Mauvais garçon

SCENES | Avec "Mon frère, ma princesse", Émilie Le Roux signe un spectacle poignant sur un enfant «qui ne veut pas être un garçon». L'une des plus belles réussites de cette rentrée, et assurément le futur succès d'un théâtre jeune public ouvert à tous les publics. Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 27 janvier 2015

Photo : Adrien Patry


C'est l'histoire d'un gamin aux envies de robes de fée qui exprime ses désirs avec l'innocence de ses cinq ans, sans comprendre pourquoi ils peuvent tant déranger – ses parents, ses camarades de classe... C'est aussi l'histoire d'une sœur prête à tout pour protéger «son frère, sa princesse », du nom de la pièce jeunesse de Catherine Zambon publiée en 2012, avant qu'une partie rance de la France décide de se braquer contre tout ce qui touche de près ou de loin aux études de genre. C'est surtout une histoire à serrer le cœur dont s'est emparée la metteur en scène grenobloise Émilie Le Roux.

Au centre du récit, Alyan et son aînée. Les scènes où il est question de l'un et de l'autre sont les plus justes, les plus émouvantes, Catherine Zambon ayant su trouver les mots pour décrire toute la tendresse d'une sœur pour son petit frère. Leurs monologues en avant scène sont désarmants, illustrant comment un monde est capable de briser un gosse au nom de raisons obscures expliquées comme évidentes, voire naturelles. Extrait : «La nature elle s'est trompée, je le sais bien elle s'est trompée, j'ai pas su me concentrer alors elle a mis dessus moi des morceaux qui ne sont pas à moi. […] J'aime pas être un garçon, je veux pas être un garçon, je veux pas fâcher papa, je crois qu'on peut revenir en arrière et me refaire autrement.»

J'ai cinq ans

Alyan, c'est Colin Melquiond, jeune comédien lui aussi grenoblois vu notamment au TNG avec la compagnie Les Gentils. Des rires, des larmes, des cris : il a beau avoir dépassé les cinq ans depuis longtemps, sur scène, il les retrouve avec délicatesse et précision. Tout comme Marie Bonnet et Julien Anselmino, qui campent deux autres enfants du récit, d'un côté la grande sœur protectrice qui elle seule semble comprendre son frère, de l'autre le camarade d'école qui n'est finalement qu'un gamin parmi d'autres incapable de mesurer le mal qu'il fait. Autour d'eux, le monde (trois autres comédiens) s'agite, retourne le "problème" dans tous les sens à l'image de cet imposant – trop parfois – décor sur roulettes qui prendra de nombreuses formes pendant la représentation, libérant ou emprisonnant les personnages au fil des scènes. Mais personne ne peut emprisonner Alyan lorsque, bondissant, il traverse le plateau sourire aux lèvres, robe rose au corps. Et quand il utilise sa baguette magique pour tout régler d'un coup, parce que la «magination» le peut, les paillettes tombent du ciel, donnant un vent d'optimiste supplémentaire à ce spectacle généreux et pleinement réussi.

Mon frère, ma princesse
Au Théâtre de Vénissieux vendredi 30 janvier


Mon frère, ma princesse

De Catherine Zambon, ms Émilie Le Roux, Cie Les Veilleurs, 1h, dès 8 ans. Un petit garçon aimerait être une fée ou une princesse. Tout le monde se moque de lui sauf sa sœur
Théâtre de Vénissieux 8 boulevard Laurent-Gérin Vénissieux
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Mon frère, ma princesse

De Catherine Zambon, ms Émilie Le Roux, Cie Les Veilleurs, 1h, dès 8 ans. Un petit garçon aimerait être une fée ou une princesse. Tout le monde se moque de lui sauf sa sœur
Théâtre de Villefranche Place des Arts Villefranche-sur-Saône
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Au TNG, une Belle Saison de découvertes

SCENES | Du 8 au 10 avril dernier, se tenait au TNG une des manifestations de l’initiative nationale La Belle Saison. Retour sur ces journées de découverte.

Nadja Pobel | Jeudi 23 avril 2015

Au TNG, une Belle Saison de découvertes

Il y a eu des débats, des tables rondes et surtout des lectures : onze mises en voix guidées par autant de metteurs en scène parmi lesquels de directeurs ou anciens directeurs de salles tels Anne Courel (ex-Théâtre Théo Argence), Marc Lesage (Les Célestins), Arnaud Meunier (Comédie de Saint-Etienne), Nino D’Introna (ex-TNG), Richard Brunel (Comédie de Valence) ou encore Jean-Pierre Jourdain (TNP). Car au cœur du théâtre, fut-il de plus en plus axé sur les arts numériques comme le sera à l’avenir ledit TNG avec Joris Mathieu, reste le texte, seul capable de faire parvenir les maux du monde aux oreilles des jeunes auditeurs (900 élèves ont fréquenté ces 3 jours en plus des 2000 spectateurs). La violence (La Bande de Xavier Carrar), la solitude (Du temps que les arbres parlaient de Yves Lebeau) ou la différence et la question du genre (Pierre est un panda de Christophe Pellet) ont ainsi été dites avec tact et talent, au point que les écoliers n’ont pas manqué d’assaillir les artistes de questions au terme des représentations : pour connaitre leurs secrets d’écritures, les techniques du plateau ou mieux cerner la complexité du propos.

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Nadja Pobel | Mardi 7 avril 2015

Le TNG fait place au texte

Le théâtre, ce n’est pas qu’une représentation. Du mercredi 8 au vendredi 10 avril, le Théâtre Nouvelle Génération se propose ainsi d'en remonter le fil jusqu’à l’écriture avec l’opération "Lectures sur un plateau". Comme il se doit en ce lieu, c’est l’enfance et la jeunesse qui sont au cœur de cette manifestation où onze écrivains verront leurs pièces mises en voix. La Petite fille dans le noir de la précieuse et incisive Québécoise Suzanne Lebeau sera par exemple porté par Corinne Méric, comédienne souvent vue dans les pièces de Nino d’Introna. L’ancien directeur lira pour sa part La Foule elle rit de Jean-Pierre Cannet, jadis primé par le comité de lecture du TNG, tandis son successeur Joris Mathieu s’emparera d’un texte pour adolescents, Quartier 3 destruction totale de Jennifer Haley. Chacune de ces rencontres sera prolongée par une discussion avec des éditeurs, des traducteurs... Par ailleurs, des tables rondes en fin de matinée et des débats à l’audacieux créneau de 21h30 tenteront d'éclairer les enjeux de ces écrits, en traitant notamment de la question de la transposition de la violence ou encore du gen

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