Agnès, le théâtre face à l'inceste

SCENES | Quand le théâtre se coltine une réalité tragique sans faux-semblant, cela donne "Agnès", une pièce écrite et mise en scène par Catherine Anne, violent, étouffant et sidérant travail sur le thème de l’inceste et du viol. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 24 mars 2015

Photo : Bellamy


La peur surgit littéralement de la boîte et constitue, de fait, le premier sentiment qui traverse le spectacle.

Agnès a 12 ans, c'est son anniversaire, et elle reçoit un cube noir d'où sort un diable : sa mère lui offre son premier soutien-gorge. Un geste qui non seulement manque de tact, mais appuie aussi sur l'immense blessure du viol. Car Agnès est abusée par son père. Elle est sa «distraction» dans une vie d'échec qu'il ponctue énigmatiquement de citations toutes faites en latin. Son épouse est bouffée par l'angoisse, lui-même se méprise et craint de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de sa petite famille. Quant à sa propre mère, elle est certes adorable, mais coupable de ne pas voir ce qui se joue sous ses yeux – y compris la menace qui pèse sur une petite sœur qu'Agnès n'a pas la force de sauver de ces griffes-là.

Catherine Anne, qui a écrit ce texte il y a déjà vingt ans, ne tombe à aucun moment dans la psychologie. Elle pose ses pions, les avance à toute allure dans de très courtes saynètes qui n'ont pas forcément le temps d'exister, mais ce rythme haché confère à la pièce une sécheresse très raccord avec son propos : ce n'est pas agréable, ce n'est de toute façon pas fait pour.

Ad libitum

Le décor, sorte de petite maison sur deux niveaux, vaut plus par ce qu'il cache que par ce que l'on voit. Le balcon-couperet qui navigue d'un étage à l'autre paraît même un gadget à côté de ces portes sans cesse ouvertes sur le mensonge et refermées sur le non-dit.

C'est plutôt sur les comédiennes que repose le spectacle. Toutes des femmes. Un parti-pris qui vaut tous les discours féministes et humanistes. Et puisque l'union fait leur force, Agnès est interprétée par trois actrices (au stade de son enfance, de son adolescence puis en tant que jeune adulte). Elles se croisent, co-existent même, et il faut bien cela pour dire à quel point cette gamine a été mise en pièces et comment c'est en retraversant ces périodes, notamment par l'intermédiaire d'un procès (évoqué mais non joué sur le plateau), qu'elle pourra se reconstruire.

Elle n'a pas eu de père mais un propriétaire, sera-t-elle capable de lui dire en face. C'est cette violence-là que Catherine Anne, de retour en Rhône-Alpes avec sa compagnie Á Brûle-pourpoint après avoir dirigé dix ans le Théâtre de l'Est parisien, transmet brillamment.

Agnès
Jusqu'au vendredi 27 mars au TNP


Agnès

Texte et ms Catherine Anne. Une adulte, Agnès, reste enchaînée à la petite fille de douze ans qu'elle fut, abusée par son père
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Correspondances : Les Pages d’Agnès Varda

Palais Idéal du Facteur Cheval | Jeune photographe, Agnès Varda avait en 1955 visité et immortalisé par quelques clichés le Palais Idéal. Celui-ci lui rend son hommage en lui consacrant un triptyque d’expositions dont la première s’admire en ce moment, en toutes lettres…

Vincent Raymond | Vendredi 29 mai 2020

Correspondances : Les Pages d’Agnès Varda

Fécondes sont depuis toujours les noces entre les artistes et le Palais Idéal. En particulier ceux et celles dont l’originalité ne souffre pas de frontière ni ne conçoit rien d’impossible. Picasso, Breton, Lee Miller, Éluard, Max Ernst ou Neruda sont ainsi tombés sous le charme de l’étrange édifice quand une masse objectait encore des atrocités sur cette œuvre spontanée. Entre eux, les artistes se reconnaissent, s’inspirent et nouent naturellement d’osmotiques correspondances. Pour les développer, le Palais Idéal accueille depuis une quinzaine d’années dans son enceinte (où il dispose d’un espace muséographique flambant neuf, en sus de la Villa Alicius) ainsi que dans le Château de Hauterives, des expositions en résonance, vibration ou capillarité artistique avec l’univers du facteur. Inventive, fantasque et pluridisciplinaire,

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A.Stella, un vertige simple

Peinture | Autour de la thématique du "blanc", six artistes féminines exposent à l'Estancot. Parmi elles, A.Stella qui présente quelques œuvres issues d'un travail au long cours proprement vertigineux.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 décembre 2019

A.Stella, un vertige simple

Dans un lieu atypique, l'espace de travail et d'exposition Estancot, la commissaire Marie-Agnès Charpin a réuni six artistes (Frédérique Fleury, Thaïva Ouaki, Dominique Torrente...) dont les objets, les photographies, les images résonnent avec le blanc. Cette exposition est aussi l'occasion de découvrir à Lyon un petit fragment de l’œuvre immense de l'artiste stéphanoise A.Stella (née à Chypre en 1958). Depuis une vingtaine d'années, A.Stella a "élu" cinq graphèmes qui ressemblent à cinq lettres (E, Y, U, T, C). À partir de ces formes géométriques extrêmement simples, elle construit, contre toute attente, un véritable univers. Comme si ces cinq motifs étaient un alphabet rendant possible tout un langage, ou un ADN rendant possible tout un monde... Tout ou rien A.Stella a d'abord peint ces graphèmes en mat et leur négatif complémentaire en brillant, opposant ainsi des pleines et des creux. Puis elle a imaginé toutes sortes de combinaisons entre plusieurs toi

