Le spleen idéal de Bartabas

SCENES | Bartabas ne rigole plus. Conçu en début d’année dans une France secouée par les attentats, "On achève bien les anges" est un spectacle dont la mélancolie n'a d'égale que la rigueur et la virtuosité. Retour sur la création, aux Nuits de Fourvière, de cette oraison funèbre équestre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 23 juin 2015

Photo : © Hugo Marty


Sous le grand chapiteau de l'hippodrome de Parilly (1300 places), aucun muret ne sépare les artistes du public qui, installé en surplomb, les regarde évoluer sur une vaste piste sableuse semblant les aspirer. Cette sobriété mâtinée de modestie est une première indication des desseins de Bartabas : dans un monde où l'homme est plus que jamais un loup pour l'homme, seule la cavale des chevaux insuffle encore un peu de vie. Pas question de les parquer.

En janvier dernier, Bartabas a perdu un ami proche, Cabu. Et si On achève bien les anges (sous-titrée Élégies, par fidélité aux mots de sept lettres : Éclipse, Battuta, Calacas…) n'a pas de lien direct avec les attentats de Charlie Hebdo, il est emprunt de cette mélancolie sourde qui a violemment drapé la France à l'entame de 2015. La musique, elle aussi, en dit long sur la tristesse qui irrigue cette création : funèbre, nappée d'orgues et hantée par la voix «fumée au fût de chêne» de Tom Waits, ainsi que la qualifie le maître équestre, qui danse avec ses différents chevaux une corde au cou, un couteau dans le dos ou même en aveugle.

Animal

On achève bien les anges est hanté par le deuil de façon d'autant plus troublante que, précédemment, Calacas était une ode joyeuse aux défunts, tels qu'ils sont célébrés au Mexique, dans une débauche de vitalité ; les squelettes riaient et se moquaient de ceux restés de l'autre côté. À trois fugaces exceptions près, les humains n'ont plus besoin de se grimer en cadavres dans Élégies ; ils portent la mort sur eux, dans leurs mouvements. Les chevaux entrent d'ailleurs seuls en scène à l'entame du spectacle, sous des éclairs, comme s'ils étaient les uniques survivants d'un cataclysme, avant que les écuyers ne descendent des cieux en anges ailés. Ce renversement des rôles (l'animal est au centre du jeu et dirige l'action) n'est pas la moindre des démonstrations de cette déréliction de l'humanité.

Cette noirceur n'est toutefois pas synonyme de minimalisme et de léthargie. Pour cette treizième création, ont été rassemblés pas moins de 33 chevaux, 6 musiciens et 9 cavaliers. Bartabas porte cet esprit de troupe comme la raison d'être de Zingaro, déplorant même d'être le seul avec Ariane Mnouchkine à aujourd'hui pouvoir mener ce genre d'aventure artistique en tribu (sans pour autant, comme au théâtre ou en danse, pouvoir reprendre son répertoire). Comprendre par là que son spectacle n'est pas construit ex nihilo, mais qu'il est la somme de ceux qui le font.

Certains sont là depuis trente ans (vingt pour les chevaux), investis dans un projet qui dépasse le cadre du travail mené dans leur chapiteau d'Aubervilliers, planté au milieu des tours : «Souvent j'entends dire que je me laisse bouffer par mon travail, mais c'est ma vie ! Même si c'est un peu brutal, je ne suis pas Bartabas une heure et demi devant le public mais 24h/24.» Car si le théâtre peut changer le monde, c'est à ses yeux «par la manière de l'exercer, beaucoup plus que par son contenu. Tu peux toujours faire la révolution sur scène et retourner habiter tranquillement dans ton appartement». Reste que son engagement sur le plateau est une évidence. Après dix ans à regarder ses spectacles des gradins, il a même décidé de retrouver la piste pour des numéros graves, parfois démonstratifs, mais toujours parfaitement réalisés et fondés sur une symbiose avec l'animal qui laisse coi.

