Yasmina Reza, poids plume

Nadja Pobel | Mardi 13 janvier 2015

Photo : © Pascal Victor


Il y a chez Yasmina Reza un goût pour l'infime et le ténu qui parfois frôle le rien. C'est là, dans cette mini-frontière, qu'elle situe ses textes, lesquels laissent autant perplexes qu'ils paraissent habiles. A l'instar du tableau blanc à 200 000 francs de Art, sa pièce phare, que ses trois protagonistent décrivaient ainsi : «Je n'ai pas aimé mais je n'ai pas détesté ce tableau – Mais évidemment, on ne peut pas détester l'invisible, on ne déteste pas le rien – Non, non y a quelque chose – Qu'est-ce qu'il y a ? Y a quelque chose, ce n'est pas rien». Cette pièce qui l'a mise en orbite en 1994 était déjà une satire de son propre milieu, bourgeois et mondain. Elle la prolonge avec Comment vous racontez la partie, écrit en 2011 mais dont elle signe ici la première mise en scène française.

Cette fois, elle se crée un double écrivain, invité à répondre aux questions d'une journaliste pédante et détestable dans un bled de province dont les ploucs ne sont autre que les spectateurs, autant public de la pièce que de cette rencontre. Dans ce théâtre de canapé (la première partie tire à ligne) et aux décors qui transpirent l'argent, Reza parvient certes à installer des personnages crédibles en tête le maire "sans étiquette", qui dit avec peu de mots comment survit (ou non) la culture loin des grandes villes et parfaitement interprétés notamment par Zabou Breitman, dans le rôle principal.

Ce n'est toutefois que grâce à la ritournelle Nathalie de Bécaud que le spectacle s'anime un peu, avant de s'éventer aussitôt. C'est dire si tout cela ne tient qu'à un fil.

Nadja Pobel

Comment vous racontez la partie
Aux Célestins jusqu'au samedi 17 janvier


Comment vous racontez la partie ?

Texte et ms Yasmina Reza, 1h40. Nathalie Oppenheim, écrivain prestigieux, fait la promotion de ses livres dans une petite ville, loin des hauts lieux de la littérature
Célestins, théâtre de Lyon 4 rue Charles Dullin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Cachée : "Les Hirondelles de Kaboul"

Animation | De Zabou Breitman & Eléa Gobbé-Mévellec (Fr, 1h33) avec les voix de Simon Abkarian, Zita Hanrot, Swan Arlaud…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Cachée :

Dans l’Afghanistan asservi par les Taliban, le jeune couple formé par Mohsen et Zunaira tente de résister à la terreur quotidienne. Mais lors d’une dispute, la belle Zunaira tue par accident son amant. Elle est aussitôt incarcérée sous la garde du vieux Atiq, en attendant d’être exécutée… À l’instar de Parvana, autre film d’animation renvoyant à l’Afghanistan des années de fer et de sang — hélas pas si lointaines — cette transposition du roman de Yasmina Khadra raconte plusieurs mises à mort, symboliques et réelles, consécutives à la prise du pouvoir par les Taliban et à leur doctrine fondamentaliste. Certes, les autrices Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec prennent quelques libertés avec le texte initial pour “sauver“ un personnage, en lui octroyant ici des scrupules qu’il n’a pas à l’origine, mais elles ne dévoient pas globalement le sens de ce conte moral au finale aussi mar

Continuer à lire

Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Portrait | Il a révélé en France Asghar Farhadi ou Joachim Trier, et accompagne désormais Nuri Bilge Ceylan ou Bruno Dumont. À Cannes cette année, le patron de Memento Films présente quatre films, dont 120 battements par minute de Robin Campillo, en lice pour la Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Sur un plateau de tournage, il pourrait passer pour la doublure lumière de Pierre Deladonchamps ou de quelque jeune premier blond. Silhouette élancée et regard bleu franc, ce tout juste quadragénaire ne colle pas à ces portraits de producteurs dessinés par Hollywood : volumineux, grincheux, tonitruants ; bref, à l’image des frères Weinstein. Alexandre Mallet-Guy parle d’une voix mesurée. Et si son débit parfois se précipite avant de s’étouffer dans un sourire timide, n’en tirez pas de conclusions hâtives : il a le caractère aussi solide que son goût est affirmé. Depuis 2003 aux manettes de Memento Films, la structure de production, distribution et ventes internationales qu’il a créée ex nihilo, l’homme revendique une ligne éditoriale parmi les plus exigeantes de la profession. Ce qui ne le prive pas d’aligner un palmarès enviable. Le produit de la chance et d’un indubitable flair : « Chez Memento, il n’y a pas de comité de visionnement. Les personnes travaillant sur les acquisitions viennent avec moi sur les festivals, je les écoute… ma

Continuer à lire

"Il a déjà tes yeux" : Lorsque l’enfant paraît (trop clair)

ECRANS | de et avec Lucien Jean-Baptiste (Fr, 1h35) avec également Aïssa Maïga, Zabou Breitman, Vincent Elbaz…

