur sur un projet innovant qui cultive à la fois proximité et excellence. Valentine Martin

Valentine Martin | Mardi 26 mai 2015

Babel heureuse

Dans la mythologie biblique, la tour de Babel était une construction des hommes dont le sommet devait atteindre les cieux. Un projet jugé trop vaniteux par Dieu, qui décida alors de les punir en attribuant à chacun d'entre eux des langages différents. Ainsi les hommes se brouillèrent, avant de se disperser dans le monde. Aujourd'hui, la Maison de la danse tente une réunification, sous la forme d'un grand spectacle orchestré par sa directrice Dominique Hervieu, Babel 8.3, qui a vu 17 groupes d'habitants des 8e et 3e arrondissements apprendre un nouveau langage commun : celui du corps. Cet événement est né d'un désir : celui de mener un travail de proximité avec les habitants de quartiers dit sensibles. Des gens qui, pour certains, n'ont jamais mis les pieds dans cette institution du geste et sont en grande partie des amateurs. En tout, ce sont près de 250 volontaires qui se sont lancés dans cette aventure de longue haleine – débutée en septembre 2014, elle débouche cette semaine sur trois représentations – qui entend concilier haut niveau technique et respect de la diversité des cultures et individualités de chacun.

Continuer à lire

Un sacré printemps de danse

SCENES | C'est pour le moins un sacré début de printemps qui s'annonce à Lyon dans le domaine de la danse avec, notamment, la reprise de May B, chef-d’œuvre de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 mars 2015

Un sacré printemps de danse

C'est pour le moins un sacré début de printemps qui s'annonce à Lyon dans le domaine de la danse avec, notamment, la reprise de May B, chef-d’œuvre de Maguy Marin, au Ramdam (du 7 au 11 avril) et la transmission de Drumming Live, pièce majeure d'Anne Teresa de Keersmaeker, au Ballet de l'opéra (du 7 au 11 avril). Auparavant, deux festivals regroupés sous l'intitulé "Printemps de la création" permettront aux amateurs de découvrir une multitude de chorégraphes émergents ou d'artistes proches de la danse. Á la Maison de la danse et hors ses murs, Sens dessus dessous nous fera voyager de l’œuvre choc de Christian Rizzo inspirée du folklore turc à la mémoire de l'Afrique du Sud chorégraphiée par Gregory Maqoma en passant par le plus local mais toujours drôle et truculent Denis Plassard. Le Lyonnais reprend Chalet d'après un texte d'André Baillon, œuvre dépeignant avec humour le quotidien d'un hôpital. Aux confins de la danse, le duo Your Majesties met lui en mouvements le discours de Barack Obama pour la réception du Prix Nobel de la paix en 2009, tandis que le trublion Antoine Defoort se lancera dans une désopilante conférence

Continuer à lire

La saison danse en dix événements

SCENES | La saison danse 2014-2015 s'annonce aussi riche et variée que la Biennale qui l'inaugure. Voici, à ce titre, (au moins) dix rendez-vous chorégraphiques à ne pas manquer cette année.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 septembre 2014

La saison danse en dix événements

Hors-champ La chorégraphe belge Michèle Noiret (née en 1960) a été formée à l'école Mudra de Maurice Béjart. Ancienne collaboratrice  du compositeur Karlheinz Stockhausen, son écriture fine, graphique, développe une danse aérée et tonique. Elle vient à Lyon avec une pièce singulière pour cinq interprètes et un cameraman, oscillant entre danse et cinéma (les danseurs sont filmés en direct et des images projetées sur différents écrans). Hors-champ joue de passages entre écrans et plateau, corps réels et corps imaginaires, et nous plonge dans une atmosphère anxiogène, tendue à l'extrême, énigmatique. Jean-Emmanuel Denave Les 16 et 17 octobre à la Maison de la danse      

Continuer à lire

Partage des richesses

CONNAITRE | Débattre. Ce terme n’a jamais été autant à la mode, et surtout si associé à tout et de préférence n’importe quoi, n’importe comment. La Villa Gillet, elle, (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2014

Partage des richesses

Débattre. Ce terme n’a jamais été autant à la mode, et surtout si associé à tout et de préférence n’importe quoi, n’importe comment. La Villa Gillet, elle, tient ce verbe en haute respectabilité et entame ce mercredi un cycle de deux conférences sur «les vérités qui dérangent». Avant que "les forces obscures" ne soient passées au crible le 26 février, c’est du thème "Capitalisme, libéralisme : un état des lieux" que vont discuter trois personnalités mercredi 5 février à 20h au Théâtre de la Croix-Rousse. Parmi elles, Pierre Larrouturou. Bien connu pour avoir défendu la semaine de quatre jours (aux législatives 97 et aux européennes 99), il a aujourd’hui claqué la porte du PS pour mener à bien son propre parti, co-fondé avec Bruno Gaccio, Nouvelle Donne, émanation du collectif Roosevelt 2012 auquel appartiennent des gens aussi différents qu’Edgar Morin et Michel Rocard. «Au citoyen de reprendre la main» prône-t-il, en proposant de relancer la politique de la demande au dépend de celle de l’offre. À voir comment il arrivera à convaincre ou non face au vice-président du MEDEF, Jean-Claude Volot, et à l’allemand Joseph Vogl, qui interroge les modes de fonct