Quand ce n'est pas le chef de troupe qui prend place dans l'arène, il envoie ses troupes séraphiques voltiger dans une pluie de neige ou dans un océan de mousse, matières qui disent là encore la fragilité et la porosité du monde. Leurs ailes ne les protègent même pas, comme dans ce tableau où, faites d'osier, elles sont ajourées et condamnent toute envolée. Rivés à leurs chevaux, ces émissaires divins, dont il ne reste que la carcasse, sont observés avec placidité par des dindons de passage, pas même dérangés par les bruits d'un clocher.

Animisme

Les images les plus puissantes d'Élégies sont toutefois les moins oniriques, celles qui renvoient au thème de plus en plus polémique de la religion (et de sa capture par le politique, y compris dans un pays laïc comme la France). Bartabas a l'intelligence d'en rire, avec son boucher-confiseur qui promène à plusieurs reprises une carriole de marchandises étranges, saucisses en sucre d'orge et autre sucettes à la viande. Haranguant la foule, il cherche à vendre sa camelote hallal, casher et bio en suivant la marche de musiciens lunaires.

Mais, filant sa trame funeste, Bartabas présente aussi de grands échassiers revêtus de burqa qui, tels des fantômes, intimident leur monde, drapé d'un bleu ispahan de toute beauté. Sur quelle terre marchent-ils ? Où les chevaux se couchent-ils sur le flanc ? Sur un cimetière constellé de croix chrétiennes, d'étoiles juives et de croissants islamiques dissolvant les défunts – à défaut des vivants – dans une même humanité.

Bartabas avouait lui-même lors d'une rencontre en février dernier que s'il a toujours été intéressé par les rituels religieux, ce n'est pas en tant qu'athée (notion encore trop empreinte de religion à son goût) mais comme animiste ; «L'homme est l'un des composants de l'univers. Il n'a inventé Dieu que parce qu'il en avait besoin» nous confiait-il alors. Quand la noirceur de ce monde qu'il regarde en face dans On achève bien les anges le désespère un peu trop, c'est vers le rêve qu'il se tourne pour se réconforter, au son explicite de You're Innocent When You Dream.

On achève bien les anges (Élégies)
Au parc de Parilly, dans le cadre des Nuits de Fourvière, jusqu'au samedi 18 juillet


On achève bien les anges (Élégies)

De Bartabas, Cie Zingaro
Parc de Parilly Bron
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Le souffle des chevaux de Bartabas

Nuits de Fourvière | C’est sa dernière tournée de ce genre. Depuis trente ans, Bartabas mène la compagnie Zingaro d’Aubervilliers vers différents continents avec chapiteau, écuries et une quarantaine d’animaux. Cet été, il s’arrête six semaines à Lyon où il a présenté chacun de ses spectacles. Cette fidélité est aussi celle qu’il voue à des animaux, seuls mis en avant dans cette fascinante contemplation qu’est Ex Anima.

Nadja Pobel | Mardi 18 juin 2019

Le souffle des chevaux de Bartabas

Pourquoi est-il donc intéressant d’aller voir de quoi retourne l’art équestre de Bartabas ? Certains – nombreux ! - d’entre vous le savent déjà, qui le suivez depuis trois décennies dans des pérégrinations ultra enjouées et techniques telles Battuta ou Calacas. Parfois plus crépusculaires avec l’avant-dernier né, On achève bien les anges - Élégies, post attentat contre Charlie Hebdo. Pourquoi se rendre sous cette toile de 1300 places où s’ébrouent des animaux ? Le temps de la voltige est finie. Les cavaliers pourtant, selon leur dire, ne sont pas frustrés. Au sol, encadrant dans l’ombre ces animaux avec lesquels ils ont grandit et qui eux aussi finissent leur carrière, ils terminent leur récit commun. Il s’agit tout à la fois d’une histoire d’humains, d’animaux mais aussi d’époque. Ces épopées commencées dans les années 80 (voire précédemment comme pour Ariane Mnouchkine et son Théâtre du Soleil) quand l’argent coulait à flots est révolu. Pas de tournée internationale pour Ex Anima, créé à l’automne 2017 et qui aura fait un joli parcours hexagonal s’achevant à Tou

Continuer à lire

Bartabas et Lorraine de Sagazan, plébiscite et nouveauté

Nuits de Fourvière | Entre fidélité aux artistes confirmés et confiance à ceux qui esquissent le théâtre de demain, le festival des Nuits de Fourvière présente deux artistes aimés : Bartabas et Lorraine de Sagazan, hors des théâtres gallo-romains, amènent leur regard si singulier sur le monde.

