Les Nuits de Fourvière – Jusqu'au 31 juillet à Lyon (69)

SCENES | Après une édition 2014 riche en prises de risques, le festival phare de l'été lyonnais est revenu à ses fondamentaux bankable. On peut le déplorer. On peut, plus prosaïquement, se satisfaire de l'aubaine que constitue la venue d'artistes de haute stature dans un cadre aussi magistral que celui dessiné par les théâtres romains de Fourvière. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Timorée la programmation des Nuits de Fourvière 2015 ? Assurément. Mais ce ne serait un problème que si la perspective de revivre cet instant magique où les coussins à l'effigie du festival, propulsés en signe d'acclamation par les 4500 spectateurs du grand théâtre qui l'accueille chaque été depuis 70 ans, éclipsent les étoiles et les lumières de la ville en contrebas, ne valait pas blanc-seing.

Qu'importe en effet, s'il honore son vœu de pluridisciplinarité jusqu'au non sens, en accueillant six représentations de Florence Foresti et s'il nous refait pour la énième fois le coup des phénomènes de foire médiatique (Lily Wood & the Prick, Christine & the Queens), de la variété propre sur elle (Charlie Winston, Calogero) et du rock'n'roll fossilisé (Iggy Pop, Patti Smith, Robert Plant).

Là-haut, tout est forcément plus beau. Surtout ce qui l'est déjà à la base, évidemment : l'électro-pop givrée de Björk, les miniatures avant-gardistes de Pascale Comelade, l'indie rock patraque de Balthazar et la country hétérodoxe de Lambchop – programmé au Musée des Confluences, il y avait un piège.

Du grand spectacle

Côté arts de la scène, les choses sont moins binaires, des adieux à la scène de la danseuse Sylvie Guillem, le temps de quatre petites formes chorégraphiées par autant de Pygmalion (Khan, Maliphant, Ek et Forsythe, parmi tant d'autres qu'elle a croisés en près de 40 ans de carrière) à Cuisine et confessions, la dernière création, potentiellement délicieuse, des virevoltants 7 Doigts de la main en passant par les Beaumarchais en mode bucolique de la désopilante compagnie Marius.

S'il ne fallait toutefois retenir qu'un spectacle, ce serait celui de Bartabas, conçu au lendemain, forcément difficile, des attentats de janvier. Antithèse de Calacas, qui célébrait la mort dans toute sa fantaisie voilà deux ans, On achève bien les anges est autant une démonstration de virtuosité équestre qu'une réflexion crépusculaire sur la finitude des choses. Un équilibre entre souci d'accessibilité et quête de sens que tout festival se devrait de rechercher.

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Le souffle des chevaux de Bartabas

Nuits de Fourvière | C’est sa dernière tournée de ce genre. Depuis trente ans, Bartabas mène la compagnie Zingaro d’Aubervilliers vers différents continents avec chapiteau, écuries et une quarantaine d’animaux. Cet été, il s’arrête six semaines à Lyon où il a présenté chacun de ses spectacles. Cette fidélité est aussi celle qu’il voue à des animaux, seuls mis en avant dans cette fascinante contemplation qu’est Ex Anima.

Nadja Pobel | Mardi 18 juin 2019

Le souffle des chevaux de Bartabas

Pourquoi est-il donc intéressant d’aller voir de quoi retourne l’art équestre de Bartabas ? Certains – nombreux ! - d’entre vous le savent déjà, qui le suivez depuis trois décennies dans des pérégrinations ultra enjouées et techniques telles Battuta ou Calacas. Parfois plus crépusculaires avec l’avant-dernier né, On achève bien les anges - Élégies, post attentat contre Charlie Hebdo. Pourquoi se rendre sous cette toile de 1300 places où s’ébrouent des animaux ? Le temps de la voltige est finie. Les cavaliers pourtant, selon leur dire, ne sont pas frustrés. Au sol, encadrant dans l’ombre ces animaux avec lesquels ils ont grandit et qui eux aussi finissent leur carrière, ils terminent leur récit commun. Il s’agit tout à la fois d’une histoire d’humains, d’animaux mais aussi d’époque. Ces épopées commencées dans les années 80 (voire précédemment comme pour Ariane Mnouchkine et son Théâtre du Soleil) quand l’argent coulait à flots est révolu. Pas de tournée internationale pour Ex Anima, créé à l’automne 2017 et qui aura fait un joli parcours hexagonal s’achevant à Tou

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Au bazar Balthazar

Europavox | À rebours de l'éternelle fissuration de l'Europe politique, Europavox dévoile chaque année ce que le Vieux Continent a de mieux à offrir en terme de cohésion reposant sur la diversité musicale, entre têtes de liste installées et outsiders prometteurs. À l'avant de la flotte cette année, la drôle d'embarcation belge nommée Balthazar, en proie à une réforme qui voudrait la voir tutoyer les dancefloors avec le détachement aristocratique qu'on lui connaît.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 juin 2019

Au bazar Balthazar

Puisqu'on a souvent érigé Balthazar en fils spirituels de Leonard Cohen, alors le virage musical opéré par le groupe belge avec Fever pourrait se rapprocher tout à la fois de l'embardée philspectorienne du Beautiful Loser sur Death of a Ladies' Man, des avances de gentleman cambrioleur de cœurs et crocheteur de vertus d'I'm You Man ou des roucoulades sur un monde en ruines de The Future. Pas dans l'empaquetage sonore, oh ça non : rien ici de comparable à l'effet du Wall of Sound sur la musique du Canadien ou au devenir synthétique de ses complaintes jadis folk. Mais bien davantage dans l'intention de s'émanciper de l'aura brumeuse du troubadour traîne-misère. Une tentative de ne pas rentrer à la maison avec le drapeau hissé haut dans le suspensoir, comme le conseille un des titres de Death of a Ladies' Man, justement (Don't go home with your hard-on, pour ne pas le nommer), mais bien au contraire d'en faire profiter l'assistance, de mont

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Bartabas et Lorraine de Sagazan, plébiscite et nouveauté

Nuits de Fourvière | Entre fidélité aux artistes confirmés et confiance à ceux qui esquissent le théâtre de demain, le festival des Nuits de Fourvière présente deux artistes aimés : Bartabas et Lorraine de Sagazan, hors des théâtres gallo-romains, amènent leur regard si singulier sur le monde.

Nadja Pobel | Mardi 11 juin 2019

Bartabas et Lorraine de Sagazan, plébiscite et nouveauté

Bartabas Il l’a considéré comme son ultime spectacle lorsqu’il l’a crée chez lui, dans ses écuries d’Aubervilliers au pied des tours d’immeubles. À l’automne 2017, Ex Anima devait être sa dernière œuvre. Rien n’est moins sûr, mais là n’est pas la question car ce spectacle est bien dans la continuité de ce que Bartabas esquisse depuis plus de trente ans : mettre le cheval au cœur de son dispositif et lui laisser peu à peu toute la place au point qu’ici les humains s’effacent avec un hommage pour tant de services (en situation de guerre, de travail des champs…) rendus. « Le cheval n’est obligé à rien » comme il nous le confiait au printemps. Dans des tableaux qui laissent le spectateur en suspension, il est question de souffle, celui de l’âme selon la traduction latine de Ex Anima. Il s’agit de « regarder un cheval raconter l’Homme » car « le cheval est perçu comme un acteur ». Si Bartabas fait ce parallèle, c’est qu’il y a la même intensité à voir l’animal s’avancer sur une poutre qu’un comédien à saisir un verre d’eau sur une table sur scène. Le spectateur est dans la même positi

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Bartabas de retour à Fourvière

Nuits de Fourvière | Du 14 juin au 24 juillet, durant trente représentations, Bartabas sera de retour aux Nuits de Fourvière, sous chapiteau au parc de Parilly pour (...)