Continuer à lire

The Lunchbox

ECRANS | De Ritesh Batra (Inde-Fr-All, 1h42) avec Irrfan Kahn, Nimrat Kaur…

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

The Lunchbox

S’il fallait une preuve ultime de la mondialisation en cours dans le cinéma d’auteur et de l’uniformisation esthétique qu’elle produit, The Lunchbox serait celle-là. En effet, jamais film indien n’avait paru si peu indien dans sa facture, si occidentalisé, si loin de Bollywood et même des cinéastes qui ont cherché à s’en démarquer. Conséquence : on prend un plaisir étrange, presque coupable, à le regarder, comme on goûte un plat typique mais débarrassé de ses épices les plus puissantes. De cuisine, il est justement question dans The Lunchbox, qui commence par un quiproquo pour le coup très local : un plateau-repas préparé par une épouse dévouée n’atterrit pas sur le bureau de son mari mais sur celui d’un comptable solitaire et dépressif. S’ensuit une drôle de relation culinaro-épistolaire où l’épouse révèle son insatisfaction et le comptable son envie de briser sa vie triste et routinière. La première partie est une brillante comédie qui repose sur une mise en scène millimétrée ; la deuxième, moins enthousiasmante, développe les fils sentimentaux de l’intrigue, et cherche à créer une émotion un peu trop fabriquée pour véritablement convaincre. Faisant l

Continuer à lire

Chaos toujours debout

SCENES | Pour la dixième année consécutive, sous la houlette de Françoise Maimone, le Festival Chaos danse (du 13 au 30 mars au Théâtre Astrée à l'Université Lyon 1) propose (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 8 mars 2012

Chaos toujours debout

Pour la dixième année consécutive, sous la houlette de Françoise Maimone, le Festival Chaos danse (du 13 au 30 mars au Théâtre Astrée à l'Université Lyon 1) propose de nous faire découvrir de jeunes compagnies ou des compagnies déjà confirmées, de Lyon ou d'ailleurs. Cette édition anniversaire rendra notamment hommage au chorégraphe Dominique Bagouet (1951-1992), artiste de la fragilité et des frontières incertaines entre l'émotion et l'humour des mouvements d'automates, à travers des lectures, des témoignages d'un danseur ayant travaillé avec Bagouet, et des projections vidéo de spectacles... On pourra y découvrir aussi la création récente et pluridisciplinaire de Denis Plassard (Encore quelques illusions) autour du monde de la magie et de ses codes, une pièce de Trisha Brown par le ballet du Conservatoire national supérieur de musique et de danse (CNSMD), une création de la compagnie stéphanoise PARC à partir d'une matière corporelle la plus «brute» possible, et plusieurs pièces du jeune et talentueux Yann Rabaland à la gestuelle si délicate et attentive à la composition musicale... Au total, huit soirées seront proposées par ce festival to

Continuer à lire

La danse, de Lyon à Cuba

SCENES | Commençons notre tour d'horizon dansé par un chorégraphe lyonnais, Denis Plassard dont nous avions redécouvert il y a deux ans la superbe adaptation du (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 21 décembre 2011

La danse, de Lyon à Cuba

Commençons notre tour d'horizon dansé par un chorégraphe lyonnais, Denis Plassard dont nous avions redécouvert il y a deux ans la superbe adaptation du Terrier de Kafka. Sa prochaine création, Encore quelques illusions (les 26 et 27 janvier au Théâtre de Vénissieux, le 15 mars au Théâtre Astrée dans le cadre du festival Chaos Danse), jouera avec les codes, les techniques et l'esthétique des spectacles de magie. Autre Lyonnais à suivre : le tout nouveau directeur du CCN de Rillieux-la-Pape, Yuval Pick, s'essaiera (ainsi que les chorégraphes Maud Le Pladec et Andros Zins-Browne) à une création sur l'une des œuvres du compositeur américain contemporain David Lang (Aire de jeu aux Subsistances du 2 au 7 février). Maguy Marin quant à elle reprend sa pièce fulgurante et plongée quasi continuellement dans l'obscurité, Salves, du 3 au 5 avril au Toboggan. Du côté de la Maison de la danse, on notera la première venue à Lyon de deux grandes compagnies contemporaines d'outre Atlantique : le Cedar Lake Contemporary Ballet de New York (du 31 janvier au 5 février) avec une pièce du turbulent Hofesh Schechter et une autre de Crystal Pite, et le Danza Contemp