Nadja Pobel | Mardi 11 juin 2019

Bartabas et Lorraine de Sagazan, plébiscite et nouveauté

Bartabas Il l’a considéré comme son ultime spectacle lorsqu’il l’a crée chez lui, dans ses écuries d’Aubervilliers au pied des tours d’immeubles. À l’automne 2017, Ex Anima devait être sa dernière œuvre. Rien n’est moins sûr, mais là n’est pas la question car ce spectacle est bien dans la continuité de ce que Bartabas esquisse depuis plus de trente ans : mettre le cheval au cœur de son dispositif et lui laisser peu à peu toute la place au point qu’ici les humains s’effacent avec un hommage pour tant de services (en situation de guerre, de travail des champs…) rendus. « Le cheval n’est obligé à rien » comme il nous le confiait au printemps. Dans des tableaux qui laissent le spectateur en suspension, il est question de souffle, celui de l’âme selon la traduction latine de Ex Anima. Il s’agit de « regarder un cheval raconter l’Homme » car « le cheval est perçu comme un acteur ». Si Bartabas fait ce parallèle, c’est qu’il y a la même intensité à voir l’animal s’avancer sur une poutre qu’un comédien à saisir un verre d’eau sur une table sur scène. Le spectateur est dans la même positi

Continuer à lire

Les Nuits de Fourvière se font jour : la programmation dévoilée

Nuits de Fourvière | Ça y est, comme disait le poète quelque chose vient de tomber et, bonne nouvelle, c'est la programmation - complète ! - des Nuits de Fourvière. Théâtre musical, opéra, danse, musiques en tous genres, entre habitués, légendes vivantes et grandes premières, la coupe estivale du Théâtre Antique est presque pleine, elle n'attend plus que son public du 1er juin au 31 juillet.

Stéphane Duchêne | Mardi 12 mars 2019

Les Nuits de Fourvière se font jour : la programmation dévoilée

Attendue comme la fumée blanche du Vatican et généralement précédée de quelques confidences en avant-première quand ce n'est pas, parfois, de fuites Internet, c'est toujours à la veille du printemps que tombe la foisonnante programmation des Nuits de Fourvière. Qui, comme chaque année, pousse le spectateur amateur de théâtre musical, de danse, de cirque d'opéra ou de musique(s) en tous genres à dégainer son calendrier pour y cocher scrupuleusement les dates fatidiques à retenir et/ou à se jeter sur la billetterie en ligne, avide de nouveauté ou impatient de retrouver des artistes fidèles au festival. Des chevaux et des chiens Parmi ces fidèles justement, on retrouvera du côté des arts vivants la troupe équestre de Zingaro, délocalisée au Parc de Parilly du 14 juin au 24 juillet (ce qui laisse de la marge pour assister à la chose) avec le spectacle d'ascète et sans humain Ex Anima. Mais également Les Chiens de Navarre, au Radiant-Bellevue du 22 au 26 juin, pour une création baptisée provisoirement, Tout le mon

Continuer à lire

Bartabas de retour à Fourvière

Nuits de Fourvière | Du 14 juin au 24 juillet, durant trente représentations, Bartabas sera de retour aux Nuits de Fourvière, sous chapiteau au parc de Parilly pour (...)

Nadja Pobel | Mardi 29 janvier 2019

Bartabas de retour à Fourvière

Du 14 juin au 24 juillet, durant trente représentations, Bartabas sera de retour aux Nuits de Fourvière, sous chapiteau au parc de Parilly pour présenter sa création de l'automne 2017, Ex Anima. Crépusculaire et sidérante, cette proposition est vierge de présence humaine ! Les chevaux (et quelques loups et volatiles) livrent la partition seuls. La billetterie ouvre le 29 janvier à 14h (places de 24€ à 53€).

Continuer à lire

Bartabas : le cheval à corps et à vie

Cabaret équestre | Délestés des humains (ou presque), les chevaux de Bartabas présentent leurs tableaux comme des grands. Moins immédiatement séduisant que ses précédentes créations, cet Ex anima est une expérience unique et sidérante qui s'installe en Savoie pour un mois.