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Un trio inattendu à la Maison de la Danse

Danse | Magma (les jeudi 19 et vendredi 20 décembre à la Maison de la Danse) est une création qui réunit, de manière inattendue, trois grandes et très disparates (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 décembre 2019

Un trio inattendu à la Maison de la Danse

Magma (les jeudi 19 et vendredi 20 décembre à la Maison de la Danse) est une création qui réunit, de manière inattendue, trois grandes et très disparates personnalités de la danse : le danseur et chorégraphe de flamenco Andrés Marín (qui s'est rapproché récemment du hip-hop), la danseuse classique Étoile (depuis 2014) du Ballet de l'Opéra de Paris Marie-Agnès Gillot, et l'inclassable chorégraphe Christian Rizzo qui avait débuté sa carrière avec des pièces de "non danse" très inspirées des arts plastiques et qui a soudain basculé vers des œuvres beaucoup plus mouvementées et rock ! De ce duo interprété par Andrés Marín et Marie-Agnès Gillot, accompagnés par deux musiciens sur scène, nous ne savons quasiment rien si ce n'est qu'il s'annonce comme un temps fort de la saison. Et que sa composition s'

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Agnès Gayraud : à base de Popopop

Pop culture | Avec Dialectique de la pop, la philosophe et pop critique Agnès Gayraud, également musicienne sous le nom de La Féline, interroge en profondeur l'essence et les belles contradictions des « musiques populaires enregistrées ».

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2018

Agnès Gayraud : à base de Popopop

Peut-être les amateurs de la chanteuse électro-pop connue sous le nom de La Féline, ignorent-ils qu'Agnès Gayraud à l'état civil est également journaliste, normalienne et docteure en histoire de la philosophie. Or ces activités se rejoignent dans un livre : Dialectique de la pop, titre fort sérieux pour un sujet qui ne l'est pas en apparence. Mais en apparence seulement, et c'est tout le sujet du livre. D'ailleurs si la pop n'était pas sérieuse pourquoi le philosophe et sociologue Theodor Adorno, pilier de l'École de Francfort, l'aurait-il combattu avec tant de sérieux, lui qui détestait le jazz et l'idée que l'on puisse écrire des chansons pop sur la guerre du Vietnam. « La musique populaire légère est mauvaise, doit être mauvaise sans exception » disait ce « hater hyperbolique » de la pop, au risque de la mauvaise foi. C'est en spécialiste du bonhomme qu'intervient ici Agnès Gayraud pour faire de cet « ennemi objectif » de la pop son « allié subjectif

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Jean-Pierre Bacri & Agnès Jaoui : « le danger du pouvoir, c’est d’oublier ce qu’on s’était promis »

Place Publique | En moralistes contemporains, Bacri et Jaoui cernent depuis plus d’un quart de siècle les hypocrisies et petites lâchetés ordinaires face à la notoriété ou à l’illusion du pouvoir. Conversation croisée avec un duo osmotique.

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Jean-Pierre Bacri & Agnès Jaoui : « le danger du pouvoir, c’est d’oublier ce qu’on s’était promis »

Avec l’expérience, votre manière de collaborer a-t-elle changé ? Agnès Jaoui : Le temps est arrêté : quand on écrit, on reprend nos stylos. On garde les même méthodes. Quel a été le point de départ de l’écriture de Place Publique ? AJ : C’est très difficile pour nous de dire quand et par quoi cela a commencé : plusieurs thèmes à la fois, des idées, des personnages… Et comme souvent, quand on commence l’écriture, on se dit : « tiens, peut-être que ce sera une pièce… » L’unité de temps et de lieu faisait partie de notre cahier des charges personnel, au contraire du film précèdent, Au bout du conte qui avait cinquante-trois décors. Jean-Pierre Bacri : On a des thèmes préférés, comme les rapports de pouvoirs entre les gens — parce qu’il y en a forcément entre deux personnes, c’est comme ça, c’est la nature humaine et ça nous passionne de jouer ça. Avec le désir d’en égratigner certains ? JPB : Si vous observez avec honnêteté, quand v

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L’essence de la défaite : "Place Publique"

Garden Party | Entre cuisine, dépendance et grand jardin, le nouveau ballet orchestré par Jaoui et Bacri tient de la comédie de caractères, s’inscrivant dans la lignée du théâtre de Molière, au point de tendre à respecter la triple unité classique. Une féroce et mélancolique vanité.