Nadja Pobel | Mardi 29 janvier 2019

Bartabas de retour à Fourvière

Du 14 juin au 24 juillet, durant trente représentations, Bartabas sera de retour aux Nuits de Fourvière, sous chapiteau au parc de Parilly pour présenter sa création de l'automne 2017, Ex Anima. Crépusculaire et sidérante, cette proposition est vierge de présence humaine ! Les chevaux (et quelques loups et volatiles) livrent la partition seuls. La billetterie ouvre le 29 janvier à 14h (places de 24€ à 53€).

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Bartabas : le cheval à corps et à vie

Cabaret équestre | Délestés des humains (ou presque), les chevaux de Bartabas présentent leurs tableaux comme des grands. Moins immédiatement séduisant que ses précédentes créations, cet Ex anima est une expérience unique et sidérante qui s'installe en Savoie pour un mois.

Nadja Pobel | Mardi 17 avril 2018

Bartabas : le cheval à corps et à vie

C'est son expérience ultime, la dernière d'une série de dix-sept entamée en 1984 avec son premier Cabaret équestre. Échappé du cirque Aligre, l'écuyer mène un parcours clairvoyant et cohérent qui séduit un public d'une hétérogénéité complète. Comment sinon, afficher complet des mois durant à Aubervilliers ou lors des vingt représentations au Bourget-du-Lac (1300 places sous chapiteau !), seule une vingtaine de tickets restant à vendre chaque soir. Longtemps passé par les Nuits de Fourvière, Bartabas se décale un peu géographiquement avec ce spectacle radical et empreint d'une humanité déconcertante. S'il est question de sensibilité à l'approche d'Ex Anima, celui-ci nécessite, plus que les autres, d'être pensé en le regardant. Car quoi ? Des chevaux entrent en piste, font un numéro et repartent ? Oui, mais ce que l'on voit ne peut suffire à décrire ce qui se passe sur la piste. Bartabas a poussé si loin son compagnonnage avec ces animaux - qu'il n'a pas la bêtise de mesurer à l'humain - qu'il leur rend entièrement leur singularité. Il travaille avec certains d'entre eux depuis des dizaines d'années, il lui faut cinq à six ans p

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Bartabas : « le cheval, cet acteur... »

Entretien | Il nous reçoit dans sa caravane accolé au chapiteau et aux écuries dans cet antre étrange et lunaire : un haras à la sortie de la ligne 7 du métro Fort d'Aubervilliers. Généreux, passionné, Bartabas revient sur cette création qu'il annonce comme ultime. Rencontre au soir de la 28e représentation : c'était le 27 novembre 2017.

Nadja Pobel | Mardi 17 avril 2018

Bartabas : « le cheval, cet acteur... »

D’où vient cette idée de ne mettre que vos chevaux sur le plateau ? Bartabas : Zingaro est une compagnie moitié homme moitié chevaux. Les chevaux nous servent avec générosité depuis trente ans. Comme je le dis souvent, les humains ont choisi de travailler ici ; les chevaux, on a choisi pour eux, donc j’ai eu l’idée de leur rendre hommage et, par extension, de célébrer les chevaux en général. Le spectacle vient de l’observation de ces chevaux qui a présidé à pas mal de tableaux, dont certains disent ce qu'ils ont apporté à l’humanité. Modestement, car on ne peut pas traiter ça en deux minutes. Il y a des tableaux sur ce qu'a payé comme tribut le cheval à l'humain : le cheval de guerre, le cheval de travail, de traie… Quelle est la part de risque ? Là, les chevaux ont compris que c'était un jeu et qu'ils vont jouer tous les soirs à faire ça. Je ne sais pas comment ça va se passer dans deux ans et demi. Ça va évoluer peut-être. C'est ça la part de risque du spectacle, comment on va gérer sur le temps. C'est intéressant, car c'est une notion de jeu comme chez les humains qui jouent la comédie. Vous en êtes

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Seule avec le silence : "Hannah"

Portrait | de Andrea Pallaoro (Fr-Bel-It, 1h35) avec Charlotte Rampling, André Wilms, Jean-Michel Balthazar…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Seule avec le silence :

L’histoire d’Hannah n’a que peu à voir avec celle de 45 ans sorti en 2016 ; et la forme des deux films diffère. Pourtant, les deux semblent indissolublement liés par la présence de leur interprète féminine commune, Charlotte Rampling. Comme si la comédienne s’appliquait à réunir, dans sa maturité, une galerie de portraits de femmes éprouvées portant haut leur dignité. Des portraits tels qu'elle avait pu esquisser chez Ozon, où elle offre sans fard la dignité de son délitement et qui lui valent aujourd’hui une razzia de prix : après l’Ours d’argent, elle a ici conquis la Coupe Volpi à Venise. Hannah voit ses repères basculer lorsque son époux est incarcéré pour une histoire dont on comprend peu à peu la sombre nature. Mais cette femme droite tente de faire bonne figure, et de ne rien laisser paraître aux yeux du monde… Peu de dialogue et un

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Balthazar, entre les murs

MUSIQUES | Après le succès de l'exceptionnel "Rats", l'expérience de la vie sur la route aurait marqué Balthazar au point qu'il en accouche de l'album "Thin Walls", récit plus ou moins circonstancié de la dite tournée que le groupe présente désormais... en tournée. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 19 janvier 2016

Balthazar, entre les murs

« Le mur de Planck est la frontière entre le monde physique et le monde mathématique pur. Cette frontière est la limite du temps entre l'avant et l'après Big Bang. Cette membrane, enfermée dans le cône d'espace-temps, contient tout l'univers et pourtant, elle a une taille encore plus petite que celle d'un atome. Dans ce mur, les mesures n'existent plus, tout est en évolution constante. » nous dit Jean-Christophe Wikipédia. C'est peu ou prou cette "sensation" que semble avoir ressenti le groupe belge Balthazar lors de la tournée qui a suivi la sortie de l'album Rats, le disque de l'avant et de l'après Big Bang pour eux, dont ils ont tiré Thin Walls, en référence à ces murs épais comme du papier à cigarettes figurant le manque d'intimité de la vie en tournée, ce mouvement perpétuel, ce monde parallèle rétréci. Oh, la vie en tournée, c'est une tarte à la crème de la vie du rock. Combien de groupes y ont vécu une apocalypse, y ont laissé des plumes, où s'y sont régénérés (« à la fin, je ne supportais plus ces types

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Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

MUSIQUES | Entre Polna, Neil Young, les Insus et même le retour du plus si jeune Jon Spencer (porté pâle au printemps), les aînés seront là en force en 2016. Mais la jeune garde veille et ne s'en laissera pas compter.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

Jon Spencer aime tellement nos panoramas de rentrée – il en a déjà fait la Une – qu'il parvient même à y figurer deux fois par an. On l'annonçait en septembre dernier, voilà qu'on le réannonce pour le 6 mars à l'Épicerie Moderne. Avec bonheur, puisque si nous le faisons, c'est que le trio du New-yorkais avait dû annuler à la dernière minute cet automne pour raisons de santé. Tout va mieux, donc tout va bien, et cela indique peut-être que cette année 2016 sera légèrement moins pénible que la précédente – raccrochons-nous aux branches, tant qu'il y a encore des arbres. Or des branches, même vieilles, il se trouve qu'il en repousse, en témoigne une tripotée de reformations plus ou moins récentes de groupes plus ou moins relous à l'oreille (Louise Attaque au Transbo le 29 mars, Elmer Food Beat au CCO le 6 avril) dont la palme revient bien sûr aux Insus, soit Téléphone sans fille (n'y allez pas, c'est complet) – rayon nostalgie de jeunesse, on préférera de loin se consacrer à Nada Surf, qui ne s'est jamais déformé, le 26 avril à l'Epicerie. Ah, tiens on allait oublier Polnareff

