Emmanuel Meirieu fait voler Birdy

SCENES | Il rêvait de voler. Mais loin de lui donner des ailes, ce désir a mené Birdy dans un hôpital psychiatrique où son ami lui raconte leurs souvenirs d'enfance pour le ramener à lui. A partir du roman de William Wharton, Emmanuel Meirieu produit à nouveau un théâtre coupant. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 31 mars 2015

Photo : Pascal Chantier


Comme dans De beaux lendemains et Mon traître, il fait sombre dans Birdy. Mais la pénombre est teintée d'un rouge qui distingue d'emblée ce spectacle des deux précédents. Et puis nous ne sommes pas dehors, par un froid glacial et en plein deuil, mais dans un hôpital psychiatrique dont la hauteur irréelle des murs dit à quel point il tient prisonniers ses patients.

Dans ce décor inspiré de l'expressionnisme allemand et signé du sculpteur Victor Caniato, Al parle sans discontinuer à son ami Birdy, homme-oiseau recroquevillé sur un semblant de branche, une tige métallique qui lui sert de refuge. Il lui raconte leur enfance, pour lui redonner un peu de lueur et lui faire croire que la vie, fut-elle sur terre, sur cette basse terre, vaut la peine du moment qu'ils sont ensemble.

Emmanuel Meirieu dit avoir voulu faire son «film américain», en hommage aux idoles qui ont agrandi le domaine de ses rêves (de Rob Reiner à Steven Spielberg). Il y a glissé quelques chansons a cappella et fait appel à des comédiens qu'il connait bien, avec lesquels il dessine depuis le début des années 2000 sa cartographie théâtrale : Thibaut Roux (vu dans Othello, Baby King, The Night Heron), Stéphane Balmino (le fils de Tyrone Meehan dans Mon traître) et son indispensable acolyte, notamment dans son travail assez colossal d'adaptation, Loïc Varraut.

Envergure et ampleur

Habitué aux monologues, Meirieu sait l'impact que la parole peut avoir, même (surtout ?) si elle est répartie de façon disproportionnée. Il sait aussi comment redoubler le récit avec des effets sonores et visuels qui se fondent dans la scénographie et l'environnement du spectacle, à l'instar de ces cris de prionniers-internés qui résonnent au loin.

Tout est donc une fois de plus réuni pour que l'émotion affleure, derrière les bandelettes qui recouvrent le visage mutilé de Al et la pâleur surnaturelle de Birdy. Pour autant, la patte Meirieu n'est pas une mécanique trop huilée, qui extrairait de chaque nouveau roman des perles de larmes. Au contraire, tout est chez lui d'une salutaire sincérité. Avec Birdy, il continue ainsi à explorer le champ de l'enfance, ses petites souffrances et ses grands espoirs, mettant «des points et des majuscules» pour répondre à son «besoin d'ampleur», comme il le dit lui-même beaucoup de justesse.

Après cette pièce, son troisième spectacle dédié au verbe, il reviendra à un silence tel que chaque mot qui en sortira «sera un événement» promet-il, avec une version contemporaine du mythe de Pinocchio.

Birdy
Au Radiant-Bellevue mardi 7 avri


Birdy

D'après William Wharton, ms Emmanuel Meirieu, 1h20. Mutique et perdu dans son rêve de devenir oiseau, Birdy est enfermé dans un hôpital psychiatrique
Radiant-Bellevue 1 rue Jean Moulin Caluire
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Wauquiez et la culture : c'est compliqué (bis)

Covid-19 | Laurent Wauquiez est passé à deux doigts de se remettre l'ensemble du monde culturel à dos. Il est retombé lundi, à peu près, sur ses pattes. Mais comment a-t-il fait pour glisser ainsi sur une peau de banane, après des semaines de mesures concrètes et de com' massive pour s'instaurer en "sauveur" du milieu culturel post-Covid ? On vous raconte.