Continuer à lire

Kafka sur scène

SCENES | Avec peu de moyens, le chorégraphe Denis Plassard et la comédienne Natalie Boyer parviennent à donner vie au "Terrier" de Kafka à travers un mélange de théâtre et de danse saisissant et d'une grande intelligence. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 9 janvier 2010

Kafka sur scène

À nos yeux, Kafka est un grand chorégraphe. Non pas parce qu'il ferait danser les mots : l'écrivain n'est pas un grand styliste à la Proust (longue valse de la phrase) ou à la Céline (pogo exclamatif), et développe plutôt une littérature dite «mineure». Mais parce que ça danse dans sa tête et que ses textes ne cessent de faire «danser» le sens, de le mettre en mouvement, nous entraînant par petits gestes répétitifs et bifurcations inattendues dans des mondes aux significations inouïes et ambiguës. Dans sa préface aux "Cahiers in-octavo" récemment parus, Pierre Deshusses écrit : «de petits déplacements en petits déplacements, on quitte un monde connu et bien délimité pour arriver insensiblement dans un autre univers qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau mais qui est pourtant totalement différent». Le chorégraphe et le danseur créent pareillement des lignes de fuite, un mouvement des formes, ouvrant au vent des postures et des intensités corporelles les pages figées du signifiant. Dans un texte magnifique (intitulé simplement "Franz Kafka"), dix ans après la mort de Kafka, Walter Benjamin constate déjà que «l'œuvre entière de Kafka est un catalogue de gestes qui, pour l'auteur,

Continuer à lire

«Ne pas séparer le texte de la danse»

SCENES | Entretien / Denis Plassard, chorégraphe et metteur en scène du "Terrier", créé en 1998 et repris au théâtre Le Point du Jour. Propos recueillis par JED

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 9 janvier 2010

«Ne pas séparer le texte de la danse»

Petit Bulletin : D'où est né ce désir d'adapter le Terrier de Kafka ?Denis Plassard : Ce texte m'a intéressé pour son côté monologue obsessionnel, métaphore d'un enfermement intérieur, et son mélange de quelque chose de très concret et de très abstrait. Les réflexions du narrateur relèvent même parfois de la stratégie militaire. De plus, le Terrier ne relève pas de la représentation : on ne sait jamais de quel animal il s'agit ni de quelle taille il est, d'où une ouverture de ce texte mental assez fascinante. Dès le départ, je ne voulais pas représenter d'animal, mais rester dans une certaine abstraction et liberté de représentation. C'est un texte traversé par la peur...La peur ici se rapporte à quelque chose qu'on ne connaît pas, qui ne peut être nommé, c'est une peur irrationnelle. Et cette peur-là me fait penser à quelque chose de très contemporain : les gens qui s'angoissent de ce qui se passe dans les banlieues alors qu'ils n'y ont jamais mis les pieds, les peurs un peu théoriques de l'après 11 septembre... On vit dans un monde qui se nourrit de ce type de peur. Vous avez dédoublé l'animal narrateur...Oui, c'est un parti

Continuer à lire

La mécanique du cœur

ECRANS | De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerite, le film envoûtant et méconnu de Paul Newman, ressorti quelques jours avant le décès de l'acteur-réalisateur, est à l'affiche de la ciné-collection en avril… Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 7 avril 2009

La mécanique du cœur

Lors de sa disparition à l'automne, il a beaucoup été question dans les hommages des yeux bleus et de l'humanisme de Paul Newman. De sa filmographie sélective ont été extraites ses interprétations made in Actor's studio dans La Chatte sur un toit brûlant, Butch Cassidy et le Kid, la Tour infernale, L'Arnaque et La Couleur de l'argent. Son passage à la mise en scène se fait dans cette même démarche de l'amour de l'acteur. En 1968, il réalise Rachel Rachel avec, dans le rôle titre, son épouse Joanne Woodward. Elle sera de la partie dans les cinq films de son mari — sauf dans le western Le Clan des irréductibles, qu'il renie. C'est d'ailleurs pour elle qu'il achète les droits du texte du prix Pulitzer Paul Zindel en 1972 ; il souhaite lui trouver «un rôle impossible à jouer». Raté : elle obtient l'année suivante le prix d'interprétation féminine à Cannes. Il s'agit toutefois bien d'un rôle casse-gueule. Beatrice, veuve, élève à 40 ans ses deux adolescentes comme elle peut dans l'Amérique profonde des années 70, sale et anonyme. Plus que perdre pied financièrement dans sa vie étriquée faite de bouts de ficelles, elle se noie dans sa solitude, aime trop et mal ses enfants, pas assez les

Continuer à lire