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À la Machine

MUSIQUES | Florence Welch a toujours lorgné vers les grandes voix féminines des années 60 (Candi Staton) à 80 (Kate Bush). Chose étrange sur Ship to Wreck – notons au (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 1 juillet 2015

À la Machine

Florence Welch a toujours lorgné vers les grandes voix féminines des années 60 (Candi Staton) à 80 (Kate Bush). Chose étrange sur Ship to Wreck – notons au passage que son obsession ophéliaque de la noyade, entrevue depuis Lungs, est toujours bien... ancrée, si l'on ose dire – le morceau très classic rock qui ouvre How Big, How Blue, How beautiful, elle semble d'emblée habitée par l'esprit, la voix et le débit ensorcelant de Stevie Nicks de Fleetwood Mac lorsqu'elle chantait en une transe dévorante leur fameux Rhiannon, l'histoire d'une sorcière galloise – «Welsh witch» en anglais. Étrange coïncidence qui ne fait sans doute que confirmer les pouvoirs sorciers de la rousse anglaise à la voix inflammable. Laquelle ne sort quasiment jamais, tout au long de ce nouvel album, de cette transe, si ce n'est pour quelque secondes d'une intro en ballade de nouveau bushienne sur le morceau-titre, qui lui aussi explose en bouche sans prévenir. Ici, tout est en effet big, à commencer par les arrangements en superpositions de cuivres, ces rythmiques de films d'aventures et cette voix qui donne l'impression que Florence e

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Les 7 Doigts de la Main font la tambouille

SCENES | Avec "Psy", "Traces" et "Séquence 8", le collectif canadien des 7 Doigts de la Main nous avait habitué au meilleur. Avec "Cuisine et confessions", présenté à la Maison de la Danse pour les Nuits de Fourvière, il signe un spectacle tout en auto-satisfaction et en démagogie. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 29 juin 2015

Les 7 Doigts de la Main font la tambouille

Un décor de cuisine monumental à faire pâlir tous les marquis de salades, des artistes venant à la rencontre des spectateurs qui s’installent pour s’enquérir de leur plat préféré alors que d’appétissantes émanations d’ail s’échappent du plateau : les 7 Doigts de la Main savent recevoir et allécher. Sauf que ce prélude, même une fois les lumières éteintes, n’en finit plus, au point que le spectacle semble ne jamais commencer, nonobstant quelques numéros de jonglage avec des fouets métalliques. D’emblée, Cuisine et confessions manque cruellement de rythme – et cela se vérifiera sur ses 90 minutes – un comble pour des circassiens, par ailleurs de très haut niveau (ah ! leur maîtrise du mât chinois...). De là, les 7 Doigts de la Main se laissent prendre au piège de l’adresse réitérée au public, le conviant fréquemment sur scène, comme s’ils ne pouvaient convaincre par leur seul talent, allant jusqu'à se planquer tandis que trois spectateurs meublent la scène. Dans cet aveu de faiblesse, ce n’est pas tant l’embarras des cobayes qui met mal à l'aise que la limpide démission des artistes. Se (faire) rouler dans la farine Autre facilit

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Comelade imaginaire

MUSIQUES | You're Never Alone with a Schizo. Le titre du cinquième morceau du vingt-huitième album (selon la police) de Pascal Comelade (une embardée garage avec les (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 23 juin 2015

Comelade imaginaire

You're Never Alone with a Schizo. Le titre du cinquième morceau du vingt-huitième album (selon la police) de Pascal Comelade (une embardée garage avec les Liminanas) résume sans doute à merveille sa musique. Alors bien sûr, Pascal Comelade n'est pas un schizo, du moins pas à notre connaissance. Mais rarement on aura vu dans l'histoire du rock (car oui, Comelade c'est du rock) un type à l'imaginaire à la fois aussi touffu – il n'y a qu'à réciter à haute voix la liste des titres de ses morceaux – et obsessionnel, maniaque et éparpillé. Si l'on dit des grands cinéastes qu'ils font toujours le même film et que c'est même à ça qu'on le reconnaît, alors Comelade est, lui, un très grand musicien, décidé, mais aussi déchiré et déchirant dans ses aspirations à la transsubstantiation musicale. La preuve : quand il emprunte un morceau à autrui (Wyatt, les Stones, Deep Purple), ce qui ébaubit c'est sa capacité non seulement à le dissoudre mais surtout, comme on dit au Groland, à la ressoudre, pour ne pas dire à la ressusciter dans un mouvement contradictoire. Souvenons-nous de ce film d'Hal Hartley pour une collection Arte sur le passage à l'an 2000. Jésus, inca

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Mathias Lyon : «Un travail participatif»

SCENES | Mathias Lyon, 21 ans, est l'un des dix cavaliers de "On achève bien les anges". Il revient pour nous sur la méthode de travail de Bartabas et son rapport à l'équitation. Propos recueillis par Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 23 juin 2015

Mathias Lyon : «Un travail participatif»

Comment avez-vous intégré Zingaro ? Je suis arrivé à 17 ans pour Calacas en tant que danseur de hip-hop et cavalier. C’est Étienne Regnier, présent à Zingaro depuis environ vingt ans et que je connaissais qui m’a dit que Bartabas cherchait des danseurs hip-hop ; je suis passé voir une répétition, je suis un peu monté à cheval (j’en faisais depuis l'enfance), j’ai un peu dansé et ça c’est fait comme ça, j’étais engagé à la fin de la journée. Je n’avais pas encore mon bac, je l’ai eu à Zingaro ! Que saviez-vous d’Élégies avant de commencer les répétitions ? Bartabas a commencé par nous parler de Tom Waits. La musique est souvent la base de ses créations. Et le processus est assez participatif. Par exemple moi, comme je dessine, j’ai dessiné des anges, proposé des images… Bartabas attendait de nous qu’on se documente, qu’on montre notre interprétation. Après, c’est lui qui décide, qui sélectionne ce qu’il aime. Quand le projet débute, on ne sait pas du tout ce que ça va être. Il n’écrit pas seul pendant six mois quelque chose que l’on répèterait ensemble. Ça s’est construit tous les jours pendant six mois a

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Tom à l'écurie

MUSIQUES | Grand fan de Tom Waits, Bartabas a fait du plus buriné du crooner l'ombre sonore de ses "Élégies". Un choix judicieux.