Sébastien Broquet | Mercredi 9 septembre 2020

Wauquiez et la culture : c'est compliqué (bis)

Dès le début du confinement, la vice-présidente à la Culture Florence Verney-Carron capte l'ampleur de la crise à venir dans son secteur et mobilise ses services. Son président joue le jeu et la com' se met en branle : étonnement dans les milieux culturels, mais c'est bel et bien la Région qui s'affirme comme moteur de l'aide au secteur — avec une communication au cordeau, comme tout au long de la crise. Début mai, Laurent Wauquiez annonce 32 M€ d’aides au secteur culturel. Une élue de gauche nous confie alors : « ça me fait mal de le dire, mais faut avouer qu'ils font le boulot. » C'est d'autant plus flagrant que l'État est alors à la ramasse sur le sujet. Tout n'est pas parfait, certains producteurs pointent la faiblesse du montant maximum de l'aide, mais d'autres lieux non subventionnés apprécient a contrario l'aide exceptionnelle. Sur

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Street art : cuvée d’automne

Street Art | Après les murs de la ville et ceux des galeries d'art, le street art s'invite cet automne sur les pavés, au centre commercial et au stade !

Lisa Dumoulin | Jeudi 6 décembre 2018

Street art : cuvée d’automne

Après la vague d’expositions de street art à la rentrée dont on vous parlait ici, l’automne regorge encore de projets artistiques dédiés à cet art urbain. Du côté du crew décidément superactif de Superposition, plusieurs projets d’envergure ont vu le jour. Comme la fresque peinte à même le sol de la rue Victor Hugo et de la place Ampère, un projet mené en partenariat avec la Taverne Gutenberg, Maison G et l’association My Presqu’île. Onze artistes ont mis la main à la pâte : Azed, Bambi, Alex Beretta, Laurent Claveau, Khwezi, Masta, Koey, Osru, Quetzilla, Sphinx et Yandy. Le résultat filmé en vidéo est bluffant. Autre projet ambitieux : la réunion d’une trentaine d’artistes lyonnais et internationaux sur les murs d’un magasin du centre commercial Confluence. Une “coque” vide dans le jargon, en attente avant l’emménagement prochain d’une nouvelle marque. La boutique est transformée en galerie ép

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Des naufragés sublimés par Emmanuel Meirieu

Nuits de Fourvière | Nouvelle agora et décor à couper le souffle : Emmanuel Meirieu adapte Les Naufragés de Patrick Declerck qui a écouté, soigné, pansé les clochards que la société efface. Spectacle hors normes.

Nadja Pobel | Mardi 5 juin 2018

Des naufragés sublimés par Emmanuel Meirieu

Il y a un mois, Nuits sonores rugissait dans le quartier Debourg. Plus accessible encore que ces anciennes usines Fagor, Julien Poncet, directeur de la Comédie Odéon de Lyon et initiateur-producteur du spectacle, a trouvé un autre local, sur la ligne de tram, à quelques encablures de la Halle Tony Garnier. C'est un ancien entrepôt de fret-triage dont l'histoire est encore un peu un mystère dans lequel Emmanuel Meirieu fait son retour en terres lyonnaises, les siennes, pour créer Les Naufragés d’après l’invraisemblable et déchirant témoignage qu’a publié l’ethnologue-psychanalyste Patrick Declerck. Depuis vingt ans, à quelques exceptions près (ses Chimères amères, Electre, Médée, De beaux lendemains

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Watching You à Fourvière : Merci Marie

Street Art | L’exposition Watching You au Musée d’Art Religieux de Fourvière invite le street art dans une ancienne chapelle du monument religieux le plus important de Lyon. Rencontre au sommet.

Lisa Dumoulin | Mardi 9 janvier 2018

Watching You à Fourvière : Merci Marie

Un grand chantier de réhabilitation du site de Fourvière va débuter cette année. La Basilique restera bien sûr ouverte, mais le Musée d’Art Religieux de Fourvière va fermer ses portes pour de grands travaux de restauration et d’agrandissement. Et la Fondation Fourvière a eu une idée de génie. À l’instar de la Tour Paris 13, de Rehab à la Cité Universitaire de Paris et de nombreux autres lieux qui, de plus en plus, confient leurs murs à des street artistes pour une exposition éphémère avant travaux ou démolition, le Musée d’Art Religieux de Fourvière à pris le parti d’inviter des artistes à repeindre ses murs avant le début des travaux - à priori début février, mais aucune date fixe n’a encore été précisée. Un contraste détonnant qui traduit l’ambition de la Fondation d’être en phase avec l’actualité culturelle et urbaine de Lyon, d’attirer des nouveaux publics, de moderniser son image… Et c’est réussi ! Vitraux coquins L’ancienne chapelle désacralisée est passée à la peinture fraîche, parfois sur des