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

L’essence de la défaite :

Pendaison de crémaillère chez Nathalie, productrice télé über-parisienne qui s’est trouvé un château à la campagne. S’y croisent Castro, star du petit écran en perte de vitesse, son ex- Hélène, leur fille, et une foule de convives plus ou moins célèbres. Ça promet une bonne soirée… D’un côté de petits maîtres cyniques torpillés par leur acrimonie, des jaloux vieillissants renvoyés à leur verte bile, des fats décatis punis par où ils ont péché ; de l’autre une valetaille issue du bas peuple qui finit par s’affranchir de cette caste prétentieuse en s’acoquinant au passage avec sa progéniture… Que d’êtres factices aux egos majuscules ; que d’individus attachants, portant leur misère pathétique en sautoir. Jaoui et Bacri bousculent une nouvelle fois les lois de la chimie en changeant le vinaigre en nectar — mais, après tout, d’aucuns racontent qu’un mage d’antan changeait l’eau en vin… Le buffet des vanités À peine vécue par celle qui l’organise (Léa Drucker, parfaite en Gatsby moderne vissée à

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"Visages, Villages" d'Agnès Varda et JR

Le Film de la Semaine | Sans vraiment se connaître, une figure tutélaire des arts visuels et une nouvelle tête du street art partent ensemble tirer le portrait de bobines anonymes et dévider le fil de leur vie. Hanté par les fantômes d’Agnès Varda ce buddy-road-movie est surtout un film sur le regard.

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

L’attelage peut paraître baroque. Agnès Varda, auto-proclamée non sans humour “grand-mère de la Nouvelle Vague”, s’allie à JR, l’installateur graphique à la mode. On ne peut suspecter la malicieuse doyenne des cinéastes français de tenter un coup de pub. Il s’agit là de curiosité pour la démarche de son cadet : avant même sa naissance, ne tournait-elle pas déjà Mur, murs (1980), un documentaire sur ce support que l’ancien graffeur affectionne ? Donnant le tempo, mais aussi son architecture globale au projet — elle a assumé quasi seule la discipline du montage, c’est-à-dire de l’écriture finale du film —, Agnès Varda guide notre regard et montre ce qu’elle a envie de montrer. Tout à l’œil Davantage que la “machinerie” JR (l’alpha et l’oméga du dispositif technique de la photo grand format de gens normaux contrecollée sur des murs), le film capte l’interaction de cette image avec les modèles, les passants ou parfois les souvenirs. La photo se fait catalyseur, porte d’entrée dans leur intimité, dans leurs histoires.

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"Aurore" : Agnès Jaoui donne émotion et fantaisie

Le Film de la Semaine | Portrait d’une femme à la croisée des émotions et de la vie, cette comédie culottée sur la ménopause brise réellement les règles. Interprète du rôle-titre, Agnès Jaoui donne émotion et fantaisie à ce grand-huit émotionnel, usant de son superbe naturel. Tendre et drôle.

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Aurore a la cinquantaine et les hormones en panique. Et quand son aînée lui annonce qu’elle est enceinte, sa cadette son désir d’arrêter ses études, son nouveau patron ses délires jeunistes, la coupe déborde. Au milieu de ce chaos surgit alors un fantôme de son passé : son premier amour. Heureusement que des actrices comme Agnès Jaoui existent dans la galaxie souvent monochrome du cinéma français pour épouser la figure de la normalité à l’écran. Pour donner une silhouette, un corps et un visage à un personnage féminin irréductible à une seule caractéristique physique ou psychologique ; pour accepter d’être ce qu’elles sont, et non entretenir un paraître pathétique. À ces comédiennes qui s’offrent “nues” à la caméra — non sans vêtement, mais dans la vérité de leur âge et la pureté d’un jeu dépourvu d’afféterie, il convient de manifester avant toute chose un maximum de gratitude. Car on peut parier que sans la conjonction du talent et de la notoriété d’Agnès Jaoui, Aurore n’aurait pas vu le jour. Du genre tout public Film funambule, Aurore se joue de la gravité de son sujet avec un

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Insomniaque

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 10 janvier 2017

Insomniaque

12>01>17 TERMINAL AGNÈS AOKKY On l'a découverte au micro de Radio Nova où sa voix épicait le Grand Mix du week-end ; cette même voix continue de se faufiler sur nombre de projets chantés, avec Falco Benz, ou sur la pop de Futuro Pelo (en duo avec un échappé de Sporto Kantès) dont un single sort ce mois-ci. Elle a en parallèle poursuivi son chemin aux platines, où elle développe un groove sous perfusion électronique imparable : Agnès Aokky est au Terminal cette semaine. Polysonne. 13>01>17 BELLONA CULOE DE SONG C'est l'un des tous meilleurs DJs vus et entendus ces dernières années. Tout simplement. Culoe de Song, esthète d'une house deep et hautement percussiv

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Jane Birkin chez les frères Lumière

Institut Lumière | Alors que vient de débuter la rétrospective Varda, donnant l’occasion de (re)voir vendredi 16 septembre le portrait-fantaisie que la cinéaste avait consacré à (...)