Stéphane Duchêne | Mardi 23 juin 2015

Tom à l'écurie

D'une de ses grandes idoles musicales, Bartabas dit qu'il est une sorte de Kurt Weill de son époque. Et c'est vrai : on retrouve chez Tom Waits le roulis brinquebalant de certaines des compositions de Weill, également à l'affiche sonore d'On achève bien les Anges (Mandalay Song, La Ballade du souteneur, le classique des classiques Alabama Song et ses déambulations d'un whiskey bar à l'autre immortalisées par les Doors et David Bowie, grand fan de Weill). Pour On achève bien les anges, Bartabas a ainsi puisé dans l'œuvre pléthorique et circassienne de Waits certaines de ses plus belles comptines déglinguées, comme ce A Sight for Sore Eyes («pour le plaisir des yeux», mise en abîme de l'effet produit par les spectacles de Zingaro) qui démarre sur les douces notes déchirantes d'Auld Lang Syne, un traditionnel écossais connu en France sous le titre Ce n'est qu'un au revoir, sur les jours passés et les vieilles amitiés – on note d'ailleurs que le chef de Zingaro est également allé chercher le nostalgique Dirty Old Town d'Ewan McColl (1949), satellisé bien plus tard par les Pog

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Sylvie Guillem : une étoile disparaît

SCENES | A 50ans, la danseuse étoile Sylvie Guillem fait ses adieux et débute son ultime tournée au Théâtre antique de Fourvière. Une scène qu'elle a beaucoup fréquentée mais qui n'est malheureusement pas toujours propice à la danse intimiste. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 23 juin 2015

Sylvie Guillem : une étoile disparaît

La chorégraphe espagnole Maria Pagès et la danseuse étoile Sylvie Guillem incarnent toutes deux l'essentiel de la programmation danse des Nuits de Fourvière ces dernières années (à quelques intéressantes exceptions près : Marie Chouinard, Sasha Walz, Ohad Naharin...). Concernant Sylvie Guillem, on ne peut affirmer s'en lasser tant ses spectacles, souvent composés de soli ou de duos, y sont difficilement visibles : on n'a jamais bien vu davantage qu'une silhouette fine et véloce gesticulant parmi des lumières colorées et un peu de musique. Bref, programmer de petites formes au sein du grand théâtre, c'est au fond vouloir s'adresser surtout à un public de pilotes de chasse. Life in progress, annoncé comme les adieux à la scène de la grande danseuse, ne dérogera sans doute pas à la règle puisque son programme réunit, une fois encore, deux soli et deux duos (dont deux créations : le solo techne d'Akram Khan et le duo Here & After, signé du chorégraphe canadien Russell Maliphant). Nous retiendrons nos larmes donc. Caprices Nous les retiendrons d'autant plus qu'ailleurs, nous avons déjà pu découvrir le navrant sol

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Le spleen idéal de Bartabas

SCENES | Bartabas ne rigole plus. Conçu en début d’année dans une France secouée par les attentats, "On achève bien les anges" est un spectacle dont la mélancolie n'a d'égale que la rigueur et la virtuosité. Retour sur la création, aux Nuits de Fourvière, de cette oraison funèbre équestre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 23 juin 2015

Le spleen idéal de Bartabas

Sous le grand chapiteau de l’hippodrome de Parilly (1300 places), aucun muret ne sépare les artistes du public qui, installé en surplomb, les regarde évoluer sur une vaste piste sableuse semblant les aspirer. Cette sobriété mâtinée de modestie est une première indication des desseins de Bartabas : dans un monde où l’homme est plus que jamais un loup pour l’homme, seule la cavale des chevaux insuffle encore un peu de vie. Pas question de les parquer. En janvier dernier, Bartabas a perdu un ami proche, Cabu. Et si On achève bien les anges (sous-titrée Élégies, par fidélité aux mots de sept lettres : Éclipse, Battuta, Calacas…) n’a pas de lien direct avec les attentats de Charlie Hebdo, il est emprunt de cette mélancolie sourde qui a violemment drapé la France à l’entame de 2015. La musique, elle aussi, en dit long sur la tristesse qui irrigue cette création : funèbre, nappée d'orgues et hantée par la voix «fumée au fût de chêne» de Tom Waits, ainsi que la qualifie le maître équestre, qui danse avec ses différe

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Yael Naim en concert surprise au Lavoir

MUSIQUES | Surprise : la chanteuse franco-israelienne donnera ce soir un concert des plus intimistes au Lavoir Public, ainsi qu'elle l'a annoncé hier soir à (...)

Benjamin Mialot | Lundi 15 juin 2015

Yael Naim en concert surprise au Lavoir

Surprise : la chanteuse franco-israelienne donnera ce soir un concert des plus intimistes au Lavoir Public, ainsi qu'elle l'a annoncé hier soir à Fourvière entre deux triomphes. Pour faire partie de la centaine de privilégiés qui pourront y assister, direction Digitick dès 8h. Il vous en coûtera 15 euros (+ 2 euros d'adhésion à l'association le soir venu).

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María Pagès : "Carmen est toutes les femmes"

SCENES | À 51 ans, María Pagès ose enfin se confronter au mythe de Carmen. Mieux : avec "Yo, Carmen", présenté cette semaine aux Nuits de Fourvière, la Sévillane, au fait de son art du flamenco, parvient à insuffler une profondeur inédite à l’héroïne de Mérimée. Nous l’avons rencontrée à Jerez de la Frontera, au cœur de son Andalousie natale. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

María Pagès :

Votre spectacle s’intitule Yo, Carmen ("Moi, Carmen"). Quelle est votre Carmen ? María Pagès : C’est toutes les femmes. Je crois que le mythe de Carmen s’est construit pour de mauvaises raisons. Mérimée a mis en Carmen ses désirs d’homme pour exprimer ses passions. Mais Carmen est le nom le plus commun en Espagne ! Dans ma classe à l’école, il y en avait six ! Carmen c’est donc ma tante, ma cousine, la femme en général, ce n’est pas cette invention masculine. Elle peut bien sûr être sensuelle, mais c’est aussi la femme qui souffre. La situation de la femme a avancé mais pas beaucoup. Il faut toujours démontrer qu’une femme peut être forte, capable… Carmen était une femme sans voix, c’est l’homme qui parlait pour elle et si elle parlait on la tuait. Votre Carmen se plie d'ailleurs à des tâches ménagères… Oui, c’est important de montrer que c’est encore la femme qui s’occupe de la base de la société. On dit d’ailleurs "la langue maternelle". Pourquoi ? Parce que c’est la femme qui transmet la communication. Il faut mettre en valeur cela. Carmen, selon vous, n’est pas qu’espagnole, mais au

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Nuits de Fourvière 2015 : la programmation

ACTUS | Des adieux, des retrouvailles, des rencontres : bien que moins surprenante que sa prédécesseur, la 22e édition des Nuits de Fourvière promet son lot d'émotions fortes. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 25 mars 2015

Nuits de Fourvière 2015 : la programmation

Pas de créations, peu de cautions indé, aucune réelle exclusivité : là où la programmation musicale de l'édition 2014 épatait par sa diversité et son audace, celle de 2015 a comme un parfum d'austérité. Du phénomène Christine & the Queens à Calogero, de Ben Harper à Joan Baez en passant par Selah Sue, Véronique Sanson, Jeanne Cheral (pour un concert avec l'orchestre du CRR de Lyon), le clan Chédid, Moriarty, Charlie Winston, Iggy Pop, Robert Plant, Patti Smith (qui interprétera l'intégralité de son premier album Horses) ou Björk (dont la venue reste cependant un événement), ce ne sont pas les valeurs sures – au sens boursier de l'expression – qui manquent cette année. Sorti d'une poignée d'auteurs avec un grand A (Dominique A, forcément, Pascal Comelade, Lambchop), c'est donc ailleurs qu'il faudra chercher un peu de fraîcheur. Au Brésil (avec la légende tropicali

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Björk aux Nuits de Fourvière

MUSIQUES | Tout est dans le titre : la diva islandaise fera son grand retour au Grand théâtre le 20 juillet prochain. Le festival en profite pour (...)