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Emmanuel Meirieu : « Donner des émotions fortes c'est mon boulot »

Théâtre | Il trace un sillon de plus en plus fin dans le théâtre contemporain. Emmanuel Meirieu revient là où il y a presque vingt ans il dézinguait les contes avec Les Chimères amères. Des hommes en devenir lui ressemble. Les fêlures de ses personnages se sont accrues mais en émergent une humanité proportionnelle. Avec ce spectacle, il atteint l'acmé d'une émotion déjà largement contenue dans Mon traître qui repasse cette semaine aussi. Conversation

Nadja Pobel | Mardi 10 octobre 2017

Emmanuel Meirieu : « Donner des émotions fortes c'est mon boulot »

Vous souvenez-vous de la raison pour laquelle vous avez voulu faire du théâtre au lycée alors que depuis que vous êtes metteur en scène, vous ne montez quasiment pas de textes de théâtre (mais des contes, des romans) ? Vous vouliez casser le théâtre ? Je n'en ai pas eu l'intention. Même au tout début, je n'ai jamais eu la volonté d'être original, ou décalé, de casser les codes. Je n'ai pas poursuivi une recherche formelle ou de langage du théâtre. J'ai pas cherché ça. Quelle langue vous alors donné envie de faire du théâtre ? C'est le vivant et l'humain. C'est ma passion. Ce sont les voix humaines. Le théâtre n'est que ça. Il n'y a pas ça au cinéma. Pour autant, vos références sont souvent cinématographiques. Quand vous montez À tombeau ouvert, c'est parce que vous avez vu le film de Scorsese. Pas parce que vous avez lu le texte. Oui c'est vrai pour A tombeau ouvert,

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Pec, un grand enfant

Portrait | Vous connaissez tous Pec : c’est le créateur des Birdy Kids. Ces oiseaux ronds et colorés, vous n’avez pas pu passer à côté. Mais ces gentils volatiles ne sont que la face émergée de l’iceberg.

Lisa Dumoulin | Mardi 29 août 2017

Pec, un grand enfant

Souriant, grand, svelte, jean et tee-shirt gris chiné assorti à sa barbe et perles en bois au poignet. Il s’est cassé la main, il n’en parle pas tout de suite, mais finira par lâcher qu’il bout intérieurement à cause de ce chômage technique. Un artiste lyonnais a priori lambda. Si ce n’est cette précision de son collègue et ami d’enfance Cart’1 : « Il faut savoir que Pec est l’un des plus anciens graffeurs lyonnais. C’est la deuxième génération, mais c’est l’un des plus anciens aujourd’hui. Et c’est celui, personne ne dira le contraire, qui a le plus défoncé le périph’ à Lyon. Les gens le respectent pour ça. » On ne sait pas trop pourquoi, on avait imaginé un mec aussi bariolé et insouciant que ses peintures. S’il y a une chose qui définit son œuvre, c’est bien la couleur. Un univers enfantin, rond, joyeux et coloré. « On venait de banlieue, d’un univers gris, et on avait juste envie de foutre de la couleur sur ces putains de murs gris » poursuit Cart’1. Pas de revendication politique, chose que Pec revendique : « Je pars du principe que tu es suffisamment matraqué avec toutes les p

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Birdy Nam Nam bat de l'aile mais ne tombe pas

MUSIQUES | S’il y a bien un reproche qu’on ne peut pas faire à Birdy Nam Nam, c’est de toujours creuser le même sillon. Après un premier album éponyme 100% (...)