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Paul et Sali s’aiment, viennent d’ouvrir leur magasin, d’acheter leur maison et rêvent de parachever leur bonheur en étant parents. La Nature étant contrariante, ils recourent aux services sociaux leur proposant d’adopter Benjamin, un blondinet, alors qu’eux sont noirs. C’est la joie pour Paul et Sali ; pas pour leur entourage… Lucien Jean-Baptiste a trouvé là un excellent sujet, sans doute le meilleur depuis 30° Couleur : un thème de conte philosophique adapté en comédie de situation. N’étaient quelques invraisemblances grossières — un couple de commerçants débutants et, en théorie, sans fortune disposant d’un emploi du temps aussi souple qu’une gymnaste olympique, voilà qui défie le bon sens — le regard se révèle extrêmement pertinent sur les présupposés sociétaux : la norme n’est, bien souvent, qu’une question d’habitude (voir l’hilarante séquence dans la salle d’attente de la pédiatre), et la plupart des évolutions sont freinées par la peur de l’inconnu. Croquant avec gourmandise tous les travers, le comédien-cinéaste joue adroitement avec les particularismes culturels africains (convivialité d’immeuble,

Continuer à lire

Lectures de saison

TNP | Voilà une autre façon de faire une présentation de saison. Les comédiens de la troupe du TNP lisent ce vendredi 23 septembre à la Maison de l'Image du livre et (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 septembre 2016

Lectures de saison

Voilà une autre façon de faire une présentation de saison. Les comédiens de la troupe du TNP lisent ce vendredi 23 septembre à la Maison de l'Image du livre et du son à 19h de nombreux textes qui seront à l'affiche du théâtre villeurbannais cette année, à commencer par celui dans lequel ils joueront : La très excellente et lamentable histoire de Roméo et Juliette d’après William Shakespeare mise en scène par l'une d'entre eux, Juliette Rizoud, extraordinaire dans le rôle de la Jeanne de Delteil il y a quelques temps. Tous les autres écrits, très éclectiques, seront montés et interprétés par des personnes extérieures : La Boîte de Jean-Pierre Siméon, Bella Figura de Yasmina Reza, Gonzoo – Pornodrame de Riad Gahmi, Meurtres de la princesse juive d’Armando Llamas, Le Temps et la chambre

Continuer à lire

24 jours

ECRANS | D’Alexandre Arcady (Fr, 1h50) avec Zabou Breitman, Jacques Gamblin, Pascal Elbé…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

24 jours

«La vérité sur l’affaire Ilan Halimi» dit le sous-titre façon Faites entrer l’accusé de 24 jours. Arcady choisit d’entrée son point de vue, celui de la famille Halimi et surtout de la mère, qui devine ce que la police se refuse de voir : l’enlèvement n’est pas seulement crapuleux, mais aussi motivé par un antisémitisme aussi stupide que dangereux. OK. À partir de là, et même si Arcady voudrait nous le faire oublier («la vérité» du sous-titre), 24 jours est avant tout du cinéma, et sur ce critère-là, il est simplement calamiteux. D’abord, Arcady trahit son point de vue initial et va filmer le gang des barbares, réduits à des jeunes de banlieue wesh wesh et à un Youssouf Fofana représenté comme le plus caricatural des vilains de série B — sa première apparition de face, au ralenti avec musique menaçante, est à hurler de rire. Clichés regrettables dans un film qui prétend justement dénoncer ceux qui les véhiculent… Les flics ne sont pas mieux lotis : s’exprimant avec des dialogues à la Julie Lescaut, ils sont des ectoplasmes que le cinéaste ridiculise sans vergogne — et ses acteurs avec, le pauvre Jacques Gamblin en tête.

Continuer à lire

La déesse du Carnage

CONNAITRE | Livre / En mai dernier, Yasmina Reza était invitée aux Assises internationales du roman organisées par la Villa Gillet à Lyon. Elle y avait dialogué avec la (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 2 décembre 2011

La déesse du Carnage

Livre / En mai dernier, Yasmina Reza était invitée aux Assises internationales du roman organisées par la Villa Gillet à Lyon. Elle y avait dialogué avec la romancière Marie Desplechin, et la conversation a glissé à un moment sur Le Dieu du carnage, la pièce écrite par Reza et adaptée par Roman Polanski. Le texte de cette rencontre est désormais disponible (avec les autres rencontres des Assises) dans un opuscule qui vient de paraître. En voici un extrait : «Dans Le Dieu du carnage, je voulais exprimer une chose qui m’énervait dans la vie, c’est la contradiction permanente entre le discours idéologique, la volonté d’être exemplaire dans le discours et la réalité des sens, la réalité des nerfs. Par exemple, je me souviens que j’avais été très hostile à ces premières manifestations antiracistes qui consistaient à porter un badge «Touche pas à mon pote». Parce que ça consistait à acheter de la sagesse à très bas prix. Et qu’accepter que l’homme différent soit votre ami est un très long chemin, très difficile. Ça ne se fait pas par une volonté bien-pensante et le port d’un badge. (…) Et dans Le Dieu du carnage, ce qui m’amusait, c’est que les