Benjamin Mialot | Lundi 16 mars 2015

Björk aux Nuits de Fourvière

Tout est dans le titre : la diva islandaise fera son grand retour au Grand théâtre le 20 juillet prochain. Le festival en profite pour rappeler que l'édition 2015 sera dévoilée intégralement mercredi 25 mars à 11h15 (nous ne manquerons pas de la commenter dans la foulée). Et que la billetterie ouvrira le lendemain à 16h avec un lancement public place Bellecour.

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Bartabas en création mondiale aux Nuits de Fourvière

SCENES | Toutes les créations de Bartabas, depuis près de 30 ans qu'il porte à leur quintessence les rapports homme/animal, sont passées par ici. Lyon est même la seule (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 18 février 2015

Bartabas en création mondiale aux Nuits de Fourvière

Toutes les créations de Bartabas, depuis près de 30 ans qu'il porte à leur quintessence les rapports homme/animal, sont passées par ici. Lyon est même la seule ville de France, avec Paris, dans laquelle ses treize spectacles auront été présentés. C’est donc logiquement que les Nuits de Fourvière accueilleront la première mondiale de son nouvel opus, On achève bien les anges - Elégies. En plein travail dans son théâtre équestre au Fort d’Aubervilliers, Bartabas a donc encore quatre mois de travail devant lui pour mener à bien cette création, avant de la présenter sous chapiteau au parc de Parilly, où il avait déjà, en 2012, montré le fabuleux Calacas,  inspiré des (joyeux) rites mortuaires mexicains. Ce sera aussi pour lui l’occasion de retrouver un espace de jeu qu’il avait abandonné depuis quelques années. 26 chevaux, 9 cavaliers et 6 musiciens seront sur la piste. Ces derniers feront entendre du Prokofiev, du Bach et du Messiaen, mais aussi et surtout du Tom Waits, que le cavalier a depuis longtemps en tête. «C’est un Jacques Brel américain» dit-il pour lui rendre hommage. Waits ne sera évidemment pas

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Florence Foresti aux Nuits de Fourvière

SCENES | Depuis quelques semaines, Lyon bruissait d'incompréhensions quant à l'absence de Florence Foresti des programmations de la Halle (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 4 février 2015

Florence Foresti aux Nuits de Fourvière

Depuis quelques semaines, Lyon bruissait d'incompréhensions quant à l'absence de Florence Foresti des programmations de la Halle Tony Garnier, de la Bourse du travail et autres lieux capables d'accueillir une showwoman de son calibre. On sait désormais de quoi il retourne : c'est exclusivement aux Nuits de Fourvière que l'enfant du pays présentera son nouveau spectacle, Madame Foresti, du 6 au 12 juillet (avec une relâche le 9, soit six représentations). Ouverture de la billetterie mardi 17 mars à 16h.

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La danse à contre-pied

SCENES | Avant que la danseuse étoile Sylvie Guillem ne vienne faire ses adieux scéniques aux Nuits de Fourvière (du 29 juin eu 2 juillet), l'année 2015 sera riche en (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 janvier 2015

La danse à contre-pied

Avant que la danseuse étoile Sylvie Guillem ne vienne faire ses adieux scéniques aux Nuits de Fourvière (du 29 juin eu 2 juillet), l'année 2015 sera riche en événements chorégraphiques. C'est d'abord Anne Teresa de Keersmaeker qui viendra transmettre, pour la première fois, l'une de ses pièces à une autre compagnie que la sienne, celle du Ballet de l'Opéra de Lyon en l'occurrence (du 7 au 11 avril à l'Opéra). Il s'emparera de Drumming Live, créée en 1998 sur une partition de Steve Reich et qui entrecroise le vocabulaire abstrait et rigoureux de l'artiste belge et une énergie physique explosive. Dans le cadre de la deuxième édition du festival Sens dessus dessous (du 24 au 29 mars à la Maison de la danse), le chantre de la "non danse" Christian Rizzo présentera quant à lui D'après une histoire vraie... Soit un retour à la "danse dansée" propulsant huit danseurs sur les rythmes effrénés de deux batteurs, passant de folklores méditerranéens à de véritables transes rock et tribales. Après ses grandes frasques collectives, le chorégraphe québécois Dave St-Pierre change lui au

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Selah Sue aux Nuits de Fourvière

MUSIQUES | Après la famille Chedid (dont une deuxième date est annoncée pour le 23 juin suite au succès foudroyant de la première), c'est au tour de Selah Sue de rejoindre (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 17 décembre 2014

Selah Sue aux Nuits de Fourvière

Après la famille Chedid (dont une deuxième date est annoncée pour le 23 juin suite au succès foudroyant de la première), c'est au tour de Selah Sue de rejoindre la programmation de l'édition 2015 du festival. L'interprète du lourdement playlisté Raggamuffin' se produira dans le Grand théâtre le 19 juin, quelques mois après la parution de son deuxièle album, Reason. Ouverture de la billetterie le 18 mars !

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Les Parapluies de Cherbourg aux Nuits de Fourvière

SCENES | Invitée de l'émission La Bande Originale sur France Inter aujourd'hui, Natalie Dessay a fait une petite bourde, en annonçant la reprise l'été prochain à (...)

Benjamin Mialot | Mardi 25 novembre 2014

Les Parapluies de Cherbourg aux Nuits de Fourvière

Invitée de l'émission La Bande Originale sur France Inter aujourd'hui, Natalie Dessay a fait une petite bourde, en annonçant la reprise l'été prochain à Fourvière, après sa création au Chatelet, de la comédie musicale Les Parapluies de Cherbourg. Oui, comme le film de Jacques Demy. Même que c'est Michel Legrand en personne qui dirigera la partie musicale. Pas de dates définitives pour l'instant, mais quelques infos ici : http://chatelet-theatre.com/fr/event/parapluies-de-cherbourg

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A Fourvière, les adieux de Sylvie Guillem

SCENES | A peine avons-nous fait le deuil de l'été 2014 que les Nuits de Fourvière lèvent le voile sur un premier RDV de leur édition 2015. Ce n'est pas tout à fait une (...)

Benjamin Mialot | Mardi 4 novembre 2014

A Fourvière, les adieux de Sylvie Guillem

A peine avons-nous fait le deuil de l'été 2014 que les Nuits de Fourvière lèvent le voile sur un premier RDV de leur édition 2015. Ce n'est pas tout à fait une bonne nouvelle, car du 29 juin au 2 juillet, c'est dans le cadre d'une tournée d'adieu mettant fin à pas moins de quarante ans de carrière au service des plus grands (Noureev, Béjart, Bob Wilson...) et d'elle-même que la chorégraphe Sylvie Guillem se produira dans le Théâtre antique. Pour l'occasion (qui concorde avec les soixante-dix ans officieux du festival), elle présentera deux créations (un solo sur une chorégraphie d'Akram Khan, un duo signé Russell Maliphant) et deux reprises (Bye, solo de Mats Ek, et un Duo de Forsythe dansé cette fois par deux interprètes de sa compagnie).

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Another country

MUSIQUES | Qui mieux que Lambchop, groupe de Nashville, pour représenter la dissidence alternative country ? Petite fille du folk, de l'"outlaw country" de Waylon (...)