Damien Grimbert | Mardi 12 janvier 2016

Birdy Nam Nam bat de l'aile mais ne tombe pas

S’il y a bien un reproche qu’on ne peut pas faire à Birdy Nam Nam, c’est de toujours creuser le même sillon. Après un premier album éponyme 100% turntablism en 2005, suivi de deux disques ouvertement électroniques (Manual For Successful Rioting en 2008, produit par Yuksek et Justice, et Defiant Order en 2011, avec Para One), le groupe s’est lancé dans une longue tournée américaine en 2013, avant de reprendre enfin le chemin des studios l'année suivante. Fruit de ce travail, un nouvel album sortira en février prochain sur leur nouvelle structure Zipette Island. Il devrait à son tour témoigner d'une évolution conséquente : plus de DJ Pone, plus de producteur extérieur, plus de label pour superviser la sortie et une volonté affirmée de s’ouvrir à de nouveaux horizons. Si Can’t Do Me et Dance Or Die, les deux titres dévoilés pour l’instant, restent fidèles à l’énergique background électro-hip-hop sur lequel le groupe a bâti sa réputation, il promet en effet des titres plus solaires et décomplexés, construits notamment autour de structures pop via la présence de plusieurs featurings vocaux, c

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La rentrée musique côté électro

MUSIQUES | Pour faire un point complet sur l'actu des dancefloors, il nous aurait fallu bloquer un bon tiers de ce dossier de rentrée. À vous, donc, de le compléter via vos canaux habituels. De toute façon, c'est bien simple : il y aura cette saison encore plein de trucs bien, partout, tout le temps.

Benjamin Mialot | Mardi 22 septembre 2015

La rentrée musique côté électro

On prend quasiment les mêmes et on recommence. Avec la dissolution de Haste, une place s'est libérée au Transbordeur. Good news, ce sont les sapeurs techno de CLFT qui la récupèrent. Une fois par trimestre, ils présenteront deux artistes de leur très pointu et très offensif roster ; démarrage le 9 octobre avec les Britanniques Lee Holman et Biny, passage à la vitesse supérieure le 11 décembre avec deux autres British, Fundamental Interaction et l'ami de longue date Ben Gibson. Leurs âmes sœurs de Papa Maman, non contentes de renforcer leur présence à La Plateforme (voir page 19), continuent pour leur part d'essaimer dans la ville – après un premier essai au Petit Salon, leurs prochaines "MTR", le 2 octobre au Sucre et le 9 au Kao, permettront de constater que le genre est parfois plus spartiate et viscéral ailleurs qu'à Berlin et Londres avec l'Ukrainien Stanislav Tolkachev, le Finlandais Samuli Kemppi et l'Espagnol Oscar Mulero. Quant à leurs colocataires de l'Atelier Sumo (le QG

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Les reprises de 2015/2016

SCENES | Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Les reprises de 2015/2016

Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans paroles sur l’ultra moderne solitude. Au même endroit Jean Lacornerie reprend ce qui est (avec Roméo et Juliette) sa comédie musicale la plus aboutie, Mesdames de la Halle (11 au 28 décembre). De son côté, au milieu d’une saison presque entièrement dédiée au langage, le TNP fait place aux délicats balbutiements de En courant, dormez par Olivier Maurin (6 au 15 avril), alors que la Renaissance reprend la foutraque Visite de la vieille dame (23 au 2

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Foreztival, une drôle de ménagerie

MUSIQUES | Dans la forêt lointaine, on entend le hibou, d'accord. Mais dans le Forez lointain, qu'entend-on ? Cette année, principalement le Birdy Nam Nam, drôle (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Foreztival, une drôle de ménagerie

Dans la forêt lointaine, on entend le hibou, d'accord. Mais dans le Forez lointain, qu'entend-on ? Cette année, principalement le Birdy Nam Nam, drôle d'oiseau à six pattes – depuis que DJ Pone est allé voir ailleurs si le ciel y était plus bleu – qui n'a de cesse d'emmener le hip-hop instrumental vers de nouveaux horizons, là où ses suiveurs, paresseuses poules aux œufs d'or, se contentent d'en picorer les racines black ad nauseam. Mais aussi le Fauve, inoffensive bestiole dont le cri, sorte de logorrhée de fan de Diabologum en pleine mue, a tendance à nous rendre fou de la gâchette (de fusil hypodermique, on n'est pas des bêtes). Et puis des punks en voie d'extinction (Les Sheriff), une chimère afro-funk (Vaudou Game), un ex-lion au régime strict de vers libres (Kacem Wapalek), des mélodies électroniques serpentines (charmées par Fakear) ou encore des animaux migrateurs se repérant par écholocalisation de basses fréquences (les pionniers du french dub High Tone, featuring le MC halluciné Oddateee)