Vincent Raymond | Dimanche 4 septembre 2016

 Jane Birkin chez les frères Lumière

Alors que vient de débuter la rétrospective Varda, donnant l’occasion de (re)voir vendredi 16 septembre le portrait-fantaisie que la cinéaste avait consacré à la jeune quadragénaire — Jane B. par Agnès V. (1988) —, Jane Birkin a droit à “son” invitation à l’Institut Lumière. Une soirée en deux parties, forcément trop courte pour évoquer l’étonnante carrière de l’Anglaise aux “yeux bleus, cheveux châtains, teint pâle”. À elle seule en effet, la muse et interprète de Serge Gainsbourg puis de Jacques Doillon, a beaucoup plus accompli durant le demi-siècle écoulé en faveur de la place du Royaume-Uni dans l’Europe culturelle que nombre de ministres de Sa Gracieuse Majesté. Comédienne de cinéma, puis chanteuse presque par hasard ; femme de théâtre et de lettres, réalisatrice enfin (Boxes, en 2007), l’artiste Jane Birkin est aussi une bel

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La rentrée de l'Institut Lumière : feux croisés

La rentrée cinéma à Lyon | À cinq semaines de la 8e édition de son festival — qui honorera Catherine Deneuve, faut-il encore le rappeler ? —, l’Institut Lumière fourbit bien d’autres nouveautés pour la saison 2016-2017. Pleins phares sur quelques rendez-vous attendus…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

La rentrée de l'Institut Lumière : feux croisés

Septembre n’est pas encore là que la salle du Hangar s’offre un 5 à 7 avec Cléo en guise de soirée d’ouverture de saison — et surtout de prémices à la rétrospective Agnès Varda. Une rentrée très dense rue du Premier-Film, où l’agenda déborde déjà : quelques invitations émailleront la fin de l’été — Jane Birkin (13 septembre), puis l’homme de cinéma mac-mahonien Pierre Rissient (21 septembre) —, une nuit Batman autour des films de Tim Burton et Christopher Nolan tiendra éveillés les citoyens de Gotham le 24 septembre ; enfin La Vie de château, Belle de jour et Ma saison préférée permettront "d’attendre" Catherine Deneuve. Car nombreux sont les spectateurs à avoir déjà en ligne de mire le Festiv

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Rétrospective Varda : Le B.A-BA d’Agnès V.

Rétrospective à l'Institut Lumière | Cela n’a pas dû être coton de cueillir (ou bien… glaner ?) des titres dans cet immense champ fleuri qu’est l’œuvre d’Agnès Varda : courts, longs, (...)

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Rétrospective Varda : Le B.A-BA d’Agnès V.

Cela n’a pas dû être coton de cueillir (ou bien… glaner ?) des titres dans cet immense champ fleuri qu’est l’œuvre d’Agnès Varda : courts, longs, fictions, documentaires ; fantaisies, reportages, objets autonomes et singuliers, épisodes de séries, montages photographiques, vidéos d’installations, téléfilms… Rien ne se ressemble de prime abord, et cependant tout porte sa marque ou sa voix incomparable et bienveillante. Alors, quelle ligne emprunter pour y vagabonder ? Ou quels détours ? Peu importe, en définitive : tous les chemins mènent à Agnès et à Varda. L’institut Lumière a privilégié une approche par les sommets, c’est-à-dire ses films les plus célèbres et célébrés. Des histoires imitant le réel comme La Pointe Courte, Cléo de 5 à 7, Le Bonheur, L’une chante, l’autre pas, Sans toit ni loi, à travers lesquelles on voit la société évoluer et les femmes conquérir leurs droits ; des portraits ou miroirs p

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Agnès Varda : « J’ai été photographe, un petit peu… »

Interview | Avant-gardiste malicieuse, toujours en mouvement — même si, de son propre aveu, elle ralentit sa cadence — Agnès Varda fait coup double à l’institut Lumière avec une rétrospective cinéma et une exposition photo. Petit préambule en forme de conversation.

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Agnès Varda : « J’ai été photographe, un petit peu… »

Avez-vous été associée au choix des films présentés à Lyon ? Pas du tout ! (sourire) Thierry [Frémaux] n’a pas besoin de moi pour choisir. Qu’y a-t-il comme films ? [elle étudie la liste] Ah, Les Cent et une nuits… Je suis contente qu’ils le montrent : en général, il n’est pas choisi dans les rétrospectives. C’est un film mal aimé ; une sorte d’hommage au cinéma traité avec décalage et humour. Une comédie assez légère, comme une fête foraine ou un carnaval, avec des acteurs éblouissants que je n’aurais pas cru diriger un jour : Gina Lollobrigida, Belmondo, De Niro…. J’avais joué la carte des acteurs, parce que l’idée des auteurs, elle passe chez les cinéphiles mais pas tellement ailleurs. Mais les gens ne l’ont pas compris : on ne me donne pas le droit de faire de comédie ! Peut-être les spectateurs pensaient-ils que vous adopteriez des codes que vous aviez toujours détournés, et que vous cesseriez d’être attentive aux marges de la société… Vous savez, par mon travail, j’ai acquis une position tout à fait marginale — je

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Varda et ses dames

Ciné Collection | Seule réalisatrice (ou presque) à avoir accompagné la Nouvelle Vague — qu’elle a même précédée d’une courte pointe avec La Pointe Courte (1955) — Agnès Varda n’est (...)