Continuer à lire

No et moi

ECRANS | De Zabou Breitman (Fr, 1h45) avec Nina Rodriguez, Julie-Marie Parmentier…

Christophe Chabert | Mercredi 10 novembre 2010

No et moi

Voix rauque, verbe cru, gestes désordonnés, excessive dans la joie comme dans la violence : le double regard que porte Zabou Breitman et son interprète Julie-Marie Parmentier sur Nora, jeune sans-abri recueillie par une famille de gentils bourges, est embarrassant. Côté réalisatrice, cela ressemble à de la bonne conscience déplacée, à la bourre (Marie-Chantal découvre, en 2010, les SDF…) et maladroitement romancée (rendons aussi à Delphine Le Vigan, auteur du bouquin adapté, ce qui lui appartient). Côté actrice, on est face à une pure performance, un rôle à César qui passe par pertes et fracas la crédibilité pour susciter l’extase des spectateurs et des votants. Raconté par la voix-off bien pratique d’une enfant surdouée, arrosé d’une louche de pathos (le gamin mort, la mère dépressive) et embaumé par des clips récurrents sur de la musique branchée d’avant, "No et moi" exaspère dans sa manière de forcer l’émotion et l’apitoiement.CC

Continuer à lire

Progrès-Patrie-Patron

SCENES | Théâtre / Zabou Breitman met en scène "La Médaille" de Lydie Salvayre au Théâtre de la Croix-Rousse. Une comédie grinçante sur le monde de l’entreprise. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 18 octobre 2010

Progrès-Patrie-Patron

Les spectateurs s’installent dans la salle tandis que Jean-Pierre François leur chante «Je te survivrai». Sur scène, c’est l’effervescence ; dans une ambiance de kermesse, une cérémonie s’organise dans l’entreprise automobile Bisson : la remise de quatre médailles du travail à des ouvriers méritants. Sourires forcés et condescendance extrême des cadres à l’égard des travailleurs, visiblement impressionnés par la mise en scène : la remise des décorations doit également être l’occasion de rappeler les valeurs de l’entreprise et les bienfaits de la soumission à l’autorité. Mais rapidement, tout se détraque, les ouvriers racontent ce que leurs dirigeants préféreraient taire. Pas d’apitoiement portant dans "La Médaille". En choisissant de mettre en scène des personnages caricaturaux à l’extrême et de situer l’action dans une entreprise paternaliste dans années 70, l’auteur, Lydie Salvayre réussit un tour de force : prendre de la distance pour rire d’une époque soi-disant révolue. Car si l’on n’est pas réellement surpris par le déroulement du spectacle, assez prévisible tant dans sa forme que dans son contenu, on ne peut que se laisser emporter par l’hystérie qui va crescendo, chaque per

Continuer à lire

Chicas

ECRANS | De Yasmina Reza (Fr, 1h24) avec André Dussollier, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Jeudi 4 mars 2010

Chicas

Quand on laisse huit secondes de silence en moyenne entre chaque réplique, on a intérêt à s’appeler Bergman. Ce n’est pas le cas de Yasmina Reza, et "Chicas" n’est pas, mais alors pas du tout, un "Cris et chuchotements" moderne. C’est un grand vide prétentieux, une sorte de robinet d’eau tiède très mal écrit — dialogues et structure renvoient irrémédiablement aux racines théâtrales de la réalisatrice, à peine mis en scène, se voulant sociologique et mordant mais très complaisant envers le milieu d’où il vient… Face à cette purge qui laisse du temps de cerveau disponible pour la cogitation, un point revient à l’esprit du spectateur : peut-on aujourd’hui refuser quelque chose à Yasmina Reza, auteur de l’hagiographique portrait de campagne "L’Aube, le soir ou la nuit" ? CC

Continuer à lire

Je l’aimais

ECRANS | De Zabou Breitman (Fr, 1h52) avec Daniel Auteuil, Marie-Josée Croze…

Christophe Chabert | Jeudi 30 avril 2009

Je l’aimais

Qui l’eût cru ? Cette nouvelle adaptation d’Anna Gavalda fait passer la précédente (Ensemble c’est tout) pour un bon film… Ici, on sonde les abîmes, malgré les jolies volutes de la mise en scène qui ne distraient pas de l’insignifiance du propos. Il faut dire que Zabou Breitman aimerait transformer ce roman de gare (un homme entretient une longue liaison adultère sans jamais oser aller au bout de cet amour qui détruirait le confort de sa vie bourgeoise) en In the mood for love français. L’action se transporte d’ailleurs régulièrement à Hong-Kong, mais les dialogues lourdauds importés du bouquin font regretter les silences antonioniens de Wong Kar-Wai. En cours de route, on fantasme que tout ce petit monde soit anéanti par un serial killer en goguette, mais non : on couche ensemble, on se dit je t’aime, on se quitte, on se retrouve… Comme disait l’espion américain à OSS 117 : «You are so french !» Christophe Chabert

Continuer à lire