Stéphane Duchêne | Lundi 24 juin 2013

Another country

Qui mieux que Lambchop, groupe de Nashville, pour représenter la dissidence alternative country ? Petite fille du folk, de l'"outlaw country" de Waylon Jennings ou de l'americana baroquo-barrée de Gram Parsons (Byrds, Flying Burrito Brothers), l'alt-country, autrement nommée "insurgent country", "cow punk"... est à la country ce que le punk fut au rock business des 70's.   Une manière de retour aux sources et de nettoyage menée par une génération spontanée de musiciens indé et rebelles poussés au son du punk et désireux de retrouver l'authenticité des racines musicales américaines. A contre-pied de la "mainstreamisation" de la country à partir des années 70 à l'origine de la transformation de Dolly Parton, ex-petite fille en guenille du Tennessee, en arbre de Noël, de la "truck-driving country" à écouter au kilomètre ou du countrock FM d'un Garth Brooks.   The Decline of Country & Western Civilization chante

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M : les maux dits

MUSIQUES | Il n'y avait sans doute pas plus différents que Kurt Wagner et feu Vic Chesnutt. Le type aux doigts de fées et le paralytique peinant à gratter sa guitare. (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 21 juin 2013

M : les maux dits

Il n'y avait sans doute pas plus différents que Kurt Wagner et feu Vic Chesnutt. Le type aux doigts de fées et le paralytique peinant à gratter sa guitare. Timbre de velours contre voix de bure. Arrangements chiadés contre écriture à la pointe sèche. Carpe et lapin, Kurt et Vic étaient pourtant intimes. Ils avaient même enregistré ensemble l'album le plus lumineux de Chesnutt : The Salesman and Bernadette. Une chose, parmi beaucoup d'autres sans doute, rapprochait ces deux génies : une mélancolie chevillée à l'âme, une vision de la vie parasitée par la mort que Chesnutt approcha de très près, volontairement ou pas, entre accident de voiture et tentatives de suicide. Suicide Lasts Forever énonce le titre du maxi Mr. N, appendice instrumental à Mr. M, dernier album en date de Lambchop. Manière de dire que dès la première tentative, il vous suit comme une ombre et vous rattrape toujours. Ce Mr. M, Kurt Wagner l'a donc écrit pour et dédié à Vic Chesnutt trois ans après sa mort le jour de Noël 2009, acte manqué de suicide avançant masqué

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Le cas Wagner

MUSIQUES | Leader de Lambchop depuis 25 ans, Kurt Wagner porte sur lui l'ambivalence de sa musique. Celle d'un pur produit du Tennessee profond qui a réussi son émancipation, d'un ancien poseur de parquet devenu presque par hasard l'un des grands compositeurs de son temps. En livrant, depuis Nashville la réac', une country d'outsider raffinée et audacieuse. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 20 juin 2013

Le cas Wagner

Un pompiste à lunettes, un redneck instruit, voilà de quoi a toujours eu l'air Kurt Wagner, leader de Lambchop. Casquette de bouseux sur la tête et bésicles de geek sur le nez : le look d'un type à cheval entre deux mondes. Un fils de biochimiste, doué de ses mains, un poseur de parquet érudit et artiste – longtemps après les premiers succès de son groupe, Wagner continuera de gagner sa vie en posant des lattes quand d'autres en tirent. Lorsqu'on en vient à sa musique, les repères sont encore davantage brouillés. Ce voudrait être de la country, Tennessee oblige, mais c'est beaucoup plus que ça et tout à fait autre chose : crooning, post-rock, jazz, soul 70's, baladés entre orchestrations ambitieuses et simplicité biblique. La voix même de Wagner est une énigme : on ne saurait dire si elle est aiguë ou grave, présente ou absente, se perdant parfois dans le murmure, dans l'inflexion, dans le claquement d'une consonne, un trémolo mourant. C'est que Kurt Wagner a toujours été à la fois là où on le croyait et déjà ailleurs, exactement – étrange coïncidence – comme son homonyme des X-Men, nom de code

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Au hasard Balthazar

MUSIQUES | Pour leur deuxième album, les Belges de Balthazar reviennent des "Rats" pleins les poches sur un navire qui prend magnifiquement l'eau. Où l'évidence tubesque des débuts laisse place à des mélodies coincées sous la botte acoustique, entre mélancolie débraillée et beauté détruite à la Léonard Cohen. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 7 mars 2013

Au hasard Balthazar

Il y a sur Rats, le deuxième album de Balthazar, un titre, The Man Who Owns the Place, qui ramène doucement à la mémoire le Leonard Cohen de Memories, en mode Plat Pays et débarrassé de ses afféteries spectoriennes, à vrai dire plus Gainsbourrien, période Melody Nelson. Cela se voudrait sans relief, au sens premier du terme, sans soleil mais laissant tout de même entrevoir la lumière à travers le quartz de violons grinçants et des chœurs de micro-particules en suspension, juste assez pour qu'on ne puisse espérer en voir davantage. Si on ajoute la voix à la traîne de Jinte Deprez, il y a de quoi vous foutre le bourdon en écoute prématurée de matins mal peignés. Pas mieux sur le titre suivant, Lion's Mouth (Daniel), évocation à peine indirecte du prophète Daniel, un type tellement sympa que les lions de Darius ont refusé de le manger et qui évita la lapidation à une femme adultère, une certaine Suzanne qui pourrait presque être celle de Cohen si les deux avaient couché ensemble. Mais quand certains

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Lambchop le 30 juin à l'Epicerie Moderne

MUSIQUES | Ce n'est rien de dire que l'Epicerie Moderne est en train de réaliser une deuxième partie de saison digne des plus grandes remontées du sport. En réussissant (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 21 février 2013

Lambchop le 30 juin à l'Epicerie Moderne

Ce n'est rien de dire que l'Epicerie Moderne est en train de réaliser une deuxième partie de saison digne des plus grandes remontées du sport. En réussissant le prodige d'une remontée en partant de très haut. A peine quelques jours après avoir dévoilé la venue du jurassique Dinosaur Jr. voici que la salle de Feyzin, qui a déjà accroché à son palmarès du Bonnie 'Prince' Billy et du Vic Chesnutt, nous annonce Lambchop pour le 30 juin. Une formation originaire de Nashville, on ne peut mieux positionnée au classement des "meilleurs groupes du monde que personne (ou pas grand monde) ne connaît", dans le sillage de son leader à casquette et lunettes Kurt Wagner. Au programme, une country déviante aux accents soul, une voix inimitable, des morceaux chavirants et incantatoires, bref, un génie insaisissable que l'Epicerie a su attraper au vol.

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Le diable au corps

MUSIQUES | Qui a déjà vu le sketch d'anthologie de l'humoriste Yacine Belhousse, transfuge du Jamel Comedy Club, sur les Québécoises un peu trop bavardes pendant (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 25 octobre 2012

Le diable au corps

Qui a déjà vu le sketch d'anthologie de l'humoriste Yacine Belhousse, transfuge du Jamel Comedy Club, sur les Québécoises un peu trop bavardes pendant l'amour, a forcément en mémoire ce fameux : « Coule en moi, grand démon ! ». C'est un peu – les Québécoises vont être comblées – ce que fait Troy Von Balthazar avec sa dernière production....Is with the demon nous annonce donc, façon statut Facebook, que Troy a le diable au corps. Et comme toujours avec l'Hawaïen, c'est un démon plutôt coulant. Ça commence dans l'apaisement, puis ça se tord, comme le chanteur lors de ses concerts. Et la noirceur finit par affleurer en douceur. Comme si toute la rage rentrée de Chokebore (dont il fut) empruntait ici des chemins plus tortueux pour se libérer avec la souplesse et la délicatesse d'un chat qu'il ne faudrait pas approcher de trop près. À l'image des désormais habituels sauts périlleux que TVB réalise sur scène, retombant toujours sur ses pattes et sur celles de sa musique peut-être jamais aussi belle et déroutante que sur ce dernier album. Habitué des scènes lyonnaises, qu'il écume les unes après l