Vincent Raymond | Mercredi 4 mai 2016

Varda et ses dames

Seule réalisatrice (ou presque) à avoir accompagné la Nouvelle Vague — qu’elle a même précédée d’une courte pointe avec La Pointe Courte (1955) — Agnès Varda n’est pas le type d’auteure à s’enfermer dans un cinéma genré : ses films parlent de tout le monde, et s’adressent à tout un chacun comme à chacune. Pour autant, il lui est arrivé de capturer des portraits singuliers de personnages féminins, tels ceux de Cléo et Mona — des francs-tireuses à leur manière, livrées à leur solitude et à leurs angoisses. Par-delà des années, les héroïnes respectives de Cléo de 5 à 7 (1962) et de Sans toi ni loi (1985) partagent errance et incertitude. La première en temps réel et en noir et blanc redoute les résultats d’un examen médical ; la seconde fait la route comme si elle fuyait le spectre hideux de la stabilité, annonciateur de son inéluctable mort. Deux femmes en mouvement dans des sociétés rigides, deux rôles prodigieux offerts à des comédiennes aussi dissemblables que possibles : la délicate Corinne Marchand campe chignon relevé une Cléo toute entière absorbée par ses tourments intérieurs, quand Sandrine Bonnaire à peine échappée de l’étre

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Comme un avion

ECRANS | Bruno Podalydès retrouve le génie comique de "Dieu seul me voit" dans cette ode à la liberté où, à bord d’un kayak, le réalisateur et acteur principal s’offre une partie de campagne renoirienne et s’assume enfin comme le grand cinéaste populaire qu’il est. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Comme un avion

Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première fois le rôle principal d’un de ses films). À l’aube de ses cinquante ans, il s’ennuie dans l’open space de son boulot et dans sa relation d’amour / complicité avec sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain, dont il sera dit dans un dialogue magnifique qu’elle est «lumineuse», ce qui se vérifie à chaque instant à l’écran). Michel a toujours rêvé d’être pilote pour l’aéropostale, mais ce rêve-là est désormais caduque. C’est un rêve aux ailes brisées, et c’est une part de l’équation qui le conduira à s’obséder pour ce fameux kayak avec lequel il espère descendre une rivière pour rejoindre la mer. Une part, car Bruno Podalydès fait un détour avant d’en parvenir à cette conclusion : son patron (Denis Podalydès), lors d’un énième brainstorming face à ses employés, leur explique ce qu’est un palindrome. Pour se faire bien voir, tous se ruent sur leurs smartphones afin de trouver des exemples de mots se lisant à l’endroit et à l’envers. Plus lent à la détente, Michel finira in extremis par

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L’Art de la fugue

ECRANS | De Brice Cauvin (Fr, 1h40) avec Laurent Lafitte, Agnès Jaoui, Benjamin Biolay, Nicolas Bedos…

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

L’Art de la fugue

Tiré d’un best-seller de Stephen McCauley, L’Art de la fugue se présente en film choral autour de trois frères tous au bord de la rupture : Antoine se demande s’il doit s’engager plus avant avec son boyfriend psychologue ; Gérard est en instance de divorce avec sa femme ; et Louis entame une relation adultère alors qu’il est sur le point de se marier. Le tout sous la férule de parents envahissants et capricieux — savoureux duo Guy Marchand / Marie-Christine Barrault. On sent que Brice Cauvin aimerait se glisser dans les traces d’une Agnès Jaoui — ici actrice et conseillère au scénario — à travers cette comédie douce-amère à fort relents socio-psychologiques. Il en est toutefois assez loin, notamment dans des dialogues qui sentent beaucoup trop la télévision — les personnages passent par exemple leur temps à s’appeler par leurs prénoms, alors qu’ils sont à dix centimètres et qu’ils entretiennent tous des liens familiaux ou professionnels… C’est un peu pareil pour la mise en scène, plus effacée que transparente, tétanisée à l’idée de faire une fausse note. Malgré tout cela, le film se laisse voir, il arrive même à être parfois touchan

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Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

ECRANS | Comme dans les années 80, la saison estivale est devenue le moment privilégié pour exposer des classiques dans les salles. La moisson 2014 est belle du côté du Comœdia, avec notamment un thriller génial de John Frankenheimer et les aventures américaines d’Agnès Varda. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

Premier événement de cet été de classiques au Comœdia : l’exhumation d’une perle rare du thriller américain, un film matrice et pionnier de John Frankenheimer, Seconds, L’Opération diabolique (à partir du 23 juillet) où un banquier âgé et déprimé par la monotonie de son existence accepte la proposition d’une mystérieuse organisation : changer de visage et démarrer ainsi une nouvelle vie. Le visage en question est celui de Rock Hudson, et voilà notre homme propulsé dans une communauté constituée uniquement d’autres «reborns» menant la vie facile, jusqu’à ce qu’il se rende compte du prix à payer pour cette opération effectivement diabolique. Dans un noir et blanc spectaculaire signé par le vétéran James Wong Howe — qui fut le directeur photo de John Ford — Frankenheimer signait un objet culte, le premier film casse-tête de l’histoire du cinéma. Tourné en 1965, c’est aussi un prototype parfait et précoce du cinéma conspirationniste et parano qui allait envahir Hollywood cinq ans plus tard. Terres étrangères Devenu invisible depuis sa sortie en 1970, Moonwalk One (à partir du 30 juillet) de Theo Tamecke r

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Le concert d'Agnes Obel déplacé

MUSIQUES | Le concert de la pianiste pop Danoise Agnes Obel du 24 Novembre, initialement prévu à l'Auditorium Lumière du Centre de Congrès de Lyon, est déplacé à (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 16 octobre 2013

Le concert d'Agnes Obel déplacé

Le concert de la pianiste pop Danoise Agnes Obel du 24 Novembre, initialement prévu à l'Auditorium Lumière du Centre de Congrès de Lyon, est déplacé à l'Amphithéâtre 3000, toujours au Centre de Congrès. Conséquence : le concert n'est plus complet, la salle étant nettement plus grande. Les billets sont en vente dans les points de vente habituels. Les billets pour l'Auditorium Lumière restent valables pour l'Amphi 3000.