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Ressusciter le mort

SCENES | Emmanuel Meirieu revient dans le théâtre de ses débuts, la Croix-Rousse, présenter sa dernière création en date, "Mon traître". Un travail court, ciselé et percutant, adapté de deux livres de Sorj Chalandon. Critique et propos – émerveillés - de l’auteur.

Nadja Pobel | Mardi 14 octobre 2014

Ressusciter le mort

De la vie ordinaire des héros et anti-héros, Emmanuel Meirieu aime depuis longtemps faire des spectacles sans esbroufe, dans lesquels tout converge vers l’émotion. Mais c’est, paradoxalement, cette simplicité, ces plateaux dénudés, qui permettent de draper ses personnages d’une sorte d’éternité pas si banale. Il en avait déjà fait l’expérience avec De beaux lendemains, adapté de Russell Banks en 2011 ; il poursuit son travail dans ce sens avec Mon traître, créé au printemps 2013 à Vidy-Lausanne, non sans y adjoindre une entame de conte sur un mode inquiétant et noir, celui d’un château qui s’écroule au fur et à mesure de la naissance des enfants de ses princiers occupants. Car chez lui, même les histoires les plus enfantines déraillent. Qu’en est-il alors de celles des grands ? Ils se trahissent. En adaptant au cordeau les romans miroirs de Sorj Chalandon (Mon traître et Retour à Killybegs), Emmanuel Meirieu, associé à Loïc Varraut, plonge dans la guerre fratricide irlandaise qui culmina dans les années 80. A l'époque l’auteur, lui-même gr

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Ceux qu'il faut (re)découvrir

MUSIQUES | En tête d'affiche ou en première partie de Just Rock?, il fera bon humer le talent de ces quatre frenchies dans le vent. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 7 octobre 2014

Ceux qu'il faut (re)découvrir

Joseph & The Merricks Si sa prestation est annoncée sous le nom de Joseph & The Merricks, c'est que le dénommé Joseph Merrick, s'accompagne cette fois d'un solide groupe. Dans lequel on retrouvera le raffiné Stéphane Garry (Pockett) aux manettes du second album de l'Ardéchois, Fatalitas, et dont la production illumine plus que jamais sa polymorphie monstrueuse : je-m’en-foutisme appliqué, finesse absolue des reliefs imparfaits et gracieuse tension entre aspiration pop-folk et intimations punk. Jeudi 9 octobre au Transbordeur   Isaac Delusion Passé avant l'été par les Summer Sessions du Transbo, Isaac Delusion est la petite bête pop qui monte. Qui monte vers les proverbiales nuées, notamment, et très régulièrement portée ou porteuse, tout dépend comment on se place, d'une dream pop particulièrement volatile qui entendrait non seulement pénétre

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Des paroles et des actes

SCENES | Ils sont jeunes, misent sur l’acteur et adaptent des textes peu théâtraux. Ils font pourtant bel et bien du théâtre, avec un engagement total, signant des spectacles remuants et intelligents. Balade dans une saison marquée du sceau de cette génération éprise de narration. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Des paroles et des actes

Raconter. Parfois de manière saccadée ou par le prisme de plusieurs personnages. Mais dire le monde avec force et rage. Voilà l'intention qui semble traverser la saison théâtrale 2014/2015, portée par une génération qui ne tutoie pas encore les quadragénaires, quand elle n'a tout simplement pas encore franchi la barre des trente ans. Première pièce emblématique de ce constat : Les Particules élémentaires (aux Célestins en février). Houellebecq lui-même n’a pas quarante ans quand il écrit son deuxième roman, hybride à deux têtes où, à travers les vies de deux frères, l'une hippie, l'autre trop calibrée, se dessinent le désenchantement, l’annihilation du bonheur et l’avènement du clonage scientifique. Véritable gifle, sans concession avec son époque mais parcourue par un souffle romanesque évident, ce livre n’avait jamais été porté à la scène en France alors que nos voisins européens (et notamment les Allemands) s’en sont depuis longtemps délectés. Il a fallu attendre que Julien Gosselin sorte de l'école du Théâtre du Nord, à Lille, et que dès sa deuxième mise en scène, il prenne à bras le corps ce bouquin paru alors qu'il n’avait que onze ans. Av