Nadja Pobel | Mardi 17 avril 2018

Bartabas : le cheval à corps et à vie

C'est son expérience ultime, la dernière d'une série de dix-sept entamée en 1984 avec son premier Cabaret équestre. Échappé du cirque Aligre, l'écuyer mène un parcours clairvoyant et cohérent qui séduit un public d'une hétérogénéité complète. Comment sinon, afficher complet des mois durant à Aubervilliers ou lors des vingt représentations au Bourget-du-Lac (1300 places sous chapiteau !), seule une vingtaine de tickets restant à vendre chaque soir. Longtemps passé par les Nuits de Fourvière, Bartabas se décale un peu géographiquement avec ce spectacle radical et empreint d'une humanité déconcertante. S'il est question de sensibilité à l'approche d'Ex Anima, celui-ci nécessite, plus que les autres, d'être pensé en le regardant. Car quoi ? Des chevaux entrent en piste, font un numéro et repartent ? Oui, mais ce que l'on voit ne peut suffire à décrire ce qui se passe sur la piste. Bartabas a poussé si loin son compagnonnage avec ces animaux - qu'il n'a pas la bêtise de mesurer à l'humain - qu'il leur rend entièrement leur singularité. Il travaille avec certains d'entre eux depuis des dizaines d'années, il lui faut cinq à six ans p

Continuer à lire

Bartabas : « le cheval, cet acteur... »

Entretien | Il nous reçoit dans sa caravane accolé au chapiteau et aux écuries dans cet antre étrange et lunaire : un haras à la sortie de la ligne 7 du métro Fort d'Aubervilliers. Généreux, passionné, Bartabas revient sur cette création qu'il annonce comme ultime. Rencontre au soir de la 28e représentation : c'était le 27 novembre 2017.

Nadja Pobel | Mardi 17 avril 2018

Bartabas : « le cheval, cet acteur... »

D’où vient cette idée de ne mettre que vos chevaux sur le plateau ? Bartabas : Zingaro est une compagnie moitié homme moitié chevaux. Les chevaux nous servent avec générosité depuis trente ans. Comme je le dis souvent, les humains ont choisi de travailler ici ; les chevaux, on a choisi pour eux, donc j’ai eu l’idée de leur rendre hommage et, par extension, de célébrer les chevaux en général. Le spectacle vient de l’observation de ces chevaux qui a présidé à pas mal de tableaux, dont certains disent ce qu'ils ont apporté à l’humanité. Modestement, car on ne peut pas traiter ça en deux minutes. Il y a des tableaux sur ce qu'a payé comme tribut le cheval à l'humain : le cheval de guerre, le cheval de travail, de traie… Quelle est la part de risque ? Là, les chevaux ont compris que c'était un jeu et qu'ils vont jouer tous les soirs à faire ça. Je ne sais pas comment ça va se passer dans deux ans et demi. Ça va évoluer peut-être. C'est ça la part de risque du spectacle, comment on va gérer sur le temps. C'est intéressant, car c'est une notion de jeu comme chez les humains qui jouent la comédie. Vous en êtes

Continuer à lire

Les Nuits de Fourvière – Jusqu'au 31 juillet à Lyon (69)

SCENES | Après une édition 2014 riche en prises de risques, le festival phare de l'été lyonnais est revenu à ses fondamentaux bankable. On peut le déplorer. On peut, plus prosaïquement, se satisfaire de l'aubaine que constitue la venue d'artistes de haute stature dans un cadre aussi magistral que celui dessiné par les théâtres romains de Fourvière. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Les Nuits de Fourvière – Jusqu'au 31 juillet à Lyon (69)