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Joséphine

ECRANS | D’Agnès Obadia (Fr, 1h28) avec Marilou Berry, Mehdi Nebbou, Bérengère Krief…

Christophe Chabert | Mercredi 12 juin 2013

Joséphine

Librement adapté du personnage créé dans sa BD par Pénélope Bagieu, Joséphine se présente surtout comme un Bridget Jones à la française, avec son héroïne célibataire et complexée, cherchant l’amour en se contentant, temporairement, d’un plan cul régulier avec un homme marié et de la compagnie de son chat nommé Brad Pitt, plus l’amitié de sa bande — copine d’enfance, collègue de bureau et pote homo. Tout cela pourrait avoir le charme sucré de la comédie girly, d’autant plus qu’il y a un talent certain du côté des comédiens — Marilou Berry, notamment, actrice encore sous-employée par le cinéma d’ici ; or Obadia se repose complètement sur son casting pour venir à la rescousse d’une production bâclée et sans âme. Le scénario accumule jusqu’à l’overdose les péripéties et la réalisatrice s’avère incapable de mettre en scène les gags, passés au hachoir d’un montage hystérique pour créer un rythme illusoire. On a l’impression que tout a été vite fait mal fait, au point qu’il faut vraiment avoir le nez dans le seau de pop corn pour ne pas remarquer les faux ra

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«Rendre la réalité poétique et la poésie réaliste»

ECRANS | Entretien avec Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 27 février 2013

«Rendre la réalité poétique et la poésie réaliste»

Comment passez-vous d’un film à l’autre ? Est-ce que par exemple ici, l’envie était de travailler avec de jeunes acteurs ?Agnès Jaoui : Oui et non.Jean-Pierre Bacri : Non et oui. On a voulu écrire pour de jeunes acteurs au début.Agnès Jaoui : Oui, on vieillit ! On commence toujours par établir ce que l’on veut faire, c’est déjà une grande partie du travail. Et ça fait très longtemps qu’on a envie de trouver des formes différentes, puisque le fond, les thèmes sont sensiblement les mêmes. Il y a des archétypes qui se retrouvent…JPB : On a une aire d’exploration et on privilégiera telle ou telle région de cette aire.AJ : En général, on n’arrive pas à trouver cette forme différente. Cette fois, on y est mieux arrivé.JPB : On jubile à l’idée de trouver une forme ludique, comme on aime en voir en tant que spectateur. Je cite toujours Un jour sans fin, mais ça peut être autre chose. On avait imaginé une structure à la Rashomon, ou partir de la fin comme chez Pinter. On n’a pas grand chose à dire au début, donc il fa

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Au bout du conte

ECRANS | Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri font entrer une fantaisie nouvelle dans leur cinéma, en laissant à une génération de jeunes comédiens pris à l’âge des contes de fées le soin de se heurter à leur réalité d’adultes rattrapés par l’amertume et les renoncements. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

Au bout du conte

Il était une fois une petite révolution dans le cinéma de Bacri et Jaoui, qui ronronnait gentiment dans sa formule avec Parlez-moi de la pluie. Voilà que ces maîtres du dialogue et du scénario, ces deux acteurs virtuoses, se décident à oser la fantaisie filmique là où jusqu’ici leur caméra se devait d’être transparente. Cure de jouvence effectuée à une double source : celle des contes de fée, dont Au bout du conte transpose dans un contexte contemporain les figures les plus identifiées — le chaperon rouge et son grand méchant loup, la reine cruelle obsédée par sa beauté et par une Blanche-Neige trop jeune, la pantoufle de Cendrillon et son prince charmant ; et ceux qui y croient, des jeunes gens qui sont aussi, réalisme oblige, de jeunes comédiens, tous très bons, même Agathe Bonitzer. Cela change beaucoup à l’écran, mais rien sur le regard que posent Bacri et Jaoui sur le monde ; au contraire, en opposant à ce sang neuf la bile noire et amère coulant dans les veines d’une poignée d’adultes revenus de tout — l’amour, la paternité, le progrès,

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Du vent dans mes mollets

ECRANS | De Carine Tardieu (Fr, 1h29) avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

Du vent dans mes mollets

Depuis ses courts-métrages, Carine Tardieu s’applique à regarder le monde avec les yeux des enfants, en général confrontés à des drames qui bouleversent leur naïveté. Avec Du vent dans mes mollets, l’affaire vire au procédé, et on ne voit plus que les gimmicks et les formules à l’écran. Le ripolinage général, la brocante vintage 80 qui sert de direction artistique ou le jeu sur les différents régimes d’image, tout cela distrait sans cesse de l’histoire racontée, il est vrai pas palpitante en soi. Non seulement le film est surproduit, mais il est aussi surécrit, de la voix-off singe savant de sa jeune héroïne au jeu lassant sur les dialogues en franglais entre les parents Jaoui et Podalydès, ou encore une galerie de seconds rôles stéréotypés à souhait. Même quand le film aborde des rivages plus troubles, notamment sexuels, il s’avère d’un grand puritanisme, sur la forme comme sur le fond. Et en devient, du coup, assez irritant. Christophe Chabert