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Jeux d'enfants

ARTS | Invader a ses envahisseurs pixelisés, héritiers de faïence de ceux que massacra toute une génération d'early gamers au début des années 80. Thomas Vuille a M. (...)

Benjamin Mialot | Mardi 11 mars 2014

Jeux d'enfants

Invader a ses envahisseurs pixelisés, héritiers de faïence de ceux que massacra toute une génération d'early gamers au début des années 80. Thomas Vuille a M. CHAT, matou rigolard et ailé dont on s'étonnera toujours qu'il n'ait pas fait des petits dans le comté de Cheshire. Les Birdy Kids, eux, ont de tout aussi identifiables volatiles au plumage acidulé et atteints de strabisme divergent, dont ils recouvrent éléments de mobilier urbain (comme les bowls du skate park des berges du Rhône) et produits dérivés depuis vingt-cinq ans. Initiée dans la clandestinité et devenue au gré de son expression à travers l'Europe un gagne-pain légitime, cette démarche de réenchantement du béton est pour le moins salutaire.  Elle trouve toutefois sa limite dans la revendication de sa vacuité : là où Invader se présente comme un hacker et pense son art comme une contamination et où Vuille, avant de se rapprocher des collectivités territoriales, définissait sa mascotte autant comme un vecteur d'optimisme que comme un défi lancé à l'autorité, ce trio parisiano-lyonnais avoue n'avoir d'autre

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Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

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La maîtrise du traître

SCENES | Il est des auteurs qui arrivent presque par enchantement dans l’univers d’un metteur en scène. C’est le cas de Sorj Chalandon, qui a croisé la route d’Emmanuel Meirieu avec "Mon traître" et "Retour à Killybegs", deux splendides romans devenus un puissant spectacle de théâtre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 2 janvier 2014

La maîtrise du traître

«Quand j’ai refermé Mon traître, j’ai tout de suite demandé les droits de traduction !» plaisante encore Emmanuel Meirieu. Il faut dire que jusqu'ici, le metteur en scène lyonnais n’avait adapté que des auteurs anglophones (Joe Connelly, Russell Banks, Jez Butterworth), non par anti-patriotisme primaire, plutôt parce que ces écrivains ont inventé des personnages simples et tendres comme il les affectionne. C’est Loïc Varraut, son complice, co-directeur de sa compagnie Bloc opératoire qui lui a mis les textes de Sorj Chalandon entre les mains. Chalandon, qui vient d’obtenir le Goncourt des lycéens avec un bonheur contagieux pour Le Quatrième mur, a publié en 2008 et 2011 deux romans remuants qui fonctionnent en diptyque : Mon traître, qui relate la vie d’un petit luthier parisien qui se prend d’amour pour l’Irlande du Nord, le combat des catholiques de l’IRA et de leur icône Tyron Meehan, et Retour à Killybegs, miroir du premier ouvrage dans lequel Tyrone Meehan prend la parole pour dire son histoire familiale, celle de son pays, pourquoi on combat, comment on trahit. Le tout est un grand décalque de la réalité : le luthier est

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Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

SCENES | Sélection réalisée par Nadja Pobel, Benjamin Mialot et Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 10 septembre 2013

Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

Regards Née avec une malformation au visage, Séverine Fontaine a dû composer avec pendant toute son enfance. La jeune femme devenue comédienne a décidé de se nourrir de cette expérience pour livrer ce solo présenté comme «un manifeste pour la différence». Dans une scénographie convoquant une série de lampes, elle joue habilement avec le regard du spectateur. Un spectacle sincère et fort.Au Centre Albert Camus, Bron, du 1er au 4 octobre Le Président C’est grinçant et marquant comme… du Thomas Bernhard. Michel Raskine a su adapter cet immense dramaturge autrichien avec le

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Le Radiant, nouveau radar

SCENES | C'est tel un Monsieur Loyal qui aurait emprunté sa chevelure à Krusty le Clown que le sémillant Victor Bosch a, en juin dernier,  lancé la saison 2013/2014 du (...)