Timorée la programmation des Nuits de Fourvière 2015 ? Assurément. Mais ce ne serait un problème que si la perspective de revivre cet instant magique où les coussins à l'effigie du festival, propulsés en signe d'acclamation par les 4500 spectateurs du grand théâtre qui l'accueille chaque été depuis 70 ans, éclipsent les étoiles et les lumières de la ville en contrebas, ne valait pas blanc-seing. Qu'importe en effet, s'il honore son vœu de pluridisciplinarité jusqu'au non sens, en accueillant six représentations de Florence Foresti et s'il nous refait pour la énième fois le coup des phénomènes de foire médiatique (Lily Wood & the Prick, Christine & the Queens), de la variété propre sur elle (Charlie Winston, Calogero) et du rock'n'roll fossilisé (Iggy Pop, Patti Smith, Robert Plant). Là-haut, tout est forcément plus beau. Surtout ce qui l'est déjà à la base, évidemment : l'électro-pop givrée de Björk, les miniatures avant-gardistes de Pascale Comelade, l'indie rock patraque de

Continuer à lire

Mathias Lyon : «Un travail participatif»

SCENES | Mathias Lyon, 21 ans, est l'un des dix cavaliers de "On achève bien les anges". Il revient pour nous sur la méthode de travail de Bartabas et son rapport à l'équitation. Propos recueillis par Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 23 juin 2015

Mathias Lyon : «Un travail participatif»

Comment avez-vous intégré Zingaro ? Je suis arrivé à 17 ans pour Calacas en tant que danseur de hip-hop et cavalier. C’est Étienne Regnier, présent à Zingaro depuis environ vingt ans et que je connaissais qui m’a dit que Bartabas cherchait des danseurs hip-hop ; je suis passé voir une répétition, je suis un peu monté à cheval (j’en faisais depuis l'enfance), j’ai un peu dansé et ça c’est fait comme ça, j’étais engagé à la fin de la journée. Je n’avais pas encore mon bac, je l’ai eu à Zingaro ! Que saviez-vous d’Élégies avant de commencer les répétitions ? Bartabas a commencé par nous parler de Tom Waits. La musique est souvent la base de ses créations. Et le processus est assez participatif. Par exemple moi, comme je dessine, j’ai dessiné des anges, proposé des images… Bartabas attendait de nous qu’on se documente, qu’on montre notre interprétation. Après, c’est lui qui décide, qui sélectionne ce qu’il aime. Quand le projet débute, on ne sait pas du tout ce que ça va être. Il n’écrit pas seul pendant six mois quelque chose que l’on répèterait ensemble. Ça s’est construit tous les jours pendant six mois a

Continuer à lire

Tom à l'écurie

MUSIQUES | Grand fan de Tom Waits, Bartabas a fait du plus buriné du crooner l'ombre sonore de ses "Élégies". Un choix judicieux.

Stéphane Duchêne | Mardi 23 juin 2015

Tom à l'écurie

D'une de ses grandes idoles musicales, Bartabas dit qu'il est une sorte de Kurt Weill de son époque. Et c'est vrai : on retrouve chez Tom Waits le roulis brinquebalant de certaines des compositions de Weill, également à l'affiche sonore d'On achève bien les Anges (Mandalay Song, La Ballade du souteneur, le classique des classiques Alabama Song et ses déambulations d'un whiskey bar à l'autre immortalisées par les Doors et David Bowie, grand fan de Weill). Pour On achève bien les anges, Bartabas a ainsi puisé dans l'œuvre pléthorique et circassienne de Waits certaines de ses plus belles comptines déglinguées, comme ce A Sight for Sore Eyes («pour le plaisir des yeux», mise en abîme de l'effet produit par les spectacles de Zingaro) qui démarre sur les douces notes déchirantes d'Auld Lang Syne, un traditionnel écossais connu en France sous le titre Ce n'est qu'un au revoir, sur les jours passés et les vieilles amitiés – on note d'ailleurs que le chef de Zingaro est également allé chercher le nostalgique Dirty Old Town d'Ewan McColl (1949), satellisé bien plus tard par les Pog

Continuer à lire

Bartabas en création mondiale aux Nuits de Fourvière

SCENES | Toutes les créations de Bartabas, depuis près de 30 ans qu'il porte à leur quintessence les rapports homme/animal, sont passées par ici. Lyon est même la seule (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 18 février 2015