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Hanezu, l’esprit des montagnes

ECRANS | De Naomi Kawase (Jap, 1h31) avec Tôta Komizu, Hako Oshima…

Dorotée Aznar | Mercredi 25 janvier 2012

Hanezu, l’esprit des montagnes

On n‘a rien contre le cinéma contemplatif ; encore faut-il qu’il contemple autre chose que des montagnes brumeuses filmées de loin avec une image pleine de grain. On n’a rien contre le cinéma dispositif héritier des installations d’art contemporain ; encore faut-il qu’il instaure quelque chose d’un brin plus ludique que de simples correspondances entre les légendes ancestrales et la crise au sein d’un couple d’aujourd’hui. On n’a rien contre le cinéma d’auteur ; encore faut-il que l’auteur en question porte en lui des interrogations viscérales et qu’il les retranscrive avec un minimum de mise en scène et d’émotions. On n’a rien contre Naomi Kawase mais franchement, Hanezu, c’est tout bonnement pas possible.Christophe Chabert

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Obel de Nuit

MUSIQUES | Est-il possible d'être autant «victime» de son succès que la belle Obel ? La pauvre devait d'abord se produire en toute discrétion à Feyzin devant un parterre (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 17 juin 2011

Obel de Nuit

Est-il possible d'être autant «victime» de son succès que la belle Obel ? La pauvre devait d'abord se produire en toute discrétion à Feyzin devant un parterre d'égarés (la sortie La Bégude, quelle saloperie). Concert annulé puis reporté lundi 27 juin à l'Odéon de Fourvière, littéralement pris d'assaut par une étrange et nouvelle organisation, les fans. Une question demeure : mais qui diable est Agnes Obel ? Elle joue du piano debout ou quoi ?

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Agnès Propeck, photographies

ARTS | À partir d'objets de récupération ou de la vie quotidienne, Agnès Propeck réalise des mises en scène précises et un brin énigmatiques. Elle photographie ensuite le (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 16 février 2011

Agnès Propeck, photographies

À partir d'objets de récupération ou de la vie quotidienne, Agnès Propeck réalise des mises en scène précises et un brin énigmatiques. Elle photographie ensuite le tout, en noir et blanc ou en couleurs, en petit ou grand format. On pourra découvrir à la galerie Regard Sud (jusqu'au samedi 2 avril) plusieurs de ses séries. Comme par exemple celle consacrée à la guerre où, avec presque rien (une valise ouverte remplie de feuilles mortes, un lance-pierre, des petits suisses !), l'artiste évoque un conflit, un exode, une difficulté à vivre... Dans chaque image, la poésie est infime, discrète, légère, poignante. JED

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Obel la vie

MUSIQUES | Musique / Même si elle habite Berlin, Agnes Obel est Danoise, ce qui est une manière polie de dire qu'elle est un peu chiante. Déjà elle joue du piano, (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 28 janvier 2011

Obel la vie

Musique / Même si elle habite Berlin, Agnes Obel est Danoise, ce qui est une manière polie de dire qu'elle est un peu chiante. Déjà elle joue du piano, c'est un signe. Mieux, sur la pochette de son album "Philarmonics", elle pose, la mine stricte (jolie, nordique), façon portrait de l'ancêtre luthérien posé sur la cheminée quelque part dans un maison en pierre noire du Jutland. Parfois, même, elle se tape une bonne barre avec un hibou, grand-duc et roi de la vanne bien connu (c'est toujours moins convenu que les LOLcats). Mais, pour peu qu'on parvienne à écarter la présence du hibou, ce qui n'est quand même pas une mince affaire, on se laisse prendre à sa musique, à ce piano qui trottine presque parfois vers la gaudriole (telle qu'on peut la concevoir en pays luthérien, n'exagérons rien). À cette voix aussi qui enveloppe, qui cajole, réverbe les sentiments. Pour un peu, on se laisserait bien aller à s'assoupir l'air de rien, pour une micro-sieste, ni vu, ni connu : ah, on est bien chez Agnes, vas-y remets une bûche dans le poêle. Mais il y a ce piano, encore, qui martèle des mélodies qui viennent titiller le sommeil paradoxal, cette ambiance hitchcockienne qui nous laisse aux aguet

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«Des images pour le dire»

ECRANS | Entretien / Agnès Varda, au fil de la parole, aussi libre que son dernier film. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Mercredi 10 décembre 2008

«Des images pour le dire»

«J’ai fait rentrer dans tous mes films des moments de vie, de la mienne et des autres. Par exemple, dans Daguerréotypes, il y avait ce merveilleux boulanger et sa femme… Je signale qu’il y a un double DVD regroupant ce film et Cléo de 5 à 7. Cléo de 5 à 7, c’est de la fiction, sur la peur de cette fille qui marche dans Paris ; Daguerréotypes, je l’ai filmé dans ma rue, c’est le Paris des petits commerçants. Ce double DVD est vraiment comme je suis : un peu attiré par la fiction, l’imaginaire, et énormément attiré par les vrais gens. Je ne peux pas dire comme j’aime les mots d’amour de cette boulangère qui dit : «Il venait livrer le pain dans ma campagne, j’attendais le mercredi pour le voir.» C’est aussi beau que n’importe quelle tirade littéraire.» Mémoire«On peut tricher avec la mémoire. J’ai connu beaucoup de gens que j’aime qui ont perdu la mémoire et moi, je la perds aussi, doucement mais sûrement. Ma mère avait été élevée avec douze frères et sœurs, mais elle n’avait eu que cinq enfants. Quand elle parlait, elle parlait toujours de ses frères et sœurs, et jamais de ses enfants. La perte de mémoire est une extraordinaire liberté ! Ma mère était dans un brouillard q