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Revenants

MUSIQUES | À force, les salles lyonnaises sont un peu comme le PMU du coin de la rue, elles finissent par avoir des habitués. Ce qui en dit long sur la qualité de l'accueil de nos salles. Ou sur le fait que Lyon soit bel et bien réapparu sur la carte de France du rock. SD

Stéphane Duchêne | Jeudi 13 septembre 2012

Revenants

Cette saison encore, quelques bienvenues impressions de déjà-vu. Qu'il s'agisse d'artistes quasi bi-annuel comme Dominique A – dont, quoi qu'il arrive, on ne se lasse pas – ou quasi-annuel comme Deerhoof ou The Wedding Present qui (re)vient tout spécialement pour jouer en intégralité l'un de ses albums mythiques Seamonsters. Il y a aussi les chouchous tels le Canadien Patrick Watson – pourtant de plus en plus déroutant – pour lequel l'Épicerie Moderne se damnerait volontiers, comme elle le ferait pour la formation hollandaise The Ex quasiment assignée à résidence, ou ses collègues bruitistes d'A Place to Bury Strangers aka «le groupe le plus bruyant de NY». Autre retours de groupe qu'on a l'impression d'avoir quittés hier : Dark Dark Dark, malheureusement programmé l'an dernier en face de The Chap, et les Caennais de Concrete Knives dont l'avenir, sur le label anglais Bella Union, s'annonce aussi glorieux que leurs hymnes pop sont foux-dingues. Tandis que ceux-ci passeront de la scène du Kafé, à celle plus p

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Debout les morts

SCENES | C’est peu dire que la mort est en pleine forme dans la dernière création de Bartabas, Calacas. Au-dessus de nos têtes, dans notre dos, devant nos yeux, les morts sont partout et triomphent dans un ballet équestre ébouriffant. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 28 juin 2012

Debout les morts

Au Mexique, le mort fait partie du décor, il se trouve au premier rang des peintures de familles comme dans Rêve d’un dimanche après-midi au parc de l’Alameda de Diego Rivera. Et il rit eux éclats. Dents en avant posées sur son corps réduit au squelette (un "calacas" comme on dit en langage familier à Mexico), le mort est à la fête. Bartabas l’a bien compris et s’empare de cette figure pour la marier aux chevaux avec qui il a construit sa carrière et son théâtre, Zingaro, depuis 1985. Tantôt sous forme de marionnettes, tantôt en apparence humaine (les écuyers revêtent une combinaison ou un masque de squelette), la mort cavale et nous cerne. Car – c’est la grande innovation technique de ce spectacle – Bartabas a construit sa scénographie sur deux niveaux : la traditionnelle piste centrale comme au cirque, et une galerie qui encercle les spectateurs sans cesse pris par surprise dans ce bal en mouvement continu. L’impression de se trouver au cœur d’un zootrope (invention cylindrique à travers les fentes desquelles une succession d’images se mettent en action) est saisissante, comme si ces vieilles images précédant l’invention du cinématographe prenaient du relief.

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Sylvie Guillem, deux pas sur trois

SCENES | La danseuse étoile, Sylvie Guillem (née en 1965), est l’une des rares interprètes à pouvoir organiser un spectacle en son nom, tout en attirant dans son sillage les meilleurs chorégraphes actuels.

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 7 juin 2012

Sylvie Guillem, deux pas sur trois

Après Russell Maliphant et Akram Khan, c’est William Forsyhte, Jirí Kylián et Mats Ek (la crème de la danse néo/classique) qui ont collaboré avec la star pour 6000 Miles Away. Le résultat est discutable, voire un peu paradoxal puisque la pièce la plus forte, signée Jirí Kylián, n’est pas dansée par Sylvie Guillem. Soit en l’occurrence une transposition de 27’52’’, pièce ancienne de Kylián, pour un duo sous très haute tension, formé par Aurélie Cayla et Lukas Timulak. Le chorégraphe tchèque y explore l’une de ses obsessions, le rapport homme-femme, et étonne toujours avec ses rythmes syncopés, ses accélérations, ses figures précipitées. Le tout se déliant peu à peu vers la sensualité, la rencontre, l’érotisme. L’autre duo du programme, signé William Forstyhe et interprété par Guillem, s’avère lui aussi de bonne tenue, sorte d’exercice de style où le chorégraphe manie avec brio sens de l’espace (semblant continuellement «respirer» entre dilatation et contraction), superbes jeux de lumières et virtuosité sèche et tranchante des gestes. Mais ces bonnes impressions se voient «gâchées» par le solo final de Sylvie Guillem créé par Mats Ek. L’ha

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Noir c'est noir

MUSIQUES | Musique / Après les Melvins, c'est au tour d'un autre «groupe préféré» de Kurt Cobain de faire halte à l’Épicerie Moderne. Son nom : Chokebore, combo hawaïen auquel le rock indépendant nord-américain doit quelques unes de ses plus touchantes poussées de rage. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 12 octobre 2011

Noir c'est noir

«Les mathématiques ne peuvent effacer aucun préjugé», écrivait Goethe dans son recueil de Maximes et réflexions. «Ils auraient même tendance à les renforcer», aurait pu ajouter le penseur teuton. Exemple avec l'addition suivante : Hawaï + musique = bonhomme en paréo et à la chevelure de noix de coco qui chante au ukulélé la beauté de son île. Genre Israel Kamakawiwo'ole, Israel Iz pour les intimes, roi de la synchronisation publicitaire post-mortem avec sa reprise du Somewhere Over the Rainbow de Judy Garland in Le Magicien d'Oz. Ce qu'omet cette implacable opération, c'est qu'avant d'être une manne pour les éditeurs de catalogues de voyages, ce coin du Pacifique est un point chaud très prisé des géologues. Autrement dit une bombe volcanique à retardement, dont l'instabilité notoire ne pouvait qu'engendrer l'un des groupes les plus explosifs de l'histoire des musiques amplifiées. Ce groupe, c'est Chokebore, et on est prêt à parier notre collection de chemises à carreaux que ses fondateurs, à savoir Troy Von Balthazar, les frères James et Jonathan Kroll, et Johnny Keep ont passé leur adolescence à zoner sur les pentes du Kilauea. Cheval de TroyDébutée pour de bon en 1993

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Tyler le créateur

MUSIQUES | C'est un motif récurrent du film d'épouvante. Tourmentés par un esprit plus frappeur que farceur, les protagonistes du film (famille en instance (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 23 septembre 2011

Tyler le créateur

C'est un motif récurrent du film d'épouvante. Tourmentés par un esprit plus frappeur que farceur, les protagonistes du film (famille en instance d'implosion, artisans du bâtiment trop curieux, baby-sitter malchanceuse, médecin traitant qui passait par là) se rendent compte, malheureusement trop tard pour la survie de tous, qu'une mystérieuse et inquiétante silhouette apparaît sur le moindre de leurs souvenirs photographiques. Flippant, le phénomène n'est cependant pas exclusif au septième art. Tenez, rassemblez vos disques de country alternative favoris, qu'on suppose estampillés Silver Jews, Bonnie "Prince" Billy et Lambchop. Maintenant, épluchez-en les crédits et constatez : il est un nom qui revient plus que régulièrement, celui de William Tyler. Qui est-il ? Un guitariste et producteur de Nashville qui, bien qu'il ait tout juste franchi le cap de la trentaine, a collaboré l'air de rien avec tout le gratin de la musique à stetson, fusse-t-elle le fruit de dinosaures en voie d'extinction comme Charlie Louvin ou de géniaux illuminés de la trempe de Jon Fahey, inventeur dans les années 50 de l'American Privitivism, sorte de rejeton expérimental du blues. Autant de « v

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Chokebore

MUSIQUES | Une autre victime de l'éclipse Nirvana. En effet, Chokebore a beau avoir été régulièrement désigné par Kurt Cobain comme «son groupe préféré», on ne peut pas dire que (...)