Bartabas en création mondiale aux Nuits de Fourvière

Toutes les créations de Bartabas, depuis près de 30 ans qu'il porte à leur quintessence les rapports homme/animal, sont passées par ici. Lyon est même la seule ville de France, avec Paris, dans laquelle ses treize spectacles auront été présentés. C’est donc logiquement que les Nuits de Fourvière accueilleront la première mondiale de son nouvel opus, On achève bien les anges - Elégies. En plein travail dans son théâtre équestre au Fort d’Aubervilliers, Bartabas a donc encore quatre mois de travail devant lui pour mener à bien cette création, avant de la présenter sous chapiteau au parc de Parilly, où il avait déjà, en 2012, montré le fabuleux Calacas,  inspiré des (joyeux) rites mortuaires mexicains. Ce sera aussi pour lui l’occasion de retrouver un espace de jeu qu’il avait abandonné depuis quelques années. 26 chevaux, 9 cavaliers et 6 musiciens seront sur la piste. Ces derniers feront entendre du Prokofiev, du Bach et du Messiaen, mais aussi et surtout du Tom Waits, que le cavalier a depuis longtemps en tête. «C’est un Jacques Brel américain» dit-il pour lui rendre hommage. Waits ne sera évidemment pas

Continuer à lire

Debout les morts

SCENES | C’est peu dire que la mort est en pleine forme dans la dernière création de Bartabas, Calacas. Au-dessus de nos têtes, dans notre dos, devant nos yeux, les morts sont partout et triomphent dans un ballet équestre ébouriffant. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 28 juin 2012

Debout les morts

Au Mexique, le mort fait partie du décor, il se trouve au premier rang des peintures de familles comme dans Rêve d’un dimanche après-midi au parc de l’Alameda de Diego Rivera. Et il rit eux éclats. Dents en avant posées sur son corps réduit au squelette (un "calacas" comme on dit en langage familier à Mexico), le mort est à la fête. Bartabas l’a bien compris et s’empare de cette figure pour la marier aux chevaux avec qui il a construit sa carrière et son théâtre, Zingaro, depuis 1985. Tantôt sous forme de marionnettes, tantôt en apparence humaine (les écuyers revêtent une combinaison ou un masque de squelette), la mort cavale et nous cerne. Car – c’est la grande innovation technique de ce spectacle – Bartabas a construit sa scénographie sur deux niveaux : la traditionnelle piste centrale comme au cirque, et une galerie qui encercle les spectateurs sans cesse pris par surprise dans ce bal en mouvement continu. L’impression de se trouver au cœur d’un zootrope (invention cylindrique à travers les fentes desquelles une succession d’images se mettent en action) est saisissante, comme si ces vieilles images précédant l’invention du cinématographe prenaient du relief.

Continuer à lire

Et rond, et rond, petits canassons…

SCENES | Théâtre équestre / Avec un entêtement proche de la mule, Les Nuits de Fourvière prolongent cette année encore leur fidélité à certains artistes. Mais pour corser le (...)

Christophe Chabert | Mardi 27 mai 2008

Et rond, et rond, petits canassons…

Théâtre équestre / Avec un entêtement proche de la mule, Les Nuits de Fourvière prolongent cette année encore leur fidélité à certains artistes. Mais pour corser le cocktail et éviter la redite, les voilà qui se plaisent à mélanger leurs dadas et à produire de nouvelles formules artistiques. Ainsi de Bartabas, venu au festival il y a deux ans pour un Récital équestre où chevaux et cavaliers de son Académie de Versailles galopaient autour du piano d’Alexandre Tharaud, et de Philip Glass, présent en 2004, 2005, 2006 et 2007 ; les voilà réunis pour des Partitions équestres où les mêmes équidés tournoient autour de la musique de Glass (interprétée par un quatuor de saxophonistes, l’ensemble Ossia). À moins que ce ne soit, hypothèse poétique, l’inverse ! Car aux fondements des compositions du musicien new-yorkais, il y a le cercle, ces spirales mélodiques qui s’enroulent les unes sur les autres et produisent une sensation de vertige et d’hypnose. La rime était presque naturelle avec la circularité de la piste sur laquelle Bartabas met en scène ses chevaux, rime qu’il ne se prive pas de décliner dans ce spectacle prometteur. Ainsi, aux tourbillons sonores de Glass répondront l

Continuer à lire