Nadja Pobel | Mercredi 4 septembre 2013

Le Radiant, nouveau radar

C'est tel un Monsieur Loyal qui aurait emprunté sa chevelure à Krusty le Clown que le sémillant Victor Bosch a, en juin dernier,  lancé la saison 2013/2014 du Radiant-Bellevue, bousculant au passage la cartographie culturelle de l’agglomération - et les habitudes de communication, avec une plaquette originale, dédiée autant au public, en photo à chaque page, qu'aux artistes. Car non content d’être avant tout une salle de concerts éclectique (d’Axelle Red à Johnny Clegg en passant par SKA-P, Brigitte Fontaine ou du classique), le lieu, rouvert en janvier, autorise à son directeur tous les grands écarts théâtraux. Le public est là pour se divertir, nous dit-il, alors il aura droit à sa dose de comédie (Le Jeu de la vérité avec les "vus-à-la-télé" Vanessa Demouy et David Brécourt) et de grandes stars (Delon père et fille dans Une journée ordinaire). Ainsi considéré, le public (à 30% des habitants de Caluire) a toutes les raisons de faire confiance à ce grand manitou au carnet d’adresses conséquent, donc de répondre à ses invitations appuyées à applaudir «la nouvelle découverte que vous ne pouvez pas manquer», en l

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Insomniaque - Semaine du 6 au 12 mars

MUSIQUES | 08.03 UK sur glace Le clubbing par-ci, le clubbing par là. Il n'y en a que pour le clubbing dans cette rubrique. Ce n'est pourtant pas le seul (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 27 février 2013

Insomniaque - Semaine du 6 au 12 mars

08.03 UK sur glace Le clubbing par-ci, le clubbing par là. Il n'y en a que pour le clubbing dans cette rubrique. Ce n'est pourtant pas le seul anglicisme en "ing" à même de distraire les noctambules. Mais c'est assurément le plus efficace, y compris lorsqu'il est moqué. Ce à quoi s'emploiera le vrai/faux all-star DJ band Birdy Naname vendredi 8 mars au Monkey Club, le désormais fameux bar à cocktails d'inspiration victorienne de la place Tolozan, le temps d'une soirée qui fera la part belle à la musique anglo-saxonne (ce qui ne constitue pas une raison valable pour préférer un Pink Gin à ce bon vieux Bourbon Smash).     08.03 Lyon Runing Club Party #1 Le clubbing par-ci, le clubbing par là. Il n'y en a que pour le clubbing dans cette rubrique. Ce n'est pourtant pas le seul anglicisme en "ing" à même de distraire les noctambules. Ainsi du running, activité dont

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Comme l’oiseau…

MUSIQUES | Après un premier Écho sonore à la {Plateforme} en octobre dernier, {Birdy Nam Nam} a à nouveau droit aux faveurs d’{arty farty}, mais cette fois-ci pour un (...)

Christophe Chabert | Lundi 2 février 2009

Comme l’oiseau…

Après un premier Écho sonore à la {Plateforme} en octobre dernier, {Birdy Nam Nam} a à nouveau droit aux faveurs d’{arty farty}, mais cette fois-ci pour un {Transbordeur} (avec en première partie le clubbing bas de plafond de {Yuksek}) le samedi 7 février. Montée en puissance logique : ces musiciens du vinyle viennent de sortir un nouvel album (Manual for successful rioting) convaincant, plus rock et plus percutant que leurs précédentes livraisons.