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Les Plages d'Agnès

ECRANS | Cinéma / Dans son dernier film, Les Plages d’Agnès, Agnès Varda raconte «à reculons» l’histoire de sa vie, qu’elle transforme en leçon magnifique sur le plaisir de fabriquer du cinéma avec la réalité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 décembre 2008

Les Plages d'Agnès

Tout commence par un miroir posé sur une plage. Puis d’autres miroirs, encore. Les vagues viennent les caresser, à moins qu’elles ne caressent le reflet que l’on voit à l’intérieur. Au commencement de la vie d’Agnès Varda était une plage, celle de son enfance. Et au commencement de sa vie d’artiste était le cadre, celui des photos qu’elle prenait en arrivant à Paris, s’arrachant à sa famille mais aussi au souvenir de la Guerre et de ses blessures. Et puis il y eut d’autres cadres, ceux des films qu’elle a tournés dès 1954, cinq ans avant la Nouvelle Vague. Le miroir sur la plage dit tout cela, une vie de femme et une vie de cinéaste, réunies par cet œil qui isole et rend visible le réel, le passe par un prisme personnel nourri par les événements intimes et historiques, puis le sublime par la qualité du regard de l’artiste. L’Histoire dans une vieLes Plages d’Agnès, c’est donc la vie d’Agnès Varda, mais ce n’est pas seulement une autobiographie ; c’est aussi du très grand cinéma moderne, une ode au plaisir de filmer et de monter, ainsi qu’une ode aux gens qui rentrent un temps dans le cadre, ceux qu’on n’oublie jamais et qu’on passe une existence à faire vivre le souveni

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Parlez-moi de la pluie

ECRANS | Le troisième film d’Agnès Jaoui reprend, avec un peu trop d’évidence, les thèmes développés dans les deux précédents, mais y fait entrer une nouvelle figure : Jamel Debbouze, impressionnante raison d’être de cette comédie douce-amère. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 4 septembre 2008

Parlez-moi de la pluie

Il arrive à Agnès Jaoui ce qui est arrivé, au mitan des années 80, à Woody Allen (cinéaste qu’elle a toujours considéré comme un modèle) : une sensation de redite brillante, de trop grande maîtrise dans l’écriture et de sécurité tranquille dans la mise en scène, invisible plutôt que transparente. Son nouveau film, Parlez-moi de la pluie, s’articule autour de deux axes : un reportage autour d’une femme se lançant en politique et ses retrouvailles avec sa sœur dans la maison familiale. Jaoui y reprend le thème de Comme une image : les rapports de vassalité entre ceux qui sont destinés, par atavisme ou par ambition, à réussir et ceux qui avancent dans la vie avec un pied-bot social. Quant aux difficiles relations humaines au sein d’une fratrie, Jaoui les avait déjà évoqués comme auteur dans Un air de famille et Cuisines et dépendances. La présence, formidable mais familière, de Jean-Pierre Bacri en documentariste mytho, rajoute à cette sensation d’être en territoire déjà connu. Certes, les dialogues sont brillants, les situations justes, parfois hilarantes, et l’envie d’élaborer un discours en conservant une subtile dialectique est louable. Mais

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«Sur la pointe des pieds»

MUSIQUES | Entretien / Agnès Jaoui, marraine du festival, est passée avec talent du cinéma à la musique latine. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Mercredi 14 mars 2007

«Sur la pointe des pieds»

Peut-on trouver des racines à votre démarche musicale dans les films que vous avez tournés ? Je pense au flamenco qu'on entend dans Cuisine et dépendances... Agnès Jaoui : Eh non ! Je n'avais jamais compris pourquoi Philippe Muyl, le réalisateur, avait mis du flamenco à ce moment-là. À l'époque, pour moi, ça sonnait plutôt comme des castagnettes. Après, je me suis dit : «quand je pense qu'il a enregistré avec ces mecs-là !». Ça fait partie des hasards étranges, donc... La chanson dans Le Rôle de sa vie et votre rôle de professeur de chant dans Comme une image, ça n'était pas un hasard ? Là, non. Dans le premier cas, François Favrat m'avait entendu chanter et savait mon amour pour Cuba ; quant au professeur de chant, je fais du chant classique depuis des années. Vous avez choisi de commencer de manière assez modeste, une tournée en 2004 dans des festivals mais pas en tête d'affiche... Je suis arrivée sur la pointe des pieds. C'était une chose de prendre beaucoup de plaisir à faire ça avec des copains, une autre de savoir si ça pouvait être partagé, en faisant abstraction du fait que j'étais comédienne. Les gens venaient sans savoir ce qu'ils allaient entendre, et il y a eu quel

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