Benjamin Mialot | Lundi 12 septembre 2011

Chokebore

Une autre victime de l'éclipse Nirvana. En effet, Chokebore a beau avoir été régulièrement désigné par Kurt Cobain comme «son groupe préféré», on ne peut pas dire que l'annonce de sa reformation l'an passé a fait grand bruit. Un comble quand on sait que ces Hawaïens, emmené par le doux-dingue Troy Von Balthazar (dont la carrière solo est aussi sujette à dévotion), ont acquis l'éternel respect de la communauté indie rock sur la foi d'un spleen abrasif digne d'un bœuf entre Radiohead et Sonic Youth. Et si on réévaluait à la hausse les années 90 ?

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Sans contrefaçon

SCENES | Danse / Un metteur en scène et deux danseurs. Robert Lepage, Russell Maliphant et Sylvie Guillem se sont lancés dans un projet inattendu. Raconter et donner à voir sur une scène la vie de Charles de Beaumont, plus connu sous le nom de Chevalier d’Éon.

Dorotée Aznar | Lundi 29 juin 2009

Sans contrefaçon

Danse / Un metteur en scène et deux danseurs. Robert Lepage, Russell Maliphant et Sylvie Guillem se sont lancés dans un projet inattendu. Raconter et donner à voir sur une scène la vie de Charles de Beaumont, plus connu sous le nom de Chevalier d’Éon. Du capitaine des dragons, espion de Louis XV, on retient surtout l’ambiguïté qui demeura autour de son sexe, lui qui fut condamné par Louis XVI à porter pendant plus de trente ans le vêtement féminin. Dans Eonnagata, le trouble n’est pas uniquement sexuel, il est également à l’origine même de ce spectacle mélangeant récits, lectures, arts martiaux japonais et chinois, combats d’épée, danse contemporaine… Trois périodes de la vie du Chevalier sont évoquées dans une succession de tableaux splendides, dont la beauté hypnotique doit beaucoup aux lumières de Michael Hulls. La «griffe» du metteur en scène canadien Robert Lepage est également palpable dans cette création où la danse sert continuellement le récit. Le mélange des sexes, des âges, des références, des cultures ne dessert pas la narration, mais permet au contraire de passer naturellement de la violence sourde des percussions à la grâce aérienne d’une danse sur un miroir. Car, si

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Et rond, et rond, petits canassons…

SCENES | Théâtre équestre / Avec un entêtement proche de la mule, Les Nuits de Fourvière prolongent cette année encore leur fidélité à certains artistes. Mais pour corser le (...)

Christophe Chabert | Mardi 27 mai 2008

Et rond, et rond, petits canassons…

Théâtre équestre / Avec un entêtement proche de la mule, Les Nuits de Fourvière prolongent cette année encore leur fidélité à certains artistes. Mais pour corser le cocktail et éviter la redite, les voilà qui se plaisent à mélanger leurs dadas et à produire de nouvelles formules artistiques. Ainsi de Bartabas, venu au festival il y a deux ans pour un Récital équestre où chevaux et cavaliers de son Académie de Versailles galopaient autour du piano d’Alexandre Tharaud, et de Philip Glass, présent en 2004, 2005, 2006 et 2007 ; les voilà réunis pour des Partitions équestres où les mêmes équidés tournoient autour de la musique de Glass (interprétée par un quatuor de saxophonistes, l’ensemble Ossia). À moins que ce ne soit, hypothèse poétique, l’inverse ! Car aux fondements des compositions du musicien new-yorkais, il y a le cercle, ces spirales mélodiques qui s’enroulent les unes sur les autres et produisent une sensation de vertige et d’hypnose. La rime était presque naturelle avec la circularité de la piste sur laquelle Bartabas met en scène ses chevaux, rime qu’il ne se prive pas de décliner dans ce spectacle prometteur. Ainsi, aux tourbillons sonores de Glass répondront l

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Ben X

ECRANS | de Nic Balthazar (Belgique, 1h30) avec Greg Timmermans, Marijke Pinoy…

Dorotée Aznar | Vendredi 14 mars 2008

Ben X

Atteint d’une variante de l’autisme l’empêchant de nouer des liens sociaux, Ben se réfugie dans l’univers d’un jeu d’héroïc fantasy où il devient Ben X, valeureux guerrier secondé par sa fidèle Scarlite. Malgré le réconfort que lui offre cette dernière, le jeune garçon a de plus en plus de mal à composer avec les harcèlements incessants de ses camarades de classe. Pour son coup d’essai cinématographique, Nic Balthazar a voulu d’emblée frapper très fort : pour retranscrire l’isolement étouffant de son personnage, et par là même ses sinistres répercussions sociales, le réalisateur prend directement le parti d’une mise en scène clinquante. Montage énergique, effets clippés à foison, superposition des actions du héros avec celles de son avatar vidéoludique, inserts de témoignages relatant une tragédie à venir… Mais, comme souvent dans les premières œuvres, cette soif de cinégénie pure ne peut s’empêcher de tomber dans le piège du “qui trop embrasse mal étreint“. L’exemple le plus représentatif du déséquilibre dont souffre le film est à n’en point douter la maladresse dans son utilisation narrative du jeu vidéo auquel s’adonne Ben : à force d’abuser du montage parallèle ent

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Monstrueuse rencontre !

SCENES | Quand deux géants de la danse se croisent sur un même plateau, cela donne un spectacle exceptionnel, drôle, émouvant ; à couper le souffle. Nous avons rencontré successivement Sylvie Guillem et Akram Khan, nous leur avons posé les mêmes questions. Leurs réponses. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Christophe Chabert | Mercredi 20 juin 2007

Monstrueuse rencontre !

Petit bulletin : Pourquoi avez-vous souhaité travailler ensemble et comment s'est passée votre rencontre ?Sylvie Guillem : J'ai vu, par hasard, un reportage sur Arte. C’était Akram, au Théâtre de la Ville à Paris. J'ai été fascinée par l'énergie et le langage de ce chorégraphe. J'ai voulu aller le voir, mais c'était complet. Rentrée à Londres, trois jours plus tard, j'ai reçu un mail de l'agent d'Akram, me disant qu'il allait faire des spectacles de kathak à Londres et qu'il souhaitait me rencontrer. Notre désir réciproque a été exaucé !Akram Khan : Sylvie suivait mon travail depuis longtemps. Nous nous sommes rencontrés après mon spectacle et je lui ai demandé comment elle se sentait. Quand elle m'a répondu : «anxieuse», j'ai réalisé que les gens se trompaient sur elle et qu'elle n'était pas une diva comme on voudrait le faire croire. Techniquement, quelles sont les difficultés auxquelles vous avez dû faire face pour travailler ensemble ?Sylvie Guillem : Je suis allée vers Akram pour faire des choses que je n'avais jamais faites. Nous sommes très différents en rapidité, en énergie. Son rythme et son rapport avec le sol sont également

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