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Birdy Miam miam

MUSIQUES | Electro / Birdy Nam Nam n'est pas que le groupe qui fait chanter les vinyles. C'est aussi et originellement la réunion de quatre Dj's français qui savent comment sauver une soirée du déluge. Antoine Allegre

Jerôme Dittmar | Vendredi 10 octobre 2008

Birdy Miam miam

On connaît Birdy Nam Nam, ce super groupe composé de quatre Dj’s émérites - Pone ex-Svinkels, Crazy B ex-Alliance Ethnik, Need et Little Mike. Quatre types capables de composer à partir des microsillons et de samples issus de leurs vinyles des morceaux entiers de bravoure sentant bon le rock, le hip-hop et le breakbeat. Un grand mezze bien énervé et visuellement immanquable. Ce beau travail de composition retourne depuis la sortie de leur premier album (Ready for War, Ready for Whut, sorti en 2006) des plâtrées de salles de concerts. À en oublier le travail initial du quatuor parigot, celui de pousse-disque hautement technique. C'est pour cela que le Birdy Nam Nam soundsystem vient remettre les pendules à l'heure. Dj Pone explique clairement le concept du soundsystem made in Birdy Nam Nam : "On mixe chacun notre tour, on ne fait pas une performance technique, on n'a pas de playlist préétablie, on ne joue dans des boîtes de nuit de cake et personne n'a intérêt à demander de passer du Alliance Ethnik à Crazy B". Le message a le mérite d'être frontal. Les BNN, pour les intimes, ne sont pas là pour tricoter lorsque ce petit monde s'enchaîne derrière les platines. "Pour notre premier al

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«Ceux qui ratent toujours tout, du début à la fin»

SCENES | La création d'Emmanuel Meirieu, on l'attendait depuis un moment. Finalement, le metteur en scène a choisi de présenter American Buffalo, de David Mamet. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Christophe Chabert | Mercredi 5 mars 2008

«Ceux qui ratent toujours tout, du début à la fin»

Petit Bulletin : Dans vos pièces précédentes, vous aviez choisi de mettre simplement des comédiens autour d'une table. Avec American Buffalo, la mise en scène semble plus élaborée avec de l'eau sur le plateau, la pluie qui tombe... Emmanuel Meirieu : L'eau est présente sur scène parce qu'elle est présente dans le texte. Dans le premier acte, il fait très chaud. La pluie a un sens très fort dans le texte, elle annonce le drame. Vous respectez donc scrupuleusement la construction du texte de David Mamet... J'ai choisi de travailler sur l'un des plus grands scénaristes américains, la moindre des choses, c'est de respecter son texte... Ce qui me plait, c'est l'histoire et je la respecte. Parlez-nous un peu de cette histoire... C'est l'histoire d'un mec de 55 ans, interprété par Jean-Marc Avocat, qui veut aider un jeune de 30 ans à échapper à la rue et à la dope. C'est l'histoire d'un homme qui bousille la dernière chance de sa vie. L'action se déroule à Chicago, dans la zone, en une journée. C'est un huis clos entre trois personnages, l'unité de temps et de lieu sont respecté

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Singe songs

MUSIQUES | Musique / On a déjà eu dans ces mêmes colonnes l'occasion de vanter les mérites de King-Kong Vahiné, et de les inscrire dans la liste des groupes du cru à (...)

| Mercredi 17 janvier 2007

Singe songs

Musique / On a déjà eu dans ces mêmes colonnes l'occasion de vanter les mérites de King-Kong Vahiné, et de les inscrire dans la liste des groupes du cru à surveiller comme le lait sur le feu. Le lait sur le feu étant aussi une manière de parler de leur musique, dont les racines sont à chercher du côté de la chanson française, mais dont les branches se sont épanouies au contact de toutes les formes du rock, d'ici (Bashung et Dominique A.) ou d'ailleurs. Depuis cette présentation en bonne et due forme, les trois membres du groupe (Denis Rivet, Cécile Pousin et Stéphane Emptaz) ont pris leur envol : en remportant le tremplin Dandelyon l'année dernière, puis en sortant aujourd'hui un premier album, La Ville est tranquille. L'objet est soigné, et le contenu l'est tout autant, même si on peut d'ores et déjà faire une légère réserve : on aurait aimé par moments que les mots et la musique y fassent un peu moins chambre à part, que les textes, fort bien écrits, se laissent parfois plus emporter par le souffle des arrangements. Mais attention, qu'on ne s'y trompe pas : King Kong Vahiné confirme sur galette ce que l'on appréciait déjà sur scène, à savoir un vrai sens de la miniature